SNCF : « Je ne serai pas le patron de la CGT-Cheminots qui enterrera le statut ! »

, par  Laurent Brun , popularité : 4%

Laurent Brun, secrétaire général de la CGT-Cheminots, syndicat majoritaire à la SNCF, promet un mouvement de grève dur si le gouvernement retient les options proposées par le rapport de Jean-Cyril Spinetta.

Pour le n° 1 de la CGT-Cheminots, majoritaire à la SNCF, le statut de l’entreprise publique et de ses agents sont deux lignes rouges à ne pas franchir. Il promet un mouvement de grève dur si le gouvernement retient les options proposées par le rapport de Jean-Cyril Spinetta.

Que pensez-vous du rapport rendu par Jean-Cyril Spinetta ?

C’est une énorme attaque sociale mais ce n’est pas une surprise. Elle est annoncée de longue date. La suppression du statut pour les nouveaux entrants et le passage en société anonyme, ce sont les deux ficelles utilisées ces trente dernières années pour transformer une entreprise publique en société privée. Mais le gouvernement va devoir répondre à une question ? Est-ce qu’il est prêt à engager une épreuve de force avec les cheminots ? Si c’est le cas, on appellera les cheminots à se défendre ?

Comment ça ?

Si le gouvernement reste sur une logique d’éclatement du système ferroviaire, de suppression de kilomètres de lignes, de casse des droits sociaux des cheminots, d’augmentation des coûts pour les collectivités, de filialisation du fret, on se dirige vers un mouvement de grève dur. Comme tout le monde, j’observe les mécontentements autour de moi : les routiers contre le rapport Duron, les VTC contre leur situation précaire, les agents de l’industrie gazière et électrique contre l’évolution de leur statut, tous les salariés du privé contre des plans sociaux importants, les fonctionnaires… J’espère que le gouvernement a pensé à tout, parce que nous, on se prépare à cette situation depuis un an. D’ailleurs, on appelle à manifester dès le 22 mars. Je ne serai pas le patron de la CGT-Cheminots qui enterrera le statut.

Que reprochez-vous à ce rapport ?

Ce n’est pas un projet de développement, mais de casse du service public. Il confirme nos craintes concernant la politique anti-ferroviaire du gouvernement. On peut tourner le rapport Spinetta dans tous les sens, il préconise la suppression de certaines lignes au profit de la route.

Le rapport préconise surtout de faire un bilan social et économique des petites lignes et une concertation avec les collectivités avant d’envisager une fermeture…

Oui. Mais c’est une stratégie de repli. Forcément des lignes vont fermer et on va demander aux Régions de payer plus si elles veulent les conserver. Les usagers seront aussi les perdants.

Comment ça ?

Le rapport indique que le train est moins cher en France qu’à l’étranger. Il rejoint en cela le rapport Duron qui conseille de faire davantage payer les usagers. On est en train d’installer l’idée que l’usager doit payer une part plus importante de son billet de train.

L’ouverture à la concurrence est une mauvaise chose ?

Ce n’est pas moi qui le dit mais le rapport Spinetta lui-même. Page 87, il dresse plusieurs inconvénients comme l’absence d’unité tarifaire, des correspondances moins bien organisées…

Le maintien du statut des cheminots est-il tenable ?

Chez la compagnie Thello [NDLR : qui opère un TGV de TrenItalia entre la France et l’Italie], les salariés ne sont pas au statut. Est-ce que Thello fait mieux que la SNCF ? La réponse est « non ! ». Même chose pour certaines entreprises du fret. A partir du moment où on ouvre la concurrence, ils veulent casser le statut… C’est dogmatique.

Que va-t-il se passer dans les prochains jours ?

Nous rencontrons la ministre des Transports Élisabeth Borne lundi. Cela permettra de clarifier certaines choses comme le calendrier mais aussi sur le parcours législatif. Il se murmure que le gouvernement pourrait légiférer sur ce sujet par ordonnance »

Vous êtes inquiets ?

Non. Ce rapport fait partie des mauvais rapports sur la SNCF. On va faire en sorte qu’ils rejoignent tous ceux qui ont déjà intégré les archives du ministère des Transports.

Vincent Vérier
Le Parisien, le 16 février 2018

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