Éléments pour un communisme éprouvé scientifiquement

, par  Le Fraternel , popularité : 2%

Le XXe siècle aurait tranché : le communisme aurait échoué, et la voie empruntée à partir de 1917 par les communistes russes aurait été, dès le début, mauvaise, et ne pouvait qu’aboutir au stalinisme et à l’effondrement de 1991. Deux conséquences possibles :

- soit on considère que le communisme en tant que tel ne pouvait qu’être incarné par la version soviétique, et dans ce cas les faits ont montré que ce n’est pas un projet viable ;

- soit on considère que cette forme de communisme a échoué, et qu’il en existe d’autres qui pourraient fonctionner. Il faudrait donc reprendre l’ouvrage dès le début, et revenir à une sorte de "pureté originelle" : tout le jeu serait donc de situer cette origine : les trotskystes la placent en 1917, les inspirateurs du PCF version Hue-Buffet-Laurent à Marx sans aucun de ses continuateurs, tandis que les utopistes veulent en revenir à l’utopie pré-marxienne.

Je considère ces deux approches comme erronées, et principalement pour une question de méthode. Ces assertions conclusives au regard porté sur l’expérience communiste du XXème siècle ne s’attachent pas à la description des faits : malgré la guerre civile, malgré la guerre mondiale et les destructions terribles qu’elles ont engendré sur le plan humain, ainsi que sur les plans industriels, agricoles et économiques, la vitesse du développement de l’URSS sur ses cinquante premières années (à la louche) montre que la planification socialiste pouvait parvenir à des résultats que le capitalisme mettait des siècles à accomplir ; le développement auquel on assiste en Chine montre, avec un capitalisme fortement encadré et stimulé par l’État, la même chose. Entre 1917, où la Russie était, hormis dans les quelques villes industrielles comme Pétrograd, profondément arriérée sur le plan économique, et 1957, il ne se passe que quarante ans : la Russie passe d’un statut de pays quasiment moyenâgeux à celui de première puissance spatiale de l’histoire, avec l’envoi du Spoutnik dans l’espace, puis de la chienne Laika et de Youri Gagarine.

Pourtant, certes, il faut bien admettre le dépérissement de l’Union soviétique, à partir de l’époque Krouchtchev, qui a pris des proportions dramatiques sous Brejnev (et encore... aussi surprenant que ça paraisse, il fut l’un des premiers dirigeants politiques du monde à parler de protection de l’environnement ! Si nos Verts savaient ça...), avant que la tentative de remise sur pied par Gorbatchev ne se traduise, en fait, par la mort finale de l’URSS.

En même temps, l’histoire ne nous donne aucun, je dis bien aucun, autre exemple de tentative de construction d’une société fondée sur autre chose que l’exploitation libre de l’homme par l’homme qui ait fonctionné. Le PCF d’aujourd’hui se plait à encenser des expériences qui, toutes, ont échoué ou n’ont même pas exercé le pouvoir (ceci traduit ce que j’ai évoqué par ailleurs, à savoir son incapacité à prendre pied sur le réel) : Jaurès est désormais l’icône de l’Humanité ; la Commune de Paris fait l’objet d’une reconnaissance à laquelle je souscris volontiers, certes, mais elle n’a duré que quelques dizaines de jours avant de se faire écraser.

Si l’on considère l’Histoire comme un vaste champ d’expérience scientifique, force est de constater que, même si son aboutissement fut un échec, c’est bien l’URSS qui, parmi toutes les tentatives de construction d’une autre société, a donné les résultats les plus solides. Oh, tout n’a pas été parfait, loin s’en faut, et il faudrait bien du culot pour s’asseoir sur les aspects négatifs de cette expérience.

Je fais volontiers un parallèle avec l’histoire des sciences. Lorsqu’on a mis en évidence par l’observation l’avance du périhélie de Mercure, dans des proportions que ne prédisait pas la théorie newtonienne de la gravitation, a-t-on considéré que la gravitation universelle de Newton était fausse ? Non, elle était à compléter. C’est ce qu’a fait Einstein avec la théorie de la relativité, qui a expliqué l’avance du périhélie de Mercure, et aussi prédit bien d’autres phénomènes. Cette erreur est souvent faite en science : sous prétexte que des observations viennent contredire une théorie déjà éprouvée, alors cela signifierait que celle-ci serait à rejeter entièrement.

Je considère qu’il faut procéder de façon similaire dans notre façon d’appréhender le projet communiste. Il est fondamental de le théoriser en tant que construction et en tant que projet. Mais il faut aussi élaborer un protocole de tests pour valider, ou pas, ces constructions théoriques. C’est là que l’Histoire intervient, et doit nous servir de champ d’expérimentation, de laboratoire, pour, d’une part, voir quelles expériences ont été réussites, et dans quelle mesure. La beauté de la théorie qui est derrière, comme en science d’ailleurs, ne doit pas nous influencer : c’est donc bien à une dés-idéologisation de l’examen des expériences communistes passées ou présentes qu’il faut procéder, en gardant à l’esprit que c’est bien l’objectif d’une société sans classe que l’on doit chercher à atteindre. On doit examiner l’URSS pour ce qu’elle fut, et pas à l’aune de l’accord ou de la répulsion qu’on peut avoir pour le bolchevisme. De la sorte, on doit chercher à déceler, parmi les constructions qui, dans les faits, se sont montrées les plus solides, les points essentiels, les points circonstanciels, et les faiblesses, voire les causes de l’échec.

C’est donc l’idée d’une histoire cumulative que je préconise d’utiliser pour le mouvement communiste. Ceci implique de ne jamais, jamais !, reprendre le projet communiste à zéro, comme c’est le cas actuellement au PCF avec le pseudo "communisme nouvelle génération" de Pierre Laurent. Ceci implique aussi de renoncer à l’idéalisme hors-sol consistant à inventer des concepts venus de nulle part, qui ne conduisent qu’à des platitudes ou à un simple recyclage de ce qui, précisément, est la négation du projet communiste ; ainsi en est-il de l’Europe. Ceci implique, en outre, que l’examen réflexif sur l’Histoire s’applique, aussi, à l’expérience récente, et à mettre un terme à la fuite en avant permanente sans bilan d’étape ; ainsi en est-il du Front de gauche.

Le Fraternel, samedi 9 février 2013

Tiré de son blog "Au printemps de quoi rêvais-tu ?"

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