de la notation des dettes et de la recherche...

L’université sous tutelle

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La loi Libertés et Responsabilités des Universités ouvre une nouvelle ère glaciaire pour les universités : gels d’emplois statutaires à la chaîne, suppressions de milliers d’heures d’enseignement, licenciements de contractuels et mise sous tutelle pour les universités « autonomes » qui ne se plieraient pas à l’austérité ambiante. A six mois de l’élection présidentielle, la réforme phare du quinquennat de Nicolas Sarkozy, engagée contre la communauté, montre son vrai visage. Le scénario qui se joue est une démonstration de son échec et de l’hypocrisie entourant la prétendue liberté offerte par la loi LRU.

Nous n’avons eu de cesse de le dire, au risque de passer pour des Cassandre : jamais les libertés des universitaires n’ont été mises sous une surveillance aussi resserrée. Le gouvernement se vante de faire de la recherche une priorité et de ne pas supprimer d’emplois. Et il prescrit aux établissements le gel de la masse salariale pour réduire un déficit dont il porte seul la responsabilité. La communaute universitaire n’a pas à en subir les conséquences.

Depuis quatre ans, des équipes de technocrates, nommés, dépourvus de toute légitimité et éloignés de toute considération pour la science, ont multiplié les contrôles tatillons, au risque de mettre en péril l’ensemble du système d’enseignement supérieur et de recherche, faisant fi des processus complexes de maturation de la connaissance en devenir, et de la prise en compte de la diversité des modes de diffusion du savoir.

Passée parmi les premières à « l’autonomie financière », l’université de Limoges, déficitaire pour la deuxième année consécutive, a été mise sous la tutelle du recteur. Ce n’est que le début, Laurent Wauquiez annonce que, dès maintenant, huit universités relèvent d’une situation analogue ! Avec un budget de l’enseignement supérieur en berne, contrairement à ce que cherche à faire croire le gouvernement, les comptes des universités virent, l’un après l’autre, au rouge. Il n’est pas une journée sans qu’un établissement annonce un nouveau plan d’austérité (Pau, Bretagne Sud, Bordeaux 3...). Gare à celui qui se risquerait à refuser de le mettre en œuvre, la tutelle rectorale s’en chargerait !

Cette mise sous surveillance des budgets, mais aussi des politiques d’établissements, par le recteur d’académie est une conséquence à rebours de l’application de la loi LRU et en particulier du décret financier. Elle bâillonne la démocratie universitaire et, intervenant à la veille des délibérations budgétaires dans les conseils d’administration, constitue une intimidation pour qui voudrait dénoncer l’état de pénurie chronique de l’enseignement supérieur. Cette attaque contre la démocratie universitaire n’est pas sans rappeler les renversements d’exécutifs européens par des marchés financiers se substituant désormais aux instances politiques, au profit de technocrates conciliants.

Comme la liberté des scientifiques à choisir leurs champs d’investigation, celle des peuples à se déterminer est la cible récurrente des politiques néolibérales. Ce parallélisme n’est pas le seul. Toute mesure gardée, dans l’enseignement supérieur et la recherche, la course effrénée à « l’excellence », la chasse aux « A+ » désignés par les experts nommés et la mise au ban de l’immense majorité, fait écho avec la fuite en avant des Etats européens pour conserver leur « triple A ».

Les établissements d’enseignement supérieur, secoués par une mise en concurrence stérile, creusant de manière ciblée et choisie les inégalités entre établissements, équipes pédagogiques et de recherche, collègues..., ont besoin de la garantie d’un engagement massif de l’Etat. Cet engagement pluriannuel ne peut se faire qu’au travers d’une nouvelle loi qui garantisse le recul des inégalités.

Au printemps 2009, les universitaires, les scientifiques se sont mobilisés à un niveau inégalé depuis 50 ans, les attentes des la communauté exigent des réponses fortes, au niveau de la colère exprimée... Pour que les enseignants-chercheurs puissent explorer avec curiosité le champ sans limite de la connaissance, pour qu’ils puissent produire et diffuser de la connaissance dans l’échange et en irriguer toute la société, une rupture est nécessaire avec pour lignes de force : disposer enfin de temps, de la liberté d’enseignement et de recherche, de démocratie et de collégialité revitalisée.

Voir en ligne : article de Stéphane Tassel, secrétaire général du Syndicat national de l’enseignement supérieur (Snesup)

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