Glucksman ou le retour d’une gauche militariste de droite ..

, par  pam , popularité : 7%

Depuis la séparation avec le courant communiste en 1920, le mouvement socialiste a toujours été agité par les divisions entre une gauche turbulente et une droite gouvernante. La SFIO qui s’était révélé militariste et de droite en 1914 ne pouvait laisser d’espace politique au parti communiste, donc elle devait s’ancrer dans le monde du travail, et elle ne pouvait pas non plus lâcher l’électoralisme et les alliances à droite qui seules lui permettait l’accès aux institutions…

Les dirigeants socialistes qui réussissent rassemblent en tenant un discours de gauche, avant de diriger à droite, de Mitterrand affirmant avant 1981 « Celui qui n’accepte pas la rupture avec la société capitaliste ne peut être au PS », avant d’organiser le tournant de la rigueur après son élection, à Hollande « mon ennemi c’est la finance » avant de s’y soumettre et de laisser la place a Macron..

Rocard était venu de la gauche (PSU) avant de représenter la droite contre Mauroy qui lui même avait porté les espoirs populaires insensés du « changer la vie » de 1981 avant de dénoncer dès 1983 les grèves ouvrières de l’automobile, puis de détruire la sidérurgie…

La gauche du PS a toujours agité la vie socialiste, de Chevènement a Mélenchon, sans jamais prendre la main sur l’appareil. Elle a toujours été marqué par des courants trotskystes, comme Jospin devenu le plus grand privatiseur avant de disparaître dans un dernier éclat face aux ouvriers victimes du capitalisme, « il ne faut pas attendre tout de l’État ou du gouvernement » chacun comprenant, il ne peut rien... Mais aussi Cambadélis et d’autres...

La droite a parfois des ratés... Delors qui fait défaut, trop tranquille dans le douillet cocooning européen, DSK promis à la présidentielle, arrêté par une femme de chambre... Mais Hollande a assuré la continuité…

Et le réel est toujours plus riche qu’une idée, Deferre à Marseille a longtemps tenu le PS entier tout à droite avec la mafia contre les communistes. Collomb à Lyon a réuni la gauche pour gagner et progressivement absorber le centre jusqu’au centre droit avant d’initier le macronisme et finalement de s’allier avec LR en 2020 conte la gauche ..

Mélenchon dit en tirer les leçons, en cherchant à reconstruire une radicalité avec tous les gauchistes, et en tentant d’absorber le parti communiste, tout en s’inscrivant dans la continuité de Mitterrand et toujours dans la « famille socialiste »... Et la quasi disparition électorale du PS aux présidentielles de 2022 semblait marquer la fin d’une époque, même si peu ont compris que c’était aussi la fin de la tentative Mélenchon avec son troisième échec présidentiel

Et deux ans plus tard, surprise avec Glucksman, c’est le retour d’un PS assumant être pour le capitalisme, pour le colonialisme, pour la guerre , et qui prend la tête dans les sondages ?

Certes, on comprend bien que tout le système médiatique est à la manœuvre. Quand la politique se réduit a n’être qu’un des marchés de la société de consommation, on sait la puissance des appareils idéologiques.

Certes, ce ne sont que des sondages, mais des signes concrets existent... Au meeting Glucksman de Lyon, on trouvait a la fois les élus socialistes élus avec la Nupes, ceux élus avec Macron, une opposante a Collomb élue LFI avec la gauche et l’ancien président de la métropole allié de Collomb... Un air de retrouvailles…

Et le capitalisme a toujours besoin de proposer deux têtes a la démocratie formelle médiatique. Or il va falloir remplacer Macron. Il y a bien sûr l’hypothèse de l’extrême-droite qu’une part de la bourgeoisie prépare, mais il vaut mieux occuper l’espace et donc avoir un ou deux successeurs potentiels de Macron... Successeurs qui peuvent comme lui venir du PS... Glucksman pourrait commencer par être le sauveur de Paris en 2026 avant de se proposer comme le premier centriste du « en même temps » en 2027. L’opération retrouvailles socialistes des européennes peut n’être qu’une première étape, si elle réussit bien sûr.

Alors, le retour d’une gauche militariste de droite ?
Constatons que les sondages situent la gauche 2024 en dessous de ses résultats 2019... a peine au niveau de la présidentielle 2022... Ce n’est donc pas le retour de la gauche ! Mais un PS a 13%, et l’hypothèse de dépasser la liste Macron en fait rêver. C’est bien un retour, le double de 2019, et dix fois le score de la présidentielle... sur une base totalement européiste et atlantiste, après avoir affirmé la rupture avec LFI. Regardons de plus près...

D’abord Glucksman est il socialiste ?

Quand il fonde Place Publique, c’est pour unifier la gauche sans la France Insoumise, en considérant que 2022 marquait la fin du PS. Il avait participé en 2017 au Mouvement du 1er juillet — qui deviendra Génération.s —, aux côtés de Benoît Hamon, qu’il soutient aux présidentielles.

Il connait d’ailleurs dans Place Publique la vie mouvementée des courants du PS, ses cofondateurs partant en dénonçant l’absence de vote internet [1] et des « pratiques politiques exécrables » [2].

Il n’est pas adhérent du PS, certes, mais Mitterrand n’était pas membre de la SFIO quand il est devenu le candidat de la gauche ! Son petit parti que tout le monde a oublié ne s’appelait pas place publique, mais lui est bien devenu le premier des socialistes ! Si Glucksman réussit aux européennes, tout le monde le considérera comme socialiste !

Et puis est il de gauche ?

En créant Place Publique, il prône un « dépassement » qui « permettrait à la gauche de reprendre le pouvoir », souhaitant « dépasser les partis politiques qui existaient avant Emmanuel Macron ». Et en 2022, malgré des désaccords avec la France insoumise, il apporte son soutien à la NUPES !

Alors pourquoi le serait il moins que Deferre, Delors, Collomb ou DSK ?

D’ailleurs, il propose une taxation des plus hauts patrimoines pour financer la transition écologiqe, c’est dire qu’il est de gauche (sourires ...) !

Il est même conscient de la dimension sociale (un communiste dirait de classe) des difficultés de la gauche :

« Quand je vais à New York ou à Berlin, je me sens plus chez moi, a priori, culturellement, que quand je me rends en Picardie, et c’est bien ça le problème. (...) Or il n’y a pas de démocratie si on ne fait pas un peuple »

Sans doute quand même de cette gauche de droite ?

Ses débuts politiques sont une bonne indication. Il est un des contributeurs de la revue néoconservatrice Le Meilleur des Mondes, publiée entre 2006 et 2008 par le Cercle de l’Oratoire, clairement à droite.

Il est investi pour les législatives 2007 à Paris par Alternative libérale (AL), un parti du libéralisme. Il présente même les projets de politique extérieure du parti à une conférence de presse. Finalement, il n’ira pas au bout en raison de "divergences avec ses convictions sociales". Erreur de jeunesse ? Alors il accumule, car il est présent au meeting de Sarkosy en avril 2007 qui veut « liquider l’héritage de 68 » !

Évidemment les frontières entre la gauche et la droite du courant socialiste sont changeantes, mais il y a un critère pratique pour les repérer, la relation au courant communiste. Le socialiste de gauche accepte l’unité avec les communistes, le socialiste de droite s’en écarte tant qu’il peut.. ( rappelons qu’un socialiste est souvent de gauche avant l’élection et de droite après…).

Or glucksman n’a pas hésité comme député européen à voter en septembre 2019 avec l’extrême-droite, la résolution condamnant le communisme et l’amalgamant avec le nazisme [3].

Et est-il militariste ?

On connait son rôle dans les révolutions colorées de l’ex URSS, de la Lituanie à la Géorgie, où il devient conseiller spécial du président Mikheil Saakachvili, intermédiaire avec Sarkosy et les ventes d’armes occidentales [4]. Il se marie avec la ministre de la police, avant d’être chassé par les protestations populaires contre la dictature sanglante de son ami, qui s’exile aux USA avant de retourner avec la CIA en Ukraine pour le coup de 2014. Condamné pour corruption en Géorgie, son ami perd la nationalité ukrainienne dans des histoires rocambolesques, avant d’être réhabilité par ... Zelenski, puis de retourner en Géorgie tenter une nouvelle « révolution des roses » qui échoue. « Glucksman s’exclamait devant un « gouvernement formé de jeunes gens dont la double nationalité américaine, anglaise ou israélienne fait ressembler Tbilissi à une Babel occidentale plantée au cœur du Caucase », avant d’ouvrir une « Maison de l’Europe » à Tbilissi. Il a sans doute oublié un grand géorgien qui dirigea l’URSS pendant 30 ans...

Cela dit, ses positions sur les guerres et la défense sont claires. En 2019, il déclare au magazine Marianne que la France doit rester dans l’OTAN et qu’il faut donc maintenir les relations entre l’OTAN et l’Union européenne.

Récemment sur BFMTV-RMC, il enjoint la France à passer "en mode économie de guerre" pour aider davantage l’Ukraine face à la Russie

Et toutes les guerres de l’OTAN l’intéresse, autrement dit, l’intérêt de la France disparaît pour lui derrière les intérêts US. En novembre 2021, Glucksmann conduit sept membres du parlement européen à Taïwan pour envoyer un signal fort en faveur de l’île autonome.

Il se dit "consultant en révolution" dans le monde, mais uniquement en révolution conservatrice et libérale !

Un siècle pour rien ? Pas si sûr...

Le titre est bien adapté, le retour d’une gauche militariste de droite. Ce qui ne va pas manquer de susciter de longs débats internes au parti socialiste, comme Ségolène qui demande « Raphaël Glucksmann, on ne l’a pas vu pendant cinq ans ! Est-ce que les gens savent qu’il a été élu en 2019 ? Vous l’avez vu pendant cinq ans ? ». Mais laissons les débats internes du PS aux socialistes.

Car le fonds du problème révélé par ce "retour" est seulement de confirmer que les conditions politiques d’un rassemblement populaire majoritaire restent entièrement à construire. La crise de la gauche qui a bousculé le PS ces dernières années ne trouvera pas de solutions dans un rafistolage de la grande famille socialiste, à gauche et même à l’extrême-gauche, au centre ou à droite. Notre peuple ne peut sortir de la crise démocratique aggravée par la crise politique de la gauche avec la réussite de Glucksman !

Ce qui interroge sur la cause première de la crise historique de la gauche, l’affaiblissement mortifère du parti communiste dans une stratégie d’union de la gauche électorale, puis sa perte de repères communistes. Donc, pour finir par un peu d’humour, un petit village (parti !) résiste encore a l’envahisseur... Mais pour l’instant, les communistes, un peu perdus après une mutation et trois dirigeants successifs qui cherchaient comment se dissoudre, tentent de se reconstruire mais tâtonnent dans la recherche de la potion magique qui relie nation et internationalisme, monde du travail et république, mouvement communiste et XXIeme siècle, et donc parti organisé et rassemblement populaire... Les bonnes volontés et les bonnes idées sont les bienvenues, et si des succès électoraux ne sont pas une potion magique, ils peuvent faire du bien !

[1Thomas Porcher

[2Claire Nouvian dans le Nouvel Obs

[3avec toutes les droites, les macronistes, les socialistes et les écologistes....

[4marianne nous apprend qu’il contacte une entreprise d’armement proche du groupe Dassault et des milieux de défense israéliens, cofondée par deux Français en Afrique du sud au beau milieu de l’apartheid dans les années 1980, spécialiste du contournement des embargos.

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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

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