URSS, notre Patrie qui s’en est allée… pour revenir

, par  communistes , popularité : 3%

Encore un texte important qui vient de Russie et ne manque pas de s’interroger sur les raisons de la fin de l’URSS. Après avoir attendu, espéré, et fait le constat d’avoir perdu une sorte de paradis, un grand nombre de Russes et de peuples de l’ex-URSS veulent comprendre ce qui s’est passé. Si jusqu’ici une torpeur résignée semblait dominer, les communistes face au mécontentement populaire poursuivent l’analyse et refusent cette résignation à un coup d’État illégal. Ce qui est passionnant est la richesse théorique et politique des analyses sur ce qui a pu provoquer l’échec temporaire d’une révolution qui a duré soixante et dix ans et a changé définitivement la Russie et même la face du monde. Il a fallu attaquer la centralité, mettre à la tête du parti des liquidateurs et cette destruction n’a pas concerné que l’URSS et le capitalisme, un vampire a pu s’abreuver de sang frais qui l’a fait survivre à sa crise pour un temps. L’auteur, un responsable communiste n’a pas connu l’URSS, il a trente ans. (note de Danielle Bleitrach et traduction de Marianne Dunlop)

https://gazeta-pravda.ru/issue/29-31089-2324-marta-2021-goda/rodina-ushedshaya-chtoby-vernutsya/

Auteur : Denis PARFYONOV, secrétaire du comité municipal de Moscou du Parti communiste de la Fédération de Russie pour l’agitation et la propagande, député de la Douma d’Etat.

Pratiquement pas une seule conversation sérieuse sur la politique, l’économie ou le sort de la patrie n’est complète sans qu’il soit nécessaire au moins d’évoquer les raisons de la destruction du pouvoir soviétique et de la destruction de l’URSS. Tant de choses ont déjà été écrites et dites sur l’époque où le grand État soviétique apparemment inébranlable et éternel a perdu sa stabilité en peu de temps, puis a cessé d’exister. Et pourtant, encore et toujours, ce sujet implique de revenir sur son interprétation. Sans compter que cette année marquera le 30e anniversaire d’août et décembre 1991.

L’auteur de ces lignes a le même âge que ces événements tragiques.

L’année de sa naissance, 1987, Mikhaïl Gorbatchev a lu son rapport au Plenum de janvier du CC du PCUS “Sur la perestroïka et la politique des cadres dans le Parti”. C’est de là qu’est partie l’offensive décisive des partisans du capitalisme, déjà profondément enracinés dans la direction du pays, contre le système socialiste dans le but de le détruire.

Une question qui tourmente le cœur

Tous ceux qui sont nés à la fin des années 80 étaient encore trop jeunes pour prendre conscience des événements qui se déroulaient sous leurs yeux. Cependant, c’est là que les événements se sont précipités. La Glasnost (transparence) et la liberté des médias ont été utilisés non pas pour établir des canaux de rétroaction entre les autorités et le peuple, mais pour le dénigrement le plus vil du parti au pouvoir – le PCUS et de tout le système soviétique, pour saper les fondements idéologiques et moraux de la société.

La coopération et l’activité commerciale ne sont pas devenues un outil de création de sources de croissance économique, mais ont servi à légaliser l’économie parallèle (c’est-à-dire criminelle) qui croissait rapidement, condition nécessaire pour préparer l’accumulation initiale de capital prédatrice, sans laquelle il est impossible de créer la future classe dirigeante – la bourgeoisie.

L’introduction d’un système multipartite sous prétexte d’introduire la diversité politique a été réalisée comme un élément nécessaire pour que les partisans du capitalisme éliminent le rôle dirigeant et organisateur du PCUS, qui à ce moment-là n’était pas seulement un parti, mais l’élément central de l’ensemble du système d’administration étatique et politique.

Tout cela et bien plus encore a préparé le pays à l’acte principal d’une tragédie incroyable dans son ampleur, dépassant à bien des égards même les horreurs de la Seconde Guerre mondiale – le coup d’État contre-révolutionnaire de 1991-1993, marqué par la destruction de l’URSS en tant qu’État et le socialisme en tant que système social en Russie et dans d’autres pays alliés, dans les républiques soviétiques.

Tout le monde n’a pas réalisé pendant ces années que le but ultime de ces actions était d’intégrer notre pays dans l’économie capitaliste mondiale en tant qu’État dépendant fournisseur de matière première. Le capitalisme connaissait une crise profonde depuis les années 1970 menaçant sérieusement de déséquilibrer tout le système de l’impérialisme mondial. Néanmoins, les pays dits développés disposaient d’une marge de sécurité suffisante pour tenir jusqu’à la mort de l’Union soviétique, qui leur permit de se renforcer considérablement, se régalant des restes de la puissance assassinée. Le pillage sans précédent des biens publics par un groupe restreint d’individus – l’oligarchie russe naissante et ses protecteurs des gouvernements occidentaux et des multinationales – a contribué à faire revivre le monde occidental comme un vampire qui pouvait enfin s’abreuver de sang frais.

Cette prolongation de l’existence du capitalisme a coûté incroyablement cher à notre peuple. D’innombrables catastrophes se sont abattues sur nos compatriotes comme d’une corne d’abondance : l’anéantissement de plus de 20 millions de personnes ; une pauvreté incroyable, cruelle et humiliante ; la perte de territoires ; la ruine de dizaines de milliers d’entreprises, la destruction d’industries entières et des chaînes technologiques les plus complexes ; la mort des écoles scientifiques et des systèmes de formation ; l’affaiblissement des capacités de défense ; les dégâts dans l’éducation et la santé ; la privation de la plupart des alliés sur la scène mondiale et bien plus encore. En fait, la plupart des plans non réalisés d’Hitler pour l’occupation des terres de l’Est ont été mis en œuvre !

Et inévitablement, encore et encore, la même question se pose : comment cela a-t-il pu arriver ? Car la dégradation des forces autrefois puissantes de la Russie se poursuit toujours, l’extinction accélérée de son peuple (et en premier lieu le peuple russe formant la base du pays), l’économie stagne, des « réformes » destructrices de la sphère sociale sont en cours…

Il serait trop présomptueux dans un article d’essayer de donner une réponse exhaustive à cette question extrêmement large, qui nécessite non seulement la rédaction de nombreuses thèses de doctorat, mais même le travail d’instituts entiers. Néanmoins, l’auteur estime qu’il est nécessaire de prêter attention à certains points au moins schématiquement.

La dégénérescence interne du PCUS

Le premier et probablement le principal est la dégénérescence interne du PCUS. Il est triste de l’admettre, mais à un certain moment dans le parti au pouvoir en Union soviétique, la tendance à perdre son caractère communiste a commencé à prévaloir. Apparemment, les efforts énormes entrepris par tout le système d’éducation nationale ainsi que l’éducation sociale à travers la participation à des organisations collectivistes, le gigantesque travail désintéressé pour l’instruction de tous, la formation de la culture soviétique et le soutien aux valeurs primordiales de notre peuple, la justice, le respect du travail, l’entraide, etc. toutes les forces et ressources jetées en URSS pour créer un homme nouveau avec un type de pensée différent, communiste – tout cela n’a pas suffi pour surmonter l’étroitesse de la cupidité et de l’égoïsme, qui se transmet depuis des siècles de génération en génération,le côté philistin et petit-bourgeois de la psychologie humaine, la façon de penser à l’ère des relations humaines fondées sur la propriété privée.

Cette psychologie, ce type de pensée archaïque profondément enraciné dans l’institution de la famille et dans toute la structure sociale, qui semblait reculer au cours des grands exploits ouvriers et militaires de l’ère de l’industrialisation et de la collectivisation accélérées, les étonnants succès économiques du premier plans quinquennaux, l’héroïsme des années de guerre, du sacrifice de soi et du courage, de la volonté de défendre ses camarades – ce type de pensée, que l’on croyait disparu dans le passé avec le capitalisme, a recommencé à empoisonner la société soviétique avec les miasmes de la décomposition petite-bourgeoise.

Les petits instincts de propriété privée ont commencé de jour en jour à gagner de plus en plus de place dans les relations entre les gens, faisant dépérir les pousses de la nouvelle société. La déclaration de Marx selon laquelle les idées deviennent une force matérielle lorsqu’elles prennent possession des masses est pleinement applicable non seulement aux idées de révolution, mais aussi aux idées contre-révolutionnaires.

Le facteur de conscience est subjectif. Cependant, lorsque la conscience a déjà été formée et commence à influencer directement le comportement des gens, leur activité économique, politique, idéologique et leur lutte, alors la conscience agit en fait comme un facteur matériel, c’est-à-dire objectif. Cette étrange dualité dialectique de la vie sociale et de la conscience sociale a abouti dans la réalité soviétique à ce que des masses importantes de personnes se laissent gagner par des idées de nature non communiste.

Des personnes porteuses d’une telle psychologie ont progressivement infiltré les rangs du parti bolchevique. Pire encore, elles ont infiltré sa direction ! Un rôle vraiment fatal dans le sort du pays a été joué par la trahison de Gorbatchev avec ses complices, puis par Eltsine.

À un certain moment, selon les mêmes lois de la dialectique, la croissance du nombre de « communistes de nom seulement » a conduit à l’émergence d’un état qualitatif différent du parti : il a de plus en plus cessé d’être communiste. Cela est confirmé de manière flagrante, entre autres, par le fait qu’en 1990, lors du 28e Congrès du PCUS, la plate-forme marxiste du parti a reçu environ un tiers des voix des délégués. Je le répète, la plateforme marxiste du PCUS a reçu une minorité de voix, c’est-à-dire qu’elle n’a pas été soutenue par le parti ! Mais un parti qui perd son caractère communiste ne peut pas conduire la société au communisme. Et comme il n’y a que deux voies – vers une nouvelle société communiste plus parfaite ou le retour au capitalisme, il devient clair que la dégénérescence interne du PCUS a condamné l’URSS à mort.

Dans une large mesure, cela explique pourquoi les énormes masses de plusieurs millions de membres du parti (environ 18 millions de communistes ordinaires dans toute l’Union soviétique et environ un million à Moscou seulement) ne sont pas sorties d’une seule impulsion pour défendre le pouvoir soviétique lorsque cela était devenu nécessaire.

Laissées pratiquement sans dirigeants, sans pouvoir organisateur, dépourvues des compétences, des connaissances et de l’expérience, des moyens et des ressources nécessaires à l’auto-organisation, les principales organisations du parti étaient perdues et incapables de se repérer dans une situation complexe et contradictoire. De grandes masses de gens n’étaient pas prêtes à résister à l’endoctrinement intensif par les médias et à l’hystérie antisoviétique la plus démente organisée par les ennemis du socialisme dans les dernières années de l’existence de l’URSS.

Les communistes ordinaires, qui, sans aucun doute, restaient assez sincères dans leur désir de profiter à la société et d’avancer vers un avenir meilleur, n’étaient pas prêts à assumer massivement le nouveau rôle, déjà largement oublié pour eux, de soldats de la révolution et à combattre les forces de réaction, qui repoussèrent rapidement la société dans les ténèbres capitalistes. Bien que, dans le même temps, beaucoup osaient encore cette bataille inégale à ce moment-là. Les événements d’août – septembre – octobre 1993 le confirment. Ce n’est pas pour rien que le Parti communiste de la Fédération de Russie et les organisations patriotiques de gauche, ainsi que le Comité de la mémoire, honorent l’exploit des défenseurs de la Maison des Soviets, en organisant un défilé et des rassemblements tous les 4 octobre de chaque année.

La saignée de la guerre

La deuxième raison, étroitement liée à la première, ce sont les pertes énormes que notre pays et notre parti ont subies pendant la Grande Guerre patriotique.

Le Parti communiste de toute l’Union (bolchevik) était un parti de combat, et le seul privilège d’un communiste était d’être le premier à se lancer à l’attaque et d’être le premier à recevoir une balle ou un fragment d’obus ennemi. Trois millions de nos meilleurs camarades, membres du parti, ont laissé leur vie sur les fronts de guerre. Cela a dans une large mesure contribué à l’interruption d’une sorte de « tradition révolutionnaire » au sein du parti, lorsque le changement de génération et l’héritage des savoirs et des méthodes de travail se sont faits trop rapidement et trop cruellement – avec la perte d’une grande partie de personnes qui n’ont jamais pu contribuer à la construction communiste simplement parce qu’elles ont dû donner leur vie pour la possibilité même de continuer cette construction, pour sauver de la destruction physique le pays qui avait été le premier à réaliser la révolution socialiste.

Lorsque, parmi les 27 millions de fils et de filles de notre patrie, trois millions des personnes les plus courageuses, les plus fidèles et les plus dévouées sont tombées au combat, cela ne pouvait que nuire à la qualité future du gouvernement. La perte instantanée d’un grand nombre de communistes était trop grande.

Le résultat du XXe Congrès

Troisièmement. La dénonciation du culte de la personnalité de Staline. Le 20e Congrès du PCUS a été une étape importante et extrêmement destructrice dans l’histoire du parti et du pays.

L’histoire est le résultat des actions de millions de personnes, mais le facteur leadership est d’une grande importance. C’est le chef et son entourage immédiat qui donnent forme à la formation et au développement de la société, qui se compose des efforts de tout le peuple.

Le facteur de leadership devient encore plus important avec le début de l’ère impérialiste. “Le domaine de la régulation consciente se développe énormément <…>, dans ce contexte, la responsabilité économique nationale de quelques personnalités de premier plan s’accroît également énormément”, V.I. Lénine.

Les monopoles ont créé une situation dans laquelle un nombre limité d’organisations et leurs dirigeants peuvent avoir un impact significatif sur l’économie et la société dans son ensemble. Cette situation, constituée déjà sous le capitalisme, persiste au stade de la construction du socialisme, qui exige le rôle d’avant-garde et de guide du parti révolutionnaire en tant qu’instrument politique de la classe ouvrière. Et par conséquent, l’importance du facteur leadership, c’est-à-dire de la haute direction d’un tel parti, de ses dirigeants, augmente également.

L’URSS stalinienne ne peut probablement être considérée comme un État idéal, bien que la manière dont elle a été construite indique qu’elle s’y est efforcée de toutes les manières possibles. Sous Staline, une machine d’État suffisamment efficace a été créée, qui en même temps a créé et affirmé un nouvel ordre de vie socialiste, a résolu toutes les questions dans l’intérêt de la majorité : assurer la sécurité nationale, la croissance progressive du niveau de vie et de la qualité de vie de la population, le développement rapide de l’éducation et de la science, la croissance explosive de l’économie, la création des armes nucléaires, etc. Ces réalisations sont bien connues.

Tous ces succès ont été possibles grâce à l’énorme travail de millions de personnes sous la direction du Parti bolchevique, de ses dirigeants et personnellement de Staline. Les réalisations du socialisme sont devenues une réalité du fait que la société a mis en avant de ses rangs toute une galaxie de grands révolutionnaires, dirigeants et créateurs du nouveau monde, et les dirigeants, étant un produit de leur époque, sont restés avec la société dans une unité indissoluble, assurant la parenté des intérêts, l’intégrité des relations entre les gouvernants et les gouvernés, l’unité d’action entre l’« élite » et le peuple. C’est pourquoi les opposants de classe au communisme – l’oligarchie et ses sbires – tentent désormais de ternir le nom de Staline, de diaboliser son époque, en utilisant des spéculations déjà éculées autour des répressions.

Hélas, ce sont les résultats du 20e Congrès du PCUS qui ont rendu le plus grand service à la bourgeoisie en discréditant l’URSS, le système socialiste et ses dirigeants. Démystifier le soi-disant culte de la personnalité n’était pas seulement un coup dur pour la personnalité de Staline, mais a également causé des dommages colossaux à l’autorité morale des transformations socialistes. Au lieu d’essayer de comprendre toutes les complexités et contradictions de l’exploit laborieux du parti et du peuple dans la construction pionnière d’une nouvelle société, l’orientation a été prise vers une critique aveugle de Staline, ce qui signifiait en fait traîner dans la boue non seulement le nom du grand homme, mais aussi à bien des égards dénigrer tout le système soviétique.

Cela a sapé et brisé la fermeté de la mise en œuvre de la ligne du parti, a contribué à la désorientation politique d’un grand nombre de communistes sincères. En fait, les fondements de la légitimité de l’existence du socialisme en URSS ont été sapés, la continuité du chemin vers la construction du socialisme et du communisme a été perturbée, ce qui est en soi monstrueux.

Dans le même temps, on ne peut manquer de mentionner le livre de l’historien américain GroverFurr « Une infamie antistalinienne » publié en 2007à Moscou (en français Khrouchtchev a menti, ed. Delga 2014) où il prouve que sur 61 accusations que Khrouchtchev mettait en avant dans son rapport secret, il n’y en a pas une seule véridique ! Ainsi, ce qu’on a appelé la démystification du culte de la personnalité est passé de la « correction des erreurs » à un sabotage idéologique ciblé.

Erreurs et sabotage

Quatrièmement. La question des erreurs élémentaires qui ont été inévitablement commises dans le gouvernement du pays pionnier lors de la construction du socialisme est extrêmement controversée.

Bien sûr, certaines erreurs étaient objectivement inévitables. Et un exemple frappant de l’existence de telles erreurs et de leur compréhension réfléchie, le travail sur leur correction est l’article bien connu de Staline”Vertiges du succès”. Mais il y avait aussi certaines erreurs que l’on peut difficilement appeler simplement des erreurs de calcul, des excès, des défauts.

Un exemple serait la question des stations de machines-tracteurs. Staline a noté qu’il est nécessaire de renouveler le parc d’équipement tous les 6 à 8 ans en raison de son obsolescence. Et ce sont des dépenses gigantesques, qu’aucune ferme collective ne peut couvrir. Seul l’État pouvait le faire. Mais la direction Khrouchtchévienne ne s’est pas souciée de ces instructions claires et a transféré les MTS aux fermes collectives, les entraînant dans des pertes gigantesques, et les MTS elles-mêmes sont rapidement tombées en décomposition, l’équipement a commencé à disparaître sans entretien approprié et a presque cessé d’être renouvelé.

Suite à ces actions et à d’autres similaires, la production agricole a rencontré de grandes difficultés et l’achat de denrées alimentaires à l’étranger a commencé. Qu’est-ce que c’était – une erreur ou un sabotage délibéré, une atteinte à la cause de la construction du socialisme, un jeu avec les forces externes et internes de la contre-révolution ?

En politique, vous arrêtez de croire aux coïncidences. En règle générale, il y a certaines forces derrière tout événement, ou du moins elles feront tout pour profiter de cet événement. Qui peut donner à l’ennemi un prétexte pour utiliser des conséquences indésirables,contre la possibilité desquelles il a été mis en garde ? Seulement un ennemi caché ou déclaré du peuple.

Un environnement hostile

Cinquièmement. Bien sûr, on ne peut pas nier l’activité vigoureuse des ennemis extérieurs. Dès sa création, la Russie soviétique a été soumise à une intervention étrangère intense, dans le but de mener à bien la contre-révolution et l’asservissement de notre pays. C’est ainsi que 14 puissances étrangères ont envahi son territoire, et les forces du mouvement blanc ont agi en complices et en laquais des envahisseurs étrangers. Seule la ligne décisive du parti bolchevique de mobiliser toutes les forces et ressources pour défendre la patrie, le soutien de la population, la solidarité du prolétariat mondial et un certain nombre d’autres facteurs ont permis d’organiser la défense de la patrie socialiste et de préserver les idéaux de la révolution socialiste.

Mais après leur défaite, les impérialistes ne se sont pas calmés et ont enfermé la Terre des Soviets dans un blocus de crédit, qui ne s’est affaibli que grâce à la Grande Dépression. Après l’escalade des régimes fascistes en Europe, les pays occidentaux ont fait tout ce qui était en leur pouvoir pour pousser l’Allemagne nazie vers l’Est.

Il ne fait aucun doute que les appétits expansionnistes des nazis les auraient de toute façon conduits à attaquer l’URSS, mais la Grande-Bretagne, la France, les États-Unis et d’autres pays les ont constamment encouragés. Après le triomphe de la Grande Victoire, les anciens alliés de la coalition antihitlérienne ont rapidement tourné leurs armes vers l’Union soviétique. La démonstration de la puissance militaire lors des bombardements atomiques américains d’Hiroshima et de Nagasaki n’a pas effrayé Staline : l’URSS développait déjà activement son propre projet nucléaire. La lutte entre les classes, en tant que phénomène interne, était globalement surmontée en Union soviétique grâce à un changement dans la structure de la société et à la victoire sur les classes exploiteuses. Cependant, comme par la loi de la conservation de l’énergie, la lutte des classes s’est extrêmement aggravée à l’échelle internationale, prenant la forme d’une confrontation entre deux systèmes – les pays socialistes et capitalistes.

La guerre froide a été l’instrument de cette lutte. Cela s’est traduit en une suite interminable de provocations, de guerres régionales, de coups d’État politiques, de persécutions frénétiques de l’URSS dans les médias bourgeois mondiaux, etc. La course aux armements lancée par le capital mondial n’a été stoppée qu’après que l’URSS a atteint la parité dans le nombre d’ogives nucléaires et de leurs vecteurs. Les services de renseignement occidentaux ne dormaient pas non plus.

Un prolétariat sans dictature

Sixièmement. Le rejet de la dictature du prolétariat. L’élément le plus important de la nouvelle formation pour son établissement durable est l’implication complète, presque totale des larges masses ouvrières dans la gestion de l’organisme social, la domination politique de la classe ouvrière et la dictature du prolétariat. En URSS, il y avait toutes les conditions préalables pour résoudre la question de l’implication massive du peuple dans la gouvernance du pays, sa vie et son économie, dans la direction de l’État socialiste. Cela devait être fait par les Soviets en tant qu’organes d’élaboration et de prise de décision collectifs, en tant qu’organes de la démocratie populaire. Le parti au pouvoir était censé servir le même objectif en raison de son caractère de masse et intégré au système d’administration politique.

Cependant, les Soviets n’ont pas réussi à remplir leur mission historique et à créer un système durable qui leur permettrait d’identifier et de mettre en œuvre la volonté du peuple. Très vite, ils ont commencé à se transformer en structures ossifiées et formelles, davantage caractérisées par des rituels politiques. Le maintien des traditions est devenu la partie principale de leur travail, et le vrai pouvoir passait presque entièrement aux structures du parti, la bureaucratie du parti. Ces dernières, sans réel contrôle de la part des ouvriers, ont commencé à dégénérer, les Soviets n’ayant pas acquis les qualités et la force nécessaires pour soutenir le processus de formation d’un nouveau type de rapports de production requis par un stade supérieur de développement de la société.

Planifier sans science économie

Septièmement. Le débat sur la nature de la production sous le socialisme qui a éclaté dans l’économie politique soviétique dans les années 1960 était d’une importance énorme, sinon décisive. La discussion sur la nature de la production sous le socialisme a été à plusieurs reprises sujet à débat. Staline avait précédemment abordé la même question dans son ouvrage « Problèmes économiques du socialisme en URSS ». Il y parle en fait de la nature non marchande de la production sous le socialisme, considérant la marchandise comme une propriété exclusive de la production de biens de consommation uniquement et, évidemment, comme un phénomène temporaire pendant la période de construction du communisme.

La publication de l’article du professeur Lieberman “Plan, Profit, Prime” a lancé un nouveau cycle de discussion sur la nature de la production sous le socialisme et fut en fait une tentative de créer une base théorique pour l’utilisation de critères non socialistes pour la gestion d’entreprise, tels que le profit et la liberté économique. Cette approche a rapidement trouvé des personnes partageant les mêmes idées parmi les économistes, les employés de la Commission nationale du plan et les fonctionnaires.

Il y avait bien sûr d’autres points de vue. Ainsi, l’académicien Glouchkov a proposé une sorte de projet “Internet soviétique”, proposant de créer un système à trois niveaux de 20 000 centres informatisés interconnectés avec des nœuds d’importance nationale, régionale et locale. Cela pouvait à terme permettre de déployer une économie planifiée sur une base sans précédent, créer la possibilité d’itérer les ajustements de plans en temps réel et se débarrasser de nombreuses difficultés bureaucratiques et organisationnelles typiques de la gestion de grands complexes économiques.

Par souci de justice, il faut dire qu’à cette époque, il n’existait toujours pas la base théorique qui émergerait plus tard, nécessaire au plein fonctionnement du projet. Un modèle dynamique de l’équilibre entrées-sorties était nécessaire, qui a ensuite été développé par l’économiste soviétique N.I. Veduta, développant les idées du lauréat du prix Nobel V.V. Leontiev. Que le système, avec le temps, puisse élever l’efficacité de l’économie soviétique à un niveau nouveau, encore plus brillant, cela ne fait aucun doute.

Un parent très éloigné du système, le projet Cybersin au Chili du temps du président socialiste Salvador Allende, l’a indirectement confirmé. Lors du coup d’État contre-révolutionnaire inspiré par les États-Unis, de la grave crise politique et du sabotage par les camionneurs empêchant la capitale d’être ravitaillée, le système a permis aux forces de seulement 200 camions, en contournant environ 50000 grévistes qui avaient rejoint la rébellion, d’assurer les livraisons alimentaires à Santiago. On ne peut qu’imaginer ce qu’un système de gestion cyber-économique aurait pu faire avec la puissante industrie soviétique.

Mais le coût élevé du projet du système a conduit au fait que sa création a été rejetée par les dirigeants du pays. Au lieu de suivre la voie de l’innovation et du progrès authentiques, au lieu d’améliorer la théorie et la pratique de la gestion économique sur la base du plan, les dirigeants soviétiques se sont appuyés sur les promesses trompeuses d’une plus grande indépendance et de la rentabilité des entreprises, éliminant ainsi la nécessaire base scientifique de l’économie planifiée, sans laquelle aucun complexe économique national ne peut se développer.

Le balancier de l’histoire

Il y a dans tout cela une sorte de rictus narquois de l’histoire. En effet, au moment même où la base matérielle et technologique nécessaire – ordinateurs et moyens de télécommunication – avait déjà été construite, quand il y avait un potentiel industriel suffisant et que la base méthodologique nécessaire était prête, c’est à ce moment-là que l’Union soviétique, grâce aux efforts de ses ennemis, a cessé d’exister. En ce sens, l’URSS a été abattue au décollage. Il est inimaginablement tragique qu’au seuil d’une nouvelle ère de vraie prospérité, les forces internes et externes de la contre-révolution aient prévalu, fermant temporairement la perspective d’un saut dans cet avenir meilleur pour notre société, qui faisait l’objet de rêves de générations entières.

Le gouvernement soviétique a réussi à différer pendant 70 ans l’esclavage colonial de la Russie par des capitaux étrangers. C’est le sort de toutes les révolutions – une nouvelle formation ne peut pas être établie en une fois, elle est forcée de parcourir un long et difficile chemin de victoires et de défaites, conquérant de nouvelles frontières et les perdant face aux forces de l’ancien, qui conserve encore l’organisation et la force relative de la société de la formation sortante. Le processus de transformation d’une formation en une autre n’a jamais été rapide.

Le capitalisme a également mis beaucoup de temps à s’établir sur la planète. L’ère des révolutions bourgeoises a été ouverte au XVIe siècle, avec la première révolution bourgeoise en Hollande, et ne s’est terminée en général qu’au XIXe siècle, trois siècles plus tard. D’ailleurs, dans de nombreux pays – Angleterre, France, Allemagne, Autriche, Italie et autres – la nouvelle formation n’a pas prévalu immédiatement. Des révolutions bourgeoises ont été vaincues et remplacées par la réaction féodale.

L’ère des révolutions socialistes s’est ouverte précisément en Russie, avec l’accomplissement de la Grande Révolution socialiste d’octobre il y a un peu plus de 100 ans. C’est à partir de ce moment que commence l’ère de la transition du capitalisme au socialisme. Ce chemin est semé d’énormes difficultés pour la population de la Terre pour surmonter son capitalisme obsolète, mais qui ne veut en aucun cas périr.

Le renouveau socialiste

Un certain nombre de pays encore aujourd’hui, malgré toutes les graves conséquences de la destruction de l’URSS et du bloc socialiste, continuent de suivre la voie de la construction du socialisme : Cuba, le Laos, le Vietnam, le Corée du Nord, la Chine, le Venezuela. Récemment en Bolivie, les forces de gauche ont pu remporter les élections présidentielles (!) – les partisans d’Evo Morales ont réussi à reprendre le pouvoir. Notre pays a ouvert cette voie en tant que pionnier, mais a malheureusement répété le chemin de nombreuses révolutions précédentes, permettant au balancier de l’histoire de revenir en arrière.

Là, cependant, réside la grandeur, la valeur inestimable de la Grande Révolution d’Octobre, en ce qu’elle a marqué le début d’une nouvelle ère, qui se passera sous la bannière du communisme. Dans son article “Sur les quatre ans de la révolution d’octobre” Vladimir Ilitch Lénine fait un jugement tout à fait juste : « Cette première victoire n’est pas encore une victoire finale <…>. Nous avons lancé cette entreprise. Quand, à quel moment, les prolétaires de quelle nation porteront cette affaire jusqu’au bout est une question insignifiante. Il est essentiel que la glace soit brisée, que le chemin soit ouvert, que la route soit indiquée. »

Sous les coups de la crise, le capitalisme est de nouveau bousculé aujourd’hui. Il semble que la phase suivante de l’existence relativement pacifique du capitalisme touche à sa fin et que la phase non pacifique recommence, qui sera caractérisée par une abondance de guerres et de conflits de différentes ampleurs. La chaîne des pays impérialistes à son maillon le plus faible peut se rompre à tout moment. Tout comme il y a un siècle, c’est la Russie qui a toutes les chances de devenir ce maillon.

Par conséquent, notre tâche, la tâche des communistes d’aujourd’hui, du parti de gauche le plus massif – le Parti communiste de la Fédération de Russie, est de travailler dur, inlassablement, de manière désintéressée et à tout prix pour parvenir à la renaissance socialiste de la Russie sous la forme d’une URSS renouvelée.

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    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).