Le premier système de soins de santé gratuit et universel fut soviétique…

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C’est très bien de faire retrouver aux Français la mémoire de ce ministre communiste à la libération, Ambroise Croizat, et de leur faire savoir qu’ils ont tous une carte du parti communiste français, la carte vitale… Dans un temps où ce système de solidarité est attaqué par le patronat. Mais, pour que l’analyse soit complète, faudrait-il savoir qu’Ambroise Croizat était un soutien indéfectible de l’URSS, et qu’en tant que député du PCF comme les autres députés, il a préféré aller au bagne plutôt que dénoncer le pacte germano-soviétique et qu’il a puisé sa revendication pour tous les Français à un système de protection sociale autant dans l’histoire du mouvement ouvrier français que dans l’expérience soviétique, la première à avoir établi un système de soins de santé universel et gratuit que les camarades russes nous décrivent ici (note de Danielle Bleitrach, traduction de Marianne Dunlop).

Au milieu de la lutte contre la pandémie de coronavirus, les organisateurs de soins de santé du monde entier envisagent de revenir aux principes du système mis en place dans la Russie post-révolutionnaire par Nikolai Semachko.

N’oubliez pas qu’en 1917, le bolchevik Semachko a créé en Russie le premier système mondial de soins de santé universels gratuits. En 1978, ce système a été reconnu par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) comme le meilleur au monde. Le même système, amélioré à Cuba, a été reconnu comme le meilleur au monde en 2012.

La médecine soviétique a surmonté avec succès et rapidement de nombreuses épidémies terribles, bien pires que l’actuelle. Les épidémies de maladies mortelles ont maintes fois menacé notre pays d’hécatombes terribles, mais à chaque fois le gouvernement soviétique a agi avec décision et fermeté.

En 1939, à Moscou, une épidémie de peste a été stoppée dans l’œuf, seulement trois personnes sont mortes. L’épidémie de variole naturelle ou noire arrivée dans la capitale de l’URSS en décembre 1959 avec un artiste rentré d’Inde a également été étranglée à l’état d’embryon.

En 1970, au plus fort de la période des fêtes, toute la côte soviétique de la mer Noire a été balayée par le choléra qui avait infiltré l’URSS depuis l’Iran. Le gouvernement soviétique a réagi rapidement et de manière décisive : non seulement des milliers de médecins ont été impliqués dans la lutte contre l’épidémie, mais aussi l’armée et la marine. Dans les foyers de propagation de l’infection – Odessa, Batoumi, Kertch – une quarantaine stricte a été annoncée. Des dizaines de navires et de trains dépêchés vers les villes se sont transformés en laboratoires mobiles. Au bout de plusieurs mois, l’épidémie de choléra a finalement été éliminée.

C’est de la même manière radicale qu’ont été rapidement enrayées d’autres épidémies survenues en Union soviétique : anthrax, typhus et fièvre typhoïde, choléra, syphilis, paludisme, trachome. Plus important encore : le système de santé soviétique a non seulement sévèrement jugulé la propagation des infections, mais a également géré la prévention de la morbidité. L’un des postulats du système de Semachko était une attention particulière à la prévention ainsi qu’à l’accessibilité et la gratuité.

Après l’effondrement (ou la défaite ? Ndlr) de l’Union soviétique, en quelques années seulement, la médecine russe a cessé d’être « la meilleure du monde ». Les hôpitaux n’avaient pas assez de nourriture ou de médicaments. Les médecins tantôt se mettaient en grève, tantôt désertaient pour des petits boulots. Souvent, il n’y avait pas de chauffage en hiver, l’électricité et l’eau étaient coupées. La chirurgie vasculaire, la chirurgie cardiaque, la neurochirurgie ont presque cessé d’exister. Les médecins ont survécu du mieux qu’ils ont pu ou ont quitté massivement la profession par manque d’argent et par désespoir. D’éminents experts russes sont partis travailler à l’étranger. Et parmi les « nouveaux Russes », c’est devenu une coutume d’effectuer des opérations, de se faire soigner ou d’accoucher à l’étranger. Les patients ordinaires non seulement ne pouvaient pas être guéris dans de telles conditions, mais parfois et plus souvent encore, ils ne pouvaient pas survivre.

Je dois admettre que depuis le début de ce siècle, les soins de santé dans le monde sont plutôt mal en point. Dans les pays occidentaux, le terme « efficacité des soins de santé » est apparu. On a considéré que même dans un domaine aussi complexe que la médecine et la santé, il était possible de trouver une approche purement comptable, comme pour la production de pièces détachées ou la restauration rapide. C’est dans ce processus de transition d’une vision humaniste de la médecine à une gestion comptable, dont le but est le profit et le seul profit, que résident tous les problèmes de l’état actuel de la santé mondiale.

Il va sans dire que le travail du médecin est passé des « soins médicaux » aux « services médicaux », dont l’efficacité est principalement déterminée par les coûts de la compagnie d’assurances pour sa mise en œuvre. Même dans des pays très développés d’un point de vue médical, comme l’Allemagne, les compagnies d’assurance, pour lesquelles la médecine est une activité normale, ont commencé à jouer un rôle de premier plan dans la définition de la stratégie des traitements.

Les autorités russes ont adopté cette approche, et elles ont décidé d’emprunter la voie déjà suivie en Occident : introduire une assurance maladie générale avec l’organisation d’une épaisse couche entre le budget et les institutions médicales sous forme de compagnies d’assurance. L’absurdité de la situation réside dans le fait que, ayant pratiquement réduit la disponibilité des médicaments, ils n’ont pas atteint l’objectif fixé : économiser des fonds budgétaires. Sous le socialisme, lorsque notre système était considéré comme le plus efficace au monde, 2% du PIB était consacrés aux soins de santé. Maintenant, ce chiffre approche les 3%. La Chambre médicale nationale propose d’élever le niveau de financement à 5-6% du PIB. Et tout cela va dans un « trou noir » appelé « compagnies d’assurance », qui mange toute l’augmentation sans ciller. Peu importe combien l’État alloue aux besoins des soins de santé, des miettes rares atteignent finalement le « consommateur » final, et la « couche » grossit de jour en jour.

Dans le même temps, il ne suffit pas aux assureurs d’avoir leur propre pourcentage ; ils ont largement la possibilité de condamner les médecins à des amendes pour tout oubli, qu’il s’agisse d’une mauvaise écriture ou d’une erreur minimale dans la préparation de la documentation médicale. Les médecins se sont donc transformés en commis et les assureurs ont commencé à « ponctionner » les dernières miettes des établissements médicaux, les approchant ainsi de la ruine finale et de l’effondrement. Et aucun projet national à grande échelle pour l’achat de tomographes ou la construction d’immenses centres médicaux fédéraux modernes de haute technologie ne pouvait stopper l’effondrement de la pyramide de la santé publique construite par Semachko, basée sur des centres d’obstétrique, des cliniques et des hôpitaux de district. La médecine gratuite en Russie devenait de plus en plus inaccessible.

Mais les réformateurs ne se sont pas arrêtés en si bon chemin. En Occident, le mot flatteur « optimisation » s’est pointé à l’horizon. Les patrons voulaient retirer le plus d’argent possible des affaires médicales. L’intensification du travail des travailleurs médicaux et la réduction des cliniques ont commencé. Au cours des dernières décennies, tous les pays développés et la plupart des pays en développement ont activement réduit le nombre de lits d’hôpitaux. Entre les années 1970 et 1990 jusqu’à aujourd’hui, selon les statistiques de l’OMS, le nombre de lits d’hôpitaux pour 100 000 habitants a diminué au Danemark de 585 à 253, en Suède de 1532 à 254, en Italie de 1059 à 343, en Finlande de 821 à 465, en France de 867 à 641, et enfin, en Russie de 1298 à 818.

Dans le même temps, un lit d’hôpital moderne n’est pas seulement un lit ordinaire avec une table de chevet. Il s’agit d’un appareil transformable complexe, équipé de moniteurs, de ports USB, de capteurs et, bien sûr, ces lits doivent être entretenus par un nombre suffisant de personnel médical hautement qualifié de différents niveaux. Comme nous le comprenons, cela n’est pas du tout le cas pour de nombreux hôpitaux russes. Sans parler du fait que dans notre pays, un pourcentage important de « lits » sont destinés exclusivement à traiter les fonctionnaires et leurs familles aux frais de l’Etat.

Le principe de l’efficacité économique est mis en avant. Mais quel genre d’« efficacité » en ce sens-là du terme un hôpital de district peut-il avoir dans un petit village ?

Selon l’expression amère de l’un des médecins, « en URSS, la médecine était construite sur les principes de Semachko. En Russie, sur les principes de Gogol ». Le personnage de sa pièce Le Révizor, Artiom Filippovitch Zemlianika disait : « Quant à la guérison, Christian Ivanovitch et moi avons pris nos mesures : plus c’est proche de la nature, mieux c’est. Nous n’utilisons pas du tout de médicaments coûteux. Un homme simple, s’il doit mourir, il mourra, et s’il doit guérir, alors il guérira. ».

Et voici l’opinion à ce sujet d’une simple patiente, Irina, d’un village du district de Pavlovsky dans la région d’Oulianovsk : « On a bloqué l’accès aux médicaments dans les villages afin qu’il y ait des hôpitaux modernes à Moscou. Et on a supprimé les dispensaires, on a fermé les maternités et les hôpitaux. Maintenant, pour se rendre à l’hôpital, il faut rouler longtemps sur une route accidentée et mal entretenue. Mais là-bas non plus il n’y a rien de moderne. C’est la misère complète. Alors, qui en profite ? ».

Le principal coup porté par l’optimisation a été la réduction des effectifs de santé. Et à l’avant-garde de la réduction, les infectiologistes et les épidémiologistes qui étaient les plus « inefficaces ». Les hôpitaux et les services de lutte contre les maladies infectieuses ont été fermés. Le service d’infectiologie en Russie a presque disparu. C’est pourquoi des gynécologues, chirurgiens, dentistes et représentants d’autres spécialités médicales sans rapport avec l’infectiologie sont appelés à lutter contre ce nouveau virus mal connu.

La pandémie de COVID-19 a surgi de manière inopportune en pleine « optimisation » et a pris de court le système de santé du monde entier. Mais le plus désagréable est le fait que de tels "ennuis" se répéteront. N’allez pas chez une diseuse de bonne aventure, il devrait être clair pour toute personne sensée que de nouvelles épidémies et catastrophes d’origine humaine, environnementale et naturelle attendent l’humanité. Et c’est même effrayant de se demander : et si demain survenait une guerre ? Avec une organisation aussi honteuse des soins de santé, les armes à feu et les missiles ne sont pas nécessaires pour l’extermination de la population. La question est : où est la fameuse médecine militaire ? En Italie sauve-t-elle les Italiens ? Où sont les réserves en cas de guerre et d’urgence ? Où sont les magasins d’équipement de protection individuelle et de désinfectants ? Car le coronavirus est en fait une attaque biologique, et un plan de mobilisation de la défense civile devrait le prendre en charge, ce devrait être la tâche de notre glorieux ministère des Urgences.

Le système d’assurance « rentable » à travers le monde s’est révélé peu adapté à l’objectif principal de tout système de santé – sauver des vies et la santé humaine. Par conséquent, de nombreux politiciens, organisateurs de soins de santé et médecins du monde entier se demandent aujourd’hui s’il est conseillé de continuer à considérer la médecine comme une entreprise. Ainsi, en Russie, la Chambre médicale nationale a proposé de revenir à un système centralisé de gestion et de financement des soins de santé, c’est-à-dire pratiquement aux principes du système soviétique de Semachko. Pour comprendre cela, l’humanité a dû payer près d’un demi-million de vies depuis le début de la pandémie de coronavirus.

Lu sir le blog de Danielle Bleitrach, "Histoireetsociété"

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