Venezuela : La révolution, une dynamique du peuple Solidaire, hebdomadaire du PTB

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Michel Collon, auteur des 7 péchés d’Hugo Chávez (2009, Investig’action et Couleur Livres, 20 €), connaît bien le Venezuela. À l’invitation du ministère de la Culture et de celui de la Femme et de l’Égalité des sexes, il vient d’y donner une série de conférences et d’ateliers sur les médias internationaux, les média-mensonges et l’importance de médias alternatifs. Belgo-colombienne, Ligia Uribe accompagnait il y a trois ans un voyage de solidarité de l’ONG intal au Venezuela. Elle vient d’y passer à nouveau un mois. Ils évoquent tous deux un séjour riche dont ils se disent impressionnés.

Interview de Michel Collon et Ligia Uribe par Bert De Belder du journal Solidaire, hebdomadaire du PTB.

À quelques semaines des élections, les discussions vont-elles bon train dans le pays ?

Michel Collon.  Il est frappant de voir à quel point le débat politique bat son plein et la vie quotidienne est politisée. Le débat est intense entre le camp de Chávez et l’opposition. Mais aussi entre les partisans mêmes de Chávez. Le processus de la révolution bolivarienne est en effet très complexe, il s’agit d’un réel laboratoire d’idées et de pratiques, et de tels débats sont très positifs pour faire avancer le processus de la révolution.

Selon vous, le niveau de conscience, de connaissance et d’organisation de la population a augmenté considérablement ces dernières années...

Michel Collon. Lorsque j’y suis allé la première fois, il y a dix ans, beaucoup de gens étaient visiblement très pauvres, le secteur informel de l’économie était très large. Maintenant, j’ai vu ces mêmes gens prendre des responsabilités dans la gestion d’un potager et m’expliquer comment fonctionne la "permaculture", système durable qui produit de la nourriture pour satisfaire les besoins locaux tout en respectant la nature.

Ligia Uribe. Les gens se sont réveillés, et ils savent expliquer pourquoi il est important de défendre la révolution. Dans un restaurant populaire au centre-ville, j’ai discuté avec quatre ouvriers. «  Nous ne voulons pas voir une nouvelle Syrie ou Lybie au Venezuela, disait l’un d’entre eux. Nous ne voulons pas que notre président subisse le sort de Kadhafi et que les Américains viennent prendre notre pétrole   ». Un autre ouvrier évoquait les élections : «  Il faut absolument 10 millions de voix pour Chávez !  ». Et un troisième  : «  Le jour des élections, il faut se lever tôt. Chacun doit emmener 10 électeurs au bureau de vote. Moi, j’en ai déjà 8 !  ».

Comment ce niveau de conscience et de compréhension a-t-il autant augmenté ?

Ligia Uribe. Les médias alternatifs, populaires et de quartier jouent un rôle important, mais aussi la démocratie participative. À l’intérieur des conseils communaux (de larges comités de quartier, NdlR), on aborde constamment des sujets politiques, on y fait l’analyse de la situation non seulement du quartier, mais on fait aussi le lien avec la situation nationale voire internationale.

Michel Collon. La soif d’apprendre m’a vraiment frappé. Partout où je donnais des conférences, dans des quartiers populaires, hommes et femmes, jeunes et plus âgés posaient des questions, faisaient des remarques. L’autre facteur important est la personnalité de Chávez. C’est vraiment un pédagogue extraordinaire. Chaque dimanche matin, il parle pendant des heures à son émission télévisée Alo Presidente, la plus regardée du pays. Les chaînes d’opposition tentent de la concurrencer par un autre programme à la même heure mais, rien à faire, les gens ne zappent pas Alo Presidente. C’est le vrai rendez-vous de Chávez avec le peuple. Il y aborde de nombreux domaines, allant de l’économie et de la politique à la culture et à la science. Pour certains, il s’agit d’endoctrinement. Mais les gens ne sont pas idiots !

Le gouvernement a, avec l’aide des Cubains, réalisé des missions de santé, d’alphabétisation et d’éducation. Y a-t-il des progrès dans d’autres domaines  ?

Ligia Uribe. Le gouvernement fait beaucoup pour promouvoir le sport et la culture dans les quartiers. Tous les week-ends, il y a des activités culturelles gratuites de qualité. Des salles et terrains de sport ont été installés tout au long de la rivière Guaire, avec des appareils de fitness que tout le monde peut utiliser librement. En ce qui concerne la protection de l’environnement et l’agriculture durable, les Vénézuéliens bénéficient de l’expérience de Cuba. Le Venezuela a adopté une loi qui défend les forêts et interdit de couper du bois. On stimule des cultures qui n’épuisent pas la terre et on fait de la pêche durable dans des étangs écologiques.

Michel Collon. J’ai vu une approche similaire dans un projet d’urbanisation tout neuf un peu en dehors de Caracas, Ciudad Caribe, entre les montagnes et la mer. On y construit 20.000 habitations, pour 100.000 habitants. Il s’agit de petits blocs d’appartements, entourés de potagers organiques comprenant des systèmes de purification d’eau, de production de compost, etc.

Le Venezuela jouit du pétrole, mais reste très dépendant d’importations. Que prévoit Chávez  ?

Michel Collon. Le gouvernement de Chávez essaie d’y remédier et a mis l’indépendance économique parmi les axes centraux du prochain plan pluriannuel (2013-2019). La volonté est de s’affranchir des importations de l’Europe et des États-Unis. L’Iran, qui a une industrie lourde, est devenu un partenaire important du Venezuela, tout comme la Chine, la Russie et la Biélorussie, qui ont beaucoup contribué à la construction de logements. Point problématique  : les trois grandes compagnies de ciment étaient aux mains de multinationales étrangères et sabotaient les plans de construction de logements sociaux en continuant à exporter leurs produits. Le gouvernement vénézuélien a donc décidé de nationaliser l’industrie. Mais le savoir-faire manquait, ainsi que certains produits de base et d’infrastructure. C’est là que les Chinois, les Russes ont apporté leur aide.

Mais n’est-ce pas alors un simple déplacement de dépendance économique   ?

Ligia Uribe. Non. Je vous donne un exemple  : aujourd’hui, la plupart des ascenseurs à Caracas sont importés de Chine. Mais le contrat commercial contient une clause prévoyant la formation. Après un certain temps, les Vénézuéliens pourront, grâce à l’aide des Chinois, produire des ascenseurs eux-mêmes.

Michel Collon. Autre exemple  : une des nouvelles missions sociales du gouvernement offre un ordinateur à tous les écoliers. La première livraison venait du Portugal. Mais, l’an prochain déjà, les ordinateurs seront fabriqués au Venezuela.

Il semble que les femmes jouent un rôle fondamental dans la révolution...

Michel Collon. Les femmes ont effectivement un rôle très actif dans la révolution bolivarienne. Des femmes des quartiers populaires, qui étaient auparavant le plus souvent exclues, confinées au foyer ou même vivant de mendicité, ont retrouvé leur dignité. Elles sont conscientes de leur rôle et manifestent une grande volonté d’apprendre. À Caracas, j’ai donné une conférence devant 800 femmes du peuple. Elles étaient indignées des attaques médiatiques contre leur président, elles voulaient comprendre comment fonctionnent les média-mensonges internationaux, et s’interrogeaient sur ce qu’elles pouvaient faire. Le ministère de la Femme et de l’Égalité des sexes est en fait un ministère de mobilisation et de luttes de masse. Il est dirigé par Nancy Pérez, sorte de Chávez au féminin  : militante, pédagogue, convaincante. Et ce sont ces qualités qui sont nécessaires pour réélire Chávez et poursuivre la révolution au Venezuela.

Le 29 août 2012

Lu sur le site de Solidaire, hebdomadaire du PTB (Parti du Travail de Belgique)

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