Super impérialisme : la stratégie économique de l’empire américain avec l’économiste Michael Hudson

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Voilà un des textes les plus clairs sur non seulement l’état de l’économie mondiale mais c’est un manuel de base en Chine. Il nous décrit la manière dont le système économique le plus destructeur qui se puisse imaginer assure sa promotion par la terreur y compris de ses “alliés”… La Grande-Bretagne, le Japon, la France, tous à genoux, de l’Europe et de la manière dont les USA ont renversé de Gaulle en mai 68 pour placer un gouvernement de gauche à leur botte et ils joueraient le même petit jeu en Europe avec les verts. Honnêtement je partage la plupart des propos toujours clairs et plein d’humour de leur auteur et de ses interlocuteurs. Ce qui explique une certaine distance de ma part, mais c’est une autre histoire (note et traduction de Danielle bleitrach)

Super impérialisme Michael Hudson

L’économiste Michael Hudson discute de la mise à jour de son livre « Super Imperialism : The Economic Strategy of American Empire » et des motivations financières derrière la nouvelle guerre froide américaine contre la Chine et la Russie.

L’économiste Michael Hudson a publié un nouveau troisième édition de son livre Super Imperialism qui met à jour son analyse pour le 21e siècle, discutant de la nouvelle guerre froide contre la Chine et la Russie et de la transition en cours d’un système financiarisé dominé par le dollar américain à une « économie multipolaire dé-dollarisée ».

Max Blumenthal et Ben Norton de The Grayzone ont parlé avec Hudson du livre et de la façon dont la stratégie de l’hégémonie économique américaine a évolué depuis la Première Guerre mondiale.

Vous pouvez écoutez cette interview ou téléchargez une version podcast ici.

Transcription


BEN NORTON : Bonjour à tous, c’est Rebelles modérés en live. Je m’appelle Ben Norton. Comme toujours, je suis rejoint par mon co-animateur, Max Blumenthal. Et aujourd’hui, nous avons une fois de plus l’un de nos invités les plus populaires, l’un de nos invités préférés, le professeur Michael Hudson.

Vous savez tous probablement de qui il s’agit. C’est un économiste éminent, un penseur exceptionnel. Il a écrit plusieurs livres non seulement sur l’économie, mais aussi sur l’histoire et la société humaine. C’est un expert de la balance des paiements, de la dette et de nombreux sujets. Et aujourd’hui, nous allons parler d’une nouvelle édition de son livre qui vient juste d’être publiée.

En fait, nous avons eu le professeur Hudson il y a plus d’un an pour parler de son livre légendaire Super Imperialism. Mais l’actualité veut qu’il vient d’en publier une nouvelle édition que voici, Super impérialisme : la stratégie économique de l’empire américain.

C’est la troisième édition. Elle vient de sortir. Nous voulions donc l’avoir pour parler de la raison pour laquelle le professeur Hudson a mis à jour ce livre qu’il a publié dans les années 1970. Et pourquoi maintenant cette troisième édition actualisée.

Et je pense qu’il serait assez pertinent professeur Hudson, de partir du fait également que votre première édition de Super Imperialism ait été publiée après que Richard Nixon ait retiré le dollar de l’or au début des années 1970.

Et puis la deuxième édition a été publiée après le 11/9 et le début de la guerre contre le terrorisme, qui représente une sorte de nouvelle phase de l’impérialisme. Et puis finalement, votre troisième édition en ce moment où on assiste à la nouvelle guerre froide.

Le dernier chapitre parle de la concurrence économique croissante entre les États-Unis d’un côté et la Chine et la Russie de l’autre. Et vous parlez de l’évolution vers une « économie multipolaire dé-dollarisée ». Alors, pouvez-vous parler des différences dans les éditions et de la façon dont elles reflètent les changements dans le super impérialisme américain, le système que vous avez décrit dans les années 1970 ?

MICHAEL HUDSON : La première édition a été publiée en septembre 1972, 13 mois après que le président Nixon ait retiré le dollar de l’or. Et tout le monde s’inquiétait : oh, sans or, comment allons-nous contrôler le monde ? Comment allons-nous contrôler l’Europe ?

Parce que tout le déficit de la balance des paiements dans les années 50, 60 et au début des années 70 provenait des dépenses militaires. Et certains ont pensé que si vous perdiez votre stock d’or, qui était la source du pouvoir mondial, à cause des dépenses militaires, de quelle manière serait-il possible de contrôler le monde ?

Eh bien, ce que j’ai écrit, c’est qu’il y avait un nouveau moyen de contrôler le monde et que l’or était en fait verrouillé sous le contrôle de l’Amérique, parce que maintenant qu’elle avait forcé d’autres banques centrales à ne pas acheter d’or, qu’allaient-elles faire ? Tout ce qu’elles pouvaient faire, c’était recycler les excédents en dollars sous forme d’ obligations du Trésor américain. Parce que c’est ce que les banques centrales ont fait : acheter des bons du Trésor.

Donc, ce que j’ai dit, c’est que tout ce déficit provenant des dépenses militaires à l’étranger va être recyclé aux États-Unis par les banques centrales qui doivent recycler leur argent en dollars, et cela va fixer le prix de leurs exportations hors du marché, et cela rendra leurs économies fondamentalement déséquilibrées.

Donc, pour maintenir la valeur à un bas niveau, ils achètent des titres en dollars américains, et l’Amérique ne leur permettrait pas d’acheter quoi que ce soit d’important, seulement des obligations du Trésor américain.

Donc, l’ironie est que plus le déficit de la balance des paiements devenait important, plus l’argent était recyclé pour financer le déficit budgétaire américain, qui était également largement militaire.

Eh bien, je pensais que cela allait être un avertissement pour les autres pays. Et en effet, il y a eu une traduction espagnole et japonaise très rapide. Mais les principaux achats, comme nous en avons parlé il y a un an, étaient la CIA et le département de la Défense.

Immédiatement, Herman Kahn m’a embauché à l’Institut Hudson et m’a donné une très grande subvention pour expliquer au gouvernement comment fonctionnait l’impérialisme. Et le gouvernement américain a utilisé mes écrits comme un manuel de leur gestion.

Eh bien, il a été épuisé, et Pluto Press a proposé de faire une nouvelle édition augmentée, mais il y avait des centaines et des centaines d’erreurs typographiques, et je n’ai pas aimé la réinitialisation. Et j’allais vivre avec cela jusqu’à ce que je commence à travailler en Chine, il y a 10 ou 15 ans, et le gouvernement chinois voulait que je fasse une nouvelle version pour la réactualiser comme une clé concernant la façon dont ils peuvent dé-dollariser.

Et de leur point de vue, ils veulent voir comment ils peuvent se découpler non seulement des États-Unis, mais de l’Occident. Ils ne considèrent pas qu’il y ait une concurrence entre la Chine et les États-Unis, certainement pas une concurrence industrielle.

Les États-Unis ont décidé qu’ils allaient se désindustrialiser, parce que leurs entreprises pouvaient essentiellement embaucher plus de main-d’œuvre à l’étranger qu’elles ne pouvaient en embaucher aux États-Unis.

Les États-Unis étaient devenus tellement axés sur la dette et tellement privatisés. Depuis la révolution Reagan, l’économie américaine était thatcherisée, ce qui en faisait une économie à coût élevé.

Le coût du logement a beaucoup augmenté. Le coût de l’assurance médicale a beaucoup augmenté. Le fardeau de la dette a beaucoup augmenté. Et l’Amérique de ce fait s’excluait du marché.

Donc, la Chine et la Russie considèrent l’Amérique comme une étude de cas, et leur objectif est comment éviter ici d’avoir la même dynamique que celle qui s’est produite aux États-Unis. Cela n’a rien à voir avec le capitalisme contre le socialisme ou d’autres ismes. Cela a à voir avec la dynamique de base de la dette.

Et la Chine se rend compte que, d’accord, nous allons rendre notre économie productive comme les États-Unis et l’Allemagne l’ont fait au 19ème siècle. C’est une économie mixte. Et en tant qu’économie mixte, nous allons demander au gouvernement de fournir les services publics de base à un tarif subventionné, au lieu de les laisser privatiser, afin que nous puissions avoir une économie à bas coût.

Et l’utilité publique la plus importante pour la Chine, comme pour la Russie, est aussi de garder la création monétaire, la banque et le crédit dans le domaine public.

Donc, en ce moment, vous avez vu les problèmes et les nouvelles sur la société chinoise [Evergrande] qui a des ennuis. Et en Amérique, si la plus grande société immobilière comme BlackRock devait faire faillite, cela ferait tomber les banques ; cela ferait tout tomber. Cela n’a pas d’effet d’entraînement en Chine, parce que les dettes sont dues au gouvernement, et le gouvernement peut simplement gérer la dette.

Il peut décider ce qu’il faut faire, pour protéger les acheteurs de maison qui mettent de l’argent dans l’achat d’appartements bas de gamme. Il peut taxer le loyer foncier pour éviter que le logement ne soit essentiellement financiarisé. La Chine tente donc de dé-financiariser son immobilier, de dé-financiariser son industrie.

Ce n’est pas en rivalité avec les États-Unis ; c’est un rejet de toute la structure néolibérale que les États-Unis ont mise en place.

Et ce dont je parle dans super impérialisme, c’est de la façon dont la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont été créés comme un moyen d’imposer une structure néolibérale et anti-gouvernementale au monde pour empêcher d’autres pays de réglementer leur industrie ou de réglementer leur agriculture.

La fonction de la Banque mondiale était essentiellement de rendre les pays du tiers monde, les pays du Sud, dépendants des États-Unis pour leur approvisionnement alimentaire, en finançant uniquement l’agriculture d’exportation, les cultures de plantation d’exportation, et non la culture qui produit leur propre nourriture.

La fonction du FMI était d’utiliser l’effet de levier de la dette pour forcer d’autres pays à imposer l’austérité à leurs populations, et sur le fond de leur faire savoir que nous contrôlerons quel gouvernement vous avez, parce que si votre gouvernement fait quelque chose que les responsables américains n’aiment pas, nous allons simplement piller votre monnaie, la force de l’austérité sera sur vous, et vous ne pourrez rien y faire.

Donc, essentiellement, les États-Unis, ce qu’ils appellent les organisations internationales, comme s’il s’agissait d’une organisation mondiale, sont en fait un outil très nationaliste des États-Unis pour fausser l’agriculture et l’industrie et le développement commercial d’autres pays, pour servir les intérêts américains et en particulier les intérêts financiers américains.

Et le mode de contrôle, évidemment, n’est plus militaire ; il est financier. Et le super impérialisme parle de la façon dont l’Amérique est différente du colonialisme européen en contrôlant le monde financièrement et secrètement, politiquement, pas par la force militaire.

Et pourtant, tout cela nécessite une énorme subvention de la part des pays étrangers qui se découplent maintenant du dollar et ne donnent plus à l’Amérique le pouvoir qu’elle a eu depuis 1971, lorsque elle a obtenu que ce que tous les gouvernements pouvaient faire avec leurs excédents de balance des paiements soit d’acheter des obligations du Trésor.

Maintenant, ils achètent de l’or. Ils achètent les devises autres. Ils font tout sauf détenir des dollars. Et c’est le grand changement dans le monde.

Alors quand les Chinois m’ont demandé de réécrire ce livre pour leur public – et je passe beaucoup de temps en Chine – je me suis dit, eh bien, je vais retravailler le super impérialisme. Je vais le rééditer. Je vais inclure quelques épisodes que je n’avais pas inclus auparavant ; et je vais montrer comment le cadre des relations internationales a été transformé d’une manière qui n’est pas discutée dans la presse.

BEN NORTON : Professeur Hudson, vous avez dit une chose sur laquelle je voudrais revenir, pas pour vous contredire, mais pour compléter votre analyse, vous avez dit qu’il ne s’agit plus de domination militaire, mais financière. Ne doit-on pas dire les deux, et que ce sont en quelque sorte les deux faces d’une même médaille qui se renforcent mutuellement ?

L’un des points que vous faites valoir tout au long du livre est que l’armée américaine occupe de nombreuses parties du monde, y compris le Japon depuis 1945, la Corée depuis les années 1950, le début des années 1950 ; il y a des troupes en Allemagne et dans beaucoup d’autres pays.

Donc, la présence militaire américaine clairement en Afghanistan et en Syrie en ce moment et en Irak, c’est encore du même ordre, ET en complément, vous le soulignez dans votre livre, c’est que ces occupations militaires américaines sont essentiellement payées par le pays qui est occupé par l’armée américaine.

Pouvez-vous nous expliquer comment cela fonctionne ? Et comment ce stratagème – vous continuez à l’appeler ainsi dans votre livre, est encore et encore, un déjeuner gratuit, que les États-Unis ont table ouverte gratuite ; il a été réalisé par eux un plan économique qu’aucun autre pays n’a été en mesure d’accomplir. Pouvez-vous expliquer comment cela fonctionne encore aujourd’hui ?

MICHAEL HUDSON : Eh bien, ce n’est pas que le pays qui accueille les troupes qui paie ; ce sont les pays excédentaires en général. C’est l’Arabie saoudite ; c’est l’Allemagne ; ce sont les pays prospères qui paient.

Voici ce qui se passe. Et voici ce qui s’est passé pendant la guerre du Vietnam. Et voici ce qui n’était pas dans les Vietnam Papers que McNamara a diffusé.

Lorsque les États-Unis ont dépensé de l’argent au Vietnam, ou lorsqu’ils le dépensent maintenant au Proche-Orient ou dans les 800 bases militaires dont ils disposent, ces dollars vont dans l’économie nationale. Et quand vous êtes au Japon et en Corée, que faites-vous ? Vous retournez ces dollars, vous faites une exportation, vous obtenez les dépenses – vous les restituez en échange de la monnaie nationale à votre banque centrale.

La banque centrale se retrouve maintenant avec ces dollars qui sont fournis par les dépenses militaires américaines. Et qu’est-ce que la banque centrale va faire avec les dollars ? Eh bien, les banques centrales – l’Amérique l’a dit au Japon déjà dans les années 1970, alors que le Japon finançait essentiellement, 22% de l’ensemble du déficit budgétaire américain était financé par le Japon en 1986.

Et l’Amérique a dit, regardez, nous n’allons pas vous laisser acheter une grande entreprise. Nous allons laisser d’autres anciens vendeurs de whisky, les gens de Seagram acheter DuPont, mais nous ne vous laisserons pas acheter DuPont, parce que vous êtes Japonais.

Nous n’allons pas vous laisser acheter une entreprise. Vous pouvez acheter le Rockefeller Center et perdre un milliard de dollars dessus. Vous pouvez acheter un parcours de golf Pebble Beach. Mais vraiment, vous allez devoir prendre l’argent que vous obtenez au Japon pour acheter les exportations américaines, et vous allez devoir l’investir dans des bons du Trésor. Sinon, nous allons vous imposer des tarifs punitifs et nous allons faire des choses que vous n’aimez pas.

Parce que rappelez-vous, vous les Japonais, vous êtes les yakuzas, vous êtes les escrocs que nous avons mis au pouvoir pour combattre les socialistes afin de s’assurer que le Japon ne devait pas devenir socialiste. Vous êtes des gangs. Vous allez faire ce que nous disons.

Et le Japon a fait exactement ce que les États-Unis leur ont dit de faire, recyclant ses recettes d’exportation d’automobiles et ses exportations électroniques pour aider à financer simultanément le déficit de la balance des paiements des États-Unis et le déficit budgétaire américain.

C’est donc le Japon, l’Allemagne, la France, d’autres pays qui se sont retrouvés avec tous ces dollars dépensés à l’étranger.

Par exemple, l’argent que l’Amérique a dépensé au Vietnam, parce que c’était l’Indochine française, l’argent a été envoyé aux banques françaises. Et le général de Gaulle utilisait les dollars dépensés par l’armée au Vietnam pour acheter de l’or chaque mois, ce qui ne plaisait pas du tout aux USA. L’Allemagne a fait la même chose avec ces dollars.

Donc, fondamentalement, l’Amérique veut avoir la capacité de dire qu’ils sont la seule puissance, nous pouvons détruire votre économie. Si vous ne nous obéissez pas, nous vous le disons, nous pouvons vous faire ressembler à la Libye, nous pouvons vous faire ressembler à l’Irak, et nous pouvons vous déchirer. Nous pouvons vous faire aimer l’Afghanistan.

Nous seuls détenons ce pouvoir. Nous n’avons pas de pouvoir économique. Nous n’avons pas de productivité. Nous n’avons pas de pouvoir concurrentiel. Mais nous pouvons vous détruire, et nous sommes prêts à vous détruire, parce que si vous bougez on vous détruira.

Et nous ne nous sentirons pas en sécurité à moins d’avoir le pouvoir de vous détruire et de vous empêcher d’avoir le pouvoir de vous défendre et de vous protéger.

Donc, les USA ne peuvent le faire que s’il peut contrôler le système financier qui recycle toutes ces dépenses militaires à l’étranger aux États-Unis, sinon l’Amérique devrait soit imprimer l’argent, soit taxer ses sociétés et ses gens, ce qui le rendrait encore plus coûteux productivement .

Ainsi, l’Amérique s’est essentiellement transformée dans le sillage de ses dépenses militaires. Elle a perdu son avantage industriel. Elle a perdu sa compétitivité internationale. Et la seule chose qu’il lui reste, c’est le pouvoir de détruire, si d’autres pays n’abandonnent pas essentiellement leurs économies au contrôle des États-Unis, prétendant être objectifs et non nationalistes en disant, nous ne vous contrôlons pas, la Banque mondiale vous contrôle, le FMI vous contrôle, les organisations internationales vous contrôlent.

Mais c’est deux poids, deux mesures. Et mon livre montre comment ce double standard a perverti ces organisations apparemment internationales en armes nationalistes, fondamentalement, du département de la Défense et du département d’État.

MAX BLUMENTHAL : Professeur Hudson, vous décrivez dans Super Imperialism la façon dont les États-Unis, sortant de la Seconde Guerre mondiale, étaient confrontés à un problème de balance des paiements. Leur balance avait un excédent et elle a réussi à résoudre ce problème par une guerre froide, au cours de laquelle elle est passée à des dépenses déficitaires afin de promouvoir les marchés d’exportation étrangers et la stabilité de la monnaie mondiale. Je me demande si vous pouvez nous expliquer cela et peut-être nous emmener dans la nouvelle guerre froide et la justification économique d’un États-Unis très différent, sans doute, un empire en déclin qui est en train de lancer une nouvelle guerre froide.

MICHAEL HUDSON : Eh bien, en 1944 et 1945, il était évident que la guerre allait être terminée, et les États-Unis avaient pris le pouvoir depuis la Première Guerre mondiale, essentiellement en restant en dehors de la guerre et en construisant leur propre industrie. Ainsi, les États-Unis ont essentiellement structuré le monde d’après-guerre de manière à accroître leur puissance économique. Et en effet, de 1945 à 1951, les États-Unis ont augmenté leur solde, leur offre d’or, aux trois quarts de l’or mondial, de l’or monétaire, tous aux États-Unis. Eh bien, c’était un problème pour les États-Unis, parce que l’Europe et d’autres pays ont dit, eh bien, attendez une minute, nous sommes sur l’étalon-or maintenant depuis un siècle, mais nous n’allons pas être appauvris si vous pouvez avoir tout l’or, mais nous allons aller dans un étalon différent.

C’est l’objet de la discussion entre John Maynard Keynes et le Trésor américain à la fin de la Seconde Guerre mondiale. L’Europe a dit que si vous voulez avoir tout l’or et contrôler l’argent, nous n’allons pas fonctionner sans argent, nous allons juste sortir de l’or. C’est ainsi que nous dé-dollarisons, en sortant de l’or, et le dollar était aussi bon que l’or.

Les États-Unis ont donc décidé d’entrer en guerre en Corée, et la guerre de Corée, de 1950 à 1951, chaque année, le déficit de la balance des paiements s’aggravait de plus en plus, et tout le déficit de la balance des paiements était militaire.

Donc, les dépenses militaires américaines ont été bien accueillies par d’autres pays parce qu’ils ont dit, oh, maintenant nous n’avons pas besoin de créer un nouveau système monétaire et de faire cavalier seul. Maintenant, nous pouvons encore gagner suffisamment de dollars pour financer notre propre croissance économique. Et ils étaient disposés à rester dans l’orbite économique américaine.

BEN NORTON : Professeur Hudson, désolé de vous interrompre très rapidement, mais je veux juste souligner un point comme vous le faites dans votre livre point qui, à mon avis, est crucial pour comprendre cette transition dont vous parlez.

Vous dites dans le livre qu’avant la Seconde Guerre mondiale, et immédiatement après la Seconde Guerre mondiale, à peu près à cette époque, des années 1920 aux années 1940, les États-Unis étaient un créancier mondial.

Mais ce que vous voulez dire, c’est qu’après la guerre de Corée, lorsque la guerre froide a commencé à devenir chaude, et que les États-Unis ont commencé à mener ces guerres par procuration contre l’Union soviétique, la Chine et d’autres forces socialistes et communistes, en Corée, au Vietnam et dans d’autres parties de l’Asie du Sud-Est, votre argument est qu’à partir des années 50, les États-Unis sont passés du rôle de créancier mondial à celui de débiteur mondial, ce qui a entraîné un changement majeur.

MICHAEL HUDSON : Oui. La différence est que la dette américaine envers les pays étrangers est une dette qu’elle ne s’attend jamais à payer, car comment va-t-elle payer ? La dette est due par le gouvernement américain à d’autres gouvernements.

BEN NORTON : Sous forme de bons du Trésor, d’obligations du Trésor.

MICHAEL HUDSON : Obligations du Trésor. Exactement. Et cette dette est essentiellement créée par les dépenses militaires. L’Amérique a donc été en mesure de contrôler d’autres pays en émettant sa monnaie.

La dette de l’Amérique est l’argent d’autres pays. Les réserves de la banque centrale qu’ils détiennent en dollars en bons du Trésor sont comptées comme leurs réserves monétaires pour leur propre économie.

Donc, tout comme les dollars américains que vous avez dans votre poche sont techniquement une dette du Trésor américain, ces billets en dollars ou ces billets de cinq dollars ou de 50 dollars, personne ne s’attend à ce qu’ils soient remboursés, car s’ils étaient remboursés, ils ne seraient plus de l’argent.

BEN NORTON : Et personne ne peut forcer les États-Unis à les rembourser à cause de l’armée américaine. Donc, en fin de compte, la raison pour laquelle les États-Unis peuvent avoir ce statut de débiteur mondial est que personne ne peut les envahir.

MICHAEL HUDSON : C’était le cas jusqu’à récemment. Eh bien, vous savez, il est vrai que les États-Unis ne peuvent pas rembourser leur dette parce qu’ils n’ont pas assez d’or pour rembourser. Et il ne va pas rembourser de la même manière que l’Amérique latine ou d’autres pays remboursent, en vendant son industrie.

Il ne va pas payer sa dette extérieure en disant, ok, pourquoi ne prenez-vous pas cette Amazonie ? Pourquoi ne prenez-vous pas General Motors ? Pourquoi ne prenez-vous pas Boeing ? Vous savez, nous allons payer en vous donnant l’industrie, tout comme les USA font face aux pays qui nous donnent votre industrie lorsque vous êtes endettés.

L’Amérique ne va tout simplement pas faire cela. Mais d’autres pays n’ont pas à demander à être remboursés pour leurs dollars. Ils peuvent dire, ok, nous n’allons plus détenir de dollars. La Chine a donc décidé que nous voulions simplement minimiser nos avoirs en dollars, à l’exception de ce dont nous avons besoin pour négocier sur les marchés des changes afin de maintenir le taux de change stable.

La Russie évite les dollars. L’Iran aussi. De toute évidence, le Venezuela évite les dollars, car tout ce que le Venezuela détient en dollars, les États-Unis peuvent simplement saisir leurs comptes.

D’autres pays ont donc peur d’avoir leur or aux États-Unis. Même l’Allemagne a dit de nous renvoyer l’or que nous avons en dépôt à la Réserve fédérale. Nous ne vous faisons plus confiance. Donnez-nous notre or.

Tout le monde se débarrasse du dollar et personne ne veut être remboursé. Le dollar est maintenant comme une patate chaude, et personne ne veut le tenir, sauf les économies satellites souples des États-Unis qui ne veulent pas contrarier les États-Unis à cause du pouvoir, du pouvoir de corruption et rien d’autre, que les États-Unis ont sur les politiciens européens, les politiciens asiatiques, tout le soutien manifeste que les États-Unis peuvent obtenir de ces gens-là.

Mais d’autres économies ne font que se débarrasser du dollar. Et donc tous ces dollars sont changés en devises fortes, les monnaies des uns et des autres, l’or, l’industrie de l’autre, les vrais moyens économiques de production.

Et donc maintenant, le monde est en train de mettre fin à tout le système de repas gratuits d’émission de dollars qui ne seront pas remboursés.

C’est comme si vous alliez à l’épicerie et que vous leur donniez une IOU et qu’ils demandaient, eh bien, vous savez, vous avez eu une facture le mois dernier et vous nous devez 50 dollars. Nous avons votre IOU.

Et vous leur dites, eh bien, donnez cette IOU à vos fournisseurs de produits laitiers, ou à vos fournisseurs de légumes, utilisez-la simplement comme de l’argent, nous paierons bien un jour. Et d’une manière ou d’une autre, votre IOU pour lequel vous avez obtenu quelque chose est simplement utilisé comme l’argent des autres.

Eh bien, c’est ce que font les États-Unis à l’échelle mondiale.

BEN NORTON : Professeur Hudson, un autre point que vous avez abordé il y a quelques minutes, et également dans votre livre est ce que vous appelez l’impérialisme alimentaire, c’est le rôle du Fonds monétaire international, du FMI et de la Banque mondiale dans la tentative de rendre d’autres pays dépendants des exportations alimentaires américaines.

Dans le nouveau chapitre, dans votre livre sur le super impérialisme mis à jour, vous parlez de cela comme de « l’impérialisme alimentaire américain contre un nouvel ordre économique international ». Alors, pouvez-vous expliquer votre argument ?

MICHAEL HUDSON : Eh bien, la Banque mondiale était idéalement censée faire des prêts à d’autres pays pour gagner des dollars. En d’autres termes, pour qu’ils puissent acheter des exportations américaines. Mais l’élément le plus central de la diplomatie américaine au cours des 80 dernières années a été de promouvoir les exportations agricoles américaines.

La Banque mondiale n’a donc accordé aucun prêt au Chili, au Venezuela ou à l’Amérique latine pour accroître leur propre approvisionnement alimentaire. Vous devez acheter votre grain et votre nourriture de base aux États-Unis.

Nous voulons développer votre agriculture, mais nous ne développerons que des cultures d’exportation que parce que vous êtes un pays tropical qui peut être exporté, que nous ne pouvons pas cultiver aux États-Unis, de l’huile de palme ou autre, du café, des bananes.

Nous allons promouvoir les cultures de plantation, et non l’approvisionnement alimentaire, de sorte que les pays deviennent de plus en plus dépendants des États-Unis pour se nourrir. Et cela signifie que les États-Unis peuvent faire à d’autres pays ce qu’ils ont essayé de faire à la Chine après la révolution de Mao.

Les Etats-Unis peuvent dire, eh bien, vous avez eu une révolution, nous n’aimons pas. Nous allons vous imposer des sanctions et nous n’allons plus vous exporter de nourriture. Maintenant, vous pouvez mourir de faim si vous ne rejetez pas la révolution de Mao et ne remerciez pas Tchang Kaï-chek.

Eh bien, le Canada a brisé cela. Le Canada a dit, eh bien, si l’Amérique ne vous vend pas le grain, nous allons vous vendre le grain. Donc, cela l’a brisé.

D’autres pays réalisent maintenant que pour être indépendants et empêcher les États-Unis de menacer « votre argent ou votre vie », ils cultivent tous leur propre nourriture. Ils sont tous indépendants.

Il y a deux ans, il y a plus de deux ans, les États-Unis pensaient que cela allait vraiment nuire à la Russie en mettant des sanctions sur les exportations agricoles vers la Russie, et ils ont dit, mon garçon, maintenant vous allez souffrir.

Donc, tout d’un coup, les pays baltes ne pouvaient plus exporter de fromage ou d’autres choses vers la Russie. Ce que la Russie a fait, c’est de se dire que c’est la chose la plus merveilleuse qui leur soit arrivée. Maintenant, enfin nous pouvons développer notre propre agriculture.

La Russie produit maintenant son propre fromage, qu’elle avait l’habitude d’obtenir de Lituanie. La Russie est maintenant le plus grand exportateur agricole au monde et a supplanté les États-Unis.

Ainsi, le résultat des États-Unis essayant de nuire à la Russie et de la rendre dépendante a en fait forcé la Russie à devenir indépendante en matière de nourriture et à s’immuniser contre la menace alimentaire américaine.

Il y a toujours la menace alimentaire sur l’Amérique latine. Et c’est pourquoi quand Hillary est descendue au Honduras et que le président hondurien [Manuel Zelaya] a voulu développer l’agriculture hondurienne, immédiatement Hillary a organisé un coup d’État, a fait prendre le relais par l’armée hondurienne pour ce coup d’État et établir une dictature qui promettait aux États-Unis de ne pas cultiver leur propre nourriture, mais de rester dépendants des États-Unis.

Ainsi, les États-Unis pouvaient se sentir en sécurité, assurés qu’ils pourraient affamer le Honduras à mort si le Honduras ne faisait pas ce qu’il voulait, et dépendait des États-Unis pour la nourriture.

C’est le genre d’étranglement alimentaire que les États-Unis ont recherché dans tous les pays. Et les Etats-Unis ont utilisé la Banque mondiale, le FMI et le système bancaire international pour imposer des sanctions et pour n’accorder des prêts qu’aux industries, à l’agriculture et aux secteurs qui ne sont pas en concurrence avec les États-Unis, mais qui finissent par servir l’économie américaine comme intrants.

Ainsi, d’autres pays sont transformés en satellites économiques et commerciaux des États-Unis. C’est l’objectif du contrôle américain de la Banque mondiale, du FMI.

Et c’est pourquoi les États-Unis ne rejoindront aucune organisation dans laquelle ils n’ont pas de droit de veto. Ils insistent sur la possibilité d’opposer son veto à toute politique d’autres pays agissant dans leur propre intérêt indépendamment des États-Unis, ou d’une manière qui ne permet pas réellement aux

MICHAEL HUDSON : C’est exact. C’est tout à fait exact.

MAX BLUMENTHAL : Nous établissons les règles, et nous faisons régner l’ordre dans le monde. Règne de la mafia.

Et ironiquement, après le coup d’État instrumentalisé d’Hillary au Honduras, son mari – ou juste avant qu’Hillary n’entre au département d’État, son mari s’était excusé d’avoir détruit l’économie alimentaire indigène d’Haïti, essentiellement sa capacité à produire du riz, afin qu’ils importent du riz de son État d’origine, l’Arkansas.

Alors oui, il y a une certaine ironie là-dedans. Nous avons également vu, dans les câbles de WikiLeaks, Hillary descendre en Haïti et exiger qu’ils annulent une augmentation massive des salaires des travailleurs des ateliers clandestins de quelque chose comme 37 cents de l’heure à 45 cents de l’heure, ce qui est cohérent.

Nous avons également vu la sortie de Meng Wanzhou, je suppose qu’elle est la directrice financière ou codirectrice de Huawei, une entreprise technologique chinoise. Et je pense que c’est pertinent pour la compréhension de ce dont nous parlons.

Une facette clé de la concurrence des grandes puissances américaines avec la Chine tourne autour de la technologie. Et vous écrivez comment, vous décrivez comment, dans la période d’après-guerre, les États-Unis ont cherché à favoriser la dépendance non seulement avec la nourriture, mais aussi avec les articles militaires et en particulier la technologie.

Et maintenant, vous avez une situation où les États-Unis sont dépassés par la Chine dans la
5G et exigent que le Royaume-Uni interdise la 5G. Alors, que se passe-t-il ici ? Comment les États-Unis s’en sortiront-ils dans un monde où ils ne peuvent plus favoriser la dépendance à l’égard de leur propre technologie ? Et que feront-ils pour remédier à la situation ?

MICHAEL HUDSON : Eh bien, quand vous parlez de technologie, ce que vous voulez vraiment dire économiquement, c’est la rente économique, la rente de monopole. Et l’Amérique ne peut pas rivaliser sur la base du coût pour l’industrie. Ils ne peuvent pas rivaliser dans une industrie à but lucratif parce qu’il n’y a pas de profits.

Vous ne pouvez pas faire de profit si vos coûts de main-d’œuvre, votre économie, vos coûts de transport et vos coûts de santé sont si élevés. Mais vous pouvez vous créer des rentes de monopole.

Et la fonction de la technologie du point de vue des États-Unis est d’obliger les autres pays à payer tout ce que les grandes entreprises de technologie de l’information et de haute technologie leur facturent.

Donc, le secteur de la technologie est vraiment un secteur monopolistique, et il veut le garder monopolisé. Le problème est qu’aucun pays au cours des 5000 dernières années n’a été en mesure de conserver un monopole.

Vous vous souvenez qu’il y a peut-être 3000 ans, 2000 ans, la Chine avait le monopole de la soie. Et puis Marco Polo et les prêtres catholiques ont ramené des vers à soie en Italie et ont commencé à développer la soie italienne. Je suppose que c’était il y a 1000 ans.

Vous pouvez donc essayer d’obtenir un monopole temporaire sur la technologie, comme avec Google ou Apple, mais en fin de compte, vous ne pouvez pas vraiment empêcher d’autres pays de la développer. Donc, les États-Unis n’ont essentiellement pas produit beaucoup d’innovation.

Prenons l’exemple d’IBM. IBM était vraiment la première entreprise de haute technologie à détenir un monopole, mais sans être très imaginatif. Les compagnies d’assurance se sont mises à fabriquer des ordinateurs à la fin des années 30 et à les développer.

Dans les années 1960, IBM utilisait environ 10 millions de dollars par an pour racheter ses propres actions. Et Google et Amazon dépensent des centaines de milliards de dollars chaque année maintenant pour racheter leurs propres actions, pas pour investir dans de nouvelles technologies, dans la recherche et le développement, dans le développement de nouvelles technologies et de technologies 5G, et dans l’autre technologie que la Chine développe.

Mais comme la Chine est une économie mixte, le secteur public et le secteur privé réunis, quand elle essaie de développer les secteurs technologiques qui sont l’image miroir de Google et d’autres choses, comme TikTok remplaçant Facebook, ils le font beaucoup mieux parce qu’ils n’essaient pas de faire des gains en capital en actions.

Le but de la technologie, pour la Chine, n’est pas d’augmenter le prix de l’action dans les entreprises qui la fabriquent. Ils essaient de réduire les coûts de production et de développer de nouvelles technologies pour mieux développer leur technologie.

Alors évidemment, la Chine est en train de prendre une avance. Les États-Unis ont pris une décision politique : nous n’avons pas besoin d’un chef de file ; tout ce que nous avons à faire, c’est d’établir une rente de monopole. Et ils se retrouvent avec la Chine qui nous devance. Qui est plus efficace, à moindre coût, plus moderne.

Tant que nous aurons suffisamment de satellites en Europe et en Amérique latine, et en Asie, pour promettre de n’acheter que des produits américains, ils achèteront des technologies 3G ou 4G américaines coûteuses et moins efficaces, et laisseront la Chine et ses pays de l’initiative « la Ceinture et la Route » développer la 5G.

Nous avons donc vraiment une divergence technologique dans le monde. L’Amérique, qui vit à court terme, veut avoir des profits à prix élevé, et très rapides pour Facebook, Google et les autres, tandis que la Chine essaie d’examiner le long terme et de développer une économie technologique réelle qui créera une nouvelle zone commerciale et monétaire sans dollar, qui sera indépendante des menaces américaines.

Et l’Amérique dans 10 ans peut dire à la Chine, eh bien, nous n’allons plus vous laisser utiliser Facebook ou Google. La Chine peut dire que c’est bien. Nous avons nos propres systèmes. Ils fonctionnent beaucoup mieux. Nous allons suivre notre propre chemin.

BEN NORTON : Professeur Hudson, il y a une autre partie vraiment intéressante de votre livre Super Imperialism, eh bien vous en parlez tout au long, mais en particulier l’un des arguments que vous avancez est que l’un des principaux concurrents économiques américains après la Première Guerre mondiale, eh bien, pendant et après la Première Guerre mondiale, puis menant à la Seconde Guerre mondiale, menant à la fin de l’Empire britannique, était l’Angleterre, était la Grande-Bretagne, l’économie britannique.

Pouvez-vous nous parler de la façon dont les États-Unis ont essentiellement contribué à l’effondrement de la zone sterling ? Et pour les gens qui ne le savent pas, expliquez ce qu’est la zone sterling, comment les États-Unis ont contribué à l’effondrer.

Et puis aussi, le point que vous faites dans le livre dans le dernier chapitre, c’est comment les États-Unis ont fait quelque chose de similaire à un autre soi-disant allié, au Japon, comment dans les années 1980, les États-Unis ont essentiellement mené une sorte de guerre économique contre l’économie japonaise, ce qui l’a paralysée de façon permanente.

Le Japon avait été l’une des plus grandes économies du monde, et il ne s’en est jamais vraiment remis. Alors, pouvez-vous parler de la façon dont les États-Unis ont mené une guerre économique non seulement contre leurs adversaires, mais même contre de soi-disant alliés comme la Grande-Bretagne et le Japon ?

MICHAEL HUDSON : L’ennemi numéro un des États-Unis a toujours été son ami le plus proche, son plus proche rival. Il s’est battu contre l’Angleterre, puis la France.

Et ils recevaient un déjeuner gratuit dans la région sterling et la zone franc de la manière suivante : les colonies anglaises devaient faire leurs opérations bancaires en Angleterre. Ils devaient garder leurs économies en Angleterre. Le gouvernement devait conserver tous ses revenus en Angleterre.

Ainsi, lorsque la Première Guerre mondiale a éclaté, l’Angleterre a simplement dit aux autres pays, donnez-nous un cadeau de tout votre argent. Famine de masse en Inde, famine de masse, parce que l’Angleterre vient de s’emparer de l’argent que l’Inde avait en livres sterling.

Eh bien, pendant la Seconde Guerre mondiale, il n’y avait pas beaucoup de commerce international, et donc les producteurs de matières premières – l’Inde, l’Argentine et d’autres pays – avaient maintenu des liens étroits avec l’Angleterre. Et il n’y avait pas beaucoup de biens de consommation à acheter. Les pays doivent être autosuffisants.

Mais l’Inde, l’Argentine et les pays de la zone sterling ont dû garder tout leur argent en livres sterling.

Les États-Unis ont insisté pour que, premièrement, les soldes en livres sterling détenus par l’Inde et d’autres pays soient autorisés à être dépensés en dehors de la livre sterling. Vous ne pouviez pas lier l’emploi de la livre sterling pour dire qu’ils doivent être dépensés en Angleterre.

Et c’était ce qu’étaient les soldes de la livre sterling auparavant. L’Angleterre disait, ok, vous avez beaucoup d’économies ici en Angleterre en livres sterling ; il faut dépenser cet argent pour des produits britanniques et des entreprises britanniques. Il faut rester dans l’économie anglaise.

Non seulement les Américains ont commencé par dire tout d’abord, qu’aucun pays ne peut limiter ses dépenses pour dire qu’il faut garder l’argent dans son ancienne puissance coloniale.

Mais il a insisté comme condition pour prêter à l’Angleterre le prêt britannique – en 1944, l’Angleterre était désespérée par la dernière année de la guerre, le pays avait besoin de nourriture. Il avait besoin de fournitures. Il avait besoin d’industrie.

Et l’Amérique a dit, nous allons vous faire un prêt, appelé le prêt britannique, mais en conséquence, vous allez devoir garder votre propre livre sterling à cinq dollars la livre. Vous allez devoir la garder à un prix élevé.

Vous ne pourrez pas le dévaluer pour nous concurrencer. Et l’Angleterre, en conséquence, de 1945 à environ 1950, a dû prendre cette énorme livre sterling surévaluée, de sorte qu’il n’y avait aucun moyen pour les entreprises anglaises de rivaliser avec les entreprises américaines.

Et l’Amérique a été en mesure de sous-vendre l’Angleterre et de s’emparer du marché indien, du marché argentin, du marché de presque tous les pays qui avaient été dans la zone sterling, et de leur vendre à bon prix.

Ainsi, l’Amérique avait essentiellement pris le contrôle de la politique financière intérieure de la Grande-Bretagne en insistant pour que cette politique soit établie à Washington, et non à Londres.

Elle a donc demandé à l’Angleterre de se suicider économiquement, et l’Angleterre a dit, eh bien, nous n’avons pas le choix, sinon nous allons mourir de faim. Et elle s’est donnée aux États-Unis, espérant que les États-Unis la protégeraient.

Et dans la nouvelle édition de Super Imperialism, je cite les débats qui ont eu lieu à la Chambre des lords, quand la Chambre des lords a vu exactement ce qui allait se passer.

Ils ont dit, attendez une minute, les États-Unis nous traitent comme si nous étions l’Allemagne ; ils nous ont traités comme si nous étions le parti vaincu de la Seconde Guerre mondiale. Allons-nous vraiment être d’accord avec cela ?

Et ils ont vu exactement ce qui se passait, et ils ont dit, eh bien, nous n’avons vraiment pas le choix. Nous nous rendons ; nous allons laisser notre politique être gérée par les États-Unis.

La même chose a eu lieu au Japon. En 1985, quand il y a eu le fameux Accord de la Plaza, vous avez eu Reagonomics qui a explosé. Et le secrétaire d’État James Baker a dit, qu’est-ce que Reaganomics ? Cela signifie que nous voulons des taux d’intérêt bas ; nous voulons réduire les impôts des riches, et même si nous allons réduire les impôts, nous allons avoir un énorme déficit budgétaire.

Quelqu’un va devoir financer cela. Et dans le passé, les pays ayant un déficit budgétaire, que Reagan et Bush ont quadruplé la dette extérieure de l’Amérique de 1981 à 1992 – qui va acheter cette dette ? Parce que si nous faisons acheter cette dette aux Américains, nous allons devoir payer des intérêts élevés.

Il a donc dit au Japon que nous voulions que vous acceptiez d’acheter une grande partie de notre dette extérieure. L’Angleterre et l’Europe ont dit, ok, nous allons aller de l’avant et nous allons en acheter une grande partie aussi.

Et tout d’un coup, les prix des voitures, les prix électroniques au Japon, les prix à l’exportation ont doublé ; il a perdu le marché. Et le japon a essentiellement fait faillite.

Et c’était ce qu’on appelait l’économie de la bulle. L’économie reaganienne était une économie bulle en Amérique, mais la bulle a été ressentie ou absorbée par le Japon, par l’Angleterre et par l’Europe.

C’était le génie de Reaganomics, de faire supporter aux autres pays les coûts des réductions d’impôts américaines.

BEN NORTON : Professeur Hudson, c’est un article que j’ai ici dans le Wall Street Journal en 2018, intitulé « La vieille guerre commerciale des États-Unis avec le Japon plane sur le différend d’aujourd’hui avec la Chine ».

Pensez-vous qu’il y a des parallèles ? Je veux dire, il est clair que le Japon a été un allié clé des États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale, tandis que la Chine est devenue un adversaire sérieux. Ainsi, la relation politique entre les États-Unis et le Japon et les États-Unis et la Chine est très différente.

Mais voyez-vous des parallèles entre la politique américaine, économiquement, envers le Japon dans les années 80 et maintenant avec la Chine ?

MICHAEL HUDSON : Il y a eu beaucoup de discussions récemment en Chine sur l’Accord du Plaza et l’Accord du Louvre. Il n’y a pas de parallèle du tout.

Ils considèrent cela comme une leçon, une étude de cas. Ils disent, nous avons vu ce que les États-Unis ont fait au Japon. Nous n’allons pas laisser les États-Unis nous le faire.

Nous n’allons pas gonfler notre économie et créer une bulle ici juste pour que nous soyons aussi gonflés que l’économie américaine. Nous allons baisser nos prix. Nous n’allons pas faire un boom financier et un boom immobilier. Nous allons faire exactement le contraire.

Au lieu de laisser les banques s’enrichir sur des prêts immobiliers, comme à Evergrande, nous allons laisser Evergrande faire faillite. Nous allons laisser les détenteurs d’obligations d’Evergrande s’avancer. Nous allons laisser les actionnaires d’Evergrande faire marche arrière.

Et nous allons créer un régime fiscal de base et un système de soutien public pour minimiser le coût du logement.

Ainsi, alors que la classe moyenne et les partis politiques américains pensent qu’ils s’enrichissent, que leurs prix des logements augmentent, les Chinois pensent qu’ils vont s’enrichir à mesure que les prix des logements baissent, et qu’ils peuvent se permettre de plus en plus de logements à un prix de plus en plus bas, tandis que leurs salaires augmentent.

Il n’y a donc aucune rivalité là-bas. Ils regardent les États-Unis et décident que nous voulons aller dans une direction différente. Nous regardons ce qui se passe avec le Japon, et nous ne serons jamais comme ça.

Et il y a aussi des Japonais – toutes les entreprises au Japon, comme on me l’a dit lors de ma visite chez Nippon Steel il y a des années, les dirigeants des entreprises sont tous très pro-américains. Et ils doivent travailler avec les importateurs et les sociétés des États-Unis pour réussir.

Mais la personne numéro deux ou quelqu’un d’autre va peut-être choisir une option numéro deux, et l’option numéro deux est que nous pouvons prendre un autre chemin, tout d’un coup nous pouvons changer. Voulons-nous réorienter notre économie vers la Chine plutôt que vers les États-Unis ?

C’est le cauchemar des États-Unis. Et si le Japon, la Corée et d’autres pays décidaient de lier leur sort avec la Chine plutôt qu’avec les États-Unis ?

Et maintenant que l’Amérique met la pression sur le Japon et d’autres pays asiatiques pour soutenir encore plus ses dépenses militaires et son déficit commercial, ces pays disent, qu’est-ce que nous obtenons de la relation américaine ?

Ne serions-nous pas mieux si nous pouvions conclure un accord avec la Chine pour dire, ok, à propos de la mer de Chine méridionale, nous allons faire une carte que nous pouvons tous partager dans les réserves de pétrole et de gaz de la mer de Chine méridionale ? Nous allons avoir la paix, et cela inclut Taïwan.

La plupart des responsables taïwanais, y compris les responsables de la banque centrale que j’avais l’habitude de rencontrer, disent tous, vous savez, en fin de compte, nous voulons, nous prévoyons de rejoindre la Chine. Nous allons essayer de prendre autant de position commerciale que possible en Chine continentale.

Mais en fin de compte, l’économie va fusionner à nouveau. C’est juste une question de savoir quand nous pouvons obtenir un meilleur accord de la Chine que celle que nous obtenons aux États-Unis.

Et comme les États-Unis sont dans un état de contraction rapide de leur économie en ce moment, tout d’un coup d’autres pays disent que très rapidement, eh bien, repensons notre position et peut-être que nous devrions faire mieux de ne pas suivre le plan néolibéral des États-Unis.

Ayons une économie mixte où le gouvernement, l’industrie et le travail travaillent ensemble pour développer l’économie au lieu d’une économie polarisée, financiarisée, Reaganisée et Thatchérisée que vous avez aux États-Unis et en Angleterre.

MAX BLUMENTHAL : Oui, peut-être que vous pouvez aborder l’économie américaine en ce moment, alors qu’elle est en état de catastrophe, mais ce pourrait en fait être une sorte de démolition contrôlée, si vous considérez les discussions qui ont commencé avant la pandémie, à la fin de 2019.

BlackRock appelait à l’impression massive d’argent de la Fed. Et ils n’ont fait que doper l’économie depuis, pour éviter l’inflation. Mais maintenant, le pire problème de Biden, le plus grand problème auquel Biden est confronté maintenant, c’est l’inflation, les prix élevés des denrées alimentaires ; les prix de l’essence augmentent.

Le Royaume-Uni connaît également des prix de l’essence record. Et les chaînes d’approvisionnement mondiales sont ce que nous appellerions verkakte.

Et je ne sais pas si vous voulez aborder ce problème, mais l’économie américaine se retrouve avec des quantités massives de travailleurs financièrement démunis, une classe moyenne mobile vers le bas, une impression sans fin d’argent et pas plus de richesse pour cela – je veux dire, ce n’est même pas le 1 pour cent ; c’est comme les 0,1% – et c’est cela qui est en train de tourmenter Biden à travers l’inflation.

MICHAEL HUDSON : Eh bien, c’est ce qui se passe, mais pas de la manière que vous avez décrite. La Réserve fédérale n’a pratiquement pas dépensé d’argent dans l’économie.

MAX BLUMENTHAL : Alors dans le secteur bancaire.

MICHAEL HUDSON : Elle imprime des trillions et des trillions de dollars, plus d’argent, plus de crédit essentiel que jamais auparavant, mais tout ce crédit est allé sur le marché boursier, le marché obligataire et le marché des prêts packagés.

Tout a disparu pour les actifs qui détiennent le 1% de l’économie. Elle a financé l’inflation des prix des actifs, et non l’inflation intérieure. L’inflation intérieure n’est pas une augmentation de la masse monétaire, mais des pénuries d’approvisionnement.

Et c’est le résultat de la philosophie de gestion néolibérale des entreprises. Afin d’augmenter leurs bénéfices déclarés, ils ont réduit les coûts partout où ils le pouvaient. Et l’une des façons qu’ils ont trouvées de réduire les coûts est de minimiser les stocks.

il y a 80 ans, chaque entreprise disposait de suffisamment de stocks pour que, s’il y avait une interruption de ses importations, de ses matières premières, des fournitures dont elle a besoin, elle en ait assez pour s’en sortir.

Mais les dirigeants de l’entreprise ont dit avoir ce qu’on appelle un inventaire juste-à-temps. C’est-à-dire que si nous avons besoin d’une pièce, nous n’essayons pas de la commander six mois à l’avance et de la conserver dans un entrepôt ; nous allons juste le payer ce jour-là et la commander.

Et toutes les entreprises réunies aux États-Unis ont pensé, l’économie va se contracter, nous n’avons pas besoin de stocks, parce que tout le monde va être pauvre. Ils pensaient qu’ils allaient être pauvres, parce qu’ils rendaient l’économie pauvre, par des pratiques prédatrices qu’ils adoptaient.

Ils s’enrichissaient en appauvrissant l’économie. Ils pensaient que l’économie ne pouvait pas acheter ce qu’ils produisaient, alors ils n’avaient pas besoin de stocks. Eh bien, tout d’un coup, ils se sont épuisés ; ils ont épuisé tous les stocks.

Et il y a eu des commandes énormes, énormes, en Chine, en Asie, au Japon, en Corée, pour les exportations d’électronique, pour les puces, pour tout le reste.

Et maintenant, vous voyez, le prix de l’expédition a décuplé. Il en coûte 10 fois plus cher d’expédier un conteneur de Chine à New York aujourd’hui qu’il y a un an.

Donc, ce qui se passe, c’est une pénurie de la part de la seule direction néolibérale, vraiment socialement incompétente des entreprises américaines.

D’autres entreprises à travers le reste du monde ont essayé de faire face, elles tiennent des inventaires ; elles n’ont pas ce problème. C’est unique, seuls les États-Unis sont dans ce cas là. Ce n’est pas que les gens sont plus riches et ont tellement plus d’argent ; c’est qu’il y a une pénurie.

Dans le cas du logement, qui a augmenté – c’est l’augmentation la plus rapide, plus de 10% au cours de la dernière année, c’est essentiellement parce que BlackRock a dit que l’ère de l’ascension dans la classe moyenne en obtenant l’accession à la propriété est terminée.

Notre idéal ici à BlackRock est l’idéal du 19ème siècle ; non en vérité c’est l’idéal du 14ème siècle. Ce sont les propriétaires. Nous voulons transformer l’économie américaine d’une économie d’accession à la propriété en une économie de locataires.

Et si nous avions BlackRock et que nos collègues propriétaires pouvaient monopoliser le contrôle du logement et le soumissionner jusqu’au bout, nous aurions tout d’un coup le monopole des coûts du logement. Nous pouvons l’augmenter de 10 % cette année, de 10 % l’année prochaine.

Et les banques vont nous prêter pour racheter tout cet immobilier à 1% ou 2%, et elles vont facturer 3, 4 ou 5% à d’autres personnes.

Tout d’un coup, vous allez avoir une concentration de l’accession à la propriété entre les mains de grandes entreprises. Et l’idéal de la classe moyenne de l’accession à la propriété va être mis en pièce.

L’autre croissance majeure concerne les produits pharmaceutiques et les soins médicaux. C’est beaucoup plus haut, l’assurance médicale, 10 ou 15 %.

La seule chose pour laquelle les entreprises en Amérique sont prêtes à se battre jusqu’à la mort est d’empêcher la médecine socialisée, d’empêcher la santé publique. Parce qu’ils se rendent compte que si nous pouvons empêcher la santé publique en Amérique, alors les travailleurs, la population américaine n’aura qu’un seul moyen d’obtenir des soins de santé et d’éviter la menace de faillite s’ils tombent malades.

Ils devront aller travailler pour un employeur. Parce que la santé va, l’assurance va venir de l’employeur. Et s’ils ne vont pas travailler pour l’employeur, ils n’obtiendront pas de soins de santé et ils seront mis en faillite très facilement.

Et s’ils font grève, ils perdent leur assurance maladie, puis ils feront faillite. S’ils se plaignent du travail, ils seront licenciés, ils perdront l’assurance maladie.

Et dans certains cas, cela peut être comme une Russie soviétique, ils deviendront même dépendants de leur employeur pour le logement, comme c’était le cas en Russie, parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de perdre leurs propres maisons, qui sont maintenant toutes détenues par des entreprises.

BEN NORTON : Eh bien, la différence, bien sûr, était qu’en Union soviétique, c’était un logement social et il était fourni à tout le monde dans le cadre du gouvernement, alors que maintenant nous parlons de féodalisme, de néo-féodalisme, où votre propriétaire est votre patron et vous êtes traité comme un serf.

Mais vous avez soulevé un point important, professeur Hudson, au sujet de la pensée à court terme par rapport à la pensée à long terme. Et cela est en fait, je pense, lié à la crise énergétique que nous avons vue en Europe.

Et cela reflète vraiment cette idée dont vous parlez de cette mentalité néolibérale selon laquelle, nous pouvons simplement obtenir tout ce que nous voulons ici sur le marché à court terme.

Et c’est ce qui explique cette crise où la Commission européenne a annulé tous ces contrats à long terme qu’elle avait avec la Russie pour importer du gaz et aussi du pétrole de Russie. L’UE avait donc accès à toute cette énergie russe.

Et puis, en guise de protestation politique contre la Russie, dans le cadre de la nouvelle guerre froide, ils ont annulé tous ces contrats à long terme, et au lieu de cela, ils achetaient simplement du gaz et du pétrole russes sur le marché au comptant, à court terme.

Et les Européens le sont – ce que Poutine a reconnu, et [le ministre des Affaires étrangères Sergueï] Lavrov ont dit, c’est que la Commission européenne ne représente pas l’Europe ; Bruxelles travaille pour Washington.

Bruxelles est une branche du département d’État américain. Cela n’a rien à voir avec la population européenne. L’Europe n’est pas une démocratie ; c’est une oligarchie. Mais c’est aussi une oligarchie militarisée contrôlée par les États-Unis.

Et donc l’Europe agit, est prête à ce que ses maisons gèlent, que ses tuyaux gèlent, qu’elle inonde les maisons, juste pour plaire aux Américains.

Combien de temps cela peut-il continuer sans qu’il y ait une révolution ?

Ce qui est étonnant, c’est que la protestation vient de la droite, pas de la gauche. Vous avez le parti Alternative für Deutschland à droite, et Die Linke, le Parti de gauche, est tombé.

Les socialistes n’ont pas pris une position anti-américaine parce que l’Amérique a pris le contrôle de ces partis, elle a fait les partis socialistes européens, tout comme elle a fait le Parti travailliste britannique sous Tony Blair.

Les partis socialistes et les partis de gauche d’Europe sont tous pro-américains. Et ils ne parlent pas d’économie. Ils ne parlent pas d’aide sociale. Je ne peux même pas résumer ce qu’ils disent, parce que c’est une espèce de bouillie.

Mais l’ironie est que c’est la droite qui devient la puissance nationaliste en Europe pour rompre avec les États-Unis, pas la gauche.

Et je ne vois pas l’Europe finir autrement qu’en zone morte.

Et je pense que le président Biden ressent la même chose. Il pivote évidemment vers l’Asie et a quitté l’Europe, l’Angleterre, l’Ukraine et les pays baltes pour suivre son propre chemin.

Et ils espèrent que les gens penseront que l’avenir est quelque chose qui n’a jamais été dans le monde auparavant. Et ce qu’ils appellent la démocratie, c’est un pays sans gouvernement.

Il n’y a que deux types de gouvernements possibles dans le monde. L’un est le genre habituel que vous avez depuis Sumer en Babylonie : une économie mixte, avec le gouvernement fournissant des services de base, et le secteur public privé faisant le commerce et l’innovation.

L’autre est quelque chose que vous avez eu brièvement à Rome avant qu’elle ne s’effondre, et vous idéalisez maintenant aux États-Unis : c’est une économie sans gouvernement du tout. Vous vous débarrassez de tout pouvoir du gouvernement de réglementer ou de taxer les entreprises.

Vous voulez toute la planification – vous voulez une économie planifiée de manière centralisée, beaucoup plus planifiée de manière centralisée qu’en Chine et même en Russie. Mais le planificateur central sera Wall Street, la ville de Londres et la Bourse de Paris.

Vous allez avoir des planificateurs financiers qui prennent en charge la planification, et ils vont le faire avec les entreprises comme un moyen essentiellement de maîtriser, d’éliminer de plus en plus un surplus des gens qui le produisent, de la main-d’œuvre, essentiellement, et d’autres pays qui produisent des matières premières.

Et c’est le rêve. Peuvent-ils convaincre, Klaus [Schwab] et les participants qui vont à ces réunions [du Forum économique mondial] peuvent-ils vraiment convaincre les gens que vous pouvez vous entendre sans gouvernement et laisser les néolibéraux faire à l’économie mondiale ce que Margaret Thatcher a fait pour l’Angleterre, et penser en quelque sorte que vous deviendrez plus riche ?

Parce que le coût de votre logement augmente et que votre salaire augmente, mais encore plus qu’il n’augmente, vous devez le payer pour les soins médicaux, pour le logement, pour le service de votre dette et pour le coût de la vie.

Comment pouvons-nous convaincre le monde que leurs vies s’améliorent de plus en plus alors qu’en réalité ils s’appauvrissent de plus en plus, et que nous concentrons de plus en plus de richesses entre nos mains ?

Maintenant, vous pouvez appeler cela un complot. Je pense que c’est une sorte de chimère s’ils pensent qu’ils peuvent amener le reste du monde à l’adopter.

MAX BLUMENTHAL : Eh bien, vous voyez la même dynamique en jeu avec les manifestations en Italie et en France contre le coronavirus, et la construction de ce qui, à mon avis, est une sorte d’autoritarisme numérique, exploitant simplement l’atmosphère d’urgence de la pandémie.

La droite gagne du pouvoir. Une droite nationaliste prend le pouvoir.

Et il y a des travailleurs et des syndicalistes impliqués dans ces manifestations. Trieste, la ville portuaire italienne, voit des dockers se lever. Mais la gauche est, je veux dire, elle semble être largement absente.

Et la même chose aux États-Unis, avec les manifestations contre les mandats gouvernementaux. Quoi que vous en pensiez, nous devons faire cette observation objective et déterminer ce que cela signifie pour la dynamique gauche-droite lorsque les travailleurs sont intimidés.

Tout cela est guidé, cette politique est guidée de bien des façons par le Biais du Forum économique mondial.

Et il existe un vocabulaire sur une grande réinitialisation, ce que Klaus Schwab, le président du Forum économique mondial, a ouvertement proposé dans son dernier livre sur la pandémie.

Mais il a été dénoncé comme une théorie du complot par Naomi Klein dans The Intercept.

Et je pense qu’une grande partie de ce dont nous avons parlé est en quelque sorte cohérente avec la façon dont les gens comprennent la Grande Réinitialisation, vous savez, pivotant vers une sorte de capitalisme féodal et autoritaire qui est hautement numérisé, afin de gérer une classe moyenne appauvrie.

Que pensez-vous de la Grande Réinitialisation ? Est-ce une théorie du complot ? Est-ce quelque chose de réel ? Et si oui, qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

MICHAEL HUDSON : Ce serait une conspiration, mais toutes les conspirations ne réussissent pas. Ils espèrent qu’ils pourront faire croire au monde à la rhétorique au lieu de la réalité.

Et je suppose que c’est la déclaration d’Abraham Lincoln, vous pouvez tromper certaines personnes de temps en temps, certaines d’entre elles, mais vous ne pouvez pas tromper la Chine et la Russie, et l’Iran, et l’Inde, et la Corée du Nord, et la Corée du Sud tout le temps.

MAX BLUMENTHAL : Oui, je veux dire, ça pourrait être une conspiration, mais c’est à bien des égards que l’histoire est dictée.

Je me référerais à la conférence de Michael Parenti sur le capitalisme, la conspiration et le pouvoir de classe de 1993, où il fait valoir que l’histoire n’est vraiment pas un accident. Et maintenant plus que jamais, c’est décidé à Davos.

Donc, je pense que sur ce point – eh bien, je suppose que je vais juste pitcher à Ben ici. Je sais quand Ben a une question.

BEN NORTON : Oui, c’est une bonne question de [un spectateur]. Ceci s’adresse au professeur Hudson.

Que pensez-vous de Richard Werner et Henry George, et de l’affirmation de Jeff Snider selon laquelle la demande de dette américaine est due à sa valeur en garantie dans le système eurodollar par opposition au pétrodollar ?

MICHAEL HUDSON : Richard Werner est un ami et un collègue depuis de nombreuses années. Je pense que ce qu’il écrit sur la création monétaire est merveilleux.

Nous sommes de bons collègues. Nous avons eu certains des mêmes étudiants. Je l’applaudis et le soutiens pleinement.

Je déteste Henry George, parce qu’il était essentiellement un antisocialiste et un droitier de la fin du 19ème siècle, et il a passé sa vie à lutter contre le socialisme. Il voulait essentiellement se débarrasser du gouvernement.

Et ses partisans, essentiellement, George a passé son temps à aller, comme les disciples de George, pendant 20 ans avant la Première Guerre mondiale, ils ont parcouru le pays en débattant avec les socialistes sur, est-ce que l’avenir de l’économie allait être socialiste, ou est-ce que ce sera l’économie de type Ayn Rand voilà les interrogations d’Henry George

Eh bien, une fois que la révolution russe a eu lieu, les Georgistes se sont transformés en anti-bolcheviks. Et les partisans de George aux États-Unis sont essentiellement devenus un groupe antisémite, très amical avec les nazis, avec le parti nazi.

Et en Allemagne, les Georgistes ont été parmi les premiers à rejoindre le parti nazi.

Je suis donc tout à fait pour la fiscalité foncière. C’est une politique socialiste. C’est la politique d’Adam Smith, John Stuart Mill, toute l’économie politique du 19ème siècle visant à se débarrasser de la classe des propriétaires et à se débarrasser de la rente économique comme revenu non gagné.

Henry George n’avait pas de théorie de la valeur et du prix, et sans cela, vous n’avez pas de concept de rente économique.

Donc les Georgistes sont aujourd’hui autour de l’aile droite de l’échiquier politique. J’ai eu des contacts avec eux à un moment donné, et j’ai été consterné qu’ils soient des mangeoires, l’une des organisations de relève du mouvement Ayn Rand.

Je ne peux donc pas penser à quelqu’un de plus opposé à Richard Werner que les disciples d’Henry George.

BEN NORTON : Et l’autre partie de sa question concernait le système de l’eurodollar par opposition au pétrodollar.

MICHAEL HUDSON : Oh, ce sont tous les deux le même système, les pétrodollars, l’accord était – et c’est ce qui a été fait à la suite de ma publication de Super Imperialism.

Je suis allé à la Maison Blanche et j’ai rencontré les responsables du Trésor et du département d’État, et ils ont dit, nous avons dit à l’Arabie saoudite – c’est à ce moment-là que le prix des céréales a quadruplé et que l’Arabie saoudite a quadruplé le prix du pétrole en réponse.

Donc, le Trésor a dit à l’Arabie saoudite, vous pouvez continuer à facturer ce que vous voulez pour le pétrole, et tous les produits d’exportation que vous avez, vous devez investir aux États-Unis.

Vous pouvez l’investir sur le marché boursier. Vous ne pouvez pas acheter des entreprises américaines. Vous pouvez acheter des actions et des obligations, et en particulier des obligations du Trésor public pour financer des choses.

Les pétrodollars étaient donc un moyen de recycler les recettes d’exportation de pétrole dans le système bancaire américain et dans le budget du gouvernement américain.

Les eurodollars étaient la même chose, mais légèrement différents.

La Russie a vraiment créé le marché de l’eurodollar, parce qu’elle avait peur de détenir des dollars aux États-Unis dans les années 1950, parce que les États-Unis pouvaient simplement saisir l’argent, comme ils l’ont fait avec le Venezuela. Et donc elle les a placés en Angleterre.

Et donc ce qui s’est passé, c’est que Citibank et Chase Manhattan Bank ont découvert qu’ils pouvaient ensuite emprunter ces dollars à leurs succursales londoniennes. Et le plus grand déposant de Chase, quand je travaillais pour elle, en tant qu’économiste de la balance des paiements dans les années 1960, était l’eurodollar de la succursale de Londres.

Donc, tous ces dollars que d’autres pays accumuleraient et qui auraient peur d’investir aux États-Unis ont été placés dans des banques britanniques, qui ont envoyé cet argent aux sièges sociaux aux États-Unis pour essentiellement liquéfier l’économie américaine.

Et il n’y avait pas d’exigences de réserve sur les eurodollars. Donc, si Chase ou Citibank recevaient un dépôt régulier de quelqu’un et faisaient un prêt contre lui, ils devraient garder des réserves contre lui. Mais vous n’aviez pas besoin d’avoir des réserves obligatoires pour le dépôt en eurodollars.

Ainsi, le système de l’eurodollar était un déjeuner gratuit pour le système bancaire commercial aux États-Unis dans les années 1950 et 60.

MAX BLUMENTHAL : Je voulais revenir à certains commentaires que vous avez faits au sujet des États-Unis et du Japon et de la façon dont les meilleurs alliés des États-Unis sont souvent traités comme leurs pires ennemis.

Cela m’a rappelé l’accord AUKUS et la France. L’ancien ambassadeur Français à Washington, je pense qu’il s’appelle Gerard Araud, a commenté cet accord, où la France a été essentiellement poignardée dans le dos – il y avait quoi, comme je ne connais pas la somme en dollars,

BEN NORTON : Plus de 60 milliards de dollars.

MAX BLUMENTHAL : Plus de 60 milliards de dollars en sous-marins diesel vers l’Australie. Et l’accord a été annulé après avoir été signé, apparemment parce que les États-Unis sont juste intervenus avec des sous-marins nucléaires plus avancés.

Et Araud a dit que nous devions revenir à une politique gaulliste ; nous avons besoin d’une politique néo-gaulliste.

Je voulais que vous, professeur, interveniez. Donnez-nous simplement votre avis sur AUKUS, sur l’accord, ce qu’il signale pour la nouvelle guerre froide, mais aussi pour les relations américano-françaises et le traitement américain de l’Europe.

Et peut-être pourriez-vous nous rappeler ce qui s’est passé lorsque de Gaulle a essayé de recouvrer ce qui lui était dû.

MICHAEL HUDSON : Eh bien, la langue anglaise est une langue énorme, et elle élargit toujours les mots. Et l’un des nouveaux termes qui est entré dans la langue anglaise il y a environ deux ans, il y a un an ou deux, était une traduction du russe : incapable d’accord.

En d’autres termes, tout comme un Trump a écrit le best-seller The Art of Breaking the Deal, c’est devenu la politique américaine : nous pouvons rompre n’importe quel accord que nous voulons, parce que nous pouvons faire notre propre réalité.

C’est ce que les néocons ont dit : nous concluons l’accord, mais nous pouvons faire notre propre réalité.

Donc, les États-Unis, et l’Australie – les satellites américains auraient un accord avec la France pour dire que nous allons acheter un sous-marin. Mais les Américains pourraient dire, attendez une minute, achetez nos sous-marins, parce que nous avons besoin que nos entreprises préfèrent faire des profits en dollars plutôt que de vous demander de commander quelque chose à la France qui fera des profits pour les entreprises françaises.

Donc, sans le dire du tout à la France, il a dit à l’Australie, rompez simplement l’accord. Et l’Australie essentiellement – ce n’est pas bien connu, mais le Premier ministre vit en fait dans un sous-sol du Pentagone à Washington.

MAX BLUMENTHAL : Je pensais qu’ils avaient juste gardé son cerveau là dans un bocal.

MICHAEL HUDSON : Eh bien, c’est dans un bocal.

MAX BLUMENTHAL : Sous quelque forme que ce soit c’est là qu’il existe, en tout cas.

MICHAEL HUDSON : En tout cas, l’Australie n’a jamais été connue pour faire quelque chose que l’Amérique ou Londres ne voulaient pas.

Eh bien, une fois que l’Australie a effectivement élu un Premier ministre socialiste, et tout d’un coup, les représentants britanniques ont dit, non, vous n’êtes pas autorisé à élire quelqu’un que la reine d’Angleterre ne reconnaît pas ; vous devez annuler l’élection.

Et ils l’ont fait. Ils n’ont pas dit que nous voulions être libres de l’Angleterre. Ils ont dit, oh, ok, qui devrions-nous élire ? Et l’Amérique a dit à l’Angleterre de dire à l’Australie qui élire.

L’Australie est donc un cas désespéré.

Mais en tout cas, cela a conduit la France à dire, nous avons été à nouveau doublement niés. Nous voulons envisager, tout comme l’Allemagne, de conclure de meilleurs accords avec la Russie.

Nous pouvons voir qu’une partie du monde est en croissance : la Chine, la Russie, les économies mixtes, pas l’oligarchie, les économies financiarisées. Donc, le monde change.

Et quand vous dites ce qui est arrivé à de Gaulle – eh bien, en mai, je suppose, c’était [1968] – de Gaulle avait encaissé les dollars qu’il recevait des dépenses américaines en Asie du Sud-Est, il les encaisserait contre de l’or et il a eu la réponse en mai 68.

Alors évidemment, les Français s’inquiètent, ok, si nous essayons de suivre une politique de virage vers l’est, de nous tourner vers la Russie, la Chine et les économies mixtes, avec des gouvernements actifs au lieu de banques, l’Amérique va essayer de nous faire ce qu’elle a fait non seulement à de Gaulle, mais elle l’a fait à l’Italie après la Seconde Guerre mondiale. se débarrasser des communistes. La Grèce après la Seconde Guerre mondiale, assassinant la direction communiste ; essentiellement en venant et dans tous les pays, en essayant d’interférer et de s’immiscer dans les élections.

Ils essaient donc d’empêcher les États-Unis d’utiliser le Parti vert comme ils le font de l’Allemagne, après les États-Unis, avec une position anti-russe et pro-américaine très nationaliste.

Donc, l’Europe se rend compte, que si elle rompt avec la dépendance vis-à-vis des États-Unis, si elle ne laisse pas les Etats-Unis mettre la main sur tout le surplus européen, et exigent d’eux qu’ils se gèlent dans le noir et s’appauvrir, juste pour que les néoconservateurs américains puissent créer leur monde – rompre ne sera pas un chemin facile.

Alors que l’Amérique, la CIA, s’est vantée d’avoir organisé les grandes émeutes de mai à Paris. Et les émeutes ont conduit à remplacer de Gaulle par un parti plus à gauche qui était complètement sous le contrôle des États-Unis.

Ils vont nous faire ce qu’Hillary a fait au Honduras, et ce qu’Obama a fait à la Libye. Et nous devons nous y préparer.

Mais à un moment donné, nous en aurons juste assez de nous mettre à genoux. À un moment donné, nous ne pourrons tout simplement plus vivre de cette façon.

Et c’est à ce moment-là que l’Europe est peut-être à cinq ans de réaliser.

BEN NORTON : Eh bien, c’est une bonne image, et je pense qu’il est important de souligner ce point, que ces politiques que Washington mène à l’étranger reviennent toujours chez eux, ils reviennent toujours chez eux.

Et juste pour conclure ici dans les dernières minutes. Mais cela m’a en fait rappelé, professeur Hudson, avez-vous entendu parler de ce livre de ce dirigeant de Français, Frédéric Pierucci, qui a écrit ce livre intéressant intitulé Le piège américain : l’otage de la plus grande entreprise de déstabilisation économique raconte ?

C’est un livre très intéressant. Ce type Frédéric Pierucci, il était auparavant cadre à la société de transport Français Alstom. Et le gouvernement américain l’a accusé de soi-disant corruption. Et il était en quelque sorte le premier cas de Meng Wanzhou, avant Meng Wanzhou, quelques années avant elle.

Il a été arrêté aux États-Unis, et il a été détenu comme ce qu’il prétendait être un « otage économique ». Et c’est le début de cette campagne que nous voyons maintenant contre Alex Saab du Venezuela, Meng Wanzhou de Chine, et il y a aussi un homme d’affaires nord-coréen que les États-Unis essaient d’emprisonner.

Et ce qui est intéressant, c’est que le Washington Post a fait un article sur ce livre. Voici l’article du Washington Post ; il s’intitule « Un gagnant improbable de la guerre commerciale américaine : un livre d’homme d’affaires français sur sa bataille contre le DOJ ». Et voici la traduction de The American Trap.

Je n’ai donc pas lu ce livre ; Je veux en obtenir une copie. Mais essentiellement, d’après les résumés que j’ai lus sur ce livre, The American Trap, il soutient que les États-Unis ont mené une sorte de guerre économique contre les entreprises françaises, de la même manière qu’ils ont mené les politiques que vous avez expliquées contre les entreprises japonaises dans les années 1980.

MICHAEL HUDSON : C’est probablement vrai. Je n’ai pas entendu parler du livre ; personne ne m’en a envoyé une copie. Je n’en sais rien.

Mais il semble que ce soit le modus operandi américain. Il tente d’empêcher toute concurrence réelle.

Les gens parlent du problème de Thucydide comme s’il y avait une concurrence. Les États-Unis veulent empêcher toute concurrence. Et la vraie concurrence n’est pas entre les pays ; ce sont des systèmes économiques.

Et le système économique, comme je l’ai dit, est un système d’oligarchie centré sur la finance, par opposition à un gouvernement promouvant l’augmentation du niveau de vie et de la technologie, et augmentant notre productivité.

Et je pense que l’Amérique a rejoint le mauvais côté de l’histoire. Et c’est le résultat de la combinaison du néolibéralisme et du plan militaire néocon qui pense en quelque sorte que la force militaire peut obliger d’autres pays à se soumettre à ce que vous avez appelé le néo-féodalisme, ce qui est effectivement le cas.

Et la question est : cela n’a jamais fonctionné au fil du temps. C’est à très court terme. Mais alors ces gens pensent, eh bien, ils ont probablement 50 ou 60 ans maintenant ; ils n’ont que 20 ans à vivre.

Tout ce qui les intéresse, c’est de devenir riches pour les 20 prochaines années. Ils ne se soucient pas s’ils laissent une Amérique en faillite à leur place. C’est leur plan d’affaires.

Le plan d’affaires est de charger le pays avec la dette, de réduire l’économie – mais ils vont prendre leur argent et courir. Et la question est, où vont-ils courir ? Si le reste du monde va dans son propre sens, qu’il pousse le monde à grandir à sa façon. C’est la dynamique qui est à l’œuvre.

MAX BLUMENTHAL : Ben, peut-être que nous pouvons mettre le livre du professeur Hudson à l’écran maintenant et dire à tout le monde où ils peuvent le trouver, la nouvelle édition.

MICHAEL HUDSON : Je suppose qu’il est plus facile d’acheter des livres sur Amazon maintenant que dans les librairies. Donc, c’est là-haut maintenant.

BEN NORTON : Et savez-vous s’il y aura une version e-book ? Parce que je n’ai vu que des copies physiques.

MICHAEL HUDSON : Je ne sais pas comment faire des e-books. Je ne sais pas s’il y en aura.

Le livre de poche sortira, je pense, [le 18 ou le 19 octobre].

BEN NORTON : Oh, super, il va y avoir un livre de poche ?

MICHAEL HUDSON : Oui, mais je ne connais pas les livres électroniques.

BEN NORTON : Excellent, eh bien, je vous recommande vivement de consulter ce livre. Heureusement, il nous en a envoyé une copie, à Max et à moi.

C’est une lecture incroyable. En tant que personne, je ne suis certainement pas un expert en économie, ce livre pour moi est vraiment révélateur.

J’avais un exemplaire de la deuxième édition sur lequel je revenais régulièrement. Je l’utilise un peu comme un manuel, parce qu’il y a tellement de bonnes informations là-dedans. Il y a beaucoup d’histoire.

En fait, quelque chose dont le professeur Hudson parle dans son livre est que l’une des principales différences, eh bien, l’une des nombreuses différences – il y a beaucoup de différences entre la façon dont il enseigne l’économie et d’autres économistes traditionnels – est qu’il parle en fait d’histoire économique.

Et dans votre livre, professeur Hudson, vous dites que très peu d’économistes de nos jours enseignent l’histoire économique parce que – du moins dans les départements d’économie américains – parce que si vous étudiiez réellement l’histoire économique, vous verriez à quel point elle est différente de tous les manuels néolibéraux.

MICHAEL HUDSON : C’est vrai. Il y a eu une réécriture. L’Amérique s’est enrichie en étant une économie mixte, où le gouvernement a joué un rôle actif dans le subventionnement des infrastructures de base.

Et tout cela a changé dans les années 1980. Et le néolibéralisme a en quelque sorte prétendu qu’Adam Smith était un défenseur du néolibéralisme d’Ayn Rand, au lieu d’être anti-propriétaire, anti-monopole, et de ne pas vraiment penser beaucoup à l’éthique des hommes d’affaires.

BEN NORTON : Et puis il y a une dernière question ici, Professeur Hudson : Envisagez-vous de faire une version de livre audio ?

MICHAEL HUDSON : Non, je ne connais personne qui fasse des livres audio.

BEN NORTON : Eh bien, peut-être qu’on peut en parler.

MAX BLUMENTHAL : Qui devrions-nous avoir pour le lire ? James Earl Jones est-il toujours là ?

J’ai toujours des acteurs qui lisent mes livres, et je ne sais pas qui ils sont. Et je demande toujours à l’éditeur, puis-je s’il vous plaît, juste une fois, lire le livre ? Et ils ne me laisseront pas entrer. Ensuite, ils font venir ces acteurs de la liste D.

Et c’est tellement bizarre de l’écouter. Ils l’ont lu de façon si concise. Et je déteste ça.

Alors ne le faites pas. Parfois, vous voulez éviter un livre audio. Ne le souhaitez pas, car vous pourriez l’obtenir.

MICHAEL HUDSON : Il faut lire, parce que parfois on a envie de regarder la page précédente. Je suis vraiment démodé.

MAX BLUMENTHAL : Non vraiment, avec ce livre, vous avez vraiment envie de le lire. C’est le genre de livre que vous voulez lire plusieurs fois.

Comme Ben l’a dit, c’est un peu comme un manuel qui a un arc narratif riche qui parcourt chaque page. Et puis vous voudrez peut-être vérifier les citations aussi.

Je veux dire, chaque épisode historique pourrait exiger son propre livre. J’en profite donc vraiment.

J’ai beaucoup bénéficié, je suppose que c’est notre troisième conversation, alors j’espère vraiment qu’il pourra faire ce genre de série de course.

En fait, je suis à la fin de trois heures de diffusion en direct parce que je viens de faire ma propre diffusion en direct. Donc j’hallucine en quelque sorte. Je n’ai vraiment rien d’autre à dire.

BEN NORTON : Et oui, eh bien, nous allons terminer là-dessus. Avez-vous quelque chose à ajouter, professeur Hudson, avant notre départ ?

MICHAEL HUDSON : Oui. C’est un manuel en Chine. Et comme je l’ai dit, ils m’ont demandé de le mettre à jour.

Donc, si vous voulez voir quelle est la stratégie de la Chine vis-à-vis des États-Unis, cela explique ce qu’ils ont en tête.

.

BEN NORTON : Super, eh bien, sur cette note, je dirais que tous ceux qui veulent vérifier le travail du professeur Hudson, ils peuvent aller à Michael-Hudson.com. Il a beaucoup de bonnes ressources.

Je lis régulièrement ses chroniques, parce que je ne suis pas un expert en économie, donc ses chroniques sont très digestes. Et il parle de l’actualité et de la nouvelle guerre froide.

C’est donc toujours un plaisir de vous avoir, professeur Hudson, merci de vous joindre à nous à nouveau.

MICHAEL HUDSON : Merci beaucoup pour la discussion.

Voir en ligne : encore un texte fondamental déniché par danielle bleitrach

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