2022, comment faire reculer Le Pen et ses idées au premier tour ?

, par  pam , popularité : 6%

La préparation des prochaines présidentielles se construit comme les deux dernières fois autour de la présence de Marine Le Pen au deuxième tour. Pour beaucoup, la seule question qui vaille est celle de savoir qui sera face à elle. Le piège construit par François Mitterrand pour diviser la droite s’est depuis longtemps retourné contre la gauche en captant une part significative de son électorat populaire, et les divisions à droite comme à gauche rendent illisible la bataille contre les idées du FN devenu RN.

Les sondages sont inquiétants, Marine Le Pen pourrait gagner le deuxième tour. Le "Front républicain" gauche-droite ne fonctionne plus. Malgré son échec de 2017, malgré les crises internes du RN, malgré son absence d’implantation locale, malgré sa faiblesse au parlement, elle constitue une force politique et médiatique considérable, apparaissant comme seule alternative dans la crise politique, seule réponse dans la fracture citoyenne qui éloigne toujours plus la majorité des milieux populaires des institutions, des partis politiques, et de la gauche.

Certains pensaient que Sarkozy aurait pu lui reprendre une part de l’électorat de droite dure.. La justice d’état en a décidé autrement, ce qui laisse penser que certains en haut lieu ne considèrent pas la victoire de Le Pen comme un problème.

Certains cherchent une candidature unique de la gauche qui aurait une chance d’être au 2eme tour et alors de pouvoir battre Le Pen. Mais cette candidature unique semble impossible tellement la "gauche" est divisée, écartelée même, entre ceux qui se réclament de la gauche historique, ceux qui critiquent la gauche libérale qui aurait trahi l’espoir de 1981, ceux qui pensent que l’écologie est désormais le seul clivage. Des communistes s’interrogent même sur leur utilité dans cette bataille.

Mais à force de se concentrer sur la question de savoir qui pourrait la battre au 2eme tour, on en oublie le fonds du problème. Si elle peut-être au deuxième tour, c’est qu’elle sera à un haut niveau au premier tour, c’est donc que ses idées et ses propositions peuvent mobiliser suffisamment d’électeurs !

Et nous savons tous pourquoi ! Parce que la gauche a convaincu en pratique qu’elle était incapable de faire reculer massivement le chômage, qu’il était impossible de remettre en cause la domination des actionnaires, qu’il était impossible de changer de société en France. La gauche a trahi les intérêts populaires jusqu’à rompre avec les milieux populaires, prétendant avec DSK qu’il faut se concentrer sur les couches aisées urbaines et éduquées qui votent, elles. Si on ne peut "changer la vie", organiser l’intérêt de la majorité contre les intérêts privés des plus riches, alors il ne reste que la concurrence dans le peuple.

Laisser croire qu’on peut apporter une réponse au défi du deuxième tour, sans apporter une réponse de fonds à la place des idées d’extrême-droite dans le pays, c’est entrainer notre peuple dans une impasse, dans ce piège présidentiel qui interdit de construire une alternative politique pour un vrai changement de société, et qui enferme tout débat politique jusqu’au premier tour dans la seule question du deuxième !

Pour battre Le Pen au deuxième tour, il ne faut pas espérer un candidat miracle qui unirait la gauche et la droite contre l’extrême-droite ! Si son opposant de deuxième tour est à droite, une large part de la gauche refusera de voter pour ce "Front Républicain" contre Le Pen, s’il est à gauche, ce sera une part de la droite qui préférera la droite extrême.

On ne peut battre Le Pen sans faire reculer ses idées dans notre peuple, sans construire donc une alternative politique qui porte les intérêts du monde du travail, pour ramener au vote ces millions de voix populaires dont DSK nous disait qu’elles ne comptaient plus !

Il faut pour cela tirer les leçons de l’échec de l’union de la gauche. Il s’agit bien d’une trahison des espoirs de "changer la vie" de 1981 qui a conduit à des gouvernements de gauche battant les records de privatisation, de dérèglementation, inventant les politiques de réduction des dépenses de santé, la privatisation de grands services publics, de France Telecom à EDF, la fin de l’aménagement du territoire au profit de la concurrence des métropoles, la soumission européenne, jusqu’à l’insertion dans la militarisation sous direction US.

Jean-Luc Mélenchon soutient que c’est une trahison des objectifs de François Mitterrand en 1981, que ce sont les libéraux de la social-démocratie qui ont entrainé la gauche dans cette impasse. Il se trompe. Le projet initial de François Mitterand n’était pas de changer de société, mais de s’appuyer sur l’espoir populaire de la gauche pour prendre le pouvoir en affaiblissant le parti communiste et se servir de cette 5eme république qu’il qualifiait de coup d’état permanent avant d’en revêtir l’habit.

Faire reculer Le Pen au premier tour, c’est nécessairement expliquer les raisons de la trahison de la gauche et affirmer l’ambition de reconstruire une gauche de combat, ancré dans les milieux populaires et le monde du travail. C’est la condition pour que des millions d’abstentionnistes aillent voter pour leur propre intérêt, pas pour choisir qui pourrait battre Le Pen, mais pour reconstruire leur place dans la vie politique, pour affirmer face aux "premiers de cordées" que les "premiers de corvées" ont voix au chapitre.

C’est le sens premier d’une candidature communiste, la première depuis presque 20 ans ! Une candidature nouvelle, qui peut faire évènement, qui ne s’inscrit pas dans la continuité de la gauche gouvernementale depuis 1981, mais au contraire dans la rupture avec une conception électoraliste du vote, qui ne réduit pas le besoin de changement à la seule question écologique mais à toute la société, au modèle économique, social et politique.

Jean-Luc Mélenchon peut gagner beaucoup de voix sur l’électorat socialiste et écologique. Il ne gagnera pas les voix ouvrières, populaires qui sont aujourd’hui stérilisées dans l’abstention ou perdues dans le vote protestataire d’extrême-droite.

A ceux qui se souviennent de ce que représentait Georges Marchais dans le débat politique Français, comme à ceux qui ne le savent pas mais sentent qu’il manque quelque chose dans la vie politique, la candidature de Fabien Roussel peut donner envie de se bouger, de construire contre les discours populistes de la droite extrême un discours progressiste républicain, populaire, ancrée dans les questions clés de la nation, de la souveraineté, de l’emploi, de la sécurité, de la santé. C’est la candidature qui peut bousculer les rapports de force dans le monde ouvrier, les quartiers populaires.

L’enjeu est de faire reculer les idées d’extrême-droite et de reconstruire un point de vue politique "de classe" dans les milieux populaires, là ou la gauche a décroché depuis des décennies. C’est seulement ainsi qu’on fera reculer Le Pen dès le premier tour, jusqu’à lui interdire le second !

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