Compte rendu d’un débat à la section de Béziers

La progression du port du voile en France interpelle, quelle condition féminine dans le cadre des valeurs républicaines et laïques ?" Oser un débat compliqué !

, par  Paul Barbazange , popularité : 2%

Une salle bien fournie si l’on compare aux débats que nous menons chaque mois. Un public très divers : âge, engagements, religion... Une même volonté de mieux se comprendre.

La progression du port du voile en France interpelle, quelle condition féminine dans le cadre des valeurs républicaines et laïques ?"

Sur ce thème, plus d’une cinquantaine de biterroises et de biterrois ont débattu deux heures durant vendredi soir à l’appel de France-Algérie Béziers et de la section du Parti communiste.

Des femmes sont intervenues nombreuses, déterminées, diverses dans leurs approches.

Organiser ce débat avait paru à certains difficile pour ne pas dire plus : dangereux, car porteur de possibles germes de nouvelles divisions dans le camp des exploités.

Il n’en a rien été, bien au contraire. L’ensemble des participant(e)s a marqué sa satisfaction, la seule réserve entendue étant qu’on aurait dû "aller plus loin". La participation de plusieurs jeunes musulmanes voilées, affirmant leur conviction religieuse, pour certaines militantes dans des associations démocratiques, la qualité des interventions liminaires et la volonté unanime de mieux comprendre et se comprendre ont contribué à ce résultat.

L’exposé liminaire, à deux voix, a permis à des militantes de France-Algérie de rappeler quelques étapes essentielles dans notre pays de la conquête des droits par les femmes :
- Entr’autres, droit de vote en 1944 !
- Droit d’avoir un compte en banque.
- De travailler sans autorisation du mari en 1966 !
- Contraception et IVG dans les années 1970.

Toujours les luttes, toujours l’oppression de la classe dominante.

Nous ne reprendrons pas ici de façon exhaustive toutes les étapes énumérées, mais cela situe le débat pour la France. Conquêtes difficiles, portant en elles le risque de retours en arrière : actuellement non remboursement total de la pilule.

La deuxième intervenante insistant quant à elle sur la diversité des situations en France, en Algérie, dans d’autres pays... En France selon l’âge, les prises de parti religieuses, idéologiques, la situation familiale, la pauvreté qui frappe si particulièrement les femmes, l’habitat, le rapport à l’emploi...

La question spécifique de l’école et du fondement laïque de notre République. Ainsi lancé les échanges ont touché à l’essentiel.

Essayer de tout retranscrire, sans hiérarchiser n’est pas facile. J’assume mes choix, ils sont personnels et retracent ce qu’a été le débat.

D’abord l’idée de "mouvement", mouvement émancipateur sur la longue durée avec les risques constant de retour en arrière. C’est bien le cas chez nous, de nos grands mères en noir du jour du décès de leur mari au retour du voile imposé par la force dans certaines circonstances familiales, religieuses, sociales. Le combat toujours à mener pour l’émancipation ne se mène jamais dans des circonstances identiques.

Dans notre pays la quête centenaire de plus de libertés individuelles réelles, l’effort d’émancipation envers les pressions intégristes religieuses : d’où qu’elles viennent et quelles qu’en soient la forme. Processions publiques autrefois, symboles religieux comme la Kippa, la croix, la barbe des Siks... Où commence l’ostentation ? Où s’arrête la liberté individuelle ?

La situation de tous les immigrés, immigrés pour toujours dans leur terre d’accueil et à leur retour dans leur pays de naissance. La balance continuelle entre volonté d’intégration et replis communautaire, chacune des attitudes portant risques et avantages. Une camarade française d’origine chilienne a souligné la permanente volonté des colonisateurs d’imposer aux individus des peuples colonisés leur vêtements, citant sa difficulté personnelle à sortir habillée de son poncho andin, vêtement de sa culture. Fort à propos un intervenant a rappelé qu’à un bien moindre niveau les transferts de population à l’intérieur d’un pays créent les mêmes types de problèmes.

La classe dominante organisant toujours et partout la division des exploités. Les immigrés parqués dans les travaux les plus durs, stigmatisés étant systématiquement isolés dans leurs cultures, dans leur religions. La différence d’attitude entre générations a été soulignée, jeunes femmes et moins jeunes réagissant souvent de façon très différentes.

Plusieurs explications ont été avancées à l’engouement d’une partie des jeunes filles musulmanes au port du voile, de l’affirmation religieuse (avec des échanges entre musulman(e)s sur le contenu du Coran à ce sujet), à la tentative de se protéger ainsi de pressions des garçons, jusqu’à un simple phénomène de mode. Sur cet aspect une militante d’origine nigériane a souligné les différences dues aux cultures, (de son pays à l’Iran à titre d’exemple) aux appartenances de classe.

La question du "hijab" a été citée pour ses différences avec la progression du port du voile. La laïcité de la République, la loi de 2004 sur le port du voile dans les lieux publics, l’organisation par les forces réactionnaires d’une agitation souvent artificielle pour détourner l’attention d’autres questions comme la pauvreté de masse a largement retenu l’attention. Pourquoi certains laïques intransigeant ne s’offusquent pas de la présence de symboles religieux dans les écoles des "départements concordataires" d’Alsace-Lorraine a souligné une institutrice ?

L’international est venu avec force au travers de l’expérience de franco-algériens faisant la navette entre les deux pays. Montrant là aussi l’importance des facteurs socioculturels, des pressions intégristes, des risques et des résistances : femmes – hommes réunis.

L’évolution inquiétante de la situation tunisienne a été soulignée, sans qu’un début d’accord puisse se faire. La laïcité de Bourguiba et de Ben Ali étant opposée aux pressions intégristes actuelles. Cette partie du débat a permis de rappeler l’utilisation par tous les intégrismes -religieux en particulier- mais aussi politique, FN en France, de tout ce qui divise et obscurcit la compréhension des rapports de classe.

Un algérien a rappelé la situation d’une femme de sa famille portant le voile et dont le père justifie l’attitude par les faits : "Une femme de notre famille a été assassinée parce qu’elle ne cédait pas, un mort ça suffit". Cette intervention a permis de revenir sur la diversité des violences de classes exercées sur les plus pauvres et toujours de façon particulièrement violente sur les femmes, moitié de l’humanité.

Nous ne vivons pas dans un monde de "Bisounours" dans lequel les bonnes intentions, les progrès réels cumulés sur des périodes historiques suffiraient.

Au delà des apparences et des vécus, fussent-ils individuels, intimes (choix vestimentaires, culturels religieux), comprendre les enjeux est toujours nécessaire. Cette soirée y a aidé, dans le respect réciproque, même s’il y a encore beaucoup à faire.

Le repas clôturant l’échange au travers d’un couscous traditionnel et de pâtisseries du Maghreb administre une preuve de plus de l’intérêt des pratiques multiculturelles pour les gourmands et du danger du choc des cultures brandi par l’extrême droite et la droite extrême. A Béziers, le candidat ex-député Aboud, considère comme un fait d’armes d’avoir à l’Assemblée Nationale voulu interdire la présence de drapeaux étrangers (essentiellement algériens) lors des mariages, en attendant les matchs de foot sans doute !

A méditer à la veille d’un scrutin d’invalidation.
Paul Barbazange.

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