Le voyage de danielle et marianne

Après la halte à Odessa, nous repartons…

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 2%

Hier journée passionnante, mais épuisante, nous avons emmagasiné beaucoup de matériel. Nous avons avec le dernier témoignage recueilli hier, celui d’un Odessite tranquille qui a accepté de nous raconter sous son nom, à visage découvert des événements du 2 mai auxquels il a participé une autre perception de ce qui s’est passé et se passe réellement dans cette ville. En gros il nous décrit une entente entre Odessite, des discussions entre ceux qui étaient partisans du Maïdan et les Antimaïdan, des gardes en commun pour la sécurité de la ville et là-dessus l’intrusion du fascisme, de la violence, le choc que cela a provoqué et provoque encore dans cette population qui a l’habitude des coexistences et des négociations. Après il y a eu la rencontre avec les camarades du KPU, le secrétaire régional un homme combattif, direct, n’éludant aucune de nos questions. Il revenait de la journée de Minsk, la réunion de tous les partis communistes de l’ex-Union Soviétique. C’est peu dire que de décrire deux heures de révélations et d’optimisme de la part de ces lutteurs. A la chute de l’Union soviétique, ils ont du tout arracher, à l’image de cette statue en bronze de Lénine qui est dans leur cour, elle pèse deux tonnes. Elle était dans une cour d’école, ils s’en sont emparés, l’ont enterrées dans un jardin et y ont semé des fleurs dessus, jusqu’à ce qu’ils puissent envisager de la transporter dans cette cour.

Loin d’être abattu par la situation, à la veille d’un jugement qui doit statuer sur leur intervention, ils sont plein d’humour, très Odéssites. Quand nous les interrogeons sur le Donbass, ils nous disent que la premier travail des gens des deux républiques a été de suspendre les partis existants en Ukraine, y compris le leur. Au point que quand un député communiste de la région a prétendu rentrer chez lui, ils l’ont forcé à aller à pied et ont conservé sa voiture. Mais qu’on ne se fasse pas d’illusion, il y a partout des communistes et au Donbass plus qu’ailleurs. Un type d’extrême-droite est venu, écoeuré il est reparti à Moscou en déclarant « ces gens là sont trop soviétique à mon goût ! » D’ailleurs, les gens de Lugansk ont décidé récemment qu’il préférait un drapeau avec l’étoile rouge qu’avec l’aigle à deux têtes… Ils ont leur ligne, indépendante de celle du KPU, nous nous regrettons la scission et nous nous battons pour la paix. Et ils répétent, partout il y a des communistes, partout ils se battent et ceux du Donbass sont là comme nous nous sommes à Odessa.

Nos diverses rencontres nous ont permis, entre autres, de confirmer la pertinence de notre choix, Odessa, mais aussi la Moldavie, la Transnistrie, la Gagaouzie… . L’intervention de l’occident en Ukraine a produit une sorte de séisme et si les communistes du KPU se battent pour empêcher que ce pays disparaisse ou soit réduit à la portion congrue, ils savent aussi que là où le sang a coulé il est difficile de recréer l’unité, de recoller la mosaïque de nations et de peuples qu’étaient l’Ukraine quand un nationalisme imbécile est devenue la bannière des pillards oligarques soumis aux USA et à l’UE.

Au siège du KPU, nous avons retrouvé notre minuscule Vera, elle se chargeait de toutes les brochures possibles et imaginables. Elle rentre dans son village en train et elle les donne à tous les voyageurs, en leur recommandant de les lire… Sans crainte des fascistes, qui pourrait faire du mal à Véra ?… Elle les distribue aussi dans son village, elle affiche les portraits de ceux qui sont morts… Ce sont des communistes dit-elle des membres de Bortotba, nous sommes tous ensemble…

Dans la soirée, nous avons diné avec notre Odessite tranquille qui a poursuivi son récit qui a fait le pari de la survie d’Odessa. Nous étions dans le restaurant juif de notre rue (la rue des petits albanais qui est parait-il la rue de la contrebande). et à la table à côté, il y avait deux juifs portant kippa. Nous lui avons demandé s’il n’y avait pas de problème pour continuer son récit ici ? Il nous a raconté deux choses : la première était qu’au début octobre 2014, le Conseil Municipal d’Odessa a rassemblé les représentants des diverses diasporas, c’est -à-dire les gens venus de toute l’ex-Union soviétique et qui s’étaient installés là. Lui représentait les Belarusses.Il y a avait les représentants des Polonais, des Tchèques, des Juifs, des Moldaves, des Gagaouzes, etc… Une organisation intitulée « nous sommes tous des Odessites » a proposé de tourner un clip vidéo, sur le thème Odessa c’est l’Ukraine, dans lequel nous apparaîtrions tous pour dire ce slogan. Lui qui avait entendu le dit slogan crié par les fascistes lors des événements du 2 mai,a calmement dit son refus d’un tel projet qui a ses yeux ne correspondait pas à ce qui était l’union véritable du peuple ukrainien. Il a proposé un changement de scénario : l’Union naîtrait de la dénonciation commune du fascisme qui avait tué à Odessa et continuait à tuer sur le reste du territoire. Et il a ajouté qu’en tant que représentant des Belarusses, il ne participerait pas. Les autres représentants l’ont soutenu. Pour lui Odessa c’est ça. Ce n’est pas parce qu’il y a Kolomojeski qui est une ordure qui se prend pour Hitler que nous allons tomber dans l’antisémitisme… Et il nous a raconté une autre anecdote. Il y a eu récemment le piratage d’une conversation entre l’ambassadeur d’Israêl etle responsable de la communauté juive , l’ambassadeur expliquait que Kolomojeski était un danger, qu’il fallait prendre ses distances avec lui. Cela était passé sur yotube. La thèse de notre interlocuteur était que tous les Odéssites qu’ils soient pro-maïdan ou anti-maïdan était de refuser le fascisme à quelques rares exceptions prêts qui sont connus et qui ne représentent qu’eux-mêmes et tiennent par la terreur qu’ils inspirent, les lois liberticides de ce gouvernement.

Il est difficile d’aller plus loin dans le compte rendu puisque à 9 heures nous quittons Odessa, retour vers la Moldavie. donc journée de transport, et probablement des journées qui suivront tout aussi denses.Nous pensons passer deux jours en Transnistrie et deux autres jours en Gagaouzie et en Bessarabie.

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La plupart des matériaux que nous ne cessons d’accumuler et qui je dois le dire nous donne une tout autre version de ce qui est en train de se passer dans les zones post-soviétiques, un processus historique, donnera lieu à exploitation à notre retour. mais nous poursuivrons les croquis de voyage en attendant une réflexion plus élaborée. C’est fou la chance dont nous avons bénéficié.. Des gens admirables nous ont accueilles, créant autour de nous un confort total alors qu’eux-mêmes sont menacés, vivent dans l’angoisse, ils ont multiplié les contacts tant ils sont désireux de rétablir les faits, de nouer des alliances, d’oeuvrer ensemble pour la paix et contre le fascisme…

Odessa a été cette grande leçon de revendication au vivre ensemble, une leçon de courage, de dignité et d’ouverture d’esprit… je n’en attendais pas moins de la patrie de mon cher Isaac Babel et de ses merveilleux conte d’Odessa. C’est aussi à sa rencontre que je suis partie…

Danielle et Marianne

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    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

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    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).