Notre parti a décidé de tenir un congrès en juillet. C’est un choix courageux, qui doit permettre de renforcer et de développer les positions du parti dans une période difficile, une période d’accélération de l’histoire, de montée des tensions et aussi des opportunités. Il a été décidé, dans ce cadre, de réouvrir la question fondamentale de notre projet historique, que l’on appelle communément la question du socialisme.
Nous devons ouvrir une nouvelle perspective face à la crise historique du réformisme, qui a dominé la vie politique mondiale depuis près de 50 ans. Avec la consolidation du bloc capitaliste pendant la guerre froide, le réformisme, qui avait largement été déconsidéré durant les crises de 1914 à 1945, a connu un regain. L’histoire a commencé à être réécrite autour de l’idée que la démocratie - bourgeoise - était plus importante que la lutte des classes, que le capitalisme pouvait être régulé, réformé, qu’il permettait à la fois d’apporter la paix, la prospérité et la liberté. Certaines apparences allaient dans ce sens, l’économie de l’URSS a cessé de progresser après les réformes de Khrouchtchev. A partir des années 70, alors que le capitalisme état-unien dominait l’économie mondiale et développait des points d’appui en Europe occidentale puis au Japon, il a pu diminuer son niveau apparent de répression, au fur et à mesure du développement des idées réformistes, se donnant l’apparence d’un régime de liberté.
Mais nous avons maintenant le recul de quelques décennies sur cette évolution. Elle ne mène partout qu’à la guerre, au fascisme et à la misère. Plus aucune limite ne vient contenir l’appétit sordide des capitalistes impérialistes. Nous vivons le retour de la faim dans nos quartiers, le retour du fascisme, tant en Europe qu’aux USA. On tire à vue sur des citoyens qui résistent. On défend et on minimise un génocide. On appelle nos enfants à aller mourir dans les tranchées comme leurs ancêtres de 1914. Ce système, tout le montre, arrive au seuil d’une nouvelle phase de crise profonde. Dans cette crise, il devient de plus en plus clair que les outils théoriques, fondés par Marx, enrichis depuis par de nombreux travaux, et notamment bien sûr ceux de Lenine, sont d’une grande actualité. Au contraire, toutes les idéologies qui ont prétendu « rectifier Lenine » ont fait misérablement faillite.
De nombreux travailleurs, travailleuses comprennent désormais que le capitalisme est le problème. Ils se définissent souvent, faute d’une perspective alternative concrète, comme « anticapitalistes ». Mais, une fois ce stade atteint, sans un travail de fond, d’explication, de conscience, de liaison entre la situation réelle et la théorie qui permet de la comprendre et de la transformer, la plupart restent bloqués ou partent dans des fausses routes, de faux espoirs, la recherche illusoire d’améliorations de court terme. Les prophètes du « ya qu’à / faut qu’on » ne manquent pas. Il faut changer la 5e République et la « corriger comme la 5e a corrigé la 4e » (Jean Luc Mélenchon). Il faut une taxe sur ceci, une taxe sur cela (PS). Il faut en finir avec le « productivisme », la « sobriété » (les écolos). Cela n’offre aucune perspective crédible ni concrète, à une période où le capitalisme refuse toute amélioration du sort des masses et consacre tous ses moyens à la guerre. Ces fausses pistes laissent le champ libre à l’extrême-droite.
L’accélération de la crise du capitalisme et les soubresauts qui le traversent, rend ces pistes réformistes inadéquates aussitôt qu’elles sont avancées. Leurs faibles avancées paraissent rapidement dérisoires face à la destruction de notre pays, de ses capacités. Le risque est alors la perte de sens, entraînant l’impossibilité de l’unité, la destruction du collectif. Nous avons besoin de nommer, de décrire, nous avons besoin de mots, de concept, de théorie pour porter une alternative réelle, une transformation profonde de la société.
Réformer le capitalisme ? Qui peut affirmer aujourd’hui que c’est réaliste ? Peut-on alors envisager
d’établir tout de suite une société dans laquelle toute forme d’exploitation, de division en classe, en couches sociales diverses sera éliminée ? Dans laquelle chacun pourra contribuer selon ses capacités et recevoir selon ses besoins ? Pas davantage. Il faut établir une société de transition, une société qui aura pour tâche de réaliser l’émancipation concrète, de développer les forces productives, d’élever le niveau de conscience et le niveau de culture de la population (dans la plupart des révolutions socialistes du 20e siècle, la première étape concrète fut de vaincre l’analphabétisme).
Cette perspective, nous en avons d’autant plus besoin que notre parti a le devoir et la conscience que pour changer la société, il faut unir : unir la classe, le prolétariat pour reprendre le contrôle des moyens de production, unir le peuple pour vaincre le fascisme et la réaction capitaliste, unir la nation pour défendre la souveraineté et, cela devient d’une urgente actualité, unir les nations en lutte dans un vaste front mondial anti-fasciste et anti-impérialiste. Ces unités nécessaires ne sont ni identiques, ni opposées. Elles s’articulent dialectiquement. Elles ne sont pas des cadres figées, des figures imposées mais des perspectives à construire. Il faut parfois briser une forme d’unité, si elle est inadaptée, insuffisante, pour préparer les conditions d’une nouvelle union, plus forte, plus large, plus à même de réaliser les objectifs.
Dans ces conditions, les communistes, comme le disait Marx, « sont la fraction la plus résolue des partis ouvriers de tous les pays, la fraction qui stimule toutes les autres ; théoriquement, ils ont sur le reste du prolétariat l’avantage d’une intelligence claire des conditions, de la marche et des fins générales du mouvement prolétarien. » (Manifeste du Parti Communiste, Partie 2 : Prolétaires et communistes).
Cette conscience des conditions, de la marche et des fins générales est ce qui nous permet d’être les plus audacieux dans l’union, tout en conservant la perspective des transformations profondes qui sont à l’oeuvre. Elle nous permet de saisir les conditions favorables pour franchir les étapes nécessaires du processus historique. La capacité à formuler clairement la perspective profonde de transformation sociale ne s’oppose pas à ces différents niveaux d’union, elle leur donne au contraire du sens, elle les met en perspective. Elle constitue le cadre dans lesquels on peut les développer, les faire progresser et les mener jusqu’à l’atteinte des objectifs historiques. Cela, le réformisme néo-social-démocrate n’est plus capable de faire aujourd’hui, quelles que soient ses différentes formes, socio-libérale ou populiste.
Oui, l’alternative, c’est socialisme ou barbarie. Oui, la lutte des classes est le moteur de l’histoire.
Oui, les changements sociaux sont le produit de l’action révolutionnaire des classes opprimées. La classe ouvrière ou travailleuse (étymologiquement, c’est la même chose), prolétaire, n’a pas disparu. Elle a même atteint une place historique jamais atteinte avec plusieurs milliards d’individus à l’échelle de la planète. En France, malgré la désindustrialisation, le prolétariat ne cesse de se développer, par la prolétarisation des anciennes « classes moyennes ». Oui, la classe ouvrière est la seule classe capable de renverser la classe dominante, de se saisir du pouvoir politique, par son nombre, par sa conscience de l’organisation matérielle concrète, par sa capacité à opposer non pas seulement des idées, mais une réalité, celle de la production des richesses qui est aux mains des travailleurs.
Le prolétariat, est la classe opprimée capable du renversement du capitalisme. Aucun changement n’est possible sans une organisation large et solide de la classe ouvrière, entraînant autour d’elle les larges masses. et sans la construction d’un parti révolutionnaire, d’un parti développant consciemment la préparation et l’organisation de ces transitions historiques fondamentales que sont la prise du pouvoir politique et la création de la société socialiste.
Cette conscience et cette capacité ne tombent pas du ciel. Elle est le résultat d’un travail approfondi, travail théorique ancré dans une pratique militante. C’est sur cette base et dans cet esprit que le parti ouvre son congrès dans cette perspective. C’est une très bonne chose.
Franck Marsal
« l’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte de classes »

(2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler
