UNE RÉVOLUTION RÉDUITE À UNE ALTERNANCE ÉLECTORALE
Le texte affirme que la révolution est “à l’ordre du jour”, mais il organise toute sa perspective autour d’une recomposition électorale de la gauche radicale, avec en ligne de mire l’élection présidentielle. Cette contradiction est fondamentale. Chez Lénine, la révolution ne procède jamais d’une victoire électorale, mais d’une crise du pouvoir d’État, d’un basculement du rapport de forces et d’une intervention consciente des larges masses populaires et alliances des classes dominées en classes organisées.
En substituant la conquête des institutions à la transformation des rapports de pouvoir réels, ce texte transforme la révolution en simple alternance politique. Dans ce texte, il ne s’agit plus de renverser la nature bourgeoise de l’Etat, mais d’en occuper les positions.
UNE ABSENCE D’ANALYSE DES FORCES PRODUCTIVES
Le texte se veut ancré dans le réel, mais il ignore l’essentiel : les transformations profondes du capitalisme. Il ne dit rien de la désindustrialisation, de la fragmentation du salariat, de la financiarisation de l’économie, ni de la dépendance productive de la France dans un monde en profonde transformation et notamment un fait majeur : la crise de l’impérialisme face à la montée du socialisme de marché promu par la Chine.
Or, pour Marx, toute stratégie révolutionnaire doit partir des forces productives et des rapports de production. Sans cette analyse, la politique devient flottante, réduite à des impressions ou à des dynamiques électorales et aux concepts populistes qui misent sur les affects des gens et non sur la raison fondée sur la connaissance réelle de la lutte des classes. Ainsi ce texte parle du peuple, mais ne dit rien du travail. Il évoque les classes populaires, mais sans analyser leur recomposition concrète.
Ainsi, il ne fournit aucune base matérielle sérieuse à la perspective qu’il prétend ouvrir.
UNE UNION PAR LE HAUT DÉCONNECTÉE DES CLASSES
La stratégie proposée repose sur une alliance entre forces politiques, notamment avec la France insoumise.
Cette stratégie est celle utilisée depuis plus de 50 ans qui a fait faillite : unir au sommet les partis de gauche sans combat au préalable de l’union des classes exploitées. Or cette stratégie ne s’interroge jamais sur l’état réel de l’organisation des classes exploitées. Elle ne dit rien deu grave affaiblissement de l’implantation communiste dans les entreprises, ni du recul des structures collectives dans le monde du travail.
Chez Lénine qui a été le théoricien du communisme en rupture pratique avec les thèses social-démocrates, le parti communiste ne se construit pas d’abord par des accords entre appareils, mais par son enracinement dans les luttes réelles. Ici, dans ce texte des réformistes du PCF, l’unité est pensée comme une convergence de directions politiques, non comme le produit d’un mouvement social structuré.
Cette inversion conduit à une impasse : une union sans base sociale solide ne peut être qu’instable et dépendante des échéances électorales. C’est d’ailleurs toutes les expériences qui ont été menées de l’union de la gauche au Nouveau Front populaire en passant par la Gauche plurielle, le Front de gauche, la NUPES, toutes ces coalitions n’ont jamais réussi ni à faire reculer l’extrême-droite ni à transformer la société car toutes ont été conçues pour une stratégie électoraliste qui a progressivement éloigné la classe ouvrière et une grande partie du salariat de leurs capacités à s’unir et à transformer eux-mêmes la société française puisque cette stratégie qui fut la même fondamentalement, même si elle changeait de nom à chaque fois face à ses échecs, a promu les démarches politiques de sommet, les tractations politiciennes et a abandonné dans les faits l’organisation politique du monde du travail.
UNE MÉCONNAISSANCE DU CAPITALISME CONTEMPORAIN
Le texte évoque la faiblesse du bloc bourgeois, mais sans analyser la restructuration du capital à l’échelle mondiale. Il ne prend pas en compte l’intégration des économies dans des chaînes de valeur globales, ni les nouvelles formes de domination économique du capitalisme par les économies de guerre et la destruction du droit international.
Or, depuis Lénine et son analyse de l’impérialisme, il est clair que le capitalisme doit être compris dans sa forme concrète, historiquement déterminée. Aujourd’hui, cela implique de penser la question industrielle, énergétique, technologique des rapports de force mondiaux dans la phase d’un impérialisme américain et de ses alliés eux mêmes en crise face aux tentatives d’une régulation mondiale que représentent les BRICS et surtout la Chine . Rien de tout cela n’apparaît ici.
Sans stratégie sur la production, toute perspective de transformation sociale reste abstraite.
UNE INCAPACITÉ À COMPRENDRE LA PROGRESSION DE L’EXTRÊME DROITE
Le texte affirme que la montée de l’extrême droite appelle un renversement de la bourgeoisie. Mais il ne s’interroge pas sur un fait décisif : cette progression s’opère largement dans les classes populaires.
Pourquoi ces fractions du salariat se détournent-elles de la gauche ? Pourquoi le discours communiste ne structure-t-il plus leur vision du monde ? Ces questions sont fondamentales mais totalement éludées dans ce texte. À la place, le texte propose une réponse politique générale, sans analyse sociale précise.
Or, sans reconquête idéologique et matérielle dans la pratique politique quotidienne dans les espaces et lieux du travail, dans les zones d’activité, dans les organisations du monde du travail, aucune stratégie antifasciste ne peut réussir durablement. Sans hégémonie culturelle qui passe par l’éducation populaire notamment au marxisme pour élever la conscience de classe, le monde du travail restera sous la coupe de l’idéologie dominante et influencé par des idées les plus réactionnaires, loin de la compréhension des enjeux et fonctionnement de l’exploitation capitaliste.
UNE DÉFINITION AFFAIBLIE DU PARTI COMMUNISTE
Le texte défend la nécessité du parti, mais en le réduisant à un espace de débat et d’expression pluraliste. Il évacue la question de son rôle dirigeant, de sa structuration, de sa discipline et de son implantation.
Cette conception s’inscrit dans la continuité de l’eurocommunisme et de sa suite dite de la « mutation du PCF » sous la direction de Robert Hue , qui a progressivement transformé le parti en organisation d’accompagnement des institutions existantes, au lieu d’en faire un outil de rupture.
Chez Lénine, le parti est un instrument stratégique, capable d’organiser, de former et de diriger la lutte de classe. En l’absence de cette exigence, il devient un simple cadre de discussion sans efficacité historique.
L’ÉLECTORALISME COMME HORIZON
Au fond, ce texte repose sur une illusion centrale : celle selon laquelle une victoire électorale de la gauche radicale pourrait ouvrir la voie à une transformation sociale profonde. Cette idée traverse toute son argumentation, même lorsqu’elle n’est pas explicitement formulée.
Or, le marxisme et le léninisme ont précisément montré les limites de cette approche qu’elle ait les traits de la social démocratie ou du populisme. Sans transformation du rapport de forces dans la production, sans organisation autonome des travailleurs, sans capacité à affronter les structures de l’État au service du capital, toute victoire électorale reste fragile et réversible, pire elle peut créer des illusions avec un retour en force des organisations de droite voire même autoritaires et fascisantes de la grande bourgeoisie comme cela se passe dans plusieurs pays d’Amérique latine comme le Chili par exemple ou comme cela s’est passé aussi en Grèce et dans de nombreux pays d’Europe où la social democratie a fait faillite et où le communisme a été réprimé sauvagement comme dans les pays de l’Est européen.
Le texte dans une totale illusion politique substitue ainsi l’échéance présidentielle à la construction d’un mouvement historique.
POUR UNE STRATÉGIE DE CLASSE
Ce qui manque ici n’est pas la radicalité des mots, mais la cohérence stratégique. Une orientation communiste conséquente devrait partir de la reconstruction des bases matérielles de la lutte de classe, de la réappropriation des enjeux productifs, et de l’organisation des travailleurs dans la durée.
Sans cela, le discours révolutionnaire reste une posture gauchiste. Et l’histoire montre que ce type de posture conduit moins à la rupture qu’à l’adaptation au capitalisme.
La question posée n’est donc pas seulement celle de l’unité, mais celle de son contenu social et de son ancrage réel. C’est à cette condition que le communisme peut redevenir une force agissante transformatrice, et non une simple référence historique dans le débat politique.
« l’histoire de toute société jusqu’à nos jours est l’histoire de la lutte de classes »

(2002) Lenin (requiem), texte de B. Brecht, musique de H. Eisler
