La casse de l’industrie française n’est pas fatale

, par  Guy Poussy , popularité : 2%

Avec la question sociale, la défense de l’industrie française est devenue un thème majeur de la campagne présidentielle. Les états majors politiques découvrent que les ouvriers existent encore. Il s’agit donc de conquérir leur vote. Pour les visites d’entreprises, les deux candidats qui font la course en tête se marquent à la culotte. Chacun a sa mise en scène, il faut être vu et filmé dans une cantine d’entreprise, ou debout sur une estrade haranguant des travailleurs. Le « produire français », le patriotisme industriel, sont devenus des slogans à la mode.

Dans ce domaine, les promesses électorales ne manquent pas. Pour être crédibles et pris au sérieux, les candidats des partis institutionnels devraient d’abord procéder à l’autocritique de leur comportement et choix politiques passés. Actuellement, ce n’est pas la voie suivie. De 5,3 millions de postes en 1980, l’emploi industriel est tombé à 3 millions fin 2010. Il y a saccage de l’outil industriel. Sous le règne de Sarkozy, le président des riches, l’industrie a perdu 300.000 emplois, des centaines d’entreprises ont mis la clé sous la porte. Pour expliquer cette situation, pouvoir, Medef, certains économistes et experts distingués, ressassent toujours les mêmes mensonges. Le coût du travail trop élevé, les 35 heures, le code du travail trop rigide seraient à l’origine de la liquidation d’une grande partie de notre industrie, à l’exception de l’industrie militaire. La caste politico-médiatique reste silencieuse lorsqu’il s’agit de montrer des faits irréfutables. En Europe, les investissements productifs des entreprises françaises sont parmi les plus faibles. Le montant des dividendes versés aux actionnaires sont parmi les plus élevés. L’intérim, la précarisation, servent à garantir le niveau des profits en ajustant la masse salariale dès que l’activité se réduit. Silence aussi concernant les politiques pratiquées par les gouvernements de droite et de gauche.

Les plans quinquennaux mis en œuvre au lendemain de la libération, jusqu’en 1981, et les investissements productifs, permirent la création de filières d’excellence, TGV, Airbus, Arianespace, nucléaire, Mines, Pétrole, Pharmacie, Automobile. Une puissante industrie de la chimie fut créée en fusionnant Rhône-Poulenc, Progil, Ugine Kulman. Elle avait la même taille que les géants Allemands. De 1945 à 1973, la France connait la plus forte expansion économique de son histoire, l’une des plus élevées du monde industriel. Les entreprises se sont concentrées et modernisées. Avec Giscard D’Estaing, la situation change. Certes la cité des sciences et de l’industrie est créée. Elle doit diffuser à un large public, jeunes en particulier, les connaissances scientifiques et techniques, les enjeux de société liés à la recherche et à l’industrie. Dans le même temps, avec Barre son premier ministre, commence la casse de l’industrie française. Avec Chirac, premier ministre en 1987, et deux fois président de la République, on vend les bijoux de famille, les privatisations vont bon train, Régie Renault, Péchiney, CGM.

En 1988, réélu président de la République, François Mitterrand adopte le principe du « ni–ni » (ni nationalisation, ni privatisation). Il est dans l’air du temps de proclamer que l’industrie c’est ringard. La France doit être le pays des services et de la matière grise. Les Schtroumpfs remplacent la sidérurgie. De 1997 à 2002, le gouvernement Jospin poursuivra les privatisations et les fermetures d’entreprises. Jean-Luc Mélenchon, alors ministre de l’enseignement professionnel, ne fut pas en mesure de faire bouger les choses. L’enseignement technique et professionnel qui concerne en priorité la jeunesse, ne connut pas de changement. La droite cassa la sidérurgie. Le PS ferma Creusot Loire, l’Ile Seguin à Billancourt.

Le 16 janvier 1985, au journal de 20 heures, Mitterrand annonce « Renault, je m’en occupe personnellement ». 48h après, Bernard Hanon est débarqué. Pour lui succéder, Mitterrand propose Georges Besse. Ce dernier sera assassiné en novembre 1986. Par la suite, dix militants de la CGT sont licenciés. Il faut casser la résistance de ceux qui luttent contre la privatisation et la fermeture annoncée de l’Ile Seguin. Elle s’inscrit dans un vaste plan visant la disparition de secteurs industriels en région parisienne. Ils seront remplacés par des sièges de banque, de sociétés, des grandes surfaces. Le 21 novembre 1989, Rocard, premier ministre annonce la fermeture définitive de l’ile Seguin pour mars 1992. Pourtant celle-ci a été considérablement modernisée. En 1994, la nationalisation de Renault a vécu ; la régie connait l’ouverture du capital aux actionnaires privés, dominé par les fonds de pension. L’état ne détient plus que 15% du capital. En 1976, le vicomte Davignon, membre de la commission Européenne, avait prévu la suppression de milliers d’emplois dans l’automobile Européenne.

Les militants communistes connaissent bien la bataille pour la défense de l’industrie. Ils peuvent être fiers de l’action qu’ils menèrent dès 1980, les affiches tricolores qu’ils collèrent : « Face à la crise et au diktat de Bruxelles, Produisons Français ». Avec le recul du temps, on peut dire qu’en 1981, alors candidat à l’élection présidentielle, le discours de Georges Marchais était visionnaire. La politique ouverte par R Hue et sa mutation poursuivie en 2012 par les dirigeants de la place du colonel Fabien, a conduit à l’effacement du PCF. Ce sont les faits et non un faux procès. Le discours de 1981 n’a pas pris une ride. Le "Produisons Français" est de retour, il est repris par tous les candidats. Qui mieux qu’un communiste pouvait porter une telle politique et aller à la rencontre du monde du travail, répondre à une situation de détresse installée dans nombre d’entreprises et de territoires. Il y a une perspective car les conditions existent en France et en Europe pour construire un ample mouvement populaire, et intergénérationnel capable d’inverser cette priorité accordée au capital et aux actionnaires. Le système Capitaliste est discrédité.

L’expérience atteste que même s’il y a alternance politique ça ne produira pas un effet magique. La priorité des priorités est l’union, avec la notion des luttes collectives, avec l’élaboration de cahiers d’exigences et de revendications. D’abord là ou les salariés subissent les bas salaires, l’exploitation, la précarité, le mépris. Quelque soit le président de la République, le peuple devra lutter. Il est assez fort pour résister et vaincre. Faire prévaloir ses droits, hors et dans les entreprises afin de décider de son avenir, construire une société nouvelle. L’émancipation du monde du travail et de la création ne peut être que l’œuvre des travailleurs eux-mêmes. L’espoir est de ce côté.

Guy Poussy, le 28 février 2012.

Tiré du site Combat

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