Venezuela, revenir aux faits !

, par  Herve Poly , popularité : 27%

Intervention d’Hervé Poly au Conseil National du 10 janvier

Concernant le Venezuela, il faut d’abord revenir aux faits et replacer cette opération criminelle dans un contexte plus large. Celui des États-Unis en perte de vitesse qui, comme indiqué dans leur « Stratégie de défense nationale » publiée en décembre dernier, comptent bien freiner cette dynamique en mettant la main partout où ils le peuvent encore.

Nous sommes en train de basculer vers une agression à l’échelle de l’ensemble du continent américain, avec la violence que cela implique. Il y a bien un acte de guerre, une intervention militaire, mais ce n’est pas une invasion au sens classique. Le choc est réel, il sidère tout le monde, et c’est précisément l’objectif recherché.

Beaucoup ont le sentiment que les États-Unis seraient « de retour ». En réalité, ils ne sont pas revenus. Ils ne disposent plus des capacités qui leur permettaient hier de déployer une véritable stratégie du chaos. Nous ne sommes ni en Syrie, ni en Libye, ni en Irak. Les États-Unis ne sont plus en mesure de produire ce type de désintégration totale.

Il y a aujourd’hui une opération politique et médiatique qui entretient cet état de sidération, qui nous donne l’illusion d’une toute-puissance retrouvée. Mais, comme cela a déjà été dit, notamment dans certains textes d’analyse, la réalité est toute autre. Il faut garder cela en tête et analyser froidement la stratégie américaine telle qu’elle est désormais écrite, noir sur blanc, dans ses documents officiels. C’est un point fondamental.

Le deuxième aspect me paraît tout aussi important. Depuis notre confort relatif, ici, nous avons parfois tendance à oublier ce qu’ont vécu, depuis des années, les camarades vénézuéliens. Ils ont d’abord dû renverser une dictature, puis, dès l’arrivée de Chávez au pouvoir, affronter une guerre économique permanente. Sous Obama, celle-ci s’est nettement intensifiée, combinée à une chute volontaire des prix du pétrole.

Chávez disposait d’une manne pétrolière qu’il redistribuait massivement. Ce n’était plus le cas sous le gouvernement Maduro, confronté à un étranglement financier inédit, notamment avec l’exclusion du système SWIFT, qui a aggravé brutalement la crise économique et sociale du pays.

Alors oui, il y a certainement eu des erreurs, des écarts, des difficultés. Mais attention aux jugements hâtifs. Il faut regarder la réalité concrète. Aujourd’hui encore, il n’y a pas de chaos généralisé. Les enfants vont à l’école, les gens mangent.

Nous ne sommes pas dans une guerre civile ou dans l’effondrement total de l’État. Cela ne préjuge évidemment pas de ce qui pourrait arriver demain, mais il faut se garder de toute lecture simpliste ou fantasmatique.
Enfin, rappelons-le avec gravité : celles et ceux qui sont aujourd’hui à la tête de l’État vénézuélien sont aussi des figures de résistance. Le père de l’actuelle dirigeante est mort, assassiné, écrasé par la torture, victime du fascisme.

Depuis ici, faisons preuve de retenue. Juger celles et ceux qui affrontent l’impérialisme depuis des positions confortables est toujours facile. Donner des leçons l’est encore plus. Mais la réalité de la lutte, elle, se mène sur le terrain, sous pression permanente.

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