Bon anniversaire Karl, bon anniversaire Sigmund et merci à Danielle...

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 3%
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Je cherchais une idée pour faire réagir à cet anniversaire que certains veulent fêter entre 10 Mai 81 et 6 Mai 2012, me souvenant de cette rage qui m’avait pris dans le local télé de ma cité universitaire plein d’étudiants étrangers, devant la photo de Mitterrand apparaissant à la télé et les réactions hystériques du public en liesse que j’insultais, notamment les algériens en leur criant "mais souvenez-vous de ce Mitterrand ministre de l’intérieur en 54 appelant à la guerre !".

Les communistes de 1981 avaient passé de longues heures à discuter : "faut-il organiser des fêtes ?". Nous l’avions finalement fait à notre manière sur le campus. A la Bastille, des communistes de 2012 n’ont pas hésité une seconde... ils étaient mêlés, drapeau rose et drapeau rouge (sans faucille et marteau cependant)... Le peuple n’attend rien de ce Hollande qui n’a servi qu’à virer Sarkozy, mais si des communistes, ayant tout oublié de 1981, sont nombreux à croire au changement...

Finalement, les anniversaires que nous rappellent Danielle me semblent plus utiles...

Pam

Bon anniversaire mon cher Karl… Oserai-je vous dire ?

Oserais-je vous avouer mon cher Karl à quel point vous m’avez toujours séduite. Il est bien temps de vous l’avouer n’est-ce pas ? mais c’est maintenant ou jamais…

J’ai aimé votre superbe intelligence, votre humour féroce et la passion avec laquelle vous vous êtes engagé dans les causes que vous embrassiez… Vous m’impressionniez mais sans plus, quelque chose en vous m’attirait irrésistiblement et la lecture de votre correspondance m’a confirmé dans mon sentiment d’intimité, nous avions les mêmes lectures… Moi aussi je connaissais par cœur des extraits en latin de Lucrèce sur Démocrite, alors quand j’ai découvert que vous aviez fait votre thèse sur lui et Epicure, je me dis qu’il n’y avait pas de hasard, pas plus d’ailleurs que quand je constatais votre passion pour Balzac, moi qui étais en train de procéder à un recensement de tous les personnages de la Comédie humaine et chacun des ouvrages dans lesquels ils apparaissaient, nous avions le même univers. Et puis comment vous décrire, vos yeux étaient si rieurs, petits, vous aviez quelque chose d’asiatique malgré la broussaille de votre chevelure et de votre barbe.

Quel dommage, vous étiez si romantique et je vous aurais bien disputé à Jenny, j’aimais tant votre conception égalitaire de l’éducation des filles, de leur participation à la vie politique…

Il est rare d’avoir une telle lucidité et cependant ne pas perdre la compassion pour l’humanité souffrante, d’être capable de traits percutants sans jamais être cynique. Être la proie d’une intense curiosité, dévorer tous les livres au point de rester des journées entières dans une vieille robe de chambre disparaissant dans les volutes de fumée de votre pipe, le tout dans un désordre préoccupant et dans le même temps avoir l’esprit aussi perçant et aiguisé qu’il se peut, être amoureux des faits autant que de la théorie la plus complexe.

Je vous ai rencontré indirectement le jour de mes 15 ans, j’étais chez un libraire, j’ignorais pratiquement tout de vous, mais je ne sais pourquoi je fus attirée par la longue série de vos œuvres et je volais un volume du Capital, le premier, celui dont vous avez supervisé la traduction, celui dont vous désespériez de voir les Français qui veulent en arriver aux conclusions sans avoir la patience de suivre la démonstration, s’intéresser à la première section sur la valeur, le contrat, le fétichisme de la marchandise. Comme vous aviez tort en ce qui me concerne. En rentrant je me jetais sur cette lecture austère, elle m’exalta.

Le seul auteur qui me bouleversa pareillement fut un certain Spinoza dont je trouvais Le Traité théologicopolitique dans les ex galeries Lafayette de Tizi Ouzou. Je comprenais des mots mais le sens général m’échappait, pourtant dans les deux cas je fus convaincue que j’avais affaire à deux géants et j’éprouvais pour ces deux hommes instantanément quelque chose qui ressemblait à de l’amour. Vous d’abord, Spinoza ensuite.

Ce fut comme si le génie de la lampe m’emportait et me faisait survoler le monde pour mieux me faire goûter le silence de l’étude, cette passion de comprendre et de regarder l’univers depuis une chambre monacale envahie par les livres comme dans un tableau de Rembrandt. Et j’éprouvais dans le même temps ce sentiment de voler sans qu’aucune frontière jamais ne nous arrête. J’étais comblée. Qui a un jour découvert LE LIVRE celui qui rassemble les émois de l’enfance devant l’image, la passion de l’adolescence à l’idée de trouver enfin la clé d’une vie et l’enferment dans la protection du silence des bibliothèques me comprendra.

Prolétaire de tous les pays, disiez-vous, et je me suis enrôlée parce que vous m’expliquiez qu’un spectre hantait le monde, le communisme. Et le monde m’a été aventure, merci. Le monde est toujours hors de ses gongs et devrait être remis en place, la classe capitaliste que vous avez si puissamment décrite mène en ce moment l’assaut contre le monde du travail, nous sommes dans le creux du tsunami et la barque est proche de chavirer. L’accumulation multiplie les invalides du Capital, comme vous l’expliquez dans la section IX du livre I. Tout ce que vous avez dit se vérifie et plus encore tant ce mode de production est entré dans un ébranlement auquel rien ne résiste, institutions, représentations, tout parait s’écrouler et pourtant ils ont encore la force de déclencher les cavaliers de l’apocalypse. Voilà j’espère que nous y survivrons.

Mon cher Karl Marx, ce 5 mai est la date de votre anniversaire, alors je voulais vous dire à quel point vous êtes et avez été important pour moi et pour tant d’autres, vous dont la pensée est devenue monde…

Danielle Bleitrach

Vous aussi Sigmund bon anniversaire, vous qui nous avez appris à rompre avec le goût de la servitude volontaire…


Décidément, je n’arrête pas de célébrer l’anniversaire des hommes que j’aurais pu aimer… Voilà que le 6 mai est le jour de naissance de Sigmund Freud… J’aurais presque pu les inviter à ma table tous les deux, Marx et lui, quelle conversation on pourrait imaginer entre eux, entre ces esprits acérés, encyclopédiques, leur goût du witz…

Je vais placer une vidéo pour vous présenter mieux que je ne saurais le faire, Freud, un des hommes qui a bouleversé le XXème siècle. Tiens, cela me fait souvenir de cette blague sur les 5 juifs qui ont pensé le monde. Moïse a dit Tout est loi, Jésus a dit Tout est amour, Marx a dit Tout est lutte des classes, Freud a dit Tout est libido et Einstein a dit Tout est relatif.

Je sais bien que Freud s’élèverait pour proclamer que Moïse n’est pas juif mais égyptien et que donc, les juifs n’ont même pas inventé le monothéisme. C’est un prêtre d’AKhénaton, du nom de Moïse, qui à la suite de la débâcle idéologique à la mort du pharaon adorateur d’Aton, s’est approprié cette poignée d’hébreux et a prétendu leur imposer un monothéisme d’un rigorisme intégral, au point que les dits hébreux excédés ont fini par le tuer. On reconnaîtra un thème cher à l’auteur de Totem et Tabou, le meurtre du père comme fondement de toute civilisation. Et une obscure tribu du pays de Canaan ayant un dieu du nom de Yaveh et un prêtre du nom de Moïse, ils ont refoulé le meurtre et fait un copié collé à partir du nom.

Mais enfin quelle idée a pris à Freud d’écrire ce dernier livre alors même qu’il fuit le nazisme, se réfugie à Londres, a la moitié du visage dévoré par un cancer ? Est-ce l’herem, la rupture avec le judaïsme que l’on trouve chez Marx autant que Spinoza, la nécessité de dénoncer l’illusion religieuse pour fonder une science ? Certes et dans le même temps Freud après sa rupture avec Jung accepte le caractère juif de sa science comme s’il s’est toujours voulu, lui le mécréant, appartenant au peuple juif. Pourquoi alors qu’il est traqué de toute part lui enlever l’invention du monothéisme, pire encore, en faire dès l’origine le peuple qui tue et combat Dieu. Et refoule le meurtre.

Pour vous dire ma passion pour ces hommes, ces penseurs, il faut que j’insiste sur leur capacité de rupture, sur leur engagement dans une science et dans le même temps aux côtés des hommes, la volonté prométhéenne d’une science qui conquiert la liberté sur l’illusion. Et leur vie autant que leur œuvre témoigne de cette engagement total dans la quête du feu qu’il faut remettre aux hommes pour les débarrasser de dieu. Cela me les rend irrésistibles…

Alors comment interpréter cette manière d’ôter aux juifs la cause de tous leurs malheurs mais aussi leur "élection" par la divinité sinon comme l’ultime manifestation d’une série de blessures que s’est infligée l’humanité par la connaissance. D’abord le choc cosmologique – et ce n’est pas un hasard si Spinoza part de là aussi – infligé par Copernic, Kepler et d’autres, non notre planète n’est pas le centre de l’univers mais même notre soleil n’est qu’une étoile parmi d’autres… Comme si cela ne suffisait pas, voilà que Darwin en fait, non le produit de l’anthropomorphisme divin, mais celui d’une évolution qui rompt avec un quelconque privilège dans la création, le renversement de Marx, les idées que l’homme a sur lui-même sont le produit d’une illusion qu’il faut démonter en le réinsérant dans une lutte historique et enfin Freud "le moi n’est plus maître dans sa propre demeure". Et illusion suprême, le peuple élu n’est pas élu. Donc l’affirmation que les juifs ne sont pas les inventeurs du monothéisme est l’austère satisfaction du chercheur à s’infliger l’ultime blessure narcissique, il n’y a pas de peuple élu, pas de centralité juive et l’antisémitisme est une pure imbécilité.

La blessure narcissique n’est pas une perte, elle est un gain sur le chemin de la liberté et de la connaissance. Ce que Freud alors apporte est l’écoute de la parole de chacun, y compris du malade mental, tout le monde a quelque chose à dire... Une forme d’humanisme qui renonce à l’illusion de la charité et de l’amour de son prochain pour conquérir la vie éternelle, mais pour l’amour des hommes et des femmes. Si vous me permettez une petite allusion à l’actualité, se débarrasser des pervers narcissiques fait partie de la cure…

Voila, alors cher Freud, bon anniversaire… nous avons besoin de vous…

Danielle Bleitrach

SIGMUND FREUD, L'INVENTION DE LA PSYCHANALYSE 1 - LES COMMENCEMENTS.avi - YouTube

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