Revue Unir les communistes nr 9

Venezuela : se donner des repères de classe

, par  Danielle Trannoy , popularité : 3%

Il est souvent difficile de se faire une opinion sur la situation réelle du Venezuela qui rassemble pourtant tous les critères d’un pays faisant l’objet d’une contre-offensive des forces réactionnaires et des courants réformistes tentant de revenir sur les acquis politiques et sociaux gagnés en presque dix-sept ans de processus de transformation bolivarien, initié par Hugo Chavez.

Avec le Président Nicolas Maduro, le pays traverse l’une des pires crises de son histoire, consécutive à l’effondrement des cours du pétrole, dont il dépend à 96% entrainant de graves difficultés pour l’alimentation et les produits de base, les médicaments… Près de 80% des produits de première nécessité y sont désormais introuvables. La production est désorganisée. Le peuple souffre pour vivre au quotidien. Les bases sociales découlant des missions collectives (école, santé, logement, transport, conseils communaux…) sont encore plus fragilisées.

La contre-révolution a gagné les élections de décembre 2015. A ce sujet, il convient de se reporter à l’analyse faite par le Parti Communiste Vénézuélien.

Difficile de s’informer

Ne disposant pas de publications et d’un travail collectif rassemblant les diverses sources, il est compliqué de se documenter et de se forger une opinion notamment à partir des acteurs locaux.

Les communistes sont pris dans la domination des médias, qui ne cessent de dénaturer les avancées sociales et d’occulter toute perspective d’émancipation socialiste.

Les communistes français ne sont pas censés avoir sous les yeux les déclarations du Parti Communiste Vénézuélien, de suivre TéléSur. Ils ne peuvent s’appuyer que sur les tribunes de Jean Ortiz, de quelques articles de journalistes de l’Humanité. Peut-être ont-ils eu accès à la LRI du secteur international ? Ou bien, consultent-ils quelques blogs mieux informés ?

Ont-ils eu connaissance des rencontres internationales des partis communistes et ouvriers, notamment celle de novembre 2014 à Guayaquil (Equateur) ? De Lima (Pérou) ce mois d’août 2016 ? Où les travaux d’une vingtaine de partis de gauche d’Amérique latine ont porté sur l’examen de leurs expériences respectives ; les attaques néolibérales contre les gouvernements progressistes, ainsi que sur la concertation d’un programme commun.

En 2014, les partis communistes qui s’étaient réunis en Equateur, avaient déjà donné les grandes lignes des conséquences pour l’Amérique Latine, des offensives des Etats-Unis au niveau mondial qui n’acceptent pas la remise en cause du caractère unipolaire de leur domination, tant en Amérique Latine que sur la scène internationale face à l’émergence d’un monde multipolaire (Chine, Russie, Amérique Latine, Inde…).

Pour les adhérents du PCF, dont le parti est prisonnier de l’Union Européenne complice de l’impérialisme étasunien et de l’OTAN, et est enfermé dans le carcan idéologique d’une « autre Europe », leurs analyses, réflexions sont amputées, détournées de l’objectif révolutionnaire que serait la sortie de cette prison des peuples, mais aussi empêchées de comprendre les rapports des forces dans le monde qui permettraient de se rapprocher de l’autre pôle de la mondialisation autour de la Chine socialiste, les BRICS (Brésil, Russie, Chine socialiste, Afrique du Sud).

La stratégie du chaos contre l’espoir du socialisme

Avec la mondialisation, l’exploitation capitaliste est poussée à des extrêmes, organisant la recrudescence des conflits régionaux, la résurgence de courants fascistes, par lesquels les oligarchies et les puissances impérialistes tentent de faire perdurer l’ordre mondial imposé par les USA par des guerres conventionnelles ou non, dans différentes parties du monde, pour l’accaparement des ressources naturelles, le contrôle des routes du commerce international, les nouveaux traités (Tafta…).

Il convient de replacer l’actualité du Venezuela, de l’Amérique latine et des Caraïbes dans ce contexte, à savoir les grandes manœuvres des USA dont l’objectif principal est l’élimination des gouvernements progressistes de la région qui défendent des politiques sociales et leurs intérêts souverains, ainsi qu’un nouveau type d’intégration économique, politique et sociale (Alba, Celac, Mercosur, Monnaie commune…).

Argentine, Brésil, Bolivie… ces pays subissent des offensives impérialistes, prenant appui, en interne, sur des droites corrompues. A l’heure de la revanche de classe, ces dernières tentent de se réinstaller au pas de charge. Les Etats-Unis sont à la manœuvre, modifiant leur sinistre "plan Condor" par une stratégie provoquant la déstabilisation et le chaos, stratégie que l’on retrouve systématiquement : hitlérisation du chef de l’Etat à abattre (le Président Chavez portait l’étiquette de "dictateur") ; soutien affiché aux forces et personnalités locales, notamment la grande bourgeoisie possédante (à noter, que le Premier Ministre E. Valls a soutenu publiquement au nom des droits de l’Homme, un "prisonnier politique" ayant la responsabilité des émeutes de 2014 ayant provoqué 43 morts et des incendies criminels) ; l’intervention des ONG subventionnées par les USA, notamment pour « défendre les droits de l’Homme et la démocratie » ; violation de la souveraineté de l’Etat ; pressions et blocus économiques, utilisation de criminels et paramilitaires financés par l’argent de la drogue ; assassinats de dirigeants, refus de dialogue politique, sabotage de rapports diplomatiques respectueux… et surtout, manipulation des opinions par les médias nationaux et internationaux.

Ici, en France, nous ne recevons que des informations de la droite vénézuélienne, mettant systématiquement en accusation le Président Maduro… décrivant les pénuries alimentaires, comme ils ont su le faire pour Cuba subissant le blocus nord-américain.

Depuis la fin de l’Union soviétique, les Etats-Unis imposent leur hégémonie au niveau mondial en s’appuyant dans chaque pays et régions, sur les forces oligarchiques avides de reprendre propriétés, terres, pétrole, mainmise sur le peuple avec le soutien implicite des classes intermédiaires qui, pour défendre leurs intérêts et petits privilèges, participent notamment au sabotage de l’expérience portée majoritairement par le peuple vénézuélien.

Chavez symbolisait le peuple, il était des leurs, il leur ressemblait. L’analyse de cette expérience appartient totalement au peuple vénézuélien. La révolution bolivarienne est en danger, mais pas anéantie. Elle soulève toutefois nombre de questions.
L’oligarchie vénézuélienne peut-elle à elle seule relever le cours du pétrole ? Elle qui a réduit à l’extrême pauvreté un peuple depuis la colonisation espagnole. Elle, qui organise la contre-révolution.

Mais pour notre réflexion collective pour avancer vers le socialisme : peut-on en rester à un "chavisme inconditionnel" ? L’humanisme, la redistribution de la rente pétrolière suffisent-ils pour inverser le sens d’une économie basée sur cette rente, sur l’exploitation et la colonisation. Cette question si elle a des particularités propres à chaque pays, à chaque région, intéresse aussi tous les communistes et progressistes. Cela concerne la place et l’organisation de la classe ouvrière à chaque étape de la révolution, le rapport des forces internes et externes.

Place du Parti Communiste Vénézuélien

Rappelons que le PCV a apporté son soutien aux Présidents Chavez et Maduro, au projet du PSUV, mais a gardé son indépendance et son organisation en tant que parti dans le processus bolivarien.

Le secrétaire général du Parti communiste du Venezuela (PCV) Oscar Figuera, réélu député au Parlement, s’est exprimé sur la situation de la manière suivante : « Après la victoire de la contre-révolution aux élections, le PCV du Venezuela en appelle à de profondes rectifications (décembre 2015) :
L’ensemble du peuple du Venezuela, en particulier les couches populaires, doit bien prendre conscience que la contre-révolution a gagné les élections du 6 décembre et que son but est de revenir sur nombre des acquis politiques et sociaux gagnés en presque dix-sept ans de processus de transformation bolivarien.

Le 29ème plenum du Comité central émettra, en commun avec les secrétaires provinciaux du Parti et la direction de la Jeunesse communiste, une appréciation approfondie du résultat, de ses causes et de la tactique à suivre maintenant ». Le PCV se reconnaît dans la déclaration du président Nicolas Maduro sur la nécessité d’une évaluation collective du résultat électoral. Mais celle-ci devra comprendre aussi « une évaluation de la gestion du gouvernement et du rôle que doit tenir le "Grand pôle patriotique Simon Bolivar" pour constituer une direction collective et unitaire du processus ».

« Il y a eu une grande carence dans le processus de changement : l’absence d’un espace organique destiné à l’évaluation critique et autocritique, et à la définition des politiques publiques, qui aurait fait avancer, en même temps, l’unité à la base du processus » a estimé Figuera. Pour le député : « nous n’avons pas réussi à ce que les masses prennent conscience de la confrontation avec l’impérialisme et l’oligarchie. L’incompréhension reste grande du fait qu’il existe une agression permanente, aux facettes multiples, contre le processus transformateur vénézuélien. Nous n’avons pas réussi à la démasquer aux yeux du peuple ».

« C’est pourquoi il est maintenant décisif de comprendre le message que les masses ont adressé à travers ces élections et d’obliger toutes les forces engagées dans le processus bolivarien à réviser et à corriger tout ce qui doit l’être. Le PCV va y travailler ; nos députés s’exprimeront dans ce sens à l’intérieur comme à l’extérieur de l’Assemblée » a annoncé Figuera.

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