Bolotov et les combattant de la république de Lougansk sont des gens bien Le journaliste ukrainien Rouslan Kotsaba (112 Kanal) témoigne :

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« A Lougansk, tout le monde se prépare à la fin de la trêve, le 27 juin. Et tout le monde se prépare à une guerre à plein régime et malheureusement, des milliers de gens peuvent périr. Pour autant que je comprenne, je peux dire que Lougansk est deux fois mieux armée, il y a là bas des combattants aguerris et la motivation y est aussi. »

Un journaliste doit offrir une information qui tient compte des deux côtés. Et je suis allé à Lougansk. En fin de compte, la soi-disant république populaire de Lougansk m’a accrédité. Et j’étais là bas le seul journaliste ukrainien. Mais que l’on m’ait accrédité signifie que les gens veulent établir un contact – la direction de la RPL. Pourquoi ne pas utiliser une telle possibilité ? Et je m’adresse à mes collègues des autres chaînes, il faut y aller, et tourner ses propres sujets.

On peut filmer ces sujets, montrer ces séparatistes. Mais dans le mot de séparatiste, il n’y a rien de mal. Separa – c’est la séparation. Ils sont pour la séparation, mais pas de l’Ukraine, de Kiev. Et les représentants de la EPL utilisent eux-mêmes le mot séparatiste comme une plaisanterie, genre - tiens , voilà un séparatiste qui passe.

J’ai beaucoup changé mon point de vue. Selon la conception de Lougansk, je suis un pravosek (un Secteur droit) typique, je suis d’Ivano-Frankovsk, j’ai fait mon travail de journaliste dès les premiers jours à Maïdan. Et là, je tombe dans l’antre même du séparatisme. Et de plus, d’une manière pas ordinaire. Je me préparais à une interview du soi-disant premier ministre de la RPL, monsieur Nikitine, et voilà qu’on déclare une alerte aérienne. J’étais à ce moment-là dans le bâtiment de l’Administration Régionale de Lougansk. J’ai attrapé mes affaires et couru là où tous couraient. Ils couraient dans la cave.

Vous pouvez vous représenter, quand je suis arrivé dans la cave, Bolotov et Nikitine et tous les combattants s’y tenaient avec moi. Tous attendaient le commandement « repos » de l’alerte aérienne. Et j’ai pu observer tous ces gens pendant une demi heure dans une situation pas banale, très nerveuse. Réellement, ce sont des gens bien. Réellement, parmi eux, il n’y a aucun Tchétchène. Ils sont motivés. Et le plus terrible, c’est qu’ils ne déposeront pas les armes en réponse aux promesses du pouvoir, ils mourront plutôt avec elles. Ils comprennent qu’ils ont commis un crime contre le pouvoir et probablement, se défendront à coups de fusil. Mais par ailleurs, ce sont tous des gens du cru.

Quelle est leur motivation ? Ils ont leur genre de Maïdan. Maintenant, c’est déjà la guerre, mais cela a commencé comme Maïdan. Ils voulaient se séparer de Kiev, qui réclame seulement des impôts, parfois la ressource humaine, les voix des électeurs, et les abandonne ensuite avec leurs problèmes écologiques, économiques. Et quand j’ai parlé avec ces gens, ils m’ont raconté qu’ils n’étaient pas contre l’Ukraine, ils sont pour l’Ukraine, mais pour Lougansk. Parce qu’à Kiev, tout le monde s’en est mis plein la lampe. Et si désagréable que cela leur soit à entendre, ce sont eux, les politiciens de Kiev, qui ont provoqué ce massacre. Ce fratricide.

Honnêtement, je dois dire que je suis en état de choc. Il faut quand même en avoir l’idée, d’utiliser au XXIème siècle une arme aveugle, un lance-mines, ou des fusées depuis un avion,. Mais ce n’est pas une arme exacte, elle fait beaucoup d’erreurs. La population civile meurt. Ce sont des héros, de ce côté comme de l’autre. Pour les hommes, c’est un acte que de donner sa vie pour une idée. C’est de très haute valeur, et rien que pour cela, il faudrait parler avec eux. Mais que vient faire là la population civile ? Que viennent faire là les journalistes paisibles ? Par mes yeux regardent des centaines de milliers de gens. Je prends aussi des risques, mais je n’aimerais pas en prendre au point de ne plus voir mes deux petites filles, ma femme, ma mère. Et quand deux journalistes russes sont morts et que je lis sur Internet que c’est bien fait pour eux… D’où vient cette haine ? Ils remplissaient leurs obligations. Et ils n’ont été sauvés ni par leur gilet pare-balles ni par leurs casques. Ils ont été tués par le feu des lance-mines. C’est quand à l’autre bout, un type « bourre le tube » et ne voit même pas où ça tombe. C’est la chose la plus terrible, une arme aveugle…

Il y a pourtant des snipers, des groupes spécialement entraînés… Pourquoi « balancer » des mobilisés, ou ceux qui sont pour une idée. J’ai filmé « Aïdar », ils sont très bien préparés, mais ce sont de nouvelles recrues. Comment peut-on les jeter contre des professionnels ? Parce que chez ces gens de Lougansk, on sent une stature d’officier. Et pendant le bombardement de Lougansk, aucun militaire n’a péri. Seulement des civils : 12 personnes. C’est affreux. Mais le plus tragique est que tout ce temps, j’étais le seul journaliste ukrainien accrédité. On trompe vraiment les gens, comme par exemple, avec ce conditionneur sur le bâtiment de l’administration régionale de Lougansk.

« En janvier, nous avons aussi, à Ivano-Frankovsk, construit des barricades. Et si alors, devant l’immeuble de l’administration régionale, était tombée une bombe, si l’on avait alors utilisé contre nous une arme, je vous dirai franchement que nous aurions aussi commencé à fonder une république populaire de l’Ukraine occidentale » a raconté Rouslan Kotsaba.

Trad. Laurence Guillon

Voir en ligne : Traduction de Laurence Guillon

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