Haro sur les allocations familiales !

, par  Michel Cialdella , popularité : 8%

Dans l’Humanité du 10 novembre 2014, je lis sous la plume de Barbara Romagnan, une chronique dans laquelle elle minimise la portée de l’attaque contre les allocations.
« Un ami enseignant et militant de gauche m’a dit qu’il était satisfait de la mise sous condition de ressources du montant des allocations familiales, revendiquant l’idée selon laquelle chacun devait cotiser selon ses moyens et recevoir selon ses besoins. Je partage évidemment cette idée et cela ne me fait pas pleurer que les ménages les plus riches voient leurs allocations familiales se réduire ». Écrit-elle.

Je suis un militant de gauche (communiste) et je ne suis pas d’accord avec cette façon de voir.

Il ne s’agit pas de pleurer sur le sort d’un couple gagnant 8.000 € par mois (je suis retraité et avec mon épouse, nous percevons 1.800 € mensuels) et qui touche 129,35 € d’allocations pour deux enfants.

Les allocations familiales font parties de la Sécurité sociale que les fondateurs voulaient universelle. À l’origine les allocations familiales étaient financées uniquement par des cotisations d’entreprise. La cotisation patronale destinée à financer la branche a constamment décru depuis 1946 où son taux était fixé à 16,75 % des rémunérations sous plafond. Il a été progressivement abaissé pour se stabiliser à 9 % entre 1974 et 1989, avant que la cotisation ne soit déplafonnée et son taux ramené à 7 % en 1990 et à 5,25 % en 2014 sans que cela améliore aussi peu que ce soit les prestations pour les plus modestes. Rappelons, aux pleurnichards du Medef, qu’au départ les allocations familiales sont une création patronale…

Unifiées en 1945, les allocations font partie du salaire socialisé et représentent très insuffisamment le coût de l’enfant. De ce point de vue, il faut exiger qu’elles soient attribuées dès le premier enfant. Elles ne sont pas un moyen de réduire les inégalités.
Pour réduire les inégalités, il y a la fiscalité redistributive, dont la plus juste est l’impôt sur le revenu, à condition qu’il soit progressif et réparti sur un grand nombre de tranches (par exemple : 14 contre 5 aujourd’hui).

Admettre des conditions de ressources pour les prestations de Sécu, c’est introduire des notions d’assistance, ce qui est contraire à l’esprit de la Sécurité sociale. Pierre Laroque disait : « Il est malsain de développer les prestations subordonnées à une condition de ressources, car cela aboutit à transformer la famille en assistée et à créer une espèce de clivage dans la population entre les pauvres et les non-pauvres ; ceci me paraît socialement extrêmement mauvais » [1].

Il est particulièrement indécent de réduire des prestations familiales pour une économie attendue de 700 millions d’euros alors que 220 milliards € par an sont déversés au patronat sans contrepartie. Cela montre également que la justice sociale n’est pas la préoccupation des instigateurs de cette mesure qui participe du détricotage de la Sécu.

Il y a également le danger de l’effet de seuil. Celui-ci peut évoluer au fil du temps et on voit bien dans quel sens il peut évoluer (voir le forfait hospitalier). Comme il n’y a pas de redistribution dans ce cas de figure, il n’y aura pas d’amélioration pour les plus modestes. On pourrait également imaginer qu’ils appliquent ce principe à toutes les prestations de la sécurité sociale, notamment à l’assurance-maladie. On rembourserait les médicaments et les actes médicaux, les hospitalisations en fonction des revenus…

Au final, ce sont les plus modestes qui en pâtiraient.
Qui a dit que les mesures pour les pauvres étaient toujours de pauvres mesures ?

Michel Cialdella

[1Pierre Laroque, « Revue française des affaires sociales », novembre 1977.

Brèves Toutes les brèves

Navigation

Annonces

  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).