Karl Marx, une vie à l’image d’une époque Un texte de Gérard Vindt

, par  communistes PCF , popularité : 2%

Né en 1818 en Rhénanie prussienne, Karl Marx, journaliste, penseur et militant, a connu une vie mouvementée. Portrait privé et public d’un homme emblématique du XIXème siècle.

Karl Marx est né il y a deux cents ans, le 5 mai 1818, en Rhénanie prussienne, à Trèves. Il y fait ses études secondaires avant d’intégrer l’université en plein essor. A l’âge de 18 ans, il est envoyé à Berlin par son père pour poursuivre ses études de droit. Marx y entre en contact avec des apprentis philosophes, les « jeunes hégéliens », qui se réclament de Friedrich Hegel et évoluent, dans ces années-là, vers l’athéisme et la revendication d’un régime démocratique. Mais en 1840, le nouvel empereur Frédéric-Guillaume IV décide de faire le ménage : il les chasse de l’université. Si bien que Marx n’y trouve pas la place qu’il espérait. Comme beaucoup de ses congénères, il se replie alors sur une activité de publiciste et de journaliste.

Le siècle de la presse et de l’opinion publique

Le XIXème siècle est celui de la presse et du combat pour sa liberté. C’est principalement à travers elle que les opinions s’expriment. Marx défend les siennes dans la Rheinische Zeitung (La Gazette rhénane), dont il prend la direction rédactionnelle quelques mois fin 1842 et début 1843. Son lectorat culmine alors à 3.300 abonnés, ce qui est considéré comme un succès. Édité à Cologne, le journal suit, avec Marx, une ligne libérale, favorable au libre-échange et aux libertés démocratiques. Ces idées et la qualité des articles lui valent le soutien, y compris financier, d’une partie de la bourgeoisie rhénane. Mais pas du pouvoir prussien, qui finit par interdire la publication.

Son ami et mentor d’alors, Arnold Ruge, lui propose de codiriger un nouveau titre, Les annales franco-allemandes, depuis Paris : c’est un projet politique pour faire le lien entre les démocrates radicaux français et allemands. C’est aussi un projet qui intéresse Marx financièrement puisque le contrat prévoit de le rémunérer à hauteur de 550 thalers par an (comparable à bien des salaires d’universitaires), plus le prix de ses piges.

Marx écrit alors à Ruge : « Après la conclusion de mon contrat, je me marierai ». Son mariage avec Jenny von Westphalen est célébré en juin 1843, mais l’échec du journal (un seul numéro paraît) et son expulsion de France en janvier 1845 par le chef du gouvernement, François Guizot, sous pression de la Prusse, entraînent Marx vers un nouvel exil dans une Belgique toute jeune (fondée en 1830) et libérale. A Bruxelles, Marx connaît alors une période d’intense activité militante, d’édition d’ouvrages fondateurs (La Sainte Famille, Misère de la philosophie, Le Manifeste), mais bien peu rémunératrice : tous ses projets journalistiques s’effondrent.

Les événements de 1848 lui offrent la grande opportunité journalistico-militante de sa vie : le printemps des peuples amorcé par la révolution parisienne de février gagne la Rhénanie prussienne. En avril, Marx est de retour à Cologne. Ayant réussi à réunir des fonds provenant principalement de petits patrons et de démocrates exerçant des professions libérales, il peut lancer dès juin la Nouvelle gazette rhénane, dont la ligne politique se distingue par sa radicalité antiprussienne, son positionnement en faveur d’une « République allemande une et indivisible », mais qui se garde de faire de la propagande communiste sur le thème de la lutte des classes. Marx en est le rédacteur en chef, bien rémunéré à hauteur de 1.500 thalers l’an.

Le journal culminera à 6.000 exemplaires vendus. Les insurrections en Rhénanie et Westphalie et la répression prussienne qui s’ensuit, entraînent l’expulsion de Marx du pays en mai 1849. Avec sa famille et son ami Friedrich Engels, il quitte le territoire prussien alors que le dernier numéro de la revue paraît le 19 mai, imprimé tout en rouge. Il sera vendu à 20.000 exemplaires.

Réfugié à Londres

Réfugié à Londres, Marx s’applique à faire vivre sa famille comme journaliste indépendant. Sa principale source de revenus jusqu’en 1861 provient des articles écrits pour un quotidien américain, le New-York Daily Tribune. Cette activité est considérable : 487 longs articles d’analyse sur la révolution de 1848 en Allemagne, sur la guerre de Crimée, les guerres de l’opium, la révolte des cipayes ou la crise économique de 1857, dont certains écrits par Engels (mais signés Marx). Elle permet à la famille de rembourser une partie de ses dettes et de déménager dans un quartier moins malsain. Mais quand cesse la collaboration avec le journal - en difficulté avec le début de la guerre de Sécession -, les Marx retombent dans la précarité.

De son mariage à sa mort, les revenus de Karl ne seront que très rarement suffisants pour faire vivre une famille de trois enfants entre 1846 et 1855, et même quatre par moments. Le couple est dépanné par des amis et par des soutiens politiques. Mais avec son évolution marquée vers le communisme à Paris puis à Bruxelles, ces soutiens se tarissent. Les années bruxelloises sont particulièrement dures : en mai 1846, les dernières pièces d’argenterie et l’essentiel du trousseau de Jenny prennent le chemin du mont-de-piété.

La survie grâce aux héritages

La misère les poursuit et le couple ne s’en sort que grâce à des héritages : début 1848, la mère de Marx lui envoie une avance sur héritage. En 1854, Jenny hérite de sa famille, ce qui permet de déménager dans un quartier plus salubre de Londres. En 1864, la mort de la mère de Marx et un legs d’un ami politique remettent le ménage temporairement à flot. A partir de 1869, Engels, qui soutient Marx sporadiquement depuis 1850, lui assure une rente annuelle, le débarrassant pour la fin de sa vie de la course aux revenus.

Les difficultés financières sont aussi celles d’une famille qui s’agrandit. Entre 1844 et 1857, soit entre l’âge de 31 ans et de 43 ans, Jenny met au monde sept enfants. Il y a par moments quatre enfants et trois adultes à nourrir, en comptant Lenchen, la bonne qui partage la vie du couple à partir des années bruxelloises. Le fils que Marx a avec Lenchen en 1851 est reconnu par Engels et placé par ce dernier dans une famille d’accueil, sort des enfants illégitimes dans les familles de la bonne société d’alors.

Pauvreté, conditions d’hygiène douteuses, médecine balbutiante sont le quotidien du couple et la mort de trois enfants - très aimés -, un drame. Le coup le plus dur est la mort d’Edgar, en 1855, à l’âge de 8 ans. Marx et Jenny sont eux-mêmes souvent malades. Jenny manque de mourir de la variole en 1860, Marx est torturé à Londres par des anthrax et une sorte de furonculose chronique.

Le couple reste solidement lié face aux épreuves, sentimentalement mais aussi idéologiquement : Jenny soutient son mari face à ses détracteurs, recopie ses manuscrits illisibles et se définit elle-même en 1867, dans une lettre au médecin sympathisant Kugelmann, comme un « honnête compagnon de route et de vagabondage ». Le couple restera soudé jusqu’à la mort de Jenny en décembre 1881, bientôt suivie par celle de Marx le 14 mars 1883, quelques semaines à peine avant la naissance d’un autre géant : John Maynard Keynes.

Gérard Vindt, le 04/05/2018, Alternatives économiques

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    Signé par 626 communistes de 66 départements, dont 15 départements avec plus de 10 signataires, présenté au 37eme congrès du PCF comme base de discussion. Il a obtenu 3.755 voix à la consultation interne pour le choix de la base commune (sur 24.376 exprimés).