Les statuts 20 ans après l’abandon du centralisme démocratique...
36ème congrès : pourquoi un texte alternatif ? Oui, un congrès pour unir les communistes...

, par  pam , popularité : 1%

Pour beaucoup de communistes qui ont gardé des pratiques politiques du PCF d’avant la mutation, le fait d’avoir plusieurs textes de congrès proposés, dont un présenté par la direction sortante et des textes "alternatifs" n’est pas vécu comme un enrichissement mais comme un émiettement.

Bien que je sois signataire du texte "Unir les communistes...", je partage ce constat. La multiplication des textes révèle un affaiblissement de ce que représentait la parti communiste, de cette force collective capable de porter au plus haut dans la vie politique les intérêts et les préoccupations des travailleurs, des paysans, des intellectuels, des quartiers populaires...

Mais le fait d’avoir plusieurs textes n’est que le révélateur de ce constat, et n’en constitue aucunement la cause.

Le PCF a toujours eu des débats importants dans ses congrès, avec des oppositions, des divergences même, qui ont périodiquement conduits à la fois à des départs, mais aussi à des choix historiques. Cela a été le cas autour du comité central d’Argenteuil en 1966 et du débat sur l’humanisme et la stratégie de conquête électorale du pouvoir, du 22ème congrès en 1976 et de l’abandon de la dictature du prolétariat, du 25ème congrès et du débat sur l’union de la gauche et le rassemblement populaire, du 28ème congrès en 1994 et de l’abandon du centralisme démocratique...

Jusqu’aux années 1990, pour l’essentiel, les communistes restaient massivement unis autour d’une orientation politique qui avait été débattue, et que le congrès avait permis de faire partager par le plus grand nombre possible de militants. C’était le sens du travail sur un texte commenté et amendé depuis les cellules jusqu’au congrès.

Ce sont les critiques de ce fonctionnement qui ont conduit à la décision de l’abandon du centralisme démocratique dont nous pouvons faire le bilan après 18 ans et 5 autres congrès, notamment depuis l’ajout dans les statuts de textes alternatifs qui devaient "ouvrir" le débat de congrès. De fait, les derniers congrès ont accéléré une rupture historique entre le parti de Georges Marchais et celui de Robert Hue, Marie-Georges Buffet, puis Pierre Laurent.

Il faut dire que ni l’abandon du centralisme démocratique, ni les modifications de statuts n’ont créé un parti plus démocratique ni plus efficace... Au contraire, les arguments qui justifiaient le centralisme démocratique au nom de l’unité du parti sont utilisés en 2012 par la direction contre les avis divergents, ce qui la conduit à proposer de réduire dans les prochains statuts la possibilité de textes alternatifs. Et les arguments qui dénonçaient le "centralisme autocratique" (expression de Lucien Sève), restent étonnamment actuels pour une direction que l’idéalisme et l’absence de références théoriques transforment en girouette politique... (voir l’évolution du discours sur la nationalisation, que Pierre Laurent ne cite pas dans son discours de Lille ni dans sa lettre à Hollande, mais qui prend la une de l’Huma quand Montebourg tente de s’en servir pressé par les travailleurs de FLorange...)

Pour faire vivre et renforcer le PCF, il faut imaginer, et tenter de faire vivre dès aujourd’hui un parti qui tire les leçons de l’expérience du centralisme démocratique et de l’expérience de la mutation et des textes alternatifs...

Mais comment agir en restant dans ce "centralisme (peu) démocratique de fait" que la direction tente d’imposer autour d’une base commune qui ne prépare pas un congrès pour rassembler les communistes, mais pour aggraver leurs divisions, un congrès qui ne construit pas un parti actif et utile dans la résistance au capitalisme et le rassemblement populaire pour une autre société, mais un parti centralisé, au fonctionnement très proche du PG ou du PS...

Il est impossible d’être utile aux communistes en discutant dans cette invention langagière permanente de la base commune proposée par la direction, qui repose comme tous les discours idéologiques dominants sur l’oubli du passé, l’opposition du modernisme au passéisme, l’idéalisme des valeurs masquant les contradictions de classe et les rapports de forces.

C’est sur le fonds aux communistes de décider et leur attitude dans ce congrès sera déterminante : légitimisme ? accompagnement de la mutation ? acceptation d’un parti de gauche, certes radical (radical de gauche ?), mais européen, et centré sur les couches moyennes et aisées et les centres villes ?

La possibilité d’un texte alternatif est une démarche qui permet aux communistes de dire qu’ils veulent une autre orientation politique, retrouver la fierté de l’histoire des communistes. Tout ceux qui râlaient devant la soumission au parti socialiste de beaucoup de nos élus, ceux qui s’inquiètent de la confusion avec le PG et les autres groupes de "gauche radicale", avec Mélenchon et le PGE en Europe, tous peuvent décider de mettre en débat des questions de fonds à ce congrès, des questions qui ne sont pas dans la base commune...

- les communistes de 2012 sont-ils les héritiers du congrès de Tours, des communistes du Front Populaire, de la résistance, des guerres anti-coloniales, des luttes sociales des années 60.. et veulent-ils tirer les leçons d’une stratégie de longue durée qui a échouée avec le programme commun et la soumission aux logiques électoralistes ?
- le projet des communistes repose-t-il sur la défaite de la bourgeoisie comme classe sociale dirigeante, ce qui exige de leur enlever suffisamment de pouvoir sur le capital, donc de nationaliser massivement ?
- les communistes considèrent-ils toujours, contrairement aux trotskystes, que les luttes nationales sont le premier niveau des luttes de classes, et donc qu’il faut refuser de laisser la république, la nation et le drapeau rouge aux fascistes, et porter avec force l’exigence de la souveraineté populaire contre les institutions de l’Union Européenne ?
- les communistes veulent-ils retrouver un parti de combat, fondé non sur des valeurs mais sur une capacité théorique à comprendre le monde, à donner les outils d’action efficaces aux travailleurs pour leur unité, et donc veulent-ils sortir y compris de ces statuts actuels et des textes alternatifs qui portent un fonctionnement en tendances confortant un centralisme autocratique de fait... [1]

Le texte "Unir les communistes..." permet de poser ces questions. Il est certes perfectible, à compléter, mais la seule question posée pour le vote des 14 et 15 Décembre est bien le poids de ce texte nationalement. Ce sera une des étapes qui diront ce que sera le 36ème congrès, un tournant après la période ouverte par Martigues, ou au contraire, une nouvelle étape dans la métamorphose du parti communiste en parti de gauche compatible avec le système.

Avec un résultat positif de ce texte alternatif nr 1, la question de l’organisation future du parti sera ouverte. La réponse 20 ans après l’abandon du centralisme démocratique à la question "oui, mais par quoi on le remplace" pourrait enfin trouver une réponse à trois enjeux...
- la responsabilité de la direction devant les militants pour présenter son bilan d’activité, une analyse de la situation économique sociale et politique basée sur les faits, des données que la connaissance collective du parti lui permet de vérifier et non pas sur la foi des sondages ou des études politiques de la bourgeoisie (même si celles-ci doivent être connues et étudiées). C’est indispensable pour ne pas être dans la reconduction des mêmes par les mêmes, mais au contraire dans l’émergence continue des cadres de terrain porteurs des choix des communistes
- la nécessité d’une démarche issue de la pratique pour porter les questions politiques au congrès. Peut-être faut-il redécouvrir le fonctionnement initial des partis communistes avant que l’histoire soviétique ne conduise au parti unique et au refus de la multiplicité des thèses soumises au congrès. Des textes multiples pourraient être soumis au vote, non comme des alternatives, mais comme des contributions à prendre en comte dans le débat du congrès. Le collectif chargé de préparer le congrès aurait pour mission de prendre en compte tous les textes validés par les communistes.
- la nécessité sur cette base d’un travail collectif réel pour un texte de congrès en lien avec les luttes et les pratiques des communistes à la base, portant toutes les questions soulevées par les communistes et ouvert à leur contradictions pour favoriser un congrès qui porte le renforcement et l’unité des communistes. Cela pose la question du collectif de préparation du congrès qui ne peut plus être l’émanation de la seule direction sortante.

Toutes ces questions peuvent être ouvertes avec un vote massif pour le texte alternatif nr 1 "Unir les communistes, pour un PCF de combat, marxiste, populaire et rassembleur"

[1comme fonctionne d’ailleurs le PS dont on voit bien que les tendances, au-delà des dimensions personnelles, ne remet jamais en cause l’orientation principale, quelque soient les discours les plus radicaux et parfois excellent

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  • (2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler

    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).