Européennes : le vert ne fait pas tout par Aurélien Bernier

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Aurélien Bernier (@bernieraurelien) est essayiste. Il a publié publié plusieurs ouvrages dont Comment la mondialisation a tué l’écologie (Mille et une nuits, 2012), La gauche radicale et ses tabous : pourquoi le Front de gauche échoue face au Front national (Seuil, 2014) et plus récemment La démondialisation ou le chaos (Utopia, octobre 2016).

Il décortique le positionnement des Verts en France et dans le reste de l’Union européenne. D’après lui, leurs ambiguïtés à l’égard du libéralisme et du libre-échange les condamnent à l’impuissance.


Avec 13,47 % des suffrages exprimés, Europe Écologie-Les Verts a réalisé un bon score aux élections européennes du 26 mai. Ce ne sont pas les 15 % souhaités par la tête de liste Yannick Jadot en amont du scrutin, mais c’est un chiffre bien supérieur aux sondages, qui tous plaçaient la liste Europe Écologie sous les 10 %. Plus spectaculaire encore est le succès des Verts allemands, les Grünen : les 20,53 % qu’ils obtiennent représentent plus du double des voix totalisées en 2014. En Finlande, la Ligue verte atteint 15,90 % des suffrages exprimés (contre 9,33 % en 2014) et en Irlande, le Green Party passe de moins de 5 % à 15 %. C’est essentiellement la forte mobilisation de la jeunesse et des classes moyennes intellectualisées, en écho aux marches et aux grèves pour le climat, qui explique cette progression.

L’ancrage ’à gauche’ des Verts a toujours été, dans les faits, un ancrage à la social-démocratie.

A gauche, mais pas trop...

Alors que dans la rue, les manifestants appellent à ’changer le système, pas le climat’, les verts européens sont pourtant plus que jamais positionnés au centre de l’échiquier politique. Depuis les tout débuts de l’écologie politique, la question se pose aux partis de cette mouvance : faut-il revendiquer une approche ’ni droite ni gauche’, un ancrage au sein de la gauche de transformation ou bien (ce qui est très différent) de la social-démocratie ?

Pour ce qui est de la gauche de transformation, la chose semble entendue. Les écologistes les plus à gauche, comme Jutta Ditfurth en Allemagne ou Martine Billard en France ont quitté le mouvement vert, laissant la place aux modérés. Pour ces derniers, la gauche de transformation est plutôt infréquentable. Les nouveaux dirigeants verts français se sont maintes fois déchaînés contre le Front de gauche puis la France insoumise. Ils critiquent tantôt l’attachement de ces formations aux régimes progressistes d’Amérique latine, tantôt leur positionnement sur la Russie, ou encore le côté ’soviétique’ de la planification écologique voulue par Jean-Luc Mélenchon.

L’ancrage ’à gauche’ des Verts a toujours été, dans les faits, un ancrage à la social-démocratie. Leur participation à la ’gauche plurielle’ en France de 1997 à 2002 est venue (tout comme celle du PCF de Robert Hue d’ailleurs) cautionner les nombreuses privatisations opérées par le gouvernement Jospin, ainsi que les somptueux avantages accordés aux actionnaires. En Allemagne, les Grünen comptent trois ministres au gouvernement lorsque le social-démocrate Gerhard Schröder fait adopter (à partir de 2003) les lois Hartz de dérégulation du marché du travail. En France à nouveau, des ministres verts sont présents au sein des deux premiers gouvernements Hollande, de 2012 à 2014.

Dans l’actuel contexte de débâcle de la social-démocratie, les verts, qui ne souhaitaient pas être entraînés dans la chute, ont logiquement opté pour un réalignement ’ni droite ni gauche’. ’L’écologie politique n’est pas à marier’ affirmait Antoine Waechter en 1986 dans sa motion majoritaire, alors que l’Assemblée nationale basculait à droite. Un discours réhabilité par Yannick Jadot et ses colistiers aujourd’hui. ’Nous sommes les porte-parole d’une société écologiste en Europe et en France qui n’est ni de droite ni de gauche’, assure l’eurodéputée Karima Delli au magazine Le Point.

Mais ces déclarations d’’indépendance’ cachent une tout autre réalité : les écologistes ont besoin d’alliances aussi bien au niveau local que national et européen. En Belgique, le coprésident des verts wallons Jean-Marc Nollet s’y dit prêt, au niveau fédéral, à ’une coalition avec l’ensemble des partis en dehors de la N-VA [l’extrême-droite]’. En Allemagne, les Grünen vont jusqu’à former des ’coalitions noires-vertes’ avec la droite, comme celle en place dans la région de Bade-Wurtemberg depuis 2016. Au parlement européen de Strasbourg, les verts disent vouloir être « pragmatiques », c’est-à-dire travailler tant avec la droite qu’avec les sociaux-démocrates.

En réponse à cette demande sociale, les partis verts ne portent aucune véritable rupture.

Balle au centre

Le ’ni-ni’ de Yannick Jadot ou des Grünen n’est donc pas un ’ni droite ni gauche’. C’est un ’en même temps’. Ni totalement arrimé à la social-démocratie, ni totalement arrimé à la droite, le mouvement vert européen se réserve la possibilité de choisir la meilleure alliance en fonction des pays, des circonstances, et d’en changer si besoin. Bien qu’il s’en défende souvent, il s’aligne de fait sur les politiques libérales conduites aussi bien par les droites européennes (traditionnelles comme la CDU ou rénovées comme la République en marche) que par les forces dites socialistes. Des politiques qui n’offrent comme perspective que l’avènement d’un capitalisme ’vert’, dont l’un des grands ambassadeurs en Allemagne n’est autre que Joschka Fischer, ancien ministre fédéral et vice-chancelier, écologiste… et aujourd’hui conseiller des multinationales BMW, Siemens ou RWE.

La ’vague verte’ de mai 2019 est un marqueur parmi d’autres de la montée des enjeux écologiques dans le débat public. La reprise de revendications écologistes par les gilets jaunes en est un autre, plus fort encore car il traduit une préoccupation nouvelle des classes populaires qui ne s’exprime pas dans les urnes. Mais en réponse à cette demande sociale, les partis verts ne portent aucune véritable rupture. Ni avec l’Union européenne, qu’ils rêvent comme beaucoup d’autres de changer de l’intérieur, ni avec l’ordre économique, qu’ils rêvent en fait de moraliser. C’est précisément ce refus de la cohérence qui mène l’écologie politique de victoires européennes ou locales en défaites nationales. Et, plus grave, c’est ce refus de l’affrontement avec les grandes puissances financières qui explique l’échec environnemental de l’écologie politique : malgré plusieurs décennies de ’verdissement’ du capitalisme, jamais les indicateurs n’ont été aussi rouges.

Voir en ligne : Publié sur Marianne

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