Présidentielle, arrêtez les fictions, et organisons la colère populaire avec une candidature communiste !

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Une candidature magique, un artifice, un acteur, une actrice ?

L’article de Politis du 3 mars de Denis Sieffert, titré « Politique-Fiction », est tout à fait illustratif de l’incapacité de beaucoup d’intellectuels de gauche à tirer des leçons de décennies d’échecs et… de trahisons. Il constate que «  Le piège est là pour la gauche : faute d’une candidature commune, les coups portés à Macron profitent silencieusement à Le Pen ». Il constate aussi comme d’autres que Macron risque plus l’élimination au premier tour, surtout en présence de candidatures fortes à droite. Il en conclut qu’il est « grand temps de jouer une autre carte que celle du césarisme gaullien. Seule une offre éco-sociale qui apparaîtrait clairement comme une émanation collective soutenant une candidate ou un candidat pourrait renverser une logique mortifère.  »

Il ne fait malheureusement pas l’analyse de ce piège du césarisme gaullien, ni de son utilisation par François Mitterrand, ni de son renforcement par le quinquennat et l’inversion du calendrier inventé par Jospin, ni de la tentative Hollandaise de la prolonger en héros contre la Finance.

Il cherche donc désespérément une baguette magique qui viendrait nous sortir du piège : « Encore faut-il créer un choc psychologique par la nature résolument collective et pluraliste de la campagne. Hors de quoi, nous serons encore sommés de choisir « le moindre mal ». Un choix d’autant plus douloureux que, tôt ou tard, il conduit au pire. »

Nous sommes bien d’accord, le piège peut conduire au pire, et c’est pour cela que nous étions nombreux dès 2017 à refuser de s’inscrire dans ce piège avec ce que l’auteur réduit à un « geste technique » pour le justifier, le vote Macron en 2017 contre Le Pen.

Quelques jours avant cet article, la Une de Libération avait fait réagir. Elle affirmait qu’une large part de l’électorat de gauche ne ferait plus barrage à Le Pen en votant Macron en 2022… Autrement dit que le piège pouvait effectivement conduire au pire. Certains diront que Sarkozy aurait pu nous en « sauver » et que sa condamnation confirme que la grande bourgeoisie assume de plus en plus l’hypothèse Le Pen. En tout cas, la pression à gauche est de plus en plus forte, alors que la gauche est émiettée, illisible, incompréhensible. Personne ne semble prendre au sérieux le questionnement d’un directeur de recherche IPSOS, Mathieur Gallard « Quelle est la France que veut construire Anne Hidalgo, Yannick Jadot ou Jean-Luc Mélenchon ? Peu de Français sont capables de l’expliquer ».

Le non dit de l’article de Denis Sieffert qui le réduit à l’espoir magique affleure pourtant dans ce questionnement envers la gauche, tout comme dans cette conscience que l’enjeu est de sortir du piège présidentiel lui-même, qu’il faudrait comme il le dit d’ailleurs « subvertir la constitution de la Ve République dès avant l’élection pour pouvoir l’abolir après. ».

Mais il ne voit pas que ce piège est celui sur lequel s’est construit la gauche, celui de l’espoir électoral qui « change la vie » de 1981. Il ne peut donc tirer le bilan de l’échec de cette gauche qui a été porteur d’espoirs progressistes mais qui est pour le monde du travail et les quartiers populaires d’abord porteur de décennies de trahisons, à commencer par le refus d’entendre jusqu’au bout le NON populaire de 2005, sans compter les records de privatisation, de déréglementation, d’affaiblissement des services publics, de mise en concurrence des territoires…

L’inquiétude électorale du pire conduit la plupart des commentateurs à refuser de regarder en face la fracture sociale profonde qui caractérise la France. Les forces sociales urbaines éduquées qui espèrent n’importe quelle solution magique anti Le Pen sont celles qui ont donné la victoire aux écologistes dans les métropoles mais qui n’ont jamais pris conscience de l’inégalité profonde de mesures phares dites « vertes », comme le soutien aux énergies renouvelables dont profitent les propriétaires mais que paie les consommateurs les plus pauvres, jusqu’à ces projets de Zone de Faible Emission en centre ville qui autorise les SUV hybrides des CSP+ mais interdisent les véhicules diesel anciens des familles populaires.

Peut-être que les lecteurs de Politis, de Libération ou du monde ne se trouvent pas dans le monde ouvrier et les quartiers populaires qui ont quitté la gauche institutionnelle depuis longtemps.

Denis Sieffert ne peut pas voir la profondeur de ces fractures et ne peut qu’espérer une candidature magique qui viendrait effacer ces 50 ans d’histoire de la gauche, pour ne pas avoir à en faire le bilan, à en tirer des leçons, autant sur le piège présidentiel que sur la nature de l’affrontement de classe et le piège de l’électoralisme en général. Autant dire qu’il ne propose rien d’utile au peuple, rien d’autre que continuer à construire des illusions pour satisfaire des couches moyennes éduquées désespérées et prêtes à toutes les concessions.

Sortir du piège présidentiel ?

Dans le même esprit, le journal en ligne AOC, animé par des intellectuels issus notamment de France Culture, a fait une proposition pour sauver la gauche ; déprésidentialisons !Cette proposition a le mérite d’affirmer que pour sortir du piège Macron-Le Pen, il faut d’abord sortir du piège présidentiel lui-même. Elle consiste à présenter un acteur ou une actrice au nom d’un collectif unitaire de la gauche qui se concentrerait alors sur les législatives comme bataille principale de construction d’une majorité parlementaire qui ne serait pas la majorité d’un président.

Vouloir sortir du piège présidentiel lui-même est un pas considérable que la plupart des forces de gauche n’ont pas encore franchies. Mais les auteurs qui présentent eux-mêmes leur proposition comme un « artifice » ne proposent pas d’analyse de ce piège présidentiel, au fonds parcequ’ils ne proposent pas non plus de critique réelle de l’histoire de la gauche. Pour eux, « sans la gauche, toute contestation du néolibéralisme technocratique dominant ne trouverait plus à se dire que dans les mots de l’extrême droite. ». Comme si la gauche n’était pas complètement empêtré dans le discours libéral jusqu’à ses dérives autoritaires que symbolisait un premier ministre de François Hollande.

Ils rappellent que la gauche est « certes parvenue à l’unité en 1981, derrière Mitterrand, mais (…) que l’expérience a bien plus changé la gauche que les institutions, ». Ils constatent que la proposition LFI « d’un chef censé être une sorte de « médiateur évanouissant », qui disparaîtrait dans un « moment constituant « se heurte à la structure du système (qu’elle ignore superbement) ».

Bref, ils font le constat assez facile de l’émiettement de la gauche et de l’incapacité de chacun de ses leaders d’en devenir le représentant unique et cherchent donc, comme Denis Sieffert, une solution « magique », pour eux un « artifice » qui résoudrait le problème de la gauche en la gardant telle qu’elle est...

Mais quelle est en fait la nature de ce piège présidentiel ? L’article de AOC éclaire bien les insuffisances des critiques en montrant par exemple que la constitution portugaise, pourtant inspirée de la 5eme république française, ne produit pas le même régime présidentiel. Mais il n’ouvre pas vraiment le débat de fonds.

Pourquoi Mitterrand tourne à droite en 1983 et devient le président des privatisations et des déréglementations ? Pour Jospin poursuit son travail en battant en 1997 tous les records de privatisation et de déréglementations ? Pourquoi Hollande réussit-il à se faire élire « contre la finance » pour la servir comme jamais ensuite ?

Est-ce un problème institutionnel ? N’est-ce pas en fait un problème de choix politique et de rapport de forces, d’ancrage populaire des forces politiques, de leur capacité à mobiliser le monde du travail pour imposer ses intérêts contre ceux des oligarchies ? Quelles sont les conditions politiques qui permettent à Macron de dire publiquement qu’il travaille pour les premiers de cordées dont les richesses ruisselleront ?

Au fonds, le piège présidentiel n’est-il pas d’abord le piège de la faiblesse de la gauche, de sa faiblesse idéologique, militante, sociale ? N’est ce pas le résultat de la stratégie élaborée entre autres par DSK considérant que le monde ouvrier ne votant plus, il fallait se consacrer aux couches moyennes supérieures ?

Et plus au fonds encore, n’est-ce pas le résultat profond de l’échec de toute la stratégie d’union de la gauche qui a conduit à la victoire de 1981 et à la trahison des promesses de « changer la vie ».

Tirer les leçons des échecs de la gauche

Comment peut-on parler de gauche en 2021 sans tirer de bilans de décennies dans lesquelles la gauche politique s’est éloignée de ses bases sociales ? Et qui peut espérer un artifice qui viendrait reconstruire par magie ce que des décennies de crise ont longuement détruit ? Où sont les bases militantes associatives, syndicales, politiques qui innervaient le peuple et qu’il avait éprouvé dans la force de mai 68 ou encore de décembre 1995, ou encore du Non de 2005… Il faut rappeler que les grandes luttes sociales de la sidérurgie des années 80 jusqu’aux luttes contre les lois travail plus récentes se sont heurtées d’abord à la gauche institutionnelle ! La casse des services publics de la poste, des telecoms, de l’énergie est de la responsabilité de la gauche gouvernementale ! Qui peut espérer un artifice qui donnerait une légitimité populaire à cette gauche ?

Le trou noir de la pensée de Denis Sieffert comme des auteurs de AOC saute alors aux yeux avec évidence. C’est le parti communiste !

Car comment s’est construit le virage à droite de Mitterrand ? Par sa victoire contre les communistes dès les législatives de 1978 et par son succès même aux présidentielles de 1981… Comment s’est construit le record de privatisation de Jospin ? Par la soumission d’un PCF réformé acceptant des postes de ministres en échange de sa soumission à l’union européenne ! Comment s’est construit l’illusion d’un Jean-Luc Mélenchon faisant croire à la sortie du piège présidentiel en y enfermant le peuple de gauche ? Par la disparition du PCF acceptant de se retirer de la présidentielle au profit disait-il des législatives...

Soyons précis, il ne s’agit pas du parti communiste en tant que force politique, électorale. Il s’agit de ce que représentait le parti communiste comme capacité d’organisation populaire, comme repère idéologique dans le monde ouvrier, dans les quartiers populaires. C’est de l’affaiblissement de cette force là que la gauche paie le prix, qui la rend incapable de représenter désormais une alternative progressiste pour le monde du travail.

Pour sortir du piège présidentiel, une candidature communiste pour organiser la colère populaire

Autrement dit, la seule réponse au piège présidentiel, ce ne peut être une candidature laissant croire à l’illusion du sauveur suprême, même sous la forme d’un artiste d’artifice. Ce doit être une candidature portant la promesse de reconstruire la force organisée que représentait le parti communiste dans le monde du travail. Ce dont a besoin le peuple pour espérer sortir du piège présidentiel, c’est l’affirmation qu’on peut reconstruire un grand parti populaire, révolutionnaire, un parti ancré d’abord dans l’action militante, de terrain et pour qui l’élection n’est qu’un moment de la bataille idéologique.

C’est le sens que doit prendre une candidature communiste en 2021, une surprise qui dit au peuple : « Vous vous êtes fait avoir en 1981, 1988, 1995, 2002, 2007, 2012, 2017… Si vous en avez marre, ne votez pas contre celui que vous ne voulez pas, votez pour votre propre force organisée, votez pour vous engager dans la longue et dure révolte contre un système injuste et inefficace, votez pour changer de société, votez pour reconstruire un grand parti communiste ! C’est l’étape nécessaire pour sortir du piège présidentiel, pour en terminer avec la gauche qui vous a trahi si souvent, pour créer les conditions d’un mouvement historique à la hauteur du Front Populaire. »

La reconstruction d’un rapport de forces en faveur du monde du travail, la reconstruction d’une alternative politique pour une autre société, la reconstruction des conditions d’un rassemblement politique des forces progressistes, tout passe par une étape décisive, reconstruire un parti communiste capable de tirer les leçons de son échec du programme commun comme des échecs de sa mutation réformiste. Il faut pour cela affronter clairement la question décisive, celle du changement de société, celle à laquelle ne peuvent répondre ni Hidalgo, ni Jadot, ni Mélenchon, celle du projet d’un socialisme du XXIème siècle pour la France !

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