Municipales 2014 : quelques enseignements… A quoi a servi le Front de gauche ?

, par  Pascal Brula , popularité : 1%

Il semble que ces élections municipales soient porteuses d’un certain nombre d’enseignements dont il ne faudrait pas se priver. Évidemment, ces remarques me sont entièrement personnelles et sont forcément sujettes à débat.

La déculottée du PS

Bien sûr, tout le monde aura remarqué que le PS s’est pris une déculottée mémorable ; cela doit être souligné. Cette fessée que le peuple lui a administrée ne me fera certainement pas pleurer, au contraire. Son interprétation semble tellement évidente pour le PS, pour la droite, et bien sûr pour les médias aux ordres, qu’ils tentent tous d’essayer de dévoyer la réalité. Suite à cette remise en cause magistrale de sa politique de soumission au MEDEF, le PS nous ressort la ritournelle d’un défaut de communication – les français n’auraient pas compris –, bien qu’en douce, le gouvernement essaye d’amadouer la Commission européenne chargée de faire appliquer la règle d’or du capital, à savoir la baisse des salaires, des pensions et des acquis sociaux. Certains éminents membres du PS, comme Pascal Lamy (plus de 300.000 euros de salaire annuel) y vont de leur couplet plutôt saignant : « Je pense qu’à ce niveau de chômage, il faut aller vers davantage de flexibilité, et vers des boulots qui ne sont pas forcément payés au smic » ! La droite bombe le torse en nous disant que les français ont sanctionné la politique du PS au profit de la leur… qui est pourtant la même, dans la continuité dictatoriale de l’Union européenne ! Dans les médias, pour justifier la politique d’austérité renforcée (pacte de compétitivité, 50 milliards d’économie à réaliser, remise en cause du financement des allocations familiales…), Louis Gallois, dirigeant de PSA, vient nous expliquer sur une chaine de service public au 20h00 de FR2, schéma et discours mensonger à l’appui, qu’il faut se serrer la ceinture pour faire diminuer la dette, cause de tous nos ennuis… Ainsi, tout le monde l’aura compris, après que la tête du gouvernement ait changé et que quelques députés PS et EELV aient gesticulé pour la galerie, nous allons encore nous en prendre plein la gueule, excusez-moi l’expression.

Le PCF a également morflé

Cela dit, il ne faudrait pas oublier de regarder la réalité en face, ce que certains semblent fuir à la direction du PCF. Ces élections sont aussi une énorme défaite pour le PCF et à fortiori pour le Front de gauche, même s’il y a des disparités à décortiquer dans ces résultats. Je me rapporterai au bilan effectué par Roger Martelli, un des théoriciens des ex-"refondateurs", puis "communistes unitaires" et aujourd’hui, je-ne-sais-trop-quoi, fidèle comptable des défaites électorales du PCF, toujours prompt à s’en réjouir pour avancer des solutions réformistes…

« Au total, le PC perd 57 villes de plus de 3.500 habitants et en regagne 5, soit un déficit de 52 villes, près de 30 % de l’effectif de départ (qui était officiellement de 185, ndlr). Il perd 7 villes de plus de 30.000 habitants sur 28 et 19 villes de plus de 10.000 habitants sur 81. Il faut remonter à 1983 et 1989 pour trouver un tel recul.

Sur les 57 villes perdues, 30 l’ont été sur la droite, 22 sur la gauche, 5 sur des "divers". Ces pertes sont réparties sur tout le territoire national avec des zones de plus grande fragilité. Les départements les plus touchés sont le Nord (9) et le Pas-de-Calais (5), la Seine-Saint-Denis (6), le Morbihan (4), le Rhône et les Bouches-du-Rhône (3). Des bastions historiques sont tombés : Garchizy (Nièvre), Escaudain, Fenain et Vieux-Condé (Pas-de-Calais), Bagnolet, Bobigny, Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis) étaient des villes "rouges" dès 1919.

Dans cette affaire, le PS aura joué le rôle de l’apprenti sorcier. Il a considéré que la petite couronne lui revenait, dans l’attraction parisienne, et que les terres rouges étaient par vocation les siennes. Il a ainsi patiemment détricoté le réseau communiste séquano-dionysien et il a cherché à porter l’estocade finale en 2014. À l’arrivée, c’est la droite qui tire les marrons du feu. Les socialistes ravissent certes Bagnolet aux communistes, à l’arrachée. Ils ne récupèrent pas Saint-Denis et Montreuil comme ils l’espéraient. Et ils perdent Aubervilliers, Aulnay-sous-Bois, Épinay, Livry-Gargan et Noisy-le-Sec. C’est la droite, inexistante du temps de l’hégémonie communiste, qui étend ses mailles sur l’ancienne terre par excellence du communisme urbain (quand le département de Seine-Saint-Denis est créé, ce sont 80 % de sa population qui sont gérés par une mairie communiste). Les socialistes rêvaient de la grande revanche sur les communistes ; ils ont servi de sas à une conquête à droite. »

Tiré du site de Regards

Alors, même s’il y a eu une volonté délibérée du PS d’achever la conquête des municipalités à direction PCF, notamment pour compenser ses pertes prévisibles, il y a des questions à se poser quant à l’existence du parti qui s’intitule encore communiste vis-à-vis de sa stratégie Front de gauche, dont la tactique avec des positionnements "à la carte" était, de plus, très peu lisible dans ces élections. Car s’il y a eu des pertes aussi importantes, comment ne pas penser que, dans un grand nombre de communes et notamment celles gagnées par la droite, le PCF ne s’est pas pris de plein fouet, une partie de la responsabilité politique de l’échec du gouvernement ? Cela relève-t-il de sa position ambigüe vis-à-vis du gouvernement ? On se rappelle qu’en 2012, la direction avait fait voter les adhérents pour leur demander si le PCF devait participer à ce gouvernement… Ou cela relève-t-il des objectifs du Front de gauche, qui finalement, restent très respectueux du capitalisme et de sa dictature supranationale, l’Union européenne ?

Mais globalement, la vraie question est celle de l’efficacité de la stratégie Front de gauche qui, outre l’ambiguïté de son existence concurrentielle au PCF (Front de gauche nouveau parti ou non ?), est incapable de construire l’avenir pour résister à la crise sans précédent du capitalisme mondialisé, et s’est donc révélé impuissant à endiguer l’effondrement des positions historiquement acquises par le PCF. Et ce n’est pas le gain de la ville de Montreuil par le porte-flingue de MG Buffet [1] et sa majorité PS-Verts, qui peut faire croire aux lendemains qui chantent [2].

Vénissieux-Vaulx-en-Velin, une comparaison instructive

Dans le Rhône, il y a perte sèche de 3 municipalités (dont une ex-PCF) sur 5, mais dans chaque cas les situations sont différentes. Il est notamment instructif de comparer le cas des deux villes de plus de 30.000 habitants, à savoir Vénissieux et Vaulx-en-Velin, deux villes historiques dirigées par le PCF, respectivement depuis 80 et 85 ans : la première a été conservée de haute lutte par le PCF et la seconde a été gagnée par le PS. Il s’agit de deux villes très populaires, sociologiquement comparables, se traduisant par des participations électorales très faibles : 43% à Vaulx et 47% à Vénissieux. Même si côté vaudais, on s’affiche exclusivement Front de gauche (exit le PCF), les deux listes sont similaires, incluant les Verts dès le 1er tour, il est vrai peu influents dans ces communes ; toutefois, côté vénissian, le fait de ne pas s’enfermer en tête à tête avec le Front de gauche a permis la constitution d’une liste apparemment de plus large rassemblement dès le 1er tour.

Dans le cas de Vaulx-en-Velin, le PS avait préparé de longue date la conquête de la ville, facilitée, il est vrai, par la casse de l’organisation du PCF. Tout d’abord, en 1985, Maurice Charrier, le maire qui succède à Jean Capiévic, ancien résistant et communiste historique, fait partie du clan Fiterman et va très rapidement s’affirmer dans la mouvance des ex-"refondateurs", contribuant à déstabiliser la section locale du PCF. La direction de la section va ensuite tomber aux mains des huistes qui sauront plus tard, se convertir sans sourciller au frontdegauchisme. Tout cela va laisser des fractures profondes, avec bon nombre de communistes ostracisés politiquement et socialement. A l’inverse, la section de Vénissieux, même s’il y a eu des débats forts, n’a pas subi de fracture importante, d’autant plus que sa direction a toujours tenu à conserver un parti de masse dans lequel tous les adhérents, en difficulté sociale ou non, pouvaient conserver toute leur place [3].

Au cours du dernier mandat 2008-2014, Charrier laisse la place de maire à Bernard Genin à Vaulx-en-Velin, comme André Gerin le fait pour Michèle Picard à Vénissieux. Les deux vont donc solliciter le mandat de maire devant les électeurs pour la première fois. Mais la similitude s’arrête là. Car auparavant, aux cantonales de 2004 à Vaulx, Charrier s’était retiré et la section du PCF avait refusé la bataille et offert sur un plateau le poste au PS, permettant ainsi à celle qui va devenir maire, de tisser des liens importants dans les milieux sociaux. Le PS referme ensuite ses griffes sur sa proie en n’hésitant pas à faire élire la conseillère générale aux législatives de 2012 en lieu et place de J-J. Queyranne. On connait la suite : le PS après regroupement au second tour avec une liste "divers droite" prend la mairie dans le cadre d’une triangulaire…

A Vénissieux, par contre, la situation politique est plus claire, car les deux conseillers généraux sont membres du PCF et l’ancien maire a été député durant plusieurs mandatures, avec la stature nationale qu’on lui connait ; à cela on doit rajouter l’existence d’un sénateur pas forcément en accord politique avec la section locale, mais faisant corps. Donc, ici, le PS part de plus loin. D’autant plus que, contrairement à Vaulx-en-Velin, l’autophobie n’a pas joué, le PCF et ses candidats n’ayant pas été minimisés dans la liste. Michèle Picard l’emporte à l’issue d’une quadrangulaire, car à la différence de Vaulx, l’extrême-droite était présente au second tour ; le PS, tout en ayant usé de pratiques douteuses jusqu’au jour même du vote, est battu de 16 points, la droite restant la plus dangereuse.

Au chapitre des différences majeures, on peut noter que l’activité de la municipalité vénissiane, en plus de ses obligations institutionnelles placées sous le sceau d’une forte politique sociale (de manière semblable à Vaulx), s’est fortement impliquée avec la section locale du PCF dans les luttes de toutes sortes, qu’il s’agisse de la sauvegarde d’activités de production et donc d’emplois (Saint-Jean Industries, Veninov, Kem One, Bosch…) ou de la bataille pour maintenir la piscine intercommunale, ou encore par des gains environnementaux et financiers importants concernant la chaufferie municipale. Cette attitude constante de combats engagés et partagés avec la population et la section du PCF, relève d’une conception communiste de la politique, permettant de tisser des liens forts à la base. Je connais mal les pratiques des élus et de la section de Vaulx qui, me semble-t-il, sont restées plutôt cantonnées aux institutions, mais je ne pense pas que, compte tenu des différences de conception politique, les motivations soient comparable ; d’ailleurs, en cherchant sur le blog de campagne de la liste, on ne trouve pas trace de batailles fortes et exemplaires comme celle des Veninov à Vénissieux, même si l’implication de Bernard Genin dans les grands mouvements sociaux comme par exemple pour les retraites est indéniable. Également, l’opposition à l’euro-métropole Collomb (PS)-Mercier (UDI) est venue de Vénissieux, et n’a pas fait beaucoup de vagues à Vaulx. D’ailleurs, à Vénissieux, le PS mettra comme conditions à sa participation à une liste d’union, l’interdiction au PCF de critiquer la politique de Hollande ainsi que… l’euro-métropole !

En résumé, même si un sursaut porteur d’avenir a eu lieu entre les deux tours à Vaulx-en-Velin (de 26 à 39% pour la liste Front de gauche-EELV qui a fusionné avec une liste "divers gauche"), deux différences fondamentales peuvent être notées. Tout d’abord, il y a l’organisation ou non d’un parti de masse, porteur de luttes, doté d’une capacité d’analyse communiste de la situation, qui a joué un rôle important. Autant côté vaudais, la section actuelle du PCF a été affaiblie, résultat de fractures, de divisions, d’exclusions dans les faits et d’acceptation de la ligne politique nationale réformiste ; autant côté vénissian, il y a eu volonté constante de maintenir un parti uni organisé, respectueux de tous, et en ordre de marche sur des positions de classe. C’est, à mon avis, un fait majeur de cette bataille des municipales entre ces deux communes ; car même si cela ne peut s’évaluer mathématiquement, il vaut mieux s’appuyer sur une organisation bien implantée et idéologiquement sur des positions de classe que l’inverse. Le second point important relève de l’histoire politique singulière des deux villes. A Vaulx, le maire ex-"refondateur", Maurice Charrier, a grandement contribué, pendant plusieurs mandats, à déstructurer l’organisation locale du PCF et brouiller son image par une pratique complaisante avec le PS et le réformisme. Il s’agit d’ailleurs de la marque de fabrique des ex-"refondateurs" devenus "communistes unitaires", qui ont fortement participé, entre autres, à détruire l’organisation et l’influence du PCF en Seine-Saint-Denis. A Vénissieux, les anciens élus et notamment André Gerin, ont par contre toujours respecté et encouragé l’existence d’une section forte et indépendante des institutions, tout en lui restant intimement liés.

Au final, les résultats sont en apparence comparables pour quelqu’un qui ne connaît pas la situation : Michèle Picard gagne avec 38% alors que Bernard Genin enregistre 39% mais n’est pas élu. Ce serait oublier que malgré toutes ses magouilles et pressions, le PS est battu à Vénissieux de plus de 16 points, alors qu’il gagne à Vaulx-en-Velin à contre courant de la déferlante nationale anti-rose, même si c’est en faisant alliance au second tour avec une liste "divers droite". Cela confirme ce qui est analysé plus haut : le Front de gauche n’apparait pas comme une solution crédible à la crise du capitalisme. Et deuxièmement, à trop vouloir faire sa tambouille dans la marmite du réformisme, on finit par se la prendre sur les pieds… Il n’en reste pas moins que le sursaut de Vaulx-en-Velin est porteur d’avenir pour le PCF. L’union de la gauche et la période Charrier sont désormais du passé. Ce sursaut pourrait alors être le terreau du parti révolutionnaire dont la ville a besoin pour sa reconquête.

Et Lyon ?

A Lyon, après un débat qui aura mobilisé au moins 3 A.G. de section, quelques réunions de "cellules" locales et beaucoup de temps [4], les adhérents de Lyon ont voté contre la participation aux listes Collomb [5]. Au passage, on notera l’affaiblissement considérable du PCF dans une ville comme Lyon, 3ème ville de France : 189 votants ! Mais si le temps passé à prendre une telle décision peut paraître exagérément long, le résultat en vaut peut-être la chandelle : apparemment, l’union systématique avec le PS semble reléguée aux oubliettes dans une section, ancien laboratoire de la mutation de Hue, qui en avait fait son mode de (sur)vie.

Une fois cette effervescence interne achevée, on en retire une impression d’absence du PCF à l’extérieur dans le débat politique, même si dans le bilan, on peut mettre au positif la réalisation d’un programme du PCF pour la ville. Par la suite, les résultats des négociations avec les différentes composantes du Front de gauche vont être révélateurs. Premier constat, les têtes de liste des 8ème et 9ème arrondissements de Lyon ont été laissées respectivement au PG et aux trotskistes du Front de gauche ; or il s’agit de secteurs populaires qui auraient dû être une priorité pour un parti communiste et qui historiquement étaient des secteurs d’influence du PCF. D’ailleurs, dans mon secteur (Lyon 5ème), le compte rendu d’une réunion du Front de gauche [6], constate que la liste ne comprend personne de certains quartiers qui s’avèrent être les quartiers populaires dans lesquels nous avions notre implantation il y a vingt-cinq-trente ans. A propos de la campagne, une petite remarque pour dire que dans le 5ème arrondissement, il n’y aura eu aucune réunion ni initiative propre au PCF, seul le Front de gauche étant mis en avant (nouveau parti ?) ; cependant, une camarade du 3ème m’a informé que cela n’avait pas été le cas dans son arrondissement ; dont acte, la situation serait donc moins uniforme qu’il n’y paraît...

Point de vue résultats, j’entends déjà la direction de section nous dire le grand succès de la démarche. Dans l’arrondissement où la secrétaire de section était tête de liste, le Front de gauche fait 10% au premier, puis 16% au second tour, dans un secteur très peu populaire, à tendance couches moyennes "bobos" ; ce résultat n’est que la confirmation de ceux déjà obtenus lors des dernières cantonales et législatives dans ce secteur. Mais globalement, le bilan est maigre, car on ne peut compter comme conseillers municipaux PCF, les 2 chasseurs de trimestres de retraite qui ont bravé le vote des adhérents en suivant Gérard Collomb. Il faut aussi rappeler que dans le 1er arrondissement, le Front de gauche s’est uni au GRAM, groupuscule essentiellement constitué autour de la maire PS sortante en bisbille avec son parti et qui gagnera au second tour contre la liste de Collomb ; d’ailleurs, dans cet arrondissement qui a élu trois conseillers municipaux Front de gauche-GRAM, on ne compte aucun PCF… Il semble difficile de comptabiliser les voix obtenues dans cet arrondissement au profit du Front de gauche : si on fait le bilan hors 1er arrondissement, on obtient 5,8% des voix pour aucun conseiller municipal et une campagne globalement très "soft".

En conclusion, dans ces municipales à Lyon, si succès il y a, c’est sur le fait que le PCF a su regagner en autonomie vis-à-vis du PS et qu’il a ainsi ouvert les bases de sa reconstruction, l’élaboration de son propre programme pour la ville en étant un des éléments non négligeables. Qu’en adviendra-t-il par la suite ? Rien n’est encore gagné...

A quoi sert le Front de gauche ?

Tout d’abord, au bilan national de ces municipales, il faut quand même insister sur le rejet massif de la politique d’austérité menée de main de fer par Hollande et le PS. La raclée est méritée et ne souffre aucune contestation. Le vrai problème est que les autres partis ou groupement de partis n’ont aucune alternative crédible à opposer aux politiques de gestion de la crise du capitalisme, car dans sa phase actuelle, le capitalisme mondialisé ne peut plus être aménagé.

C’est pourquoi il faut souligner l’indigence du Front de gauche, incapable d’apparaître comme une force alternative à l’UMPS et même incapable d’être distingué clairement du PS par les travailleurs, puisque très souvent balayé lui aussi par la vague anti-PS. Son positionnement pro-UE n’y est certainement pas pour rien… Nous aurons l’occasion de le mesurer lors des prochaines échéances électorales.

Toujours au passif du Front de gauche, il faut évoquer également la confusion qui règne entre ses différentes composantes, ouvrant la porte à tous les opportunismes, aux tactiques forcément divergentes selon les enjeux locaux. Mais aussi, le carcan du Front de gauche n’aide pas à s’ouvrir, comme le nécessitent les élections municipales que les communistes dans le passé ont toujours orchestrées par de larges rassemblements.

Le FN roue de secours du capitalisme

Beaucoup de choses ont été dites sur le Front national, surtout dans les médias qui nous ont fait pour la énième fois le coup de l’épouvantail afin de ramener au bercail les électeurs apeurés. Et bien, en tous cas dans le Rhône, on peut affirmer que le FN n’a joué aucun rôle électoral majeur dans ces municipales. Au niveau national, s’il a pu mathématiquement profiter d’une abstention en augmentation, pour, dans ses zones de force, gagner quelques municipalités et conseillers municipaux, je n’ai pas l’impression que le FN ait fait une réelle percée nationale, même si ce n’est certainement pas l’avis de mes camarades de Béziers. En effet, si cela est plutôt désastreux pour les habitants des communes désormais dirigées par le FN, ces percées restent localisées. Même si elles sont annonciatrices d’une possible catastrophe comme on peut l’observer dans beaucoup de pays de l’Est (Pays Baltes, Hongrie, Ukraine, Pologne…), la vraie réponse, et j’en suis désolé, est sortie de la bouche d’Henri Guaino : « le FN n’est pas un repoussoir, c’est un défi. C’est la preuve qu’on ne peut continuer comme ça ». "Continuer comme ça" n’ayant sans doute pas la même signification pour nous, communistes, car si le FN se nourrit de la crise du capitalisme mondialisé (« le ventre est encore fécond d’où a surgi la bête immonde » B. Brecht), c’est bien ce dernier qu’il faut combattre et anéantir, c’est lui le ventre fécond : il ne sert donc à rien de chercher à diaboliser le FN sans proposer de véritable alternative à la crise du capitalisme et à sa dictature européenne.

Par contre, que le FN et ses satellites aient fortement contribué à développer leur idéologie nauséabonde bien au-delà de leurs cercles d’influences, idéologies désormais affichées sans vergogne [7], cela est indéniable : la porosité a atteint son comble, bien sûr dans l’UMP mais aussi dans des milieux bien plus larges et notamment dans certains cercles de gauche. Cela explique certaines percées : l’électorat UMP s’est parfois transféré massivement sur le FN comme à Béziers. Le capitalisme compte sur le fascisme pour lui sauver la mise s’il est en danger ; l’Ukraine en est le parfait exemple. Or il semble que tout s’accélère : le capitalisme commence à ne plus vouloir s’embêter avec la démocratie, fut-elle bourgeoise : ses profits sont encore trop à l’étroit dans les communes et la nation. C’est pourquoi, il est en train d’achever de détruire l’héritage de la révolution française et de bâtir de nouvelles institutions autour d’une dictature qui ne dit pas son nom, celle de l’Union européenne. Si nous nous devons de combattre les idéologies d’extrême-droite, nous devons en même temps organiser la lutte pour anéantir le capitalisme afin que ce combat ne reste pas stérile.

La voyoucratie et le clientélisme

Autre nouveauté de ce scrutin, bien que cela se soit déjà produit de manière embryonnaire par le passé, c’est l’emploi de méthodes de voyous, mafieuses, communautaristes, clientélistes voire violentes qui se sont développées. La démocratie bourgeoise est en train de déraper. Cela va avec la porosité extrême de l’idéologie fascisante dans toutes les couches du pays, idéologie pour qui le vote a toujours été une pratique méprisable. Après ces municipales, beaucoup de "dérapages" seraient désormais possibles, surtout dans les quartiers et les milieux populaires où la misère règne depuis des décennies. Notamment, les pratiques de Serge Dassault à Corbeil-Essonnes semblent s’être généralisées, même s’il a maille à partir avec la justice. C’est le cas à Bobigny où la droite après avoir promis des emplois et des logements pour tous [8], aurait, dans la campagne des municipales, largement arrosé en euros toute cette population en difficulté. C’est le cas à Vénissieux où de telles pratiques paraissent avoir été utilisées cette fois par le PS. Également, de faux tracts ont circulé, des fichiers d’adresses électroniques ont été subtilisés en mairie, des hommes de main ont distribué les bulletins aux entrées des bureaux de vote. A Vénissieux encore, un candidat PS a mené la campagne avec les cadres du SYTRAL (Syndicat des Transports en commun Lyonnais) dont il est le président… Jamais une campagne n’aura été aussi haineuse, notamment à l’encontre des municipalités à direction PCF.

Du positif

Une animosité anticommuniste poussée à l’extrême, une volonté du PS et de la droite d’en finir avec les municipalités à direction PCF, un individualisme et un communautarisme grandissant, ont entraîné une multitude de listes concurrentes, là où des listes d’union étaient élues habituellement sans grands efforts dans les villes dirigées par le PCF. Voila une des caractéristiques de ce scrutin. Au positif, cela a entrainé, lorsque cela était possible, un regain d’activité du côté des équipes candidates. Les énergies se sont mobilisées comme jamais pour essayer de sauver ce qu’il avait fallu tant d’années de luttes et de solidarité à construire. Le nombre de personnes disponibles s’est multiplié pour distribuer, coller, faire du porte-à-porte. Certaines organisations du PCF se sont réveillées. Voila un effet positif de cette campagne. Certes, aujourd’hui le cauchemar est peut-être arrivé pour certains, mais cette effervescence, quelque soit le résultat, peut sonner le départ de nouvelles consciences, d’une nouvelle organisation communiste. Et pour cela, il vaut peut-être mieux s’être réveillé le lundi 30 mars comme membre de la section de Bobigny ou de Vaulx-en-Velin qu’à celle de Montreuil, ville désormais dirigée par le carriériste Bessac et une majorité PS-Verts.

Enfin, dernière remarque, il semble que ce scrutin ait sonné le glas de l’union à tout prix avec le PS, la politique de Hollande ayant donné un sérieux coup de pouce à cette décision. Cela ne signifie pas qu’il faille adopter une posture gauchiste en bannissant définitivement toute union avec ce parti, même localement, mais que désormais toute union devrait au moins en passer par l’établissement d’un rapport de force préalable. Cela peut également libérer les consciences et ouvrir des perspectives à des analyses politiques et économiques sérieuses quant au rôle du PS, notamment depuis la révolution conservatrice des années quatre-vingt.

[1On se rappellera qu’il n’y a pas si longtemps, il a fortement contribué au "nettoyage" de la fédération de Paris de ses opposants.

[2En effet, après que la population ait sorti Voynet et les Verts à grands coups de pieds au cul, Bessac, battu au premier tour, les fait rentrer par la fenêtre en s’alliant avec eux et la liste PS au second tour, pour faire éliminer l’ex-apparenté PCF, JP Brard ; on ne peut pas dire qu’il s’agisse du triomphe d’une démarche communiste, mais bien de l’alliance des bobos qui ne sera d’aucune utilité pour les luttes à venir… d’autant plus que le PCF n’a que 7 élus sur 38 !

[3Lors des consultations internes, j’ai été témoin de l’attitude scandaleuse de la direction fédérale qui, incapable d’accepter que tout le monde ne pouvait se payer le luxe du prélèvement automatique, surtout dans une banlieue populaire, refusait systématiquement le vote de camarades vénissians n’ayant pu payer que 2, 3, voire 5 euros de timbres, soutenant qu’il s’agissait de votes bidons !

[4A Lyon, aucune initiative n’a été programmée pendant les six à 9 mois qui ont précédé le vote, que ce soit contre l’euro-métropole ou les mesures gouvernementales de casse des acquis sociaux : la section étant obnubilée par cette cuisine politicienne…

[5Les adhérents lyonnais se sont prononcés à 52,9 % (100 voix) pour une liste Front de gauche, contre 47,1 % (89 voix) en faveur de la reconduction d’une alliance avec le PS.

[690% de ceux qui y assistaient étaient membres du PCF…

[7Ce samedi, je participais à une initiative d’association dans un petit village isérois. Sur le bâtiment public auquel nous étions adossés, on pouvait lire au côté de croix gammées : "Morts aux juifs" ou encore "Communistes je vous hais". La personne responsable que j’ai interpelée, m’a expliqué qu’ils n’arrivaient pas à faire disparaître ces inscriptions : elles étaient systématiquement refaites dans la semaine pendant la nuit…

[8Pour information, la maire de Bobigny m’a appris qu’au mois de mars, elle avait reçu plus de 2.500 demandes d’emploi en mairie.

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    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

  • (2009) Déclaration de Malakoff

    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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  • (2016) 37eme congrès du PCF

    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).