Le parti a de l’avenir, mais pour combien de temps ?

, par  Jean-Claude Delaunay , popularité : 1%

Comme tout le monde, je connaissais les grenouilles prétentieuses, celles qui se veulent plus grosses que le bœuf. Le texte retenu par la direction du PCF comme "base commune" ne manque pas à cette tradition. Je ne connaissais pas les grenouilles poètes. C’est fait. Elles prétendent, disent-elles, avancer la tête dans les étoiles. Et il est vrai que, dans le fonds du puits où elles s’ébattent, elles pourront nager au milieu des étoiles qui s’y reflètent.

Relativement à mes critères d’analyse, ce texte est une abomination. C’est aussi et surtout l’exposé d’une ligne politique et théorique désormais bien définie en contenu et délimitée dans ses contours. Sa trame n’est pas la lutte des classes. C’est "l’individu dominé" par toutes sortes d’événements. Ce manifeste est celui d’un radicalisme sociétal que Descartes a qualifié, dans l’un de ses derniers billets, de "communisme bobo". Je pense que cette caractérisation est juste. Eu égard à son degré actuel d’élaboration dans un processus généralisé de régression de la pensée scientifique exprimée par les dirigeants communistes actuels, la philosophie du texte soumis à notre attention signifie qu’un point de non-retour est atteint. Si la conception officielle du communisme véhiculée par le PCF devait être celle-là, serait-il possible d’accorder à cette organisation le moindre crédit ? Et d’ailleurs, l’organisation en question survivrait-elle à l’aventure ?

Mais aujourd’hui est engagée "la bataille de la base commune" et l’on doit s’abstraire de ces sombres pensées. Pour entrer dans une bataille, il faut avoir l’idée de la gagner. D’importantes décisions ont été prises dans ce but. En particulier celle du lancement de la rédaction et de la signature d’un projet alternatif du projet "Laurent et Compagnie". Je les soutiens absolument.

Cela dit, je souhaite faire part de quelques remarques, en tant qu’individu certes géographiquement éloigné de la vie politique française mais directement concerné par elle. Je vais procéder en deux temps. Dans un premier temps, je vais indiquer l’idée que je me fais du "champ de bataille". Dans un deuxième temps, je dirai comment les communistes pourraient y intervenir.

Le champ de bataille

L’image que je m’en fais repose d’abord sur le dernier vote du Conseil national. En voici les données, sous forme de tableau :

Tableau : Votants au CN du PCF (13-14 0ctobre 2012, texte de la BC)

Nombre % %
Membres 2008 233 100
Absents Oct. 2012 136 58,4
Votants Oct. 2012 97 41,6 100
Pour 82 35,2 84,5
Abstentions 5 2,1 5,2
Contre 10 4,3 10,3

Source : Descartes, op.cit.

Ces données ne sont pas réjouissantes pour les opposants à la "base commune". D’abord, il s’est produit un processus d’évaporation des membres du CN depuis 2008. Certes, cela peut s’expliquer de bien des manières. 58%, cependant, c’est beaucoup. Ensuite, pour ce qui concerne les votants, il est clair que la direction dispose d’un soutien massif. Même sans lui être politiquement hostiles, ces membres auraient pu renvoyer Laurent à ses fourneaux en lui demandant gentiment de revoir sa copie. Mais non, ils ont approuvé à 85% un texte défaillant. C’est vraiment grave. Le PCF est devenu une grande niche à "coucous politiques" qui, du moment que leurs petits intérêts sont défendus, se foutent du reste.

Comme le note Nicolas Marchand, faisant ainsi savoir qu’il a voté contre ce texte, ce que j’approuve, ce parlement communiste ressemble à d’autres parlements démocratiques. Ce n’est pas de là que viendra le changement révolutionnaire. Celles et ceux qui le fréquentent encore agissent, pour la plupart, comme des serviteurs dévoués. Les grenouilles ont demandé au Ciel la démocratie et Jupiter, prolongeant la fable, leur a envoyé des "poteaux électriques". Comme chacun (et chacune) le sait, la densité de pensée du poteau électrique est proche de zéro mais sa fidélité est infinie.

Cela dit, le champ de bataille de la base commune n’est pas celui du CN. C’est celui de l’ensemble des communistes, appelés à se prononcer les 14 et 15 décembre prochains. Je n’ai pas une connaissance particulière de ce champ et je ne réfléchis qu’à partir d’hypothèses.

Celle que je crois pertinente et que j’ai représentée dans le tableau 2 ci-dessous est la suivante. Il existerait, si l’on simplifie, 3 grands groupes de communistes (cf. figure).
- 1) Le groupe des partisans de la direction.
- 2) Le groupe des opposants à cette direction.
- 3) Un groupe intermédiaire que je crois pertinent de définir par rapport au Front de gauche.

Il me semble que la débandade de ces dernières années a été si cruellement ressentie par la masse des communistes que les résultats obtenus par Mélenchon sont apparus, pour nombre d’entre eux, comme la perspective d’un nouvel oxygène. Ils mettent volontairement de côté les immenses défaillances et les échecs de cette stratégie, car elle est perçue comme le renouvellement de la politique d’union des forces populaires ayant échoué trente ans plus tôt. A ces communistes, Jupiter n’a pas envoyé une poutre. Il a envoyé un Mélenchon. Et ils se disent qu’après tout, on peut peut-être travailler avec un Mélenchon.

Ce groupe ne serait pas forcément d’accord avec la direction laurentienne. Il pourrait être même hostile à la liquidation du PCF dans un Front « trans-machin super-bobo ». Mais il partagerait avec elle l’idée du Front de gauche. Or les résultats obtenus par Mélenchon sont le levier sur lequel la direction prend appui pour avancer dans sa politique de liquidation du PCF.

Figure : Trois grands groupes de communistes, aujourd’hui, en France (hypothèse).

Si mon propos n’est pas dénué de sens, la bataille se déroulera de la manière suivante :

- 1) Les partisans de la direction chercheront à tirer vers eux les membres du groupe intermédiaire « au nom du Front de gauche ».

- 2) Inversement, les opposants à la direction établiront ou devront chercher à établir avec ce groupe intermédiaire un dialogue singulier pour expliquer :

a) que leur hostilité à "la solution Mélenchon" ne vise pas l’établissement d’une stratégie de repli sur l’organisation, bien au contraire,

b) mais que le choix des options de la direction par ces communistes du groupe intermédiaire contribuerait à mettre réellement fin à l’organisation révolutionnaire à laquelle ils sont pourtant attachés.

Il revient aussi aux éléments actifs de ce groupe de faire des propositions.

Quelques éléments de la bataille

J’ai bien compris que la bataille n’était pas facile. Je pense quand même qu’il faut se battre pour gagner et pas seulement pour l’honneur. Voici trois remarques.

1) La première pour dire que se battre pour gagner signifie que l’on anticipe le moment d’après la victoire, cette anticipation étant créatrice d’un élan supplémentaire pour gagner. A mon avis, si les opposants à la liquidation du PCF l’emportent lors du prochain Congrès, ce succès devrait avoir pour complément la perspective d’un autre Congrès.

2) Pour préparer cette perspective, je trouverais opportun que les communistes hostiles à la "base commune" s’entendent pour constituer dès à présent un groupe pas très nombreux (peut-être de 10 à 15 personnes) représentatif de la direction qu’ils souhaitent se donner et ayant pour mission de travailler sur les problèmes afférant à cet autre Congrès (le PCF, son organisation, ses finalités, les luttes à mener). Cela suppose de leur part un comportement qui soit plus "romain" que "gaulois".

3) Enfin, il faut se convaincre que, dans son état actuel, le PCF détient plus de richesses en réflexion et en combattivité qu’il ne paraît. Je suis surpris par ces camarades qui ont eu besoin d’un Mélenchon pour redécouvrir la dynamique de leur combat politique. Foutre, comme disait mon pote Hébert, il n’y aurait pas de communistes faisant preuve d’autant de pugnacité, mais aussi de plus de sagesse que JLM ? Je ne parle pas de ceux que l’officialité a promus. Je parle de combattants peut-être obscurs mais efficaces.

Et puis au plan de la réflexion, cette période très critique pour nos idées est en même temps selon moi, très féconde. Récemment, je lisais sur le web, de la part d’une camarade que je crois très modeste (Aline Béziat), une discussion sur la notion de "cohérence démocratique". Je trouve cette notion très intéressante et très stimulante.

C’est vrai que le centralisme démocratique contenait des aspects insupportables. Nous avons donc besoin de trouver le cheminement d’une morale et d’un comportement qui assure notre cohérence au lieu de tirer dans tous les sens. Je ne suis absolument pas satisfait, pour ma part, d’avoir à critiquer la direction du PCF comme je le fais. Mais un autre comportement de ma part supposerait que la même direction évite de faire des enfants dans le dos aux communistes chaque fois qu’elle y trouve intérêt. Il nous faut trouver la voie de nouvelles formes de cohérence.

Il est ahurissant d’entendre proclamer à tout bout de champ que le peuple doit prendre le pouvoir et d’observer, simultanément, combien la volonté collective est l’objet, de la part de ces dirigeants, d’arrangements douteux quand il s’agit des communistes.

Une dernière remarque (mais il y en aurait d’autres) concernant la dictature du prolétariat. Je ne suis pas à la recherche de la pierre philosophale. Je trouve cependant que notre discussion sur ce point a été bâclée. Or la solution théorique à ce problème n’est pas en dehors de notre humaine portée, même dans une société de démocratie de type occidental comme la nôtre. Chavez, qui n’est pas communiste, en fait la démonstration.

Jean-Claude Delaunay

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