A Cuba, le porte-à-porte des étudiants en médecine pour traquer le coronavirus

, par  lepcf.fr , popularité : 4%

AFP, publié le mercredi 01 avril 2020 à 11h37

Marina Ibañez, employée de crèche, fait sécher ses masques au soleil, dans le quartier du Vedado, le 30 mars 2020 à La Havane, pendant l’épidémie de coronavirus à Cuba

"Combien de personnes vivent ici ?", "Vous avez eu des contacts avec des étrangers ?", "Vous connaissez les règles d’hygiène à suivre ?" : maison par maison, 28.000 étudiants cubains en médecine répètent inlassablement ces questions, en quête de possibles cas de coronavirus.

Dans le quartier du Vedado, à La Havane, la docteure Liz Caballero Gonzalez, 46 ans, accompagne deux étudiantes, chargées de parcourir chaque jour le même pâté de maison, soit 300 familles au total.

Seules leurs blouses blanches permettent de les distinguer du reste de la population.
Pas leurs masques en tissu, devenus la norme dans les rues de l’île, où la plupart des commerces exigent que les clients le portent.

Cuba, l’un des derniers pays d’Amérique latine à avoir fermé, le 24 mars, ses frontières aux non-résidents - pour préserver jusqu’au bout son tourisme -, a enregistré 186 cas de coronavirus, dont six décès. Par précaution, 2.837 personnes sont hospitalisées.

Il compte désormais sur son maillage médical, supérieur à la moyenne, pour enrayer l’avancée de la maladie : selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’île a 82 médecins pour 10.000 habitants, contre 32 en France et 26 aux Etats-Unis.

- Des médecins "très aimés" -

"Nous, on n’a pas la technologie des pays riches, mais on a un personnel humain très qualifié, solidaire, altruiste", dit fièrement Liz Caballero Gonzalez.
Ce porte-à-porte "n’a rien de nouveau" : "le médecin de famille (payé environ 50 dollars par mois, ndlr) fait toujours la tournée de ses patients, pour chercher toute maladie transmissible".

Mais "il y a 15 jours, on a commencé à le faire de manière plus décidée, auprès de 100% de la population".

Les étudiants sont mis à contribution, dans ce pays qui compte 25 facultés de médecine et une prestigieuse Ecole latinoaméricaine de médecine (Elam), où se forment des milliers d’étudiants étrangers.

"On était déjà habitués à faire du porte-à-porte", raconte Susana Diaz, 19 ans, en deuxième année de médecine. 

"Il y a toujours un moment, vers septembre-octobre, où on en fait au sujet de la dengue. Quand la situation du coronavirus s’est aggravée, l’université nous a proposé d’en faire aussi".

Tout cas suspect, de toux ou de fièvre, est immédiatement signalé au centre médical du quartier, indique Susana, toujours bien accueillie lors de ses visites : "Beaucoup nous remercient pour ce que nous faisons".

Les médecins sont "très aimés" ici, confirme Maité Pérez, 30 ans, qui vient de répondre aux questions de l’étudiante. "Cela me réjouit car ils prennent soin de notre santé".

Serpillère devant sa porte pour nettoyer les chaussures, lavage obligatoire des vêtements en rentrant, port du masque à chaque sortie : Maité respecte scrupuleusement toutes les consignes.

Il y en a juste une qui lui est plus douloureuse : l’interdiction de toute effusion, véritable torture pour les Cubains. "J’ai une de ces envies de prendre ma mère dans les bras, de l’embrasser, de l’étreindre... mais on ne peut pas !"

- Chlore et masques en tissu -

Pour Carlos Lagos, 83 ans, c’est devenu une routine de voir défiler les étudiants à sa porte. "(Ils me demandent) si je me sens mal, si j’ai de la fièvre, comment je prends soin de moi", explique-t-il, torse nu en raison de la chaleur.

L’attention aux personnes âgées, les plus fragiles face au coronavirus, est cruciale car 20% des Cubains ont plus de 60 ans.
"Jusqu’à présent, je me sens bien et je sors très peu !", clame, derrière la grille de son appartement, Dolores Garcia, 82 ans, ravie d’avoir un masque en tissu : "C’est quelqu’un qui m’aime beaucoup qui me l’a apporté".

A Cuba, sous embargo américain depuis 1962, on manque régulièrement de tout, parfois même de savon. Au lieu du gel hydro-alcoolique, c’est une solution à base de chlore que les habitants se versent sur les mains.

Et faute de masques médicaux, c’est en tissu que beaucoup les fabriquent, comme cde 56 ans, occupée à les faire sécher au soleil.

"Quand j’ai vu qu’au début les gens se promenaient dans la rue sans masque, je me suis mise au travail pour en faire". Sans "aucune expérience" en couture, elle en a emprunté un comme modèle à une infirmière.
Marina en a déjà cousu une cinquantaine, qu’elle a distribués à ses voisins, et s’apprête à en fabriquer d’autres. Finalement, "c’est pas sorcier !"

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