Partage et décroissance au service de l’idéologie dominante... Partage des richesses, partage du travail et décroissance, développement durable, conversion écologique : des thèmes au service de l’idéologie dominante

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Dans la crise systémique du capitalisme, il convient aujourd’hui aux forces dominantes de
créer un ensemble de concepts idéologiques propres à mystifier les salariés en détournant
leurs aspirations vers des combats qui ne mettent pas en cause la domination capitaliste
fondamentalement basée sur l’exploitation du travail salarié par les détenteurs du capital. Il en
est ainsi des idées qui se cachent derrière les termes de : partage des richesses, partage du
travail et décroissance. Le développement durable la conversion écologique et sociale étant
censés unifier en une théorie et une pratique l’ensemble de ces orientations.

Le partage des richesses est devenu un thème partagé par tout ce qui compte de forces se
réclamant du changement social, mais dont la pratique vise au maintien de la domination
capitaliste. Cette notion de partage des richesses se retrouve dans la littérature du Parti
Socialiste (PS) au Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) en passant par le Parti Communiste
français (PCF), le Parti de Gauche (PG), Europe Écologie les Verts (EELV) et le Front de
Gauche (FG), au plan syndical, elle est utilisée par toutes les organisations réformistes et plus
récemment par la CGT elle-même. Que recouvre cette notion de partage des richesses ? Elle
part du principe que la richesse créée par le travail humain -dont on sait que dans système
capitaliste il est aliéné- doit être partagée entre le capital et le travail. Rappelons que ce
« partage » ou plutôt ce combat entre la rémunération du capital et celle du travail motive au
quotidien la lutte de classe. Pour les tenants du « partage », il s’agit de trouver une voie juste
entre les deux rémunérations, celle du capital et celle du travail, sans pour autant remettre en
cause le fait que toute la valeur créée est le fruit du travail, travail accumulé sous forme de
capital ou travail vivant, en clair les salariés sont sommés de partager ce qui leur appartient en
totalité. Évidemment dans ces conditions, il n’y a pas de remise en cause de l’exploitation du
travail. Ce concept de « partage des richesses » est-il vraiment très nouveau ? La réponse est
non. Il transpire de toute l’idéologie du christianisme social et il se retrouve théorisé comme
un antidote à la lutte de classe dans toutes les encycliques traitant du problème des rapports
sociaux, et sous forme actualisée dans la dernière d’entre elles en 2009 : « Caritas in
Veritate ».

Le partage du travail relève de la même problématique. Ce concept fait partie de la panoplie
idéologique d’EELV et du NPA. Si ces deux formations se prononcent pour les 32 heures
hebdomadaires, elles se gardent bien de préciser la question du salaire. C’est d’ailleurs sur
cette base que les 35 heures ont pu avoir l’accord du patronat des grandes entreprises
puisqu’en contrepartie des 35 heures, il a obtenu plus de flexibilité dans l’utilisation de la
force de travail et que les 35 heures n’ont eu aucune incidence significative sur la part des
salaires dans la valeur produite. Le point de départ du partage du travail est l’affirmation que
la quantité de travail disponible est une valeur bornée. Dans ces conditions le chômage résulte
d’un trop grand nombre de travailleurs disponibles sur ce que les capitalistes appellent « le
marché du travail ». Cet argument a été repris par le Président de la République pour
expliquer la différence des taux de chômage entre la France et l’Allemagne. Il est aussi
intéressant de noter que les propositions gouvernementales en matière de chômage partiel
rejoignent cette idée que, face à un marché contraint du travail, il convient de disposer de
salariés employables et utilisables au gré des fluctuations de ce dernier. L’idée est assez
voisine de celle que développent les idéologues du partage celle de l’impossibilité dans une
économie mondialisée de garantir le droit au travail. Toutes ces formules ont l’avantage de ne
pas mettre en cause la question pourtant fondamentale de l’exploitation du travail salarié et de
laisser les « solutions » confinées dans le cadre des rapports sociaux capitalistes.

Le développement durable, la décroissance et la conversion écologique et sociale sont
évidemment le couronnement de ces concepts. La croissance serait une tare du capitalisme se
caractérisant par la production à tout prix comme si les profits dépendaient de la seule
production et de la vente et non de l’exploitation du travail salarié. Au travers de l’affirmation
que la décroissance fait obstacle au capitalisme, il y a masqué l’idée que les besoins
fondamentaux de l’humanité sont satisfaits en matière d’énergie, de nourriture, de soins…. ce
qui est loin d’être le cas et cela même dans les pays capitalistes avancés. Au contraire, si le
capitalisme engendre de nombreux gâchis, l’armement étant le moins cité mais le plus
évident, la question est bien de comment organiser une croissance au service des hommes, de
leur développement social, physique et intellectuel. Cette croissance pour se réaliser doit
impérativement se défaire de ce qui fait en permanence le gâchis des ressources naturelles et
humaines, c’est-à-dire le capitalisme lui-même dont le développement extensif et intensif est
prédateur vis-à-vis de ces ressources. K. Marx a observé et décrit cette situation. L’histoire du
développement du capitalisme montre qu’en s’accaparant les ressources naturelles, il ne s’est
donné aucune limite que celles que les luttes des peuples lui ont imposées, de même, il a
utilisé des formes d’exploitation humaine particulièrement violente pour se procurer une force
de travail bon marché, sans compter sur les guerres qu’il a entretenues et entretient pour
assurer sa domination. Les victimes du capitalisme se comptent par dizaine de millions. Or,
cette question n’est jamais abordée par les tenants de la décroissance, pas plus d’ailleurs que
les difficultés dans lesquelles se débattent les peuples soumis à la décroissance du fait des
choix drastiques de l’austérité fait par leurs gouvernements, choix qui ont pour objectif de
rétablir les taux de profits des capitalistes. En France, pays riche, un quart de la population se
restreint sur la santé, des millions de salariés et de chômeurs sont dans la misère et vivent de
secours caritatifs, plus d’un million de familles vivent dans des logements trop étroits et/ou
insalubres. Cette idée de la décroissance n’est pas plus nouvelle que celle du partage. En son
temps Malthus constatant ce qu’il appelait les limites productives face à la montée de la
population mondiale préconisait la limitation de la croissance humaine et de la consommation.

En fait, il s’agissait surtout de justifier le caractère non vertueux des revendications sociales.
Plus récemment, au début des années 70, le « Club de Rome » au nom de principes voisins a
avancé le concept de « croissance zéro » avec son rapport « Halte à la croissance ». Il
s’agissait entre autre de justifier l’abandon de politiques industrielles pour favoriser
l’émergence des activités financières au nom de la défense de l’environnement. Afin
d’intégrer à leur stratégie les PVD hostiles au rapport « Halte à la croissance », les forces
dominantes des pays capitalistes développés organisèrent une série de conférences
internationales autour du développement et de la défense de la nature avec les ONG, leurs
vecteurs idéologiques qu’elles financent, qui aboutirent dans les années 80 à la tautologie du
développement durable, concept unificateur d’une pensée Malthusienne relookée. Nous
connaissons aujourd’hui le succès d’une telle stratégie. Elle fut le fondement théorique de
l’écologie politique.

Le développement durable, la conversion écologique et sociale de la société, concept qui est
en train de se constituer entend donner un ciment théorique et global aux notions de partage et
de décroissance. Les théoriciens de cette conversion, peut être vaudrait-il mieux parler des
« grands prêtres » quand ils choisissent de décrire la croisade pour laquelle ils agissent comme
une conversion, s’appuient sur le postulat que le monde étant fini et clos, ses ressources le
sont aussi ce qui limiterait fatalement le développement de l’Humanité. Ils font donc
abstraction des capacités humaines à maîtriser grâce au développement social, scientifique et
technique des capacités nouvelles capables de répondre plus largement aux besoins des
sociétés. À partir de l’acceptation de ce premier postulat, qui se double d’une acceptation du
capitalisme comme seul horizon des rapports de production, ils cherchent à définir des choix
qui seraient fatalement acceptables puisque imposés par les « contraintes écologiques ». Cette
« contrainte » étant censée assurer l’ordre social dont ils craignent et veulent prévenir les
désordres. Les promesses d’un futur radieux comme conséquence du « verdissement de
l’économie » sont autant de leurres agités pour faire accepter une austérité dite écologique.

Il est donc tout à fait clair que l’ensemble de ces concepts sont des moyens d’évitement de la
question essentielle : comment se débarrasser de rapports de société basés sur l’exploitation
du travail humain. Cette question ne peut trouver sa résolution que dans la lutte de classe
faisant émerger à partir des besoins humains une société nouvelle.

Michel Gruselle

Membre du Conseil Economique Social et Environnemental d’Ile de France
(deuxième collège groupe CGT)

Président de la commission de l’emploi et du développement économique
,

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