Camarades,
Je voudrais revenir sur notre manière de travailler, parce que derrière cette question de méthode se pose, à mon sens, une véritable question politique : celle du rôle de notre Comité national.
Quinze minutes de rapport politique — un exploit, il faut le reconnaître, pour notre camarade — et trente minutes consacrées au fonctionnement du Comité national ! Je trouve cela pour le moins inquiétant au vu de notre dernier CN. Je ne comprends pas cette volonté de saucissonner nos débats, de multiplier les rapports, les commissions, au risque de perdre toute vision d’ensemble.
J’ai même parfois le sentiment d’une inversion de l’esprit de nos statuts. Ce ne serait plus le Comité national qui débat, confronte les idées et définit les orientations, mais le Comité exécutif national qui viendrait lui expliquer comment travailler, sur quoi réfléchir et dans quel cadre débattre.
À force de vouloir organiser le débat, on finit par l’éviter.
Je n’ai rien contre les commissions. Mais j’ai connu trente années de mutation, de Robert Hue à Pierre Laurent, cette longue période que je qualifierais, avec un peu d’ironie, de période gorbatchévienne du PCF.
J’ai connu cette mise en ruche permanente de la réflexion, cette multiplication des ateliers et des commissions où chacun travaille dans son coin, au risque de perdre le sens de notre démarche collective.
Mais là, pardonnez-moi, j’ai parfois l’impression que nous sommes passés de la période gorbatchévienne à une forme de bureaucratie brejnévienne !
Et je ne suis pas certain que ce soit un progrès !
Au-delà du clin d’œil, il y a un véritable problème. Les commissions doivent nourrir la réflexion politique, pas s’y substituer. Elles ne doivent pas devenir des lieux d’occupation militante, ni favoriser la constitution de petits lobbies de couloirs.
Nous n’avons pas besoin d’occuper les communistes. Nous avons besoin de leur donner les moyens d’agir et de faire de la politique.
Car notre ambition n’est pas de découper le monde en autant de commissions qu’il existe de problèmes.
Notre ambition, c’est de comprendre le monde dans sa totalité, ses contradictions, ses rapports de forces, pour pouvoir le transformer.
Et c’est précisément ce qui devrait être au cœur de nos travaux.
Où est notre réflexion globale, le débat de fond indispensables sur les bouleversements du monde, du capitalisme, sur la guerre et la paix, sur les transformations du monde du travail, sur les rapports de forces politiques et sociaux ?
Où sont nos priorités ? Quels secteurs de travail décidons-nous collectivement de privilégier ? Avec quels objectifs et quels moyens ?
Et plus immédiatement, où en sommes-nous concrètement de notre campagne ? Moi les retours que j’en ai c’est que nous sommes dans une forme d’attentisme et les sections, les militants attendent le matos pour mener la campagne et soutenir notre candidat ?
Parce que pendant que nous discutons de notre manière de discuter, sur le terrain, les camarades attendent des réponses et des moyens pour agir.
Je crois que nous devons retrouver le sens politique de notre Comité national.
Pas une instance qui enregistre des rapports successifs. Pas une addition de commissions. Mais un lieu de confrontation des idées, de réflexion collective et de décisions politiques.
Le débat contradictoire n’est pas un obstacle à notre efficacité. Il en est une condition.
Et je terminerai simplement : un parti communiste n’a pas vocation à administrer la pensée de ses militants.
Il doit organiser leur intelligence collective pour comprendre le monde et le transformer.
« l’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte de classes »

(2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler
