Une contribution de Caroline Andréani à la réflexion collective !

, par  Caroline Andréani , popularité : 1%

Dans cette période, nous avons besoin d’échanger pour apprécier le plus justement possible la situation sanitaire, sociale et politique et construire une analyse commune.
Avec cet article Caroline apporte sa pierre à la discussion.

Il est compliqué dans la période actuelle d’avoir une vision d’ensemble de la situation.

Les témoignages que nous recevons ne sont que des témoignages, avec toute la subjectivité que cela implique. Et il faut les analyser comme tels. Ils sont une vision à un moment t d’une personne confrontée à une situation anxiogène.
Mais pour des politiques, ce que nous sommes, cela n’est pas suffisant. Cela demande une analyse, une mise en perspective, et une réflexion sur l’après.
Personnellement, je pense que la situation actuelle est intéressante à plusieurs niveaux.

D’abord, sur ce qu’elle révèle de la défaillance du système de santé public. Cela, nous le savions, nous l’avons dénoncé et les personnels de santé, fortement impliqués dans le mouvement contre la réforme des retraites, ne se sont pas privés de le dire haut et fort et de mettre en garde bien avant la pandémie. Ce qui est nouveau, c’est qu’aucun responsable politique ne peut aujourd’hui prétendre le contraire : 20 ans de politique libérale ont bel et bien réussi à fragiliser le système hospitalier, la médecine de ville, etc. Avec toutes les conséquences que cela implique : hôpitaux saturés, et personnel surexposé et à la limite de la rupture alors que nous ne sommes qu’au début de la pandémie. La nécessité de faire intervenir l’armée en est la meilleure illustration.

Deuxième élément de réflexion : les réactions collectives et individuelles. C’est absolument passionnant : la ruée dans les magasins pour faire des stocks, les gens qui utilisent des masques alors qu’ils ne sont pas des soignants, ceux qui font des réserves de paracétamol... Mais en opposition à cela, ceux qui vont voir leurs voisins âgées ou malades pour proposer leur aide, ceux qui se précipitent dans les hôpitaux pour donner leur sang... D’un côté une peur panique amplement orchestrée par les médias, de l’autre des milliers d’actes de solidarité individuels et collectifs. Quid des sans domiciles fixes et des sans papiers qui survivent dans la rue ? Certains sont verbalisés : jusqu’où peut aller le cynisme et la bêtise crasse, on se le demande. Dans le même temps, on entend via les médias que des solutions pérennes d’hébergement sont recherchées pour éviter la propagation du covid-19. Donc en période faste, on laisse 250 000 personnes vivre à la rue sans que cela empêche quiconque de dormir. En période de crise, on cherche des solutions...

Troisième élément de réflexion : l’incapacité du gouvernement Macron à mener une politique de long terme. Et cela ne concerne pas uniquement les annonces de confinement pour 15 jours. Comment concilier deux injonctions contradictoires : "restez chez vous, confinez-vous" et "continuez à produire coûte que coûte". Avec ce que le Pcf a dénoncé : des branches entières de la production qui sont maintenues alors qu’elles ne sont pas décisives, en contradiction avec les mesures de confinement décidées par le gouvernement. Élément intéressant toutefois : la suspension au moins provisoirement de l’examen de la réforme des retraites, et surtout, la suspension de la réforme de l’assurance chômage, qui est la reconnaissance implicite du caractère foncièrement anti-social de cette réforme.

Quatrième élément de réflexion : la crise risque de peser sur les plus précaires. Si vous êtes fonctionnaire, votre salaire sera payé. Pour l’instant en tout cas. Si vous êtes salarié, vous pouvez bénéficier de mesures d’indemnisation. Je demande à voir pour les salariés des petites structures, les personnes en CDD ou à temps partiel, mais des annonces sont tout de même faites en ce sens. Mais si vous êtes travailleur non salarié - travailleur indépendant, autoentrepreneur, artisan, agriculteur, etc. - comment allez-vous faire ? En fin de mois, même sans rentrée d’argent, il faudra payer son loyer, ses charges fixes, sa nourriture, etc. Pour le moment, je n’ai rien vu concernant ces travailleurs.

Cinquième élément de réflexion : que se passera-t-il après cette crise d’un point de vue politique ? Macron a été confronté à deux mouvements sociaux de grande ampleur : les gilets jaunes et le mouvement contre la réforme des retraites. Dans les deux cas, il est passé en force. Son mouvement a été très fortement sanctionné lors des élections municipales. Mais le 2e tour est reporté en juin, voire en septembre. Comment vont réagir nos compatriotes à l’issue de la pandémie ? Macron jour l’union sacrée, il aurait tort de faire autrement. Le risque, c’est que la droite et les socialistes fassent de même. Et qu’à l’issue de la crise, Macron apparaisse comme une sorte de sauveur. Je pense que nous avons un travail politique de fond à mener pour empêcher qu’il sorte grandi de cet épisode. Même s’il n’est pas le seul responsable de la situation, même si le système de santé public avait été la cible de Sarkozy et de Hollande, il ne faudrait pas qu’à l’issue de la séquence, il puisse retrouver une forme de crédibilité politique.

Enfin sixième élément de réflexion, une réflexion sur la fragilité de notre société. Des décennies de système capitaliste sans aucun frein et d’idéologie libérale reprise comme une doxa partout dans le monde nous mènent au chaos. Là encore, cela demande une réflexion collective : pourquoi des telles épidémies (avant le covid-19, il y en a eu d’autres), pourquoi une diffusion aussi rapide, est-ce que le système d’échange de marchandises n’est pas en partie responsable, au même titre que la production à outrance et l’exploitation systématique de toutes les ressources dans une course échevelée au sur-profit, de ce type d’accidents ? Et surtout, cela peut-il provoquer une prise de conscience collective et la volonté d’une rupture franche avec ce système ?

Voilà mes camarades quelques réflexions. Je suis preneuse en cette période d’une réflexion collective et j’espère que nous pourrons en profiter pour prendre le temps de l’échange.

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