Onfray, pas la faute à Voltaire, pas la faute à Rousseau Mélenchon et Robespierre : commentaire de Danielle Bleitrach

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 4%

Je reçois de plusieurs amis, deux envois, le premier concerne une énième stupidité de Michel Onfray, après s’être attaqué à Guy Mocquet et à Freud, cet histrion trouve enfin quelqu’un à sa mesure pour que l’on parle de lui : Mélenchon. Le second est une vidéo où il est censé être portée une réponse à l’attaque de Mélenchon par le dit Onfray.

Mélenchon selon Onfray serait de la race des tyrans, des Robespierre, et c’est pourquoi Onfray, toujours à la recherche d’une pose, décide qu’il rompt avec lui. Hélas non ! Mélenchon n’est ni Robespierre, ni Saint Just ! Il n’y a pas actuellement en magasin quelqu’un de cette taille… Chaque peuple a les dirigeants qu’il mérite et le nôtre n’est plus capable de prendre la Bastille où il n’y a d’ailleurs plus que des restaurants et un opéra… Et Onfray est à la même toise. Tout cela serait risible si la France et le monde n’avaient pas un besoin urgent de Révolution et si, faute de l’oser, nous risquions de devoir affronter la pire des barbaries, celle de la guerre, de la violence, du racisme. Nous sommes une société où chacun souhaite que rien ne bouge, simplement continuer comme ça. Une société qui invente un simulacre de changement jusqu’à l’apocalypse ; nous avons déjà vécu ça et il a fallu verser beaucoup de sang et de larmes pour tenter d’affronter la monstruosité. Aujourd’hui ne nous faisons pas d’illusion dans ce moment électoral pitoyable, la France malheureusement ne répond plus au nom de Robespierre…

Onfray le sait sans doute, sa propre médiocrité le lui enseigne tous les jours, lui qui pour faire parler de lui, est prêt à se montrer à chaque fois plus réactionnaire, à faire fi y compris de la plus modeste des espérances populaires. Parce qu’un révolutionnaire, celui qui tel Robespierre a fait du peuple sa boussole et éprouve pour ses malheurs un peu de compassion, laisserait à la faible lueur d’une prise de conscience, la possibilité de se développer et il réserverait ses coups à l’oppresseur. Au contraire, Onfray a perçu avec la ruse des minables sur quoi porterait l’entre deux tour, comment Hollande serait accusé d’être l’otage d’un rouge, d’un "partageux" et il se positionne sur le créneau, il n’a adhéré que pour ce moment-là… Il souffre d’une addiction à la notoriété et l’on voit où cela mène, regardez maître Collard et tant d’autres. Erostrate n’est pas loin, cet homme prêt à incendier une des merveilles du monde pour que l’on parle de lui.

Onfray est la preuve du niveau où est tombé le débat philosophique en France. S’agit-il même de philosophie, je suis mauvais juge, l’œuvre de Michel Onfray m’est toujours tombée des mains ; il ne produit aucun concept, ce qui est tout de même le travail du philosophe et se contente de ragoter sur une histoire de la philosophie.

Quant à son positionnement politique, il est simple ; il adhère à une idée, un mouvement, un individu, pour rompre avec éclat ce qui lui assure un bref moment de notoriété médiatique et il renouvelle l’opération autant de fois qu’il en aura le loisir. Il joue les scandaleux à la manière de… en ce moment il assure la promotion de son livre sur Albert Camus, alors il se la rejoue en un affrontement avec Sartre qui ne lui coûte pas grand chose vu l’air du temps.

Bon passons, mais le pire est le deuxième envoi reçu au titre de cette médiocre histoire ; il s’agit d’une émission de FR3 qui dépend malheureusement de plus en plus du niveau des médiacrates qu’elle sollicite. Je reçois donc la vidéo de cette émission où une jeune femme est censée avoir "mouché" Onfray à propos de Mélenchon et je suis encore plus abasourdie par l’enthousiasme de mes correspondants qui croient en se rangeant derrière cette intervenante apporter un soutien à Mélenchon.

Onfray attaque Robespierre et cette jeune femme proteste : mais non voyons Mélenchon est un "radical", et là elle part dans un plaidoyer embrouillé entre insurrection et choix des urnes. J’imagine la joie de Badiou à voir ainsi confirmé la contradiction entre les deux termes, qui ne se résoud que dans la démagogie. En outre, c’est secondaire au point où elle en est de méconnaissance, mais elle n’a jamais lu Gramsci et ne sait pas que Robespierre est la guerre de mouvement de la Révolution française et le radicalisme en est la guerre de position. La filiation existe, c’est le jacobinisme républicain. Aragon dont le père naturel était Andrieux, l’homme au gants gris, celui qui vidait les congrégations religieuses et qui était pour le colonialisme et a fini par envoyer une génération entière à la boucherie de 1914-18, a beaucoup écrit de chefs d’œuvre sur la dégénérescence criminelle de Robespierre au radicalisme. Il a écrit en particulier "Les beaux quartiers", "Les cloches de Bâle" et "Les voyageurs de l’impériale".

Face à ce radicalisme criminel, il y avait Jaurès, qui, lui, respecte la Révolution française, et comme Robespierre est un pacifiste et comme lui en mourra assassiné. Jaurès qui fait un portrait superbe de Robespierre et dit aux jacobins qu’il va s’asseoir à ses côtés. Oui mais hélas, je ne crois pas que Mélenchon soit Jaurès. L’article manque aussi en magasin et ce ne sont aucun des candidats sollicitant nos suffrages, qui se fera assassiner par refus de la guerre, aucun n’ose en parler de peur de perdre un point dans les sondages… Qui imagine Robespierre, Saint-Just ou Jaurès dans un tel déni ?…

Le pire est que cette cette jeune femme au demeurant sympathique mais un tantinet ignorante, défend Mélenchon avec des mots qui l’accablent et qui disent le caractère réel de l’opération proposée aux suffrages… Le pire est quand je reçois de partout à la fois cette double médiocrité ; oui le débat politique est tombé par terre, mais ce n’est pas la faute à Voltaire, il est tombé dans le ruisseau, ce n’est pas la faute à Rousseau.

Danielle Bleitrach

PS. Le simulacre, celui qui fait préférer Hitler à Rosa Luxembourg, est déjà là. Il s’est créé une zone de confusion nauséabonde où extrême-gauche et extrême-droite se rejoignent en des combats douteux et il est probable que dans ce magma, il se trouvera toujours un histrion pour pratiquer l’amalgame. La seule position qui vaille pour un intellectuel est le refus de toute notoriété, de toute flatterie et le retour au travail. Prendre position politiquement aujourd’hui est un exercice plus que périlleux.

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