Le mortifère processus de désignation du candidat présidentiel du Front de gauche Une contribution au débat d’un jeune camarade

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Alors que le monde arabe se libère, que la France est menacée du danger de l’extrême-droite, que le gouvernement UMP (Union pour un Mouvement Pétainiste) ne sait où donner de la tête pour casser les acquis du peuple, le Parti Communiste Français en est à discuter, selon un processus éminemment destructeur, du candidat auquel il délèguera sa présence à l’élection présidentielle (car c’est bien de cela qu’il s’agit).

1. Quel est l’état du PCF aujourd’hui ?

Le Parti Communiste Français a fêté en décembre dernier ses 90 ans dans une étrange atmosphère. La « mutation » engagée par Robert Hue il y a une quinzaine d’année n’en finit plus de faire mourir ce qui fut le meilleur outil des travailleurs pour faire valoir leurs droits, pour envisager une société dont ils ne seraient plus les exploités. Elle a fait des élections l’horizon indépassable de la politique du parti, et l’a inscrit, de fait, dans le cadre de la société libérale-démocrate bourgeoise. Le calendrier de l’action du parti ne fait plus état de perspectives stratégiques de long terme concernant la société française ni l’organisation du parti. Les analyses de fond en termes marxistes ont cédé la place à des indignations faciles. La direction, pour tout dire, a abandonné le projet d’une société sans classes. Bien au contraire, les quelques propositions faites aujourd’hui n’ont qu’une finalité : faire la démonstration de l’adaptation parfaite du PCF à la société bourgeoise du début du XXIe siècle, dont il serait la caution sociale. Par exemple, nous en sommes désormais à défendre une institution qui n’est en rien une conquête populaire, mais l’arme de guerre contre les peuples construite dans les années 50 suite à l’échec du nazisme à établir le règne de la bourgeoisie sur l’Europe entière : l’Union européenne, qui s’est doté d’un bâton formidable pour faire valoir la domination de l’argent sur l’humain, en la place de l’euro, que nous défendons aussi.

Si le ralliement du PCF à la société libérale a été amorcé sous la direction de R. Hue, et s’est traduit notamment par la brillante participation au gouvernement de Lionel Jospin, ponctuée par un défaite historique des forces de gauche en 2002, il a aussi contribué à sa propre pérennisation comme ligne de force en France et en Europe par la création, en 2004, du Parti de la Gauche Européenne (PGE), qui regroupe les partis communistes qui ont, à l’instar du PCF, abandonné la lutte de classe, ainsi que des socialistes repentis, et des gauchistes opportunistes. Toutes les stratégies mises en œuvre depuis cette date visent un seul objectif : rassembler un mouvement de gauche suffisamment puissant pour y dissoudre le PCF. Un événement fondamental de test de cette ligne fut le référendum sur le traité constitutionnel européen, en 2005. Dès le début, les slogans ont mis l’accent sur la notion de « non de gauche », antilibéral mais pro-européen. La victoire, historique, du non, ne fut ainsi interprétée que comme un non antilibéral et pro-européen. Les arguments de souveraineté nationale, de refus du fédéralisme, y compris émis par des forces progressistes, furent soit minorés, soit assujettis aux arguments antilibéraux et européistes, soit carrément renvoyés à un écho lointain de l’extrême-droite. Dans la foulée, les collectifs antilibéraux se sont mis en tête de se désigner un candidat commun pour l’élection présidentielle de 2007 : le PCF y consacra toute son énergie en 2006, pour finir par le constat lamentable, mais éminemment prévisible, de l’infaisabilité d’un tel objectif à la fin 2006 ; se prévalant de la pseudo-légitimité de ces collectifs, une campagne non-communiste, mais « de gauche » fut improvisée et menée en quatre mois, qui aboutit à un résultat pitoyable en 2007, qui a gravement entamé l’image et le potentiel du Parti.

Si la politique nationale du PCF était à ce point nulle, l’ancrage local du parti se manifesta en diverses élections (législatives, municipales, cantonales), qui donnèrent, depuis, des résultats ayant vocation à temporiser l’interprétation de mort certaine du PCF ; les médias dominant n’en ont pas tenu compte. Plus grave : la direction du PCF non plus, comme s’ils gênaient une vue plus lointaine, celle de la démonstration de la fin de la légitimité historique du PCF. Dès l’échéance de 2007 passée, ce fut en effet un déluge, venu d’en haut, de textes, de manifestes, de tribunes s’interrogeant sur le « déclin structurel du communisme » (dixit M.-G. Buffet au Conseil national de juin 2007), avec ceci de mauvaise foi que la responsabilité de la direction et de la politique menée ne fut jamais, jamais, mise en accusation, ceux qui le faisaient étant qualifiés de « néo-staliniens » (dixit P. Bessac lors d’une assemblée de section dans le 19e arrondissement de Paris). Ainsi donc, la cause était entendue : le déclin du PCF était une sorte de loi naturelle sur laquelle les humains, la politique, n’avaient aucune prise. Il s’en fallut de peu, en décembre 2007, pour que l’Assemblée nationale extraordinaire ne fût en réalité un Congrès lançant officiellement la procédure de liquidation politique du parti ; seule la mobilisation des militants, pendant tout l’automne, empêcha la direction d’aller plus avant dans son projet. On nota cependant que, malgré la calamité du résultat politique dont elle était seule responsable, la direction du PCF resta en poste, et ne remit en aucune façon son mandat entre les mains des communistes.

Obtuse jusqu’à l’abrutissement, la direction du PCF fit adopter, par le Conseil national d’octobre 2008, un mois avant le 34ème Congrès, la proposition d’un Front de Gauche rassemblant des partis et des citoyens à l’occasion de fronts sur des sujets particuliers ; cela tombait opportunément au moment où J.-L. Mélenchon quittait le PS pour former son Parti de Gauche, ayant l’ambition non dissimulée de réaliser ce qui s’était fait en Allemagne, à savoir la fusion des socialistes non ralliés à la politique libérale de G. Schröder avec ce qui restait du parti communiste d’Allemagne de l’Est. Une fraction des trotskystes de la LCR devenue NPA, répondit aussi à cet appel. La direction eut beau jeu de faire croire que le Front de gauche était l’émanation du Congrès, instance suprême du Parti, alors que celui-ci ne l’avait en fait que confirmé après une décision prise par le Conseil national.

Au 34e Congrès fut soulevée la question d’une candidature communiste à la présidentielle, tout comme au 35ème (2010), convoqué pour désigner un successeur à Marie-George Buffet, en la personne de Pierre Laurent. L’hypothèse fut repoussée, au motif de ne pas fermer le débat avant même de l’avoir ouvert.

A quatorze mois de l’échéance, il l’est désormais, mais la possibilité d’une candidature communiste à l’élection est plus faible que jamais, grâce à un procédé de désignation obscur, antidémocratique, et ayant surtout la fonction suivante : pérenniser le Front de gauche.

2. La désignation du candidat du Front de gauche, pivot de l’effacement du PCF

Poser le principe d’une candidature du PCF à l’occasion des congrès passés aurait eu pour vocation de concentrer l’action des communistes, très en amont, sur les questions de projet, sur les propositions, sur la propagande préalable à mener sur ces questions, tout en étant ferme à l’égard des médias, toujours prompts à nous effacer des sondages et des invitations sur les plateaux. Mais nous avons donné, à chaque fois, le signal inverse : il se pourrait, aurait-on pu résumer, que le PCF ne présente pas de candidat à l’élection présidentielle de 2012. L’occasion étant trop belle, les médias s’en sont saisie, et n’évoquent plus le PCF, ni dans les sondages, ni dans le choix des invités sur les plateaux de télévision.

a. Les arguments contre la désignation d’un candidat communiste

Si, à chaque Congrès, la question d’un candidat communiste fut repoussée pour ne pas hypothéquer l’avenir des stratégies d’alliance qui y était décidées, les arguments aujourd’hui avancés sont d’une autre nature.

D’abord, il y a la peur. Alors que la campagne de 2007 a été menée dans des conditions tout à fait spécifiques (parti déchiré et affaibli suite à l’échec des collectifs antilibéraux ; rouleau compresseur du vote utile par crainte d’un deuxième « 21 avril » ; campagne ouvertement non communiste ; première campagne présidentielle de l’UMP, totalement unie derrière Nicolas Sarkozy élu président de ce parti en 2004, etc.), le résultat de M.-G. Buffet à cette élection est utilisé, instrumentalisé, pour justifier de ne pas présenter de candidat issu du PCF à cette élection. Que cette crainte soit le fait de camarades de la base, soit ; mais que ce soit le point de vue de dirigeants nationaux du parti, cela pose question. La candidature communiste serait ainsi vouée à recueillir autour de 1%, le PCF n’étant plus, par essence et quoi qu’il puisse dire ou faire, une force d’attraction. La peur d’une réédition de 2007 paralyse ainsi de nombreux camarades, qui ne veulent en aucun cas d’une telle humiliation.

Il y a ensuite l’argument « unioniste » : puisque notre stratégie est une stratégie d’union, il est logique de partager les places et les responsabilités, avec des gens qui, par définition, ne sont pas communistes.

Il y a aussi l’argument « programmatique » : peu importe le candidat puisque, ce qui compte, c’est le programme.

On trouve également l’argument de contestation par l’absence : l’élection présidentielle est éminemment antidémocratique ; nous n’y avons donc pas notre place.

Il y a enfin l’argument « médiatique » : notre parti n’intéresse plus les médias : nous ne figurons plus dans les sondages, nos élus et nos dirigeants ne sont plus interviewés par personne. Notre impact auprès de la population est donc nul. Si nous voulons faire passer nos idées, il nous faut donc un cheval de Troie, un candidat non-communiste susceptible d’apporter des germes d’idées communistes auprès des citoyens.

b. Les arguments pour la désignation d’un candidat communiste

Aucun des arguments en faveur du retrait d’un candidat communiste n’est irrésistible face à ceux appuyant la proposition d’un candidat communiste.

i. Que doit être un parti communiste, et que doit être une campagne communiste ?

Il est tout d’abord possible d’éviter la réédition de 2007. C’est mal parti, effectivement, essentiellement parce que, au fond, c’est la même stratégie qui est menée. Pour ne pas recommencer 2007, il faut changer de stratégie. Mais changer de stratégie ne suffit pas : c’est une remise en cause totale de la politique de la mutation conduite par R. Hue, M.-G. Buffet et maintenant P. Laurent, qu’il faut opérer, à commencer par les fondamentaux idéologiques. La « gauche » qui est le leitmotiv de la direction du PCF est un concept parlementariste, qui ne désigne pas un mouvement politique s’appuyant sur une analyse de classe de la société : c’est un terme générique, passe-partout, désignant l’ensemble des partis se revendiquant plus ou moins de mouvement ouvrier. La première rupture à opérer serait celle-ci : s’appuyer à nouveau sur des analyses de la société en termes de classes sociales, et défendre le projet politique de l’hégémonie d’une d’entre elle, la classe ouvrière, entendue dans un sens contemporain ; ce projet est le communisme. Je renvoie à l’article de mon ami G. Questiaux « Une fois pour toute, qu’est-ce que le communisme ? », publié sur le blog Réveil communiste, que j’ai repris sur celui-ci.

La seconde rupture, allant de pair avec la première, consisterait à reconstituer l’organisation du parti incarnant ce projet, le PCF. Nous voulons la démocratie totale dans ce parti, des dirigeants responsables devant les adhérents et révocables, une ligne de lutte des classes, une discipline stricte dans l’application des décisions prises (celle-ci s’appliquant en premier lieu à la direction quant aux choix effectués par les adhérents), un maillage territorial faisant de l’action auprès des masses la priorité. Les permanents doivent être des pèlerins de cette organisation, allant de village en cité, travaillant à la propagation de nos idées, aidant à la structuration de l’action ; les élus doivent remettre leur mandat entre les mains des adhérents à chaque échéance électorale. Nul ne peut vivre du parti toute sa vie. Le parti doit d’abord chercher à se renforcer et à augmenter le nombre de ses adhérents : c’est à cela que doivent servir les permanents.

La troisième rupture à opérer consiste dans la stratégie politique à mettre en place. L’indépendance du parti à chaque échelon doit être un objectif à atteindre. Se renforcer doit permettre de se libérer de la tutelle du parti socialiste : il s’agit en effet d’inverser la logique actuelle consistant à justifier auprès des masses notre indéfectible soutien au PS. Celle-ci ne suppose pas cependant d’aller chercher le salut dans des alliances à la gauche de la gauche ou je ne sais où : le parti seul et ses adhérents doivent en être les souverains. Dès lors, il n’y aura plus d’alliance privilégiée avec aucun parti, ni dans aucun cartel.

Ces trois points essentiels ne sont, hélas, pas (encore ?) d’actualité, et il faut se résoudre à se battre, pour les (re-)conquérir, dans le cadre de l’imparfait parti actuel. D’abord, nous l’avons dit, l’échec de 2007 a eu lieu dans des conditions tout-à-fait spécifiques qu’il s’agit de ne pas reproduire : en particulier, c’est pour cela que nous avons posé très en amont la question du principe d’une candidature communiste aux divers congrès. Il faut aussi adopter, et ceci s’appuie sur les points développés concernant la conception du parti, un contenu communiste, un discours communiste, généreux, populaire, loin du galimatia informe, indigeste et bafouillé par notre candidate en 2007. Il nous faut, par ailleurs, un parti et une direction entièrement mobilisés sur cet objectif : cela n’est aujourd’hui pas le cas, précisément en raison des hésitations idéologiques qui traversent la tête du parti, et qui empêchent la mobilisation massive des militants. Il est en effet complètement démoralisant d’être dans un parti dont les cadres posent en permanence la question de sa raison d’être. Enfin, la campagne d’un candidat communiste ne doit souffrir d’aucun soupçon de connivence avec tel ou tel au motif qu’il serait un allié potentiel pour je ne sais quelle majorité ministérielle.

ii. Pourquoi vouloir un candidat communiste ?

La chute du mur de Berlin a considérablement affaibli le mouvement communiste international et français, mais aussi, bien plus largement, l’ensemble des progressistes. La conscience de l’appui, visible ou invisible, de la simple existence de l’URSS dans les luttes menées par les travailleurs est quasi-inexistante ; pourtant, c’est bien la peurt de voir arriver les chars soviétiques à Paris qui a inspiré au patronat et à la droite les concessions conquises au XXème siècle. Un candidat communiste n’a pas vocation à être le témoignage de cette époque révolue, mais il doit lui en être reconnaissant, et, sans abdiquer la nécessaire critique historique qui sied à toute démarche marxiste, il doit être porteur des héritages émancipateurs des révolutions que le monde a connu depuis la révolution française. Je renvoie au livre de Domenico Losurdo « Fuir l’histoire ? » sur l’analyse du refus des communistes contemporains d’assumer leur histoire, mise en parallèle avec celle des républicains qui, sous la Restauration, refusaient d’assumer celle de la révolution française.

Le Parti communiste, dès sa fondation, s’est revendiqué de l’héritage révolutionnaire français : 1789, 1793, 1830, 1848, 1871, tout cela coulait dans ses veines. Il fut un artisan essentiel des mouvements émancipateurs du XXème siècle : 1936, 1945, 1968. Le premier argument en faveur d’un candidat communiste réside dans la nécessité de faire vivre, en France, ce pays révolutionnaire, le mouvement révolutionnaire. Ce ne sont pas des mots en l’air, mais le PCF a vocation à animer, à organiser la contestation populaire, son intrusion dans les lieux de pouvoirs, sa visibilité historique. L’élection présidentielle, aussi antidémocratique soit-elle, reste le pivot de la vie politique française ; vouloir la supprimer ne doit pas nous empêcher d’y être présent et combatif, pour exposer, dans ce grand moment de face à face avec les Français, notre projet, nos propositions, pour donner de la visibilité, au regard de l’histoire, au courant politique que nous incarnons.

Le second argument en faveur d’une candidature du PCF est à mettre en lien avec les expériences passées. Le PCF n’a pas présenté de candidat en 1965 ni en 1974, soutenant, dans les deux cas, François Mitterrand ; entre temps, en 1969, il avait réalisé plus de 21% des voix, avec un candidat formidable, Jacques Duclos. L’erreur de 1974 ne doit pas être reproduite. On m’oppose souvent l’idée selon laquelle, n’étant plus aussi fort qu’à l’époque, notre absence n’aurait pas le même sens, ni les mêmes conséquences qu’à l’époque. Bien au contraire ! Elle laisserait le champ libre, une nouvelle fois, à la prééminence de la sociale-démocratie, tout en laissant à l’extrême-gauche l’expression, stérile, de la contestation. Il faut ajouter que la dernière campagne réellement communiste, et revendiquée telle, date de 1995, où R. Hue, au tout début de son mandat, avait réalisé plus de 8% des votes ; la campagne de 2002 fut menée, à reculons, par les communistes, effarés par la tonalité intello-bourgeoise qu’avait pris celle-ci ; quant à la campagne de 2007, nous lui avons déjà réglé son compte. Rien ne s’oppose donc, dans l’histoire du PCF et de l’élection présidentielle, à une candidature communiste.

Le troisième argument synthétise les deux précédents, et s’inscrit dans le temps long, tout en étant brûlant d’actualité. Jean-Luc Mélenchon ne s’en cache pas : le Front de gauche a vocation à devenir un parti ; cela suppose que le PCF, qui s’y est refusé tout en acceptant de jouer le jeu, finisse pas se laisser transformer en ce nouveau parti. Depuis longtemps, à la tête du PCF et à la gauche du PS, des appels à un « Congrès de Tours à l’envers » ont été lancés, plus ou moins ouvertement de notre côté, notamment par des élus soucieux à la fois de donner des gages de fidélité au PS tout autant que de s’assurer du soutien de leurs militants. Que signifierait, au regard de l’histoire, une énième absence d’un communiste à la présidentielle, le PCF soutenant un social-démocrate, certes radical ou, au moins, radicalisant, et affichant, très ouvertement, sa volonté de revenir sur l’acquis historique de Tours ? Cela signifierait, très simplement, que le PCF, ou au moins sa direction, est enfin acquise à cette idée de voir le mouvement révolutionnaire communiste français repasser sous la domination du mouvement modéré, fût-ce sous la houlette d’un dissident de cette modération, récemment porté sur la radicalité, ou ce qu’il en suppose tel. Qu’aurait notre peuple à y gagner ? Pas grand-chose, et beaucoup de choses à y perdre, cela c’est certain.

Le quatrième argument est pragmatique. Il serait inconcevable qu’à une époque où le pouvoir financier bouffe, car il n’y a pas d’autre mot, tout ce qui est humain, détruit tout, trois ans après une crise historique qui a vu la finance dévorer des centaines milliards d’euros pour se sauver et qu’elle a fait payer aux peuples, à une époque où elle se dote des pouvoirs les plus puissants, dans les pays et à l’échelle internationale, il serait inconcevable, donc, que dans un tel contexte, ceux qui, historiquement, ont su à la fois analyser le mieux le capitalisme, et à la fois le combattre, ne soient pas présents dans une échéance électorale aussi cruciale dans un pays dont le poids est aussi important que la France ; poids important de la France à la fois du point de vue de sa politique impérialiste, mais aussi de la vigueur historique de son mouvement révolutionnaire. Le PCF a vocation, ici et maintenant, à promouvoir un autre projet de société, pour la France dans 20 ou 30 ans : la réindustrialisation, une autre utilisation de l’argent, une démocratisation radicale des institutions et des entreprises, la reconstruction et l’extension des services publics, la construction de nouveaux droits pour les travailleurs et les citoyens, la remise en cause de la propriété privée des moyens de production, d’échange et de crédit, contre les hausses de loyers et de gaz, pour la construction massive de logements et de réseaux de transports publics, autant de choses qui sont les germes d’une société d’avenir, au moment où l’inhumanité et l’individualisme gagnent, partout, du terrain.

Un cinquième argument, de nature électoraliste, pourrait éventuellement séduire la direction et les élus. Les élections législatives auront lieu six semaines environ après les présidentielles. Connaissant le poids de la présidentielle, comment les candidats communistes aux législatives pourront-ils faire campagne s’il n’y a pas eu de candidat communiste à la présidentielle ? La réponse à cette légitime interrogation repose sur la stratégie d’alliance choisie : le candidat à la présidentielle ne sera pas celui du Parti Communiste, même s’il en est issu, mais celui du Front de gauche ; et il en sera de même pour les candidats aux législatives. On voit donc poindre ici le caractère stratégique de cette échéance électorale dans le processus de recomposition devant conduire à un parti fusionnant le PCF et les groupuscules qui lui servent d’alliés. Ni candidat communiste à la présidentielle, ni candidat communiste aux législatives : tous du Front de gauche, car c’est ça le nouvel horizon politique des communistes !

Le sixième et dernier argument s’adresse, justement, aux partisans du Front de gauche. Étant donné le rapport de force entre les partis du Front de gauche, le PCF regroupant plusieurs dizaines de milliers de membres, le PG quelques milliers, la GU quelques centaines, le Front de gauche a lui aussi besoin d’un PCF fort, uni et rassemblé. Or imposer un candidat non-communiste, comme cela semble se présenter, conduira nécessairement à une division profonde du Parti, d’autant plus grave que cette décision aura été prise sans les communistes, comme si une campagne sans eux était possible.

iii. Pourquoi refuser que Mélenchon soit notre candidat ?

Jean-Luc Mélenchon est, à coup sûr, un homme politique de qualité, qui sait exactement ce qu’il fait, et ne laisse rien au hasard. Si je me félicite qu’il n’hésite pas, à l’inverse de nos brillants spécialistes en communication de la place du Colonel Fabien, à remettre à leur misérable place les journalistes et à remettre en cause le système médiatique hyper-concentré, en revanche, son agressivité permanente envers tout et tout le monde finit par agacer. Il a soutenu le traité de Maastricht en 1992, en le présentant comme un compromis de gauche ; il n’y a pas si longtemps, en 2007, il a soutenu Ségolène Royal à la présidentielle ; enfin, et surtout, ses propositions ne sont rien d’autre qu’une resucée, un peu radicale, des propositions historiques des socialistes, ce dont il ne se cache pas d’ailleurs. Il ne mentionne jamais une quelconque construction commune du programme ni la place particulière que les communistes pourraient jouer à ses côtés. Il n’envisage d’ailleurs pas de ne pas être candidat

c. La désastreuse organisation du débat par la direction du parti

Au delà des arguments justifiant, à mes yeux, une candidature communiste à l’élection présidentielle, dans quelles conditions débat-on, aujourd’hui, dans les structures du Parti, de cette question ? Bien mal semble-t-il ; la direction peut bien avoir des « démocratie » plein la bouche, la pratique nous en montre un autre visage.

Le titre de cette partie utilise le terme d’« organisation », mais il faudrait plutôt utiliser celui de « laisser-faire ». Si Jean-Luc Mélenchon n’a jamais fait mystère de ses ambitions, c’est à la fête de l’Humanité de 2010 qu’André Chassaigne, député du Puy-de-Dôme, s’est déclaré disponible pour être candidat du Front de gauche. Si un meeting a été organisé par la direction du PCF en sa compagnie au gymnase Japy, il apparaît très clairement, et cette opinion est largement partagée parmi les camarades, que la direction du PCF ne s’est pas saisie de cette candidature, qu’elle ne la soutient que du bout des lèvres, et qu’en définitive, elle a déjà choisi Mélenchon pour être son candidat. Plusieurs indices viennent confirmer cette impression : la place très différente accordée par l’Humanité aux deux candidats (des pleines pages pour Mélenchon, de simples articles pour Chassaigne), le refus de la direction de publier dans le supplément Communistes de l’adresse aux communistes d’André Chassaigne, ni même de mentionner simplement sa candidature dans les textes publiés par le CN, le refus de désigner un candidat que le PCF proposerait à ses partenaires du Front de gauche (alors que le PG a intronisé son président dans cette perspective, et que la GU a, quant à elle, prêté allégeance à l’ex-socialiste), sans compter le soutien, à peine dissimulé, de M.-G. Buffet à la candidature de Mélenchon, sans compter l’iconographie choisie pour les tracts, etc. A cela s’ajoute la troublante insistance avec laquelle Pierre Laurent rappelle que la fin du PCF n’est pas pour aujourd’hui : si c’était vraiment le cas, il n’y aurait pas besoin de le préciser, et il parlerait d’autre chose que de ça.

Ce que je reproche à la direction du PCF est, en quelque sorte, de laisser entrer le loup dans la bergerie pour ce débat. Elle méprise une organisation transparente et honnête du débat, et laisse les médias dominants donner les éléments du débat aux communistes. Ainsi Mélenchon est sur-invité dans les médias, qui ont bien saisi l’occasion, et Chassaigne en est quasiment absent, ce qui ne peut que biaiser le résultat de la discussion. Mais pire, elle semble mettre sur un pied d’égalité, dans la discussion, l’hypothèse d’une candidature communiste et d’une candidature non-communiste. Les communistes débattent donc sous une pression multiple : celle de Mélenchon qui cherche à s’imposer à nous ; celle des médias qui, comme ils le font pour Strauss-Kahn, mettent en orbite eux-mêmes les candidats de leur choix sur l’échiquier politique ; et celle, indirecte, de la direction du Parti qui, par sa passivité quant à ces agressions, en est la complice. Elle n’évoque jamais les atouts que pourrait représenter pour la France un candidat communiste, ni les enjeux d’une telle candidature pour notre parti, ni pour l’option stratégique du Front de gauche ; c’est uniquement dans ce cadre, dans ce carcan, qu’elle envisage son action et les candidats qui l’incarneront.

d. Quel candidat choisir ?

Si Mélenchon est le candidat que les médias et la direction semblent avoir choisi, André Chassaigne semble le plus apte à rassembler, d’abord le PCF, ensuite le corps électoral. André Gérin, député du Rhône, est également candidat. S’il est attaché à l’indépendance du PCF, et à un discours de classe, certaines de ses prises de position ne manquent pas d’interroger, d’autant que certaines ont été reprises (instrumentalisées ?) par l’UMP (le voile intégral), tandis que d’autres suscitent des interrogations (la reconnaissance des racines chrétiennes de l’Europe notamment). Maxime Gremetz, député de la Somme, s’est également déclaré candidat ; exclu du PCF avec le soutien de M.-G. Buffet suite au 33ème Congrès, il revendique la candidature du Front de gauche, tout en réclamant sa réintégration au PCF ; une remarque de forme : si la candidature de Mélenchon, qui n’est pas membre du PCF, est mise en débat, alors celle de Gremetz doit pouvoir l’être également.

A titre personnel, si les deux derniers me sont sympathiques, ils souffrent d’un défaut majeur pour une élection présidentielle, celui d’être dans l’incapacité objective de rassembler largement le PCF. Au regard de ce critère qui me paraît essentiel, et en dépit de plusieurs de ses propositions à connotation écologiste avec lesquelles je suis en profond désaccord, seul André Chassaigne m’apparaît comme être un candidat en mesure de rassembler, d’une part le PCF (partisans et adversaires du Front de gauche), mais aussi au delà du PCF. Sa capacité de proximité auprès des travailleurs n’est plus à démontrer, ni son ancrage local, à l’inverse de Mélenchon, véritable membre de la caste médiatique qu’il pourfend pourtant, et candidat tantôt dans l’Essonne (Sénat), puis dans le Sud-Ouest (européennes). S’il est partisan du Front de gauche, André Chassaigne n’a cependant jamais mis son drapeau rouge dans sa poche. Il est apprécié dans le parti, pour son authenticité, mais aussi pour avoir conquis une circonscription au moment du désastre de 2002. Disposer d’un candidat communiste tel que lui permettra, outre le nécessaire rassemblement du parti garantissant une force de frappe militante à la hauteur de l’enjeu, un apport programmatique dont Mélenchon est absolument incapable. La direction du parti prendrait un risque insensé (ou bien calculé, au contraire) en imposant une candidature non-communiste.

Jonathan, le 6 mars 2011

(voir son blog "Au printemps de quoi rêvais-tu ?")

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    Un film
    Sur une musique de Hans Eisler, le requiem Lenin, écrit sur commande du PCUS pour le 20ème anniversaire de la mort de Illytch, mais jamais joué en URSS... avec un texte de Bertold Brecht, et des images d’hier et aujourd’hui de ces luttes de classes qui font l’histoire encore et toujours...

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    Le 21 mars 2009, 155 militants, de 29 départements réunis à Malakoff signataires du texte alternatif du 34ème congrès « Faire vivre et renforcer le PCF, une exigence de notre temps ». lire la déclaration complète et les signataires

  • (2011) Communistes de cœur, de raison et de combat !

    La déclaration complète

    Les résultats de la consultation des 16, 17 et 18 juin sont maintenant connus. Les enjeux sont importants et il nous faut donc les examiner pour en tirer les enseignements qui nous seront utiles pour l’avenir.

    Un peu plus d’un tiers des adhérents a participé à cette consultation, soit une participation en hausse par rapport aux précédents votes, dans un contexte de baisse des cotisants.
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    Texte nr 3, Unir les communistes, le défi renouvelé du PCF et son résumé.

    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).