36ème congrès du PCF : Contribution d’André GERIN
Le 36ème Congrès se prépare dans des conditions politiques et un contexte socio-économique inédits Unir les communistes dans le débat au coeur de l’action

, par  André Gerin , popularité : 1%

36ème congrès du PCF

Contribution d’André Gerin

Le 36ème Congrès se prépare dans des conditions politiques

et un contexte socio-économique inédits

Unir les communistes dans le débat au cœur de l’action

J’ai décidé de ne pas être signataire du texte alternatif : « Unir les communiste pour un PCF de combat, marxiste, populaire et rassembleur », même si je partage l’essentiel de son contenu et que je le voterai. Je ne crois pas nécessaire d’effectuer une telle démarche pour ce 36ème Congrès. Le contexte politique et les conditions économiques et sociales ont changé.

Le choix de Jean-Luc Mélenchon aux présidentielles, la question du Front de gauche et du gouvernement socialiste a commencé à éveiller des communistes sur l’effacement du PCF. Être une véritable force politique autonome est une exigence forte, voire majoritaire, chez les adhérents. Ce qui se passe au Sénat est très intéressant et révélateur, même si, je le sais, le Congrès de février 2013 ne répondra pas à l’essentiel des questions importantes pour l’avenir du PCF. Dommage que nous ne puissions pas faire de même à l’Assemblée nationale et surtout, dommage que nous n’ayions pas eu cette attitude à la direction du Parti entre 1997 et 2002, sous le gouvernement Jospin.

L’autonomie du PCF : une exigence

Beaucoup de communistes, dans leur diversité, souhaitent redonner au PCF des outils, des arguments, des stratégies et de l’influence. En ce qui me concerne, je suis entré en dissidence à partir du Congrès de Martigues. 13 ans après, je note que la question de l’existence du PCF fait toujours partie des objectifs du 36ème congrès. C’est une question primordiale même si de nombreux points restent sans réponse de fond dans le texte de la base commune.

Confrontés que nous sommes à la violence de la crise généralisée du capitalisme, à la politique d’accompagnement du pouvoir socialiste, il me paraît intenable de conduire un débat au congrès en vase clos.

Aujourd’hui, je m’exprime publiquement pour la première fois. Je le fais après avoir discuté, échangé avec des camarades de divers départements durant ces 3 derniers mois. Voici dans quel état d’esprit je me trouve, ayant toujours considéré qu’il fallait tout faire pour rassembler « la famille communiste », que ce soit à l’intérieur du PCF ou en dehors. Pour ce qui me concerne et malgré mes désaccords, j’ai toujours fait le choix de rester au PCF. Si des éléments positifs apparaissent aujourd’hui, dans l’approche de nombreux adhérents pour le rassemblement des communistes, il faut les regarder de près. Raison de plus pour que s’ouvre enfin une véritable confrontation politique et idéologique sur nombre de sujets primordiaux mis de côté dans la base commune. Malgré tout, je prends en compte un certain nombre d’intentions affichées. Je suis tenté de dire « chiche » et de dire aussi à tous les communistes de mettre les pieds dans le plat même si nous savons que le chemin sera long et difficile.

Un contexte et des conditions géopolitiques inédits

La préparation du 36ème congrès du PCF a lieu dans un contexte et des conditions géopolitiques inédites. Des périls immenses se font jour alors que des possibles émergent dans la douleur. Le capitalisme occidental a perdu de sa superbe, de sa légitimité, de sa crédibilité dans la crise généralisée du capitalisme. Dans ce contexte, François Hollande, élu de justesse, est un Président de la République par défaut.

L’adoption du quinquennat a privé le peuple de sa souveraineté. Avec une majorité parlementaire, le parti socialiste ne représente en fait que 25 % des inscrits.

Le capitalisme a fait son temps ! L’impérialisme devient arrogant. Il est prêt à tout, même à nous conduire vers une troisième guerre mondiale. Or, les préoccupations du Président et du gouvernement sont sans commune mesure avec la gravité des enjeux, qui se jouent en France, en Europe et dans le monde. Une sourde colère fermente. Les réactions sont imprévisibles. Elles touchent, à des degrés divers, toutes les catégories sociales.

Sans lire dans le marc de café, des séismes sociaux, politiques et culturels sont latents. Les Français en ont marre d’une France qui fout le camp, d’un Etat au service de Bruxelles qui ne s’occupe plus de la Nation, de ce qui a fait le génie français, des valeurs et des idéaux républicains enracinés depuis 1789 et qui portent, ce que nous appelons, nos valeurs universelles et singulières. C’est un parti socialiste au service du grand patronat qui donne la primauté au sociétal pour abandonner le social et tout ce qui touche à l’identité de la France. C’est la paupérisation économique, sociale, morale et culturelle, qui touche des territoires entiers.

Depuis plus de 30 ans, le peuple a le sentiment diffus que le capitalisme mondialisé limite les marges de manœuvres du politique. Il a tendance à exonérer ce dernier de sa part de responsabilité dans le domaine économique, bien que les préoccupations exprimées soient l’emploi, le pouvoir d’achat, la santé. Les français en finissent par penser que la responsabilité des dirigeants se limite aux pouvoirs dits régaliens : la Justice, l’éducation, la sécurité, la politique d’immigration… c’est bien sûr un choix politique que d’abandonner l’économie aux capitalistes et à la finance. C’en est un autre que d’en entamer la reconquête.

La lutte des classes est généralisée

La lutte des classes généralisée met en évidence la déconnexion du capitalisme avec les enjeux économiques et culturels. Nous devons prendre en compte la souffrance des français les plus vulnérables. Toute une France populaire subit l’insécurité sociale, l’uniformité idéologique et culturelle du capitalisme prédateur. Nous devons nous efforcer de comprendre l’immense majorité des électeurs qui vote Front national, ces millions d’électeurs qui font la grève des urnes, si nous voulons endiguer les fractures politiques d’une démocratie sans le peuple. Il faut bien le constater, la démobilisation de l’électorat populaire qui produit un PS institutionnellement fort lorsque le peuple s’abstient.

Cette situation est potentiellement dangereuse. Les perdants du capitalisme, aussi bien la France industrielle que la France rurale, sont laissés pour compte, rabaissés, humiliés, abandonnés. Des millions de gens s’interrogent, s’inquiètent sur la préservation de notre mode de vie et de notre art de vivre. Chaque jour, ils sont remis en cause.

Avec le plan sur la compétitivité, François Hollande encourage le grand patronat, fait monter les enchères, puisque selon le journal « les Echos » : « il faut accepter de se sacrifier un peu aujourd’hui pour créer les emplois de nos enfants ». Depuis Giscard D’Estaing, c’est le même refrain. On nous a dit que les profits d’aujourd’hui font les emplois de demain, que le tout à l’exportation, ce sont les emplois d’ici. Cette politique s’est poursuivie sous François Mitterrand, Jacques Chirac et avec Nicolas Sarkozy qui a appuyé sur l’accélérateur. Aujourd’hui, le dogme de la compétitivité est devenu un mythe car, en dehors des exigences du grand patronat, il n’y aurait pas de salut.

Un PCF utile au peuple

Que faire devant le trompe-l’œil de François Hollande alors que nous voulons la réussite de la gauche, sans faire partie pour autant de la majorité présidentielle, sans être pour le tout ou rien de Jean-Luc Mélenchon ? Certes, l’équation est difficile mais elle peut être heureuse pour un PCF qui peut être utile plus que jamais au pays et au peuple. C’est pour moi la question centrale du 36ème Congrès.

Oui, beaucoup de questions méritent confrontation car des désaccords, des oppositions existent. Il faut permettre que le débat s’ouvre enfin, contrairement au dernier congrès où l’opposition a été mise à l’écart. Dans ce contexte et les conditions inédites nées de la crise généralisée du capitalisme, des possibilités nouvelles s’ouvrent pour le combat communiste. Je constate qu’après les présidentielles et les législatives se sont manifestées des exigences fortes pour l’autonomie du PCF.

Même si les points de vue sont opposés, des communistes s’inquiètent pour l’avenir de leur parti. Nous n’échapperons pas au bilan indispensable du Front de gauche et à la nécessité d’imaginer qu’au delà du Front de gauche, il nous faut aller beaucoup plus loin, beaucoup plus largement vers une stratégie de rassemblement.

Ayant participé à deux rencontres à Rochefort et en Ardèche dans la préparation du précédent Congrès, ayant animé avec André Chassaigne deux rencontres, une dans le Rhône et une autre dans le Var sur la préparation de la candidature des présidentielles, je peux témoigner qu’à chaque fois, j’ai observé des communistes heureux de se retrouver, même s’ils ne partageaient pas les mêmes points de vue. J’étais satisfait de voir ce besoin de confrontation et de débat indispensables.

Le PCF peut devenir une force politique critique et constructive

Le PCF peut devenir une grande force politique : une force politique critique, de propositions et de transformation sociale. Car les gens ont besoin d’une offre d’envergure, qui soit enfin une véritable alternative au capitalisme. C’est l’appel à l’irruption du peuple pour secouer le cocotier à travers un mouvement populaire puissant et déterminé, un mouvement capable de bousculer la classe politique et le PCF.

Nous devons imaginer, inventer, rechercher, avancer par tâtonnements pour construire les fondements d’une stratégie progressiste de rupture avec le capitalisme, en approfondissant cette notion d’un communisme d’une nouvelle génération. Il s’agit pour cela de réaliser l’unité des communistes dans l’action en contribuant au réveil de la pensée progressiste et marxiste pour organiser résistance et reconquête.

Le Parti communiste peut faire vivre des idéaux, des valeurs, des convictions qui se réactualisent dans les combats d’aujourd’hui car le stalinisme n’a pas signé l’arrêt de mort des valeurs du communisme. La pensée de Marx a encore du sens pour le devenir des civilisations.

Osons l’innovation car il me semble indispensable de reparler d’utopie, et surtout d’inventer ce que nous ne pouvions à peine imaginer du temps de Marx. Assumons nos responsabilités, ouvrons un dialogue franc et loyal avec les français, le monde du travail, sans faire la leçon, sans culpabiliser, en tenant un discours de responsabilisation vis-à-vis du monde du travail.

Sortons d’une culture de victimisation, aidons les citoyens à se réapproprier leur place, leur coresponsabilité individuelle et collective, et à s’engager pour devenir des co-constructeurs du bien-être.

Le PCF peut porter cette dimension nouvelle, révolutionnaire. Ne pas, ne plus faire à la place des gens, encore moins contre eux, car chaque citoyen a sa part de sac à dos à porter.

La stratégie d’union et de rassemblement devient la question majeure pour répondre à la crise généralisée du capitalisme et participer à la construction d’un mouvement populaire, puissant, déterminé, majoritaire dans un pays capitaliste développé comme la France.

Je pense que le Front de gauche est une stratégie de sommet étriquée. Et que nous ne sortons pas du dilemme vis-à-vis du PS.

Au-delà du Front de gauche, quelle stratégie de rassemblement ?

Au-delà du Front de gauche, ne nous faut-il pas innover à grande échelle et tordre le cou à des croyances et des tabous ? Je crois que le rassemblement ne peut pas se limiter à la notion de gauche. C’est le rassemblement du peuple de France dont nous avons besoin car l’idée du peuple de gauche est un leurre et une impasse. Le PCF est toujours porteur du clivage gauche - droite à l’opposé de la bipolarisation mortifère UMP/PS. Nous devons participer à tout ce qui peut faire converger les communautés d’intérêt pour le travailler ensemble en combattant tous les germes concrets idéologiques qui divisent. Après notre adresse aux ingénieurs, cadres et techniciens, comment portons-nous les préoccupations des artisans et commerçants ? Ne devons-nous pas changer notre discours sur le patronat pour faire converger les communautés d’intérêts avec les petites et moyennes entreprises, avec cette France travailleuse, industrieuse, qui porte l’emploi et qui souffre des conséquences des ogres de la finance ?

Notre originalité aura du sens en combinant les batailles pour le progrès économique et le progrès social. C’est l’impératif de la réindustrialisation de la France où la productivité du travail se combine avec le progrès et la promotion des hommes.

Pour que la gauche réussisse, nous devons refuser les théories de la décroissance et porter ces nouvelles bastilles à conquérir : la démocratie économique, sociale, la maîtrise de la finance, autant de révolutions en perspective.

Osons des approches avec des objectifs concrets dans un esprit républicain, porteuses de l’intérêt général et de la chose publique en n’oubliant pas, en toute circonstance, d’être au service des petites-gens et des pauvres.

Les valeurs et les idéaux de la République constituent toujours et encore un socle solide pour défendre tout ce qui touche à la nation, à la souveraineté, aussi bien nationale, budgétaire que monétaire. Des millions de gens se reconnaissent à travers notre patrimoine commun que représente le principe de laïcité.

Ayons le courage de parler au peuple dans sa diversité avec des intérêts contradictoires et montrer que ce qui nous unis et qui nous rassemble est plus fort que ce qui nous divise. C’est l’avenir de la France pour nos enfants et les générations futures dont il est question. L’exemple le plus immédiat demeure dans la préparation des prochaines échéances électorales, en particulier, l’échéance des municipales en 2014.

Rassembler largement pour les élections municipales les communistes unis dans l’action

Il me paraît impératif que le 36ème congrès apporte une réponse politique sur notre conception du rassemblement le plus large qui permette d’abord de rassembler les communistes dans l’action pour maintenir et développer notre audience et aller à la reconquête de villes.

Le rassemblement des communistes peut être porteur de propositions innovantes. Nous avons besoin d’une vision nouvelle, audacieuse, de réflexion et d’étude dans l’action. Ainsi, nous devons renforcer notre travail théorique, philosophique, social et culturel pour redonner tout son sens à l’élan d’un combat révolutionnaire.

Vénissieux, le 21 novembre 2012

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