Conseil National du 10 janvier 2026
répondre à cette question qui traverse nos débats : un Parti communiste, pourquoi faire ? Intervention de Esteban Evrard, Pas-de-Calais

, par  Esteban Evrard , popularité : 33%

L’un des grands mérites du débat tel qu’il est posé, c’est de désacraliser le terme de « socialisme » pour en faire une question très concrète. C’est ce qui permettra à l’ensemble des communistes de s’en emparer, sans qu’on laisse penser que ce serait une question en dehors de notre activité ou au-dessus de nos revendications ; mais au contraire, un point d’accroche et un projet plus global qui permette de lier nos différents combats et de leur donner une clarté stratégique.

De ce point de vue, le socialisme tombe presque comme une conséquence « naturelle » puisque, si nous analysons les choses comme nous le faisons déjà sur bien des sujets ; je pense à la question nationale, aux services publics, à la question environnementale (pensons aux camarades qui ont produit le plan climat) ou, bien sûr, sur la question industrielle, on voit bien qu’on ne peut pas en rester à des revendications sectorielles. C’est évident que nous ne pouvons qu’aller vers une rupture avec le capitalisme et engager autre chose : le socialisme.

Je ne prendrai que l’exemple de la sidérurgie, qui est significatif. Nous en avons parlé durant toute l’année 2025. Quelle est l’une des principales contradictions du secteur ?

C’est que la demande en acier augmentera sensiblement dans les décennies à venir, ce qui suppose de produire davantage dès maintenant, quitte à avoir des surcapacités temporaires. Mais franchement, quel groupe – ArcelorMittal en tête – aurait intérêt à produire plus que la demande dans l’hypothèse de vendre son acier dans 20 ans ? Aucun. Les intérêts de la nation divergent donc frontalement avec ceux du privé, pour le dire rapidement.

Que fait-on alors ? On nationalise, on planifie et on tire les décisions stratégiques dans l’intérêt collectif, au détriment des logiques actuelles. Il ne s’agit pas de mettre une entreprise sous perfusion publique puis de privatiser les profits, mais bien d’engager une rupture.

On voit bien que l’idée n’est pas de vanter je ne sais quel « modèle » de je ne sais quel passé par je ne sais quelle nostalgie, mais bien de partir des contradictions actuelles, que nous analysons déjà en partie, pour porter un projet plus global qui permette de nouer nos luttes.

Et les exemples ne manquent pas puisque c’est à peu près la même chose partout : l’urgence est à développer de nouvelles forces productives pour rompre avec le sentiment de déclassement qui dévore le pays et renouer avec le développement.

Or, tout cela suppose de nationaliser certains actifs, cela suppose de mettre au pas le marché, de planifier tel qu’on l’entend, de coopérer et de socialiser les entreprises. Est-ce le communisme ? Tout le monde rigole. Mais pour autant, n’y a-t-il pas de profonde rupture avec le mode de production capitaliste ? Est-ce que ça ne suppose pas d’exclure la classe capitaliste de tous les leviers de pouvoir, économiques, juridiques, idéologiques, etc ? À l’évidence. C’est ce qu’on peut nommer le socialisme.

Sur la question du mot enfin. On a pu entendre que le « socialisme » pourrait porter à confusion, notamment avec le Parti socialiste. Cet argument vaut ce qu’il vaut mais, franchement, on peut dire sans exagération que trois années de gauche plurielle ont plus joué pour la confusion que 80 ans de socialisme dans nos textes.

Bien sûr, on peut entendre les craintes de camarades qui redoutent un « retour vers le passé ». D’où l’intérêt de mener ce débat sur le fond, non pas en recherchant une quelconque baguette magique mais en cherchant à répondre à cette question qui traverse nos débats : un Parti communiste, pourquoi faire ?

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