La nouvelle pomme de discorde entre le capital et les peuples

, par  Gilbert Remond , popularité : 2%

Comme ces articles vous l’indiquent, comme les médias nous le claironnent, l’Ukraine est plus que jamais la nouvelle pomme de discorde entre le capital et les peuples. L’occident bombe le torse, l’arrivée de nouvelles entités économiques dans le monde lui est insupportable. Seul le capital US et ses supplétifs européens ont droit à diriger le monde. Il n’existe pas de place pour d’autres alternatives. La guerre impérialiste est la réponse à qui veut vivre en dehors de leur système de contrôle et donc en dehors de leur joug.

L’insoumission est immédiatement punie, c’est ce qui arrive au Donbass, et nous savons que derrière sont visés la Russie et la Chine. Les quelques semaines de vacances qui nous ont éparpillés un peu partout au gré de nos villégiatures, ont interrompu la mobilisation que nous avions commencé cet été pour soutenir nos frères de lutte qui, les armes à la mains, résistent aux fascistes. Nous sommes quelques-uns à penser que les valeurs qu’ils défendent sont précieuses et que ce combat par bien des aspects ressemble à celui des républicains espagnols.

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Souvenez-vous... l’indifférence de nos états au sort de la jeune république espagnole fut payé bien chère quelques années plus tard. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés devant les nouveaux Guernica, devant le retour des divisions das Reich et Galicie. Nous ne pouvons pas être complice des préparatifs de guerre qui visent la Russie. Nous ne le pouvons pas, car nous savons ce qui suivra : la mort et la désolation à coup sûr, la destruction de la planète très certainement aussi, étant donné l’accumulation d’armes nucléaire de part et d’autres.

Le plus consternant, c’est de voir revenir les mêmes munichois, les même partisans du compromis, les même manœuvriers en guerre par procuration, qui flattent et arment les pires ennemis de la paix et de l’homme, dans la perspective qu’ils s’en prennent à leur voisin. De tels calculs sont irresponsables et criminels. Les vacances n’ont pas été les mêmes pour tout le monde. Dans le Donbass, l’armée ukrainienne s’est appliquée à bombarder la population civile, la laissant sans répits, pendant que les bataillons nazis nettoyaient les régions conquises de tous ceux qui s’opposent à la nouvelle politique de Kiev.

Nous nous devons de faire cesser ces massacre. Ce qui se passe en Ukraine sera ce qui nous arrivera ici si nous laissons faire. Nous devons donner une suite à nos actions du mois de Juillet. Gaza semble avoir retrouvé la paix, mais le Donbass malgré un cessez le feu de façade, reste sous des bombardements meurtriers. Tous les jours des morts s’ajoutent aux morts d’hier. Ce sont des femmes, des enfants, des vieillards qui sont les victimes de la barbarie aveugle de ceux qui tuent pour servir les oligarques.

Je vous propose pour lutter contre cette calamité, une réunion au siège de la section du PCF de Vénissieux pour mettre en place un comité de soutien aux Républiques Populaires du Donbass. Il est urgent qu’en France des voix se lèvent pour dire leur préoccupation et défendre la paix. Il s’agit de notre responsabilité d’humanistes et de gens de gauche, de communistes. Nous ne pouvons laisser l’extrême-droite s’arroger cette place et devenir la référence, comme cela se passe actuellement avec les brigades continentales et le comité France-Donbass de Paris, parce que la gauche officielle et une partie de la gauche radicale sont au abonnés absents sur ces terrains. Les dates que je vous propose sont les 25, 29, 30 septembre, à partir de 17h où le samedi 27 à partir de 10h.

Dans l’attente de vos réponses que, vous le comprendrez, je souhaite rapide,
je vous prie de recevoir mes salutation fraternelles.

Pour le réseau Faire Vivre et Renforcer le PCF

Gilbert Rémond


A tire d’info, quelques articles récents sur le fascisme, les préparatifs de guerre et la stratégie des multinationales dans cette région.

L’Ukraine et les néo-nazis, par William Blum (traduction Le grand soir)

Depuis les graves protestations qui ont éclaté en Ukraine en février les médias occidentaux, en particulier aux États-Unis, ont sérieusement minimisé le fait que les suspects habituels - le triumvirat États-Unis / Union européenne / OTAN – sont dans le même camp que les néo-nazis. Aux États-Unis, il a été impossible d’en trouver mention. Je suis sûr que si un sondage sur cette question était réalisé aux États-Unis, il révélerait une ignorance quasi totale sur les nombreuses actions néo-nazies, notamment les appels publics tuer « les Russes, les communistes et les juifs ». Mais la semaine dernière, le sale petit secret a en quelque sorte montré le bout de son nez.

Le 9 Septembre NBCnews.com a indiqué que « la télévision allemande montre des symboles nazis sur les casques des soldats ukrainiens ». La station allemande a montré des images d’un soldat portant un casque de combat avec les « runes SS » des célèbres corps d’élite en uniforme noir d’Hitler. (Les runes sont les lettres d’un alphabet utilisé par les anciens peuples germaniques.) Un deuxième soldat a été montré avec une croix gammée sur son casque.

Le 13, le Washington Post a montré une photo de la chambre d’un membre du bataillon Azov, une des unités paramilitaires ukrainiennes qui combattent les séparatistes pro-russes. Sur le mur au-dessus du lit se trouve une grande croix gammée. Mais ne vous inquiétez pas car le quotidien a cité le chef de peloton qui précise que les soldats adoptent des symboles et des notions extrémistes dans le cadre d’une sorte de « romantisme ».

Pourtant, c’est le président russe Vladimir Poutine qui est comparé à Adolf Hitler par tout le monde, du prince Charles à la princesse Hillary, en raison de l’incorporation de la Crimée dans la Russie. Sur cette question, M. Poutine a déclaré :

Les autorités de Crimée se sont appuyées sur le précédent bien connu du Kosovo, un précédent que nos partenaires occidentaux ont créé eux-mêmes, de leurs propres mains pour ainsi dire. Dans une situation absolument semblable à celle de la Crimée, ils ont jugé que la sécession du Kosovo de la Serbie était légitime, en faisant valoir partout qu’aucune autorisation des autorités centrales du pays n’est nécessaire pour une déclaration unilatérale d’indépendance. Le tribunal international de l’ONU, fondée sur l’article 2 de l’article 1 de la Charte des Nations Unies, s’est déclaré d’accord et dans sa décision du 22 Juillet 2010 a noté ce qui suit, et je cite textuellement : Aucune interdiction générale ne peut être opposée à la pratique de la sécurité Conseil en ce qui concerne les déclarations unilatérales d’indépendance.

Les comparaisons de Poutine avec Hitler sont éclipsées par les histoires de Poutine l’envahisseur (Vlad l’Empaleur ?). Pendant des mois, les médias occidentaux ont battu les tambours sur la Russie ayant (en fait) envahi l’Ukraine. Je recommande la lecture de « Comment savoir si la Russie a envahi l’Ukraine ? » par Dmitry Orlov

Et gardez à l’esprit l’encerclement de la Russie par l’OTAN. Imaginez la Russie installant des bases militaires au Canada et au Mexique, de l’Atlantique au Pacifique. Rappelez-vous ce qu’une base soviétique à Cuba a provoqué.

Les États-Unis ont-ils déjà donné un bon exemple ?

Depuis ce jour fatidique du 11 Septembre 2001, l’objectif principal des relations publiques des États-Unis a été de discréditer l’idée que l’Amérique avait mérité ce qui lui arrivait en raison de ses nombreux actes politiques et militaires d’agression. Voici notre héros préféré à tous, George W. Bush, qui s’exprimait un mois après le 11/9 :

« Comment répondre lorsque je vois que dans certains pays islamiques il y a une haine viscérale de l’Amérique ? Je vais vous dire comment je réponds : je suis étonné. Je suis étonné de voir une telle incompréhension de ce qu’est notre pays que les gens nous haïssent. Je suis - comme la plupart des Américains, je n’arrive tout simplement pas à le croire parce que je sais combien nous sommes bons ».

Merci, George. Maintenant, prenez vos pilules.

Moi et d’autres historiens de la politique étrangère des États-Unis ont documenté en détail les déclarations de terroristes anti-américains qui ont clairement fait savoir que leurs actions étaient menées en représailles de décennies d’abominations internationales de la part de Washington. Mais les responsables et les médias américains ignorent régulièrement ces éléments et s’accrochent à la ligne du parti selon laquelle les terroristes sont tout simplement cruels et rendus fous par la religion ; ce que beaucoup d’entre eux sont, en effet, mais cela ne change rien quant aux faits politiques et historiques.

Cette mentalité américaine semble être bel et bien vivante. Au moins quatre otages détenus en Syrie récemment par des militants de l’État islamique, dont le journaliste américain James Foley, ont été torturés par simulation de noyade pendant leur captivité. Le Washington Post a cité un responsable américain : « l’EI est un groupe qui crucifie régulièrement et décapite les gens. Suggérer qu’il existe une corrélation entre la brutalité de l’EI et les actions passées des États-Unis est ridicule et alimente leur propagande tordue. »

Le Post, cependant, a peut-être légèrement évolué, en ajoutant que les « militants de l’état ​​islamique... semblent imiter la technique de la CIA de simulations de noyade (waterboarding) pour interroger des terroristes présumés après les attentats du 11 septembre 2001. »

Conférence donnée par William Blum à une journée d’études sur la politique étrangère américaine, American University, Washington, DC, le 6 Septembre 2014

Chacun d’entre vous, j’en suis sûr, a rencontré beaucoup de gens qui soutiennent la politique étrangère des Etats-Unis, et avec qui vous avez débattu à n’en plus finir. Vous soulignez toutes les horreurs, les unes après les autres, du Vietnam à l’Irak. Des bombardements et invasions épouvantables aux violations du droit international et la torture. Mais rien n’y fait. Rien ne les fait douter.

Pourquoi ? Sont-ils tout simplement stupides ? Je pense qu’une meilleure réponse est qu’ils ont des idées préconçues. Consciemment ou inconsciemment, ils ont certaines croyances fondamentales sur les Etats-Unis et sa politique étrangère, et si vous n’abordez pas ces croyances fondamentales, vous pourriez aussi bien parler à un mur.

Le plus fondamental de ces croyances, je pense, est une conviction profonde que peu importe ce que les États-Unis font à l’étranger, peu importe la mauvaise tournure des choses, peu importe l’horreur qui en découle, le gouvernement des États-Unis est malgré tout motivé par de bons sentiments. Les dirigeants américains peuvent certes faire des erreurs, quelques gaffes, ils peuvent mentir, ils peuvent même à l’occasion causer plus de tort que de bien, mais tout ça part d’un bon sentiment. Leurs intentions sont toujours louables, nobles même. La grande majorité des Américains en sont certains.

Frances Fitzgerald, dans sa célèbre étude des manuels scolaires américains, a résumé le message de ces livres : « Les Etats-Unis ont été une sorte d’Armée du Salut pour le reste du monde : tout au long de l’histoire, ils n’ont pratiquement fait qu’aider les pauvres, les ignorants, et les pays malades. Les États-Unis ont toujours agi de manière désintéressée, toujours avec les objectifs les plus louables ; ils ont toujours donné et jamais pris ».

Et les Américains se demandent sincèrement pourquoi le reste du monde ne voit pas combien l’Amérique a été bienveillante et pleine d’abnégation. Et même beaucoup de gens qui prennent part au mouvement anti-guerre ont du mal à se défaire un peu de cet état d’esprit ; ils manifestent pour stimuler Amérique - l’Amérique qu’ils aiment et adorent et à qui ils font confiance - ils marchent pour encourager cette noble Amérique de revenir sur la voie de bonté.

Beaucoup de citoyens succombent à la propagande du gouvernement américain pour justifier ses actions militaires aussi souvent et aussi naïvement que Charlie Brown succombe pour le ballon de Lucy.

Les Américains sont comme les enfants d’un chef de la mafia qui ne savent pas ce que fait leur père pour gagner sa vie, et ne veulent pas le savoir, mais se demandent ensuite pourquoi quelqu’un a jeté une bombe incendiaire à travers la fenêtre du salon.

Cette croyance fondamentale dans les bonnes intentions de l’Amérique est souvent liée à « l’exceptionnalisme américain ». Examinons combien la politique étrangère des États-Unis a été exceptionnelle. Depuis la fin de la Deuxième Guerre Mondiale, les États-Unis ont :

- Tenté de renverser plus de 50 gouvernements étrangers, dont la plupart avaient été élus démocratiquement.
- Largué des bombes sur les populations de plus de 30 pays.
- Tenté d’assassiner plus de 50 dirigeants étrangers.
- Tenté de supprimer un mouvement populiste ou nationaliste dans 20 pays.
- Grossièrement interféré dans des élections démocratiques dans au moins 30 pays.
- Mené le monde par la torture ; non seulement par la torture appliquée directement par des Américains sur des étrangers, mais aussi par la fourniture de matériel de torture, de manuels de torture, de listes de personnes à torturer, et de conseils personnalisés par des formateurs américains, en particulier en Amérique latine.

C’est en effet exceptionnel. Aucun autre pays dans toute l’histoire ne peut prétendre à un tel bilan.

Alors la prochaine fois que vous vous retrouvez devant un mur... demandez lui ce que États-Unis auraient à faire en politique étrangère pour leur retirer son soutien. Qu’est-ce qui constituerait à ses yeux l’action de trop. Si cette personne mentionne quelque chose de vraiment mauvais, il y a de fortes chances que les États-Unis l’aient déjà fait, peut-être même à plusieurs reprises.

Gardez à l’esprit que notre chère patrie cherche avant tout à dominer le monde. Pour des raisons économiques, des raisons nationalistes, idéologiques, chrétiennes, et autres, l’hégémonie mondiale a depuis longtemps été l’objectif ultime de l’Amérique. Et n’oublions pas les puissants responsables de l’exécutif, dont les salaires, les promotions, les budgets et les futurs emplois bien rémunérés dans le secteur privé, dépendent de la guerre perpétuelle. Ces dirigeants ne sont pas particulièrement préoccupés par les conséquences de leurs guerres sur le monde. Ils ne sont pas forcément mauvais ; ils sont amoraux, comme l’est un psychopathe.

Prenez le Moyen-Orient et l’Asie du Sud. Les habitants de ces zones ont horriblement souffert de l’intégrisme islamique. Ce dont ils ont désespérément besoin sont des gouvernements laïcs, qui respectent les différentes religions. De tels gouvernements ont été effectivement au pouvoir dans un passé récent. Et quel a été le sort de ces gouvernements ?

Eh bien, à la fin des années 1970 et pendant une bonne partie des années 1980, l’Afghanistan a eu un gouvernement laïc qui était relativement progressiste, avec tous les droits pour les femmes, ce qui est difficile à croire, n’est-ce pas ? Mais même un rapport du Pentagone de l’époque a reconnu la réalité des droits des femmes en Afghanistan. Et qu’est-il arrivé à ce gouvernement ? Les Etats-Unis l’ont renversé, ce qui a permis aux talibans de prendre le pouvoir. Gardez donc cela à l’esprit la prochaine fois que vous entendez un responsable américain dire que nous devons rester en Afghanistan pour les droits des femmes.

Après l’Afghanistan, ce fut le tour de l’Irak, une autre société laïque, sous Saddam Hussein. Et les Etats-Unis ont renversé ce gouvernement aussi, et maintenant le pays est envahi par des djihadistes et fondamentalistes fous et sanguinaires de toutes sortes ; et les femmes qui ne sont pas complètement couvertes courent un risque sérieux.

Ensuite, ce fut le tour de la Libye ; encore une fois, un pays laïc, sous Mouammar Kadhafi, qui, comme Saddam Hussein, avait un côté tyrannique mais pouvait aussi de façon importante se montrer bienveillant et faire des choses merveilleuses pour la Libye et l’Afrique. Pour ne citer qu’un exemple, la Libye avait un rang élevé dans l’indice de développement humain des Nations Unies. Alors, bien sûr, les États-Unis ont renversé ce gouvernement aussi. En 2011, avec l’aide de l’OTAN, nous avons bombardé le peuple libyen presque tous les jours pendant plus de six mois. Et, une fois encore, nous avons ouvert la voie aux djihadistes messianiques. Comment tout cela finira pour le peuple de la Libye, Dieu seul le sait, ou peut-être Allah.

Et au cours des trois dernières années, les Etats-Unis ont fait de leur mieux pour renverser le gouvernement laïc de la Syrie. Et devinez quoi ? La Syrie est maintenant une aire de jeux et un champ de bataille pour toutes sortes de fondamentalistes ultra militants, y compris le nouveau préféré de tous, l’État Islamique. La montée de l’EI doit beaucoup à ce que les Etats-Unis ont fait en Irak, en Libye et en Syrie au cours des dernières années.

Nous pouvons ajouter à cette merveilleuse liste le cas de l’ex-Yougoslavie, autre gouvernement laïc renversé par les Etats-Unis, sous le couvert de l’OTAN, en 1999, ce qui a donné lieu à la création de l’État largement musulman du Kosovo, dirigé par l’Armée de libération du Kosovo (UCK). L’UCK était considérée comme une organisation terroriste par les Etats-Unis, le Royaume-Uni et la France depuis des années, de nombreux rapports faisant état que l’UCK était armé et entraîné par Al-Qaïda, dans les camps d’Al-Qaïda au Pakistan, et ayant même des membres d’Al-Qaïda dans ses rangs luttant contre les Serbes de Yougoslavie. La principale préoccupation de Washington était d’asséner un coup à la Serbie, largement connue comme « le dernier gouvernement communiste en Europe ».

L’UCK est devenue célèbre pour les tortures, la traite des femmes, d’héroïne et d’organes ; encore un allié charmant de l’empire.

Quelqu’un qui nous observerait depuis l’espace pourrait penser que les Etats-Unis sont une puissance islamique qui fait de son mieux pour répandre la bonne parole - Allah Akbar !

Vous pourriez vous demander ce que tous ces gouvernements renversés avaient en commun pour devenir la cible de Washington. La réponse est qu’ils ne pouvaient pas être facilement contrôlés par l’empire ; ils ont refusé d’être des États soumis ; ils étaient nationalistes ; en un mot, ils étaient indépendants ; ce qui constitue un crime grave aux yeux de l’empire.

Donc, parlez de tout cela à notre défenseur hypothétique de la politique étrangère des Etats-Unis et voyez s’il croit encore que les Etats-Unis veulent le bien. S’il se demande depuis combien de temps ça dure, faites-lui remarquer qu’il serait difficile de nommer une seule dictature brutale de la seconde moitié du 20ème siècle qui n’a pas été soutenue par les Etats-Unis ; non seulement soutenue, mais souvent mise au pouvoir et maintenue au pouvoir contre la volonté de la population. Et au cours des dernières années aussi, Washington a soutenu des gouvernements très répressifs, comme l’Arabie saoudite, le Honduras, l’Indonésie, l’Egypte, la Colombie, le Qatar et Israël.

Et que pensent les dirigeants américains de leur propre bilan ? L’ancien secrétaire d’Etat Condoleezza Rice parlait probablement au nom de tout le club privé de notre leadership en politique étrangère lorsqu’elle a écrit en 2000 que, dans la poursuite de leur sécurité nationale, les États-Unis n’avaient plus besoin d’être guidés par « des notions de droit international et des normes » ou des « institutions telles que les Nations Unies » parce que les Etats-Unis étaient « du bon côté de l’histoire. »

Permettez-moi de vous rappeler la conclusion de Daniel Ellsberg sur les Etats-Unis au Vietnam : « Nous n’étions pas dans le mauvais camp ; nous étions le mauvais camp ».

Eh bien, loin d’être du bon côté de l’histoire, nous avons en fait combattu - je veux dire littéralement engagés dans une guerre - du même côté qu’al-Qaïda et leurs descendants, à plusieurs reprises, à commencer par l’Afghanistan dans les années 1980 et 90, en appui aux Moujahedeen islamiques, ou guerriers saints.

Ils ont ensuite donné une assistance militaire, y compris un bombardement de soutien, en Bosnie et au Kosovo, tous deux soutenus par Al-Qaïda dans les conflits yougoslaves des années 1990.

En Libye, en 2011, Washington et les djihadistes avaient un ennemi commun, le colonel Kadhafi et, comme mentionné, les États-Unis ont bombardé le peuple libyen pendant plus de six mois, ce qui a permis aux djihadistes de contrôler des portions du pays ; et ils en sont désormais à se chamailler pour le reste. Ces alliés de guerre ont montré leur gratitude envers Washington en assassinant l’ambassadeur américain et trois autres Américains, apparemment de la CIA, dans la ville de Benghazi.

Puis, pendant quelques années au milieu et à la fin des années 2000, les États-Unis ont soutenu les militants islamistes dans la région du Caucase de la Russie, une région qui a connu plus que sa part de terreur religieuse qui remonte aux actions tchétchènes des années 1990.

Enfin, en Syrie, en tentant de renverser le gouvernement Assad, les Etats-Unis a combattu du même côté que plusieurs variétés de militants islamistes. A six reprises donc, les États-Unis se sont retrouvés alliés de guerre avec des forces djihadistes.

Je me rends compte que je vous ai donné une image très négative de ce que les Etats-Unis ont fait dans le monde, et c’est peut-être un peu difficile à avaler pour certains d’entre vous. Mais mon but était d’essayer de desserrer l’étau sur votre intelligence et vos émotions, étau avec lequel vous avez grandi - ou pour vous aider à aider les autres à le desserrer – et qui vous assure que votre bien-aimée Amérique veut le bien. La politique étrangère des Etats-Unis n’aurait pas beaucoup de sens pour vous tant que vous croirez à la noblesse de ses intentions ; tant que vous ignorez le modèle cohérent de recherche de la domination mondiale, une visée nationale de très longue date, connue auparavant sous d’autres noms tels que Manifest Destiny, le siècle américain, l’exceptionnalisme américain, la mondialisation, ou, comme Madeleine Albright a dit, « la nation indispensable » ... alors que d’autres, moins aimables, ont utilisé le terme « impérialiste ».

Dans ce contexte, je ne peux résister à donner l’exemple de Bill Clinton. Alors président, en 1995, il s’est senti en devoir de dire : « Quoi que nous puissions penser des décisions politiques de la guerre du Vietnam, les Américains courageux qui ont combattu et qui sont morts avaient de nobles intentions. Ils se sont battus pour la liberté et l’indépendance du peuple vietnamien. » Oui, c’est vraiment comme ça que nos dirigeants parlent. Mais qui sait ce qu’ils croient vraiment ?

Mon espoir est que beaucoup d’entre vous qui ne sont pas actuellement militants contre l’empire et ses guerres se joindront au mouvement anti-guerre comme je l’ai fait en 1965 contre la guerre au Vietnam. C’est ce qui m’a radicalisé, comme tant d’autres. Quand j’entends des gens d’un certain âge expliquer leur processus de perte de foi dans les Etats-Unis, c’est de loin le Vietnam qui est donné comme la cause principale. Je pense que si les pouvoir américains en place avaient su à l’avance comment leur « Oh quelle belle guerre » allait finir, ils n’auraient pas fait cette bévue historique monumentale. Leur invasion de l’Irak en 2003 montre qu’aucune leçon n’a été tirée du Vietnam, mais notre protestation constante contre les guerres et les menaces de guerre en Afghanistan, en Iran, en Syrie, et ailleurs ont peut-être – peut-être ! - enfin ouvert une brèche dans la terrible mentalité de guerre. Je vous invite tous à vous joindre à notre mouvement. Merci.

William Blum

Traduction "cela dit, même un mur dit moins de bêtises que le lecteur moyen du Monde" par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles.

Les OGM à l’assaut de l’Ukraine ? Les lobbies s’activent..

Christophe NOISETTE, septembre 2014

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L’Ukraine deviendra-t-elle le nouvel Eldorado des OGM ? Des océans de terres fertiles, le grenier à grains de l’Europe, voilà de quoi faire fantasmer les plus grands vendeurs de matériel agricole, de semences et autres produits « phytosanitaires ». Et il est vrai que les manœuvres pour favoriser, dans un sens libéral, le business, ne datent pas d’hier. Décryptage des manœuvres récentes des multinationales...

Sommaire

OGM : rapprocher les législations ukrainienne et européenne
FMI, Banque Mondiale et multinationales : même combat ?
L’Ukraine à vendre ?

C’est un article publié par le journal en ligne RT.com (précédemment nommé Russia Today) qui a mis le feu aux poudres [1]. Il annonçait que le Fonds Monétaire International (FMI) conditionnerait son prêt de 17 millions de dollars à une ouverture de l’Ukraine aux plantes génétiquement modifiées (PGM). RT.com ne faisait, lui-même, que rapporter les propos de Frédéric Mousseau de l’Institut Oakland. Cet institut étasunien [2] avait publié un rapport en juillet 2014, intitulé « Walking on the West side The World Bank and The IMF In The Ukraine Conflict » [3] qui évoquait brièvement la question des OGM en ces termes : "Alors que l’Ukraine n’a pas autorisé l’usage des OGM en agriculture, l’article 404 de l’accord avec l’Union européenne, qui traite de l’agriculture, inclut une clause qui est passée généralement inaperçue : elle indique, entre autres, que les deux parties devront coopérer pour étendre l’usage des biotechnologies. Il ne fait aucun doute que cette disposition est conforme aux attentes de l’industrie agro-alimentaire. Comme l’a noté Michael Cox, directeur de la recherche pour la banque étasunienne d’investissement Piper Jaffray, l’Ukraine, et dans une plus large mesure l’Europe orientale, sont parmi les « marchés les plus prometteurs pour les vendeurs d’équipements agricoles comme le géant Deere aussi bien que pour les semenciers comme Monsanto ou Dupont ».
OGM : rapprocher les législations ukrainienne et européenne

Quel état d’esprit souligne cet article 404 ? L’accord d’association entre l’UE et l’Ukraine a été signé et publié au Journal officiel de la Communauté européenne. Et l’article 404 est rédigé de façon plus nuancée, ou du moins, moins caricaturale que ne le présentait le rapport cité plus haut. Cet article met sur le même plan le développement des agricultures biologique et biotechnologique : « La coopération entre les parties en matière d’agriculture et de développement rural porte notamment sur les domaines suivants : (...) c) l’encouragement de modes de production agricoles modernes et viables, qui respectent l’environnement et le bien-être des animaux, notamment le recours accru aux méthodes de production de l’agriculture biologique et l’utilisation des biotechnologies, entre autres par l’application des meilleures pratiques en la matière ». Et l’article suivant (405)

précise que « pour mener à bien la coopération décrite ci-dessus, sans préjudice des dispositions du titre IV (Commerce et questions liées au commerce) du présent accord, les parties soutiennent le rapprochement progressif du système ukrainien du droit et des normes réglementaires pertinents de l’UE ». Ce qu’on peut traduire par : l’Ukraine se dirige vers une réglementation des OGM proche de, voire identique à, celle de l’UE.

Certes, la réglementation européenne présente des faiblesses et des lacunes, mais ce n’est pas non plus une réglementation totalement laxiste, à l’instar de celle des États-Unis. Mais malgré nos directives et autres règlements, la question de la coexistence reste, dans l’Union européenne, problématique. La contamination de l’agriculture biologique et de l’apiculture par les plantes génétiquement modifiées (PGM) est documentée. Ainsi, vouloir ménager les deux types d’agriculture comme le suppose l’article 404 manifeste une croyance dans la capacité à gérer de façon efficace une double filière et au-delà, exprime une vision du monde dans laquelle les ressources humaines et financières ne seraient pas limitées. Le propre de la politique n’est-il pas de choisir entre plusieurs options, quitte à changer d’orientation si de nouveaux éléments nous y incitent ? Mais faire croire aux poules et aux renards qu’au nom de la liberté pour tous, ils peuvent vivre en harmonie dans un même lieu, nous semble être un discours très « politicien »… à mille lieux de ce qu’on peut nommer politique.
FMI, Banque Mondiale et multinationales : même combat ?

Cependant, les lobbies étasuniens s’activent depuis de nombreuses années pour adapter le cadre politique et économique de l’Ukraine à ses objectifs. Et cela se fait via un réseau d’influence et par des prêts du FMI et de la Banque mondiale qui, nous le montrerons par la suite, permettent d’influencer les politiques nationales au nom de la lutte contre la corruption ou la pauvreté.

Tout d’abord, il est manifeste que Monsanto a des vues sur les grandes plaines céréalières ukrainiennes. Ainsi, selon Reuters qui citait les propos de Vitaliy Fedchuk, un responsable de Monsanto dans ce pays [4], cette entreprise avait prévu, en mai 2013, d’investir 140 millions de dollars dans une usine de production de semences conventionnelles en Ukraine. S’il est incontestable que Monsanto ne vend pas que des OGM, mais aussi de nombreuses variétés hybrides de maïs, et qu’il est donc possible que dans un premier temps cette usine se consacre exclusivement à de telles semences, on peut imaginer que Monsanto profitera de son implantation géographique pour favoriser sa technologie brevetée par des actions de lobbying ou, comme cela s’est déjà produit dans d’autres pays, par la dissémination discrète de ses semences qu’il offrira à des agriculteurs favorables aux biotechnologies. Des grands propriétaires terriens se sont déjà prononcés pour l’autorisation des OGM.

Le lobbying pro-OGM s’exerce donc de l’intérieur comme de l’extérieur. En novembre 2013, l’agence d’information russe Interfax [5] précisait que six grandes organisations agricoles ukrainiennes, dont l’Ukrainian Grain Association (UGA), avaient écrit aux responsables politiques nationaux ukrainiens en vue de faire adopter des amendements au projet de loi sur la biosécurité, amendements destinés à rendre l’expérimentation et la culture des PGM possibles.

Du côté étasunien, les discussions commerciales avec l’Ukraine sont notamment engagées via le Conseil pour le commerce US – Ukraine (U.S.-Ukraine Business Council (US-UBC) [6]. Cette « association sans but lucratif pour le commerce » (non profit trade association) est très proche des entreprises de l’agro-alimentaire, dont certaines sont déjà bien implantées en Ukraine. En mars 2014, l’US-UBC était dirigée par Morgan Williams, un des directeurs de SigmaBleyzer, entreprise ayant intégré, à hauteur de 62%, le capital de l’entreprise française AgroGeneration, laquelle possède 120 00 hectares de terres agricoles en Ukraine. AgroGeneration est l’un des cinq premiers producteurs de céréales et d’oléagineux du pays [7].
D’une façon plus générale, l’US-UBC est, sans grande surprise, tête de pont de l’agro-industrie étasunienne. Son Comité exécutif inclut des représentants de grandes entreprises de Monsanto, John Deere, DuPont Pioneer, Eli Lilly, et Cargill. Et parmi la vingtaine de consultants principaux, notons l’ex ambassadeur d’Ukraine aux Etats-Unis, Oleh Shamshur, un des principaux conseillers de PBN Hill + Knowlton Strategies (H+K), une entreprise de relations publiques présente en Russie, Ukraine et Kazakhstan. H+K est une filiale du groupe WPP qui possède notamment Burson-Marsteller qui gère, notamment, les relations publiques de Monsanto en Argentine. Et la boucle est bouclée : Oksana Monastyrska qui s’occupe, chez H+K, notamment des affaires de Monsanto [8], était précédemment responsable « finance » de la Banque mondiale (World Bank’s International Finance Corporation (IFC)). Elle a aussi travaillé à l’USAID. Ce système des « portes tournantes » n’est pas l’apanage de Monsanto : une petite élite, liée aux entreprises multinationales, navigue constamment entre leurs entreprises et les grandes organisations internationales, d’où ils influencent les politiques.
L’Ukraine à vendre ?

Or le FMI et la Banque mondiale ont, à plusieurs reprises et encore récemment en 2014 (les fameux 17 millions de dollars évoqués précédemment), conditionné leur prêt à des « améliorations » du système économique ukrainienne : mesures d’austérité, réduction drastique des déficits budgétaires, réforme du système bancaire, réforme de la gestion de la propriété foncière [9]. Ceci n’est pas non plus une grande surprise. Les politiques d’ajustement structurel mises en place par le FMI datent de plusieurs décennies et de nombreux pays du « Sud » en ont subi les conséquences sociales dramatiques. Mais ce genre de « deal » est la base des discussions avec le FMI. La Banque mondiale avait par exemple initié en 2012, via son outil financier le International Financial Corporation, un projet (« Investment Climate advisory Services Project »), dont le but était d’optimiser le commerce lié à l’agriculture en rationalisant ou en éliminant 58 procédures et pratiques différentes d’ici à 2015. En d’autres termes, supprimer les normes trop peu favorables au commerce.

Si l’Ukraine maintient encore une ligne plutôt européenne en matière de gestion des OGM, elle ne semble pas en mesure de résister aux multinationales qui voient, en elle, un immense concurrent agricole… concurrent qu’elles comptent bien mettre à bas d’une façon ou d’une autre.

[1] « Monsanto in Ukraine : IMF loan for Ukraine may give GMO giant a backdoor into EU », RT, 30 août 2014, http://rt.com/op-edge/183956-gmo-ukraine-monsanto-imf/

[2] fondé en 2004 par le co-directeur de Food First, une ONG qui a pour mission « d’éliminer les injustices responsables de la faim dans le monde »

[3] http://www.oaklandinstitute.org/walking-west-side-world-bank-and-imf-u...

[4] « Monsanto plans $140 mln Ukraine non-GM corn seed plant », Reuters, 24 mai 2013, http://www.reuters.com/article/2013/05/24/monsanto-ukraine-idUSL5N0E51...

[5] « Agrarian associations initiate legalization of GM seeds in Ukraine », Interfax, 5 novembre 2013, http://en.interfax.com.ua/news/press-conference/173536.htm

[6] http://www.usubc.org

[7] http://www.boursier.com/actions/actualites/news/agrogeneration-sigmabl...

[8] http://pbn-hkstrategies.com/en/Leadership

[9] La Banque mondiale a aussi accordé un prêt de 89 millions de dollars pour un projet intitulé « Ukraine rural land Titling and Cadastre development Project » qui a conduit à une plus grande facilité d’appropriation par les investisseurs étrangers des terres ukrainiennes

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
    ... lire la suite

  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).