Ensemble face aux fascismes... Une réponse politique au terrorisme islamiste

, par  Pierre-Alain , popularité : 16%

Il y a tout juste 5 ans, le 13 novembre 2015, une série d’attentats dans divers lieux de Paris, dont la salle du Bataclan, tuait 131 femmes et hommes et en blessaient 354. Régulièrement, la violence terroriste impose son actualité terrible, un enseignant à Conflans-St-honorine, des croyants à Nice. La première réaction est évidemment d’exprimer la condamnation de cette horreur criminelle, le soutien aux proches des victimes, mais il faut ensuite chercher à comprendre comment agir utilement pour mettre enfin hors d’état de nuire les réseaux terroristes et leur interdire de trouver des relais dans notre pays.

Car tout ces attentats contribuent à l’agenda d’un mouvement terroriste qui veut imposer ses priorités à notre pays, faire de la bataille contre le "blasphème" le principal sujet politique, imposer dans les esprits la religion comme facteur de rejet de l’autre, de divisions.

S’il trouve des relais en France, le terrorisme islamiste n’y est pas né. Il est d’abord un outil de confrontations géopolitiques internationales qu’il faut comprendre pour le combattre utilement. Ensuite, il exploite les faiblesses de notre société pour nous diviser, nous effrayer et imposer son agenda. Il est essentiel de sortir de la sidération et de la terreur qu’il installe

Il est indispensable de se parler pour dire ensemble notre refus du terrorisme, la nécessité d’être unis pour lui résister, car il nous tend un piège. Il utilise la religion, s’appuyant sur des relais puissants dans plusieurs pays arabes, pour nous faire croire qu’il est l’islam. Mais sa guerre a commencé dans les pays musulmans, jouant de leurs propres oppositions, massacrant d’abord des musulmans. Il faut donc trouver comment le nommer, comment le caractériser, autant au niveau mondial que dans notre pays, en ne tombant pas dans le piège qu’il nous tend.

Le terrorisme islamiste est d’abord un mouvement politique, de type fasciste

Tout le monde le sait, les premières victimes du terrorisme islamiste sont des musulmans, dans tous les pays arabes où se multiplient attentats, guerre civile et guerres. Il y a des centaines de milliers de victimes musulmanes du terrorisme islamiste. L’Algérie a payé un très lourd tribu pendant les années noires avec 200 000 morts civils et 30 000 soldats, presqu’autant que pendant la guerre d’indépendance [1]

S’il y a des terroristes en Libye, au Mali, c’est parce que la France a fait tomber le régime Libyen pour des raisons inavouables d’intérêts géostratégiques et économiques. S’il y a des terroristes de toute la planète en Syrie, tchétchènes, ouïgours ou... français, c’est que les puissances occidentales ont voulu faire tomber le régime syrien et tout le monde sait que ce n’est pas pour la "démocratie", dont on se contrefout quand il faut vendre des armes aux saoudiens ! Nous avons mis le feu dans ce pays, qui a eu des centaines de milliers de morts dont beaucoup victimes des mêmes réseaux terroristes que nous dénonçons chez nous ! Mais quand il y a un attentat dramatique à Moscou, on demande des comptes à Poutine sur le respect des droits de l’homme dans sa guerre contre les terroristes tchétchènes, alors que personne ou presque n’exprime d’émotion devant les milliers de morts civils des bombardements occidentaux à Mossoul contre Daech.

Le terrorisme est bien une question de politique internationale. C’est un outil au service de puissances qui le financent et que nous ne condamnons pas ! Ce n’est pas la religion que les terroristes défendent, mais un projet politique de domination, un projet de prise de pouvoir qui ressemble plus au fascisme [2] qu’à un projet religieux.

Non, ce n’est pas l’islam le problème, mais ce qu’il faut nommer le fascisme islamiste

En affirmant qu’ils parlent au nom de l’islam, les terroristes mentent totalement, mais comme tout mensonge, il laisse des traces, et pousse certains à la confusion, tombant dans le piège d’accuser l’islam d’en être à l’origine. Malheureusement certains le font en toute connaissance de cause, profitant des attaques terroristes pour eux aussi diviser les peuples, faire croire à une guerre des civilisations, alors même que le terrorisme islamiste combat d’abord la civilisation islamique !

Car l’islam, comme le judaïsme et le christianisme, a eu ses heures de lumière et ses heures sombres. La civilisation islamique a été pendant des siècles l’avant-garde intellectuelle du moyen-âge ! C’est connu en mathématique ; le mot "algorithme" très actuel a pour origine un mathématicien arabe qui en est un pionnier. C’est vrai aussi en biologie avec les premiers penseurs de l’évolution, bien avant Darwin ! Quand le christianisme brulait des scientifiques, l’islam affirmait que personne ne devait contredire un fait observé, ouvrant la voie à l’autonomie de la science. Le grand philosophe musulman Averroès défendait l’égalité des femmes et leur droit de travailler, au 12ème siècle !

L’islamisme du 20ème siècle symbolisé par le salafisme d’Arabie Saoudite est pour l’islam ce que l’inquisition a été pour les chrétiens. C’est d’abord un enjeu de domination politique, une lutte d’influence entre l’Arabie Saoudite, le Qatar et la Turquie, avec le Maroc en arrière-plan.

Il faut donc refuser le piège que nous tend le terrorisme en acceptant d’en faire une question religieuse. Nous n’avons pas besoin d’aller vérifier dans le livre ce que dit ou ne dit pas l’islam, de même qu’il est inutile de tenter de comparer les écrits des différentes religions pour espérer trouver des arguments sur un sujet qui n’est pas religieux mais politique ! Au mieux, on va seulement s’apercevoir que les religieux ont écrit tout et son contraire, et que toutes les religions ont été utilisés dans les guerres, les massacres, les répressions.

Ce n’est donc pas aux seuls musulmans de combattre le terrorisme, mais à tous les citoyens quelque soit leur conscience, leur foi ou leur origine. On ne peut le faire qu’en considérant le terrorisme islamiste comme un mouvement politique international, un mouvement qu’il faut classer à l’extrême-droite. On ne peut le faire qu’en prenant conscience de son utilisation géopolitique pour déstabiliser des pays arabes, mais aussi le sud de la Russie, le nord-ouest de la Chine. Ces guerres dans lesquelles interviennent Al Qaida ou Daech sont toutes au service des tentatives de l’impérialisme US d’empêcher une alliance des pays du Sud avec la Chine et la Russie. Ce sont les routes de la soie que les crimes terroristes veulent interdire dans tout le grand Moyen-Orient.

Non, ce n’est pas l’islamophobie le problème, mais le néocolonialisme

Les islamistes font tout pour imposer l’idée que l’islam est l’enjeu, que le critiquer serait être islamophobe. Cela leur permet de se cacher derrière les droits de l’homme et l’antiracisme, comme si c’était l’islam qui était attaqué quand on condamne l’islamisme ! Cette idée a malheureusement trouvé sa place à gauche chez ceux qui, pour dénoncer cette "islamophobie" mal définie, acceptent une division ethnique et religieuse du monde du travail, syndical, associatif, des quartiers populaires, allant jusqu’à organiser un mouvement "racisé" réservé à ceux qui seraient "non blancs". Comme s’il n’y avait pas de bourgeoisie noire, arabe ou musulmane ! comme si toute personne "racisée" serait nécessairement du bon coté des luttes, alors que toute personne "blanche" serait liée au système au pouvoir.

Le mouvement communiste s’est pourtant fondé au contraire sur un slogan très clair "prolétaires de tous les pays, unissez-vous". Vouloir unir d’abord les "indigènes", les "racisés", c’est faire l’inverse, c’est diviser le monde du travail et se retrouver sur le même terrain que l’extrême-droite classique qui fait tout elle aussi pour séparer "eux et nous"...

Mais ce n’est pas le racisme qui décide des guerres, ce sont ceux qui décident des guerres qui utilisent le racisme ! Le terme d’islamophobie a comme effet de le séparer du racisme en général et donc de diviser les victimes directes et indirectes du néocolonialisme occidental. Comme si le racisme contre les noirs dans les pays arabes, était différent du racisme contre les arabes en Europe, ou du racisme anti-chinois que les fous de Trump relance aux USA. Le terme d’islamophobie est un frein à l’unité des luttes anti-racistes. L’antiracisme refuse tout discours sur des races qui n’existent que dans les discours politiques, et pas dans la nature humaine. Il refuse tout discours faisant de la religion, quelle qu’elle soit, l’identification de citoyens qui seraient séparés des autres.

D’ailleurs, il suffit de voir ces dirigeants réactionnaires du monde arabe crier eux-aussi à l’islamophobie ! Ils veulent faire oublier qu’ils sont les premiers responsables des guerres et de leurs victimes musulmanes, de Syrie au Yemen, qu’ils sont les véritables parrains du terrorisme islamiste qui se développe à partir de leurs pays.

Les émirs du golfe reçu avec les honneurs à l’Elysée sont musulmans, arabes, mais représentants d’un capitalisme mondialisé. Les ouvriers de toutes origines n’ont rien de commun avec eux ! Il faut donc rejeter ce terme d’islamophobie qui est utilisé par les bourgeoisies réactionnaires de tous les pays pour imposer la division des peuples au service de l’impérialisme, et par le terrorisme lui-même pour imposer son agenda raciste au service de son projet fasciste.

Non, ce n’est pas la religion le problème, mais le repli individualiste qui détruit les solidarités

Au-delà de l’islam, le débat sur la laïcité met en cause ce qui avait marqué l’histoire de France, la séparation nette entre la religion et l’espace public et citoyen. Il y avait bien des restes, dans le concordat en Alsace-Lorraine, dans des partis "chrétiens-démocrates", dans l’enseignement catholique. Mais tout français voyageant à l’étranger voyait vite la différence. En France, la laïcité a permis un espace public où chacun est libre de croire ou de ne pas croire, où (presque) tous les enfants vont à l’école ensemble, suivent les mêmes cours, dont les contenus, discutables certes, ne sont déterminés que par la connaissance, la science, le débat citoyen, jamais par les croyances ou les dogmes religieux.

Lili Boniche, ce chanteur parigot juif arabe pouvait chanter dans un mélange de français, d’arabe et d’hébreu, « que tu t’appelles rachid, jean-pierre ou jacob, ne m’dis pas toujours que tu n’as pas de job, prie un petit peu moins et travaille de plus belle car tu sais bien que ca n’tombera pas du ciel... » . Né à Alger, il était lui aussi la France laïque, rebelle, culturelle, multiple, diverse... avec Jean Ferrat, Aznavour et tant d’autres. Il serait aujourd’hui l’ennemi juré des terroristes, comme de tous les intégrismes religieux. Et il serait sans doute incompris de beaucoup de croyants qui veulent redonner une place plus grande à la religion dans leur vie.

Certains pensent que le problème serait le "retour du religieux". Face aux tourments du monde, à ses violences, à l’absence de perspective d’avenir, les religions tenteraient de reprendre l’espace public, et il faudrait les remettre à leur place.

Mais il n’y a rien de nouveau, et l’histoire nous a largement montré à quel point la religion joue bien ici un rôle politique. Le "retour" du religieux dans les anciens pays socialistes a accompagné la destruction des services sociaux, des droits des femmes, la précarisation de la vie de millions de familles qui perdaient l’emploi et le logement garanti, l’école et la santé gratuite... De même, l’intégrisme musulman s’est développé pour accompagner le combat de l’impérialisme US contre le communisme et le nationalisme arabe que Nasser avait placé dans le camp des non alignés. C’est l’origine des talibans en Afghanistan, tout comme l’origine des frères musulmans en Egypte.

La place de la religion dans la société n’est pas d’abord lié à ceux qui ont la foi, mais toujours à l ’utilisation de la religion comme force politique. Et c’est d’autant plus facile que quand le peuple ne sent plus solidaire dans la société, n’est plus confiant dans son avenir, il se cherche une "diversion" pour ne pas sombrer dans le désespoir. Marx soulignait ce rôle du religieux dans une citation célèbre mais souvent tronquée :
« La misère religieuse est tout à la fois l’expression de la misère réelle et la protestation contre la misère réelle. La religion est le soupir de la créature accablée, l’âme d’un monde sans cœur, de même qu’elle est l’esprit d’un état de choses où il n’est point d’esprit. Elle est l’opium du peuple. Karl Marx Critique de la philosophie du droit de Hegel (1843). »

Autrement dit, c’est bien l’affaiblissement des solidarités et de l’espoir des "jours heureux" qui est le problème dont le retour de la religion n’est qu’un symptôme, tout comme dans les guerres, la religion n’est toujours que l’emballage du discours de ceux qui veulent la guerre.

Ensemble face aux fascismes !

Parce-que le terrorisme islamiste est un mouvement politique, la réponse doit être d’abord politique, et si toutes les forces sociales et idéologiques doivent s’exprimer pour condamner le terrorisme, ce ne sont pas les religions, et ce n’est pas l’islam, qui sont décisifs pour lui répondre. Car les religions vont bien évidemment utiliser des arguments "religieux" pour dénoncer la violence, mais les islamistes jouent alors sur le terrain qu’ils veulent investir, en apportant de leur coté des justifications religieuses à leur action, utiliser les conflits nombreux dans notre société pour en construire une lecture religieuse contre laquelle l’espace public ne peut plus rien.

La réponse politique doit être une réponse populaire avec trois principes simples :
- d’abord la laïcité, une laïcité claire, qui repose sur la liberté de croire ou de ne pas croire, et pour cela sur la volonté d’un espace public commun qui ne soit pas religieux. Elle est la condition pour construire la solidarité de ceux qui travaillent, qui savent qu’ils sont de toutes les origines, de toutes les religions, et qui savent que ce qui les divise les affaiblit face aux puissants.
- ensuite la bataille pour les droits de tous, pour des services publics qui garantissent ces droits partout. C’est dans la bataille pour l’école publique, pour la réussite des enfants, contre le mal logement, pour le droit à un emploi reconnu et qualifié, pour le droit à une vie digne, que les solidarités se tissent au-delà des origines et des religions.
- enfin une solidarité internationaliste contre les guerres, toutes les guerres, à commencer par celles que les grandes puissances inspirent, instrumentalisent, notamment dans leurs espaces néocoloniaux. Et cela doit conduire à affirmer qu’il faut sortir de l’OTAN, de la soumission à l’impérialisme US, du néocolonialisme en Afrique...

Sur ces trois points, nous faisons face aux fascismes, à tous les fascismes. La violence et la guerre sont leurs outils politiques pour diviser les peuples et les soumettre à ce capitalisme mondialisé qui ne sert que les intérêts des oligarchies de toutes origines et de toutes religions. Les liens du pétrole entre les émirs du Moyen-Orient et les actionnaires de Wall-Street sont puissants. Il savent se mettre d’accord sur le dos des peuples. C’est par la solidarité que nous permettons aux peuples de relever la tête !

Prolétaires de tous les pays, unissez-vous contre les fascismes !
Peuples de tous les pays, unissez-vous contre les guerres !

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