États-Unis : La pandémie accélère la crise et dessine les contours de l’affrontement de classe qui se prépare Par Yorgos Mitralias

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Même si cet article est très optimiste sur Bernie Sanders et ses capacités à porter le socialisme, qui est, rappelons-le, une société de rupture avec le capitalisme ouvrant le chemin vers le communisme, il n’en est pas moins vrai qu’il nous donne une analyse très intéressante de ce qui se passe aux États-Unis en pleine pandémie. Cette manière de profiter du moment exceptionnel que l’on vit pour revoir à la baisse tous les acquis des travailleurs, a des airs de mimétisme avec ce que l’on connait en France. Macron serait-il branché en direct avec Donald Trump et les milieux d’affaires étasuniens ? Pour en revenir à l’optimisme de l’auteur, espérons que le socialisme dont il parle et dont les idées se développeraient à grande vitesse, ne soit du même acabit que celui du parti que l’on connait en France...
PB

Comme il était à prévoir, la pandémie de coronavirus fait des ravages aux États-Unis, et se faisant elle agit comme révélateur et surtout, comme accélérateur de la crise -déjà historique- que traverse la société nord-américaine ces 3-4 dernières années. Révélateur, parce que c’est évidemment maintenant, à l’heure où la pandémie balaie le pays, qu’apparaît aux yeux de tous, tant l’état tragique de son système de santé, que l’extrême cruauté inhumaine et classiste de sa direction politique. Et accélérateur, parce qu’en exacerbant -au point de les rendre mortelles- les crises sociale, économique et politique déjà existantes, la pandémie démultiplie leur charge explosive et les fait converger vers une crise cataclysmique dont l’issue intéresse directement toute l’humanité !…

Une des conséquences de cet état de choses est que parler de campagnes électorales et d’élections (primaires ou autres) est désormais totalement déplacé et en dehors des priorités de la population américaine. D’ailleurs, la progression foudroyante de la pandémie aux États-Unis et la foule de situations de tout genre inédites et catastrophiques qu’elle génère en cascade, rendent pour le moins aléatoire la tenue de l’élection présidentielle en novembre prochain. En mots simples, les nord-américains et surtout ceux d’en bas, ont désormais d’autres chats à fouetter en toute priorité…

En effet, avec 86 millions de citoyens nord-américains dépourvus totalement ou en partie d’assurance maladie, la propagation exponentielle de la pandémie semble assurée d’avance, d’autant plus que le refus du patronat de consentir des congés payés oblige des millions de travailleurs et de travailleuses (peut être contaminées) d’aller travailler pour ne pas mourir de faim. Et comme si tout ça ne suffisait pas, ce raciste délirant, inculte et fou à lier qu’est Donald Trump [1] persiste dans son intention criminel de « faire retourner au travail » juste après Pâques (!) des dizaines de millions de travailleurs... car même les vies de ceux d’en bas ne valent absolument rien devant les sacro-saints profits de ses très chers milliardaires. Mais attention : le pire est que Trump n’est pas du tout seul dans ses projets dignes des meilleurs traditions génocidaires du 20ème siècle. Il est secondé par une fraction non négligeable du patronat nord-américain, encouragé par les éditoriaux du vénérable Wall Street Journal, le premier à avoir lancé l’idée du « retour au travail » en pleine explosion de la pandémie !

C’est alors dans ce contexte cauchemardesque que la classe capitaliste américaine, ensemble avec Trump et ses acolytes, mais aussi avec la complicité de l’Establishment Démocrate, tentent de réaliser leur rêve de classe séculaire : Annuler d’un coup la totalité des droits sociaux et démocratiques que les travailleurs ont pu conquérir grâce à leurs luttes souvent héroïques ! Profitant du désarroi de ceux d’en bas confinés chez eux, dépourvus de couverture maladie, licenciés de leur travail (presque 4 millions en une semaine, du jamais vu dans l’histoire du pays !), et terrorisés par la perspective d’un chômage de masse, les Républicains de Trump appuyés par la grande majorité des élus Démocrates sont en train de lancer une de plus ambitieuses offensives anti-ouvrières de l’histoire. Et pour commencer, ils ont déjà fait voter ce qu’ils appellent « le plus grand plan de sauvetage de l’économie américaine », mais qui en réalité n’est que le plus grand hold-up de l’histoire commis par les ultra-riches au dépens de l’écrasante majorité de la population ! [2]

Aucune surprise si cette véritable contre-révolution de ceux d’en haut soit complétée par leurs tentatives -de plus en plus directes et importantes- de restreindre sinon de faire disparaître ce qui reste des droits démocratiques des citoyens nord-américains. D’ailleurs, Trump n’a jamais caché ni son admiration pour les dictateurs de tout poil, ni son désir de gouverner les États-Unis... éternellement, ni son penchant pour les « solutions » anti-démocratiques ou carrément autoritaires. Et c’est pourquoi commence maintenant à faire tache d’huile aux États-Unis l’inquiétude concernant l’éventuelle tentation de Trump de prendre pour prétexte la situation actuelle pour proclamer quelques chose comme l’état d’exception ou même la loi martiale afin de se débarrasser -de fait- définitivement des derniers oripeaux démocratiques…

Alors, va-t-on vers un triomphe historique annoncé de Trump et des ses milliardaires ? Et aussi, vers une écrasante défaite non moins historique des travailleurs et autres laissés-pour-compte du néolibéralisme ? Notre réponse est catégorique : Rien de moins sûr. Car « ceux d’en bas » nord-américains ne sont plus en 2020 aussi désarmés qu’ils étaient en 2015. Pourquoi ? Mais, parce que l’irruption de Bernie Sanders sur le devant de la scène politique nord-américaine a laissé des traces, bouleversant profondément le paysage politique, radicalisant comme jamais auparavant la jeunesse, transformant sérieusement la réalité sociale du pays et inspirant une nouvelle génération de (jeunes) dirigeants et surtout dirigeantes populaires, combatives et socialistes !

Mais, c’est évidemment le mouvement de masse sans précédent qui se réfère au combat politique de Bernie Sanders qui constitue la plus grande et la plus précieuse nouveauté dans le panorama politique et sociale nord-américain. Malgré ses faiblesses manifestes, son inexpérience et son -très compréhensible- passage à vide actuel, ce mouvement est condamné non seulement à se ressaisir mais aussi à jouer pleinement son rôle dirigeant. De quelle manière ? Mais, en fournissant l’ossature, la coordination et la direction aux diverses initiatives de résistance et d’auto-organisation qui ne manqueront pas de surgir des tréfonds de la société américaine. En somme, en prenant la tête des mouvements et réseaux populaires qui sont déjà en train de naître, car plus que jamais ce qui est désormais directement menacée n’est plus seulement le salaire et l’emploi mais la vie même des dizaines de millions de citoyens américains ! Et ceci étant dit, l’issue de l’affrontement gigantesque de classe qui vient tout juste de commencer, s’annonce ouverte et incertaine. Tout est possible, le pire mais aussi le meilleur…

Yorgos Mitralias
Tiré de son blog Médiapart

[1Il est à noter que la protection scandaleuse de la part des médias internationaux dont jouit Trump se traduit en l’autocensure qu’ils s’imposent quand ils ignorent systématiquement les innombrables énormités hallucinantes et autres déclarations menaçantes que le Président américain lance par rafales quotidiennement. Si le public européen arrivait à prendre connaissance même du dixième de ces déclarations, il aurait sûrement froid au dos et serait plus à même de se préparer pour la très effrayante suite des événements...

[2Des milliers de textes, vidéos et images de première main venant des États-Unis et concernant tout ce qui se passe au sommet mais surtout à la base de la société nord-américaine, sont postés heure après heure sur le Facebook « Europeans for Bernie’s Mass Movement » que nous avons lancé il y a 4 ans et que nous conseillons vivement aux lecteurs de gauche.

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