Produire en France : objectif de luttes, nécessité économique et politique

Réflexions de Charles Hoareau sur la lutte des Fralib Batailles pour l’emploi, réflexions à court et moyen terme

, par  Charles Hoareau , popularité : 4%

Article rédigé par Charles Hoareau et publié le 11 10 2011 sur le site "Rouge Midi". La question des luttes immédiates pour la relocalisation de productions ne peut rester dans l’abstrait. Échangeons.

Paul Barbazange


Quelles solutions politiques pour les Fralib et les autres ?

par Charles Hoareau

Mardi 11 octobre 2011

La lutte des Fralib qui refusent la fermeture de leur usine en clamant haut et fort qu’elle est à eux, celle des Lyondell Basell qui disent avec la fédération CGT de la chimie que ce qui est en jeu c’est l’avenir du raffinage en France, celles de tant d’autres salarié-e-s, en particulier de l’industrie qui ne veulent pas voir leur entreprise fermer, au-delà des particularités de chacun des sites concernés, posent toutes la même question : hormis le soutien à ces combats, ce qui est déjà important, que peuvent faire les politiques à court moyen et long terme pour empêcher cette destruction massive des emplois ?

Pour le court terme et concernant les Fralib, sans attendre les élections, les politiques peuvent d’ores et déjà promouvoir des moyens de pression et des éléments de solution de nature à aider la lutte.

Ainsi les mairies, départements et régions, consommateurs de toutes sortes de produits, tant par le biais des cantines que pour l’entretien des bureaux, ont des moyens de pression non négligeables sur un groupe comme UNILEVER dont on a coutume de dire que sa production représente 50% d’un chariot de supermarché. Les Fralib produisant du thé et des infusions aromatisées les communes environnantes pourraient voir là un débouché pour la relance et même la création d’une activité agricole porteuse d’emplois et bénéfique à l’environnement.

Reste le long terme et les solutions à mettre en œuvre pour empêcher les délocalisations et les fermetures d’entreprises. Hormis la lutte contre l’arnaque à la fiscalité qui nécessiterait une loi interdisant le tour de passe-passe que fait UNILEVER pour faire une évasion fiscale en Suisse, quelles solutions porte la gauche ?

Pour certains il est question d’encourager la reprise d’activité par des salariés en particulier en aidant à la création de SCIC  [1]. Cela pourrait s’appliquer aux Fralib mais ne règlerait qu’en partie le problème. Dans sa course aux profits et aux économies d’échelle, UNILEVER, supprime année après année les unités de production les unes après les autres. et veut pour l’instant,  [2] délocaliser en Pologne.

A terme, l’idéal pour le groupe serait d’avoir une seule usine dans le monde avec une production unique. Aujourd’hui le montant des salaires est tellement bas [3] que, même la question de la différence de salaires avec la Pologne, si elle existe, n’est pas la question la plus importante pour les capitalistes  [4]. Tout concentrer pour une productivité maximum, voilà le but et qu’importe les ravages sociaux qu’entraîne une telle politique.

Qu’importe aussi si ces délocalisations s’accompagnent d’une disparition des marques locales (comme le Thé l’Eléphant) au profit d’une marque unique et d’une standardisation mondiale du produit. Ainsi au début des années 2000, UNILEVER a rendu public un plan visant à réduire le portefeuille de marques de 1600 marques à 400.

Alors comment empêcher cela ? Comment faire en sorte que nous ne nous trouvions pas demain devant une concurrence sauvage et faussée quoiqu’en disent les traités européens ?

A supposer que demain une coopérative soit créée, elle devra affronter une concurrence qui s’appuiera sur une production massive et une exploitation plus grande des salarié-e-s.

Comment empêcher que demain le Thé de l’Eléphant soit confronté à cette concurrence déloyale, concurrence renforcée par le fait que les ouvriers de Fralib ont toujours dit qu’ils voulaient payer aux producteurs le thé et autres plantes à un prix juste, ce qui est loin d’être le cas avec UNILEVER ?

Pour ce faire, pour défendre l’emploi et les acquis sociaux de France, mais aussi pour créer les conditions que d’autres pays nous rattrapent dans ce domaine, le pouvoir politique possède plusieurs leviers d’intervention dont curieusement PS, PC, PG, NPA, ne parlent pas. On peut mettre des barrières douanières qui rétabliraient l’équilibre. Par exemple une taxe au kilomètre pour le transport des produits finis. En plus cette taxe aurait une fonction écologique puisqu’elle tendrait à rapprocher les lieux de production de ceux de consommation.

Dans le cas de Fralib dont l’essentiel de la production est vendue en France cela constituerait une protection de premier choix. De plus ce serait pour les paysans du Sri Lanka ou du Kenya, la garantie d’échanges réellement équitables puisque l’acheteur Fralib serait protégé de la concurrence déloyale pour peu que le dispositif intègre la notion de juste prix d’achat. Alors pourquoi ne le propose-t-on pas ?  [5]

Si personne ne propose ce type de solution, c’est parce qu’elle est en dehors des règles des échanges au sein de l’UE, qu’elle serait sanctionnée par Bruxelles et obligerait la France à y renoncer… ou à sortir de l’UE… Nous y voilà donc ! Sortir ou ne pas sortir du cadre telle est la question !

De même le programme partagé du Front de Gauche propose un changement de statut pour la BCE afin de la mettre sous la tutelle des états et un SMIC européen pour mettre fin au dumping social. D’accord mais on fait comment ? Sur le SMIC européen il n’y a même pas eu d’accord au dernier congrès de la CES  [6], quant au changement de statut de la BCE il faut l’accord unanime des 27 pays de l’UE : et en attendant on fait quoi ? Il y aura eu bien d’autres Fralib avant que ces deux dispositions ne voient le jour…

Sans parler de la création monétaire qui échappe totalement à la nation française ou de la nationalisation des banques mesure sur lequel le programme partagé est au milieu du gué en parlant d’un pôle public bancaire qui ne concernerait qu’une partie de ce secteur.

Si on prend la question des échanges mondiaux la problématique est la même.

Quand TOTAL veut ouvrir une raffinerie dans le sud de l’Algérie, ce n’est évidemment pas le développement du pays qu’il vise mais la pression sur les salaires au détriment de l’emploi et des questions écologiques. C’est cette logique qui a abouti à la carence d’investissement dans le secteur pétrolier en France et à l’obligation d’importer un gasoil que nous serions en capacité de produire…

Dans le cadre de l’OMC ou du FMI, sauf à croire qu’un autre FMI est possible on ne pourra pas avoir des échanges et un partage équitables. Des pays dans le monde l’ont compris.

Si on regarde vers l’Amérique du Sud, A la suite du Venezuela et de Cuba, un nombre grandissant de pays ne se sont pas faits d’illusion sur l’ALCA (l’équivalent de notre UE) et à l’opposé, l’ALBA a été mise en place pour promouvoir la logique coopérative dans les échanges plutôt qu’une zone de libre-échange avec les États-Unis.

Pour nous la terre appartient à tous, ses richesses mises en valeur par le travail des hommes nous sont communes et c’est pour cela que nous sommes communistes.

Être communiste aujourd’hui, donc vouloir que les richesses soient gérées et partagées en commun revient à agir pour l’annulation des accords de partenariat économiques initiés par l’Union européenne ou l’OMC pour généraliser le libre-échange, et les remplacer par des accords bilatéraux entre la France et chacun des pays qui le souhaitent sur la base par exemple d’une charte type Charte de La Havane  [7].

C’est tout le contraire de « la loi de la jungle » entre les peuples, vrai terme qui caractérise le « libre » échange, mais au contraire la mise en place d’une coopération au sens où l’entendait Karl Marx : une « association où le libre développement de chacun est la condition du libre développement pour tous » .

[1Société Coopérative d’Intérêt Collectif.

[2Le pour l’instant n’est pas anecdotique quand on voit ce qui se passe dans le textile en particulier où les lieux de fabrication changent au gré de l’évolution sociale des pays.

[3Ramené à l’unité de production, le salaire des ouvriers de Fralib ne représente que 8% soit 16cts du prix de vente moyen -2€- d’une boite de thé.

[4Montant du salaire minimum 2011 en brut : 352 € en Pologne pour 1365 € en France.

[5Les rares propositions de Procédure anti-dumping ne concernent pas l’UE et ont donc une efficacité quasi nulle.

[6Confédération Européenne des Syndicats.

[7La charte de la Havane, publiée en 1948 ne fut jamais appliquée suite à l’opposition des USA qui œuvrèrent à la remplacer par l’OMC. Voir à ce propos l’analyse de J. Nikonoff

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