Face à l’extrême-droite, il faut dire la vérité au peuple !

, par  pam , popularité : 2%

Ce dimanche, le deuxième tour peut conforter le premier, ou au contraire le corriger en limitant le nombre de députés RN. Les communistes ont tout fait pour cela. Mais il faut dire la vérité aux français, la crise politique est ancienne et elle ne peut être résolue par un seul jour de vote.

Certains vont s’empresser de parler de la prochaine campagne électorale, de candidats à la prochaine présidentielle, comme si nous n’avions aucune leçon à tirer de notre situation, qu’il suffirait de "faire mieux" la prochaine fois. Cela fait 30 ans que nous allons d’élections en élections sous différentes formules à gauche sans jamais freiner la progression du RN dans tous les milieux, et notamment dans les milieux populaires. Une nouvelle étape a été franchie en 2024.

Il faut cesser d’enfermer notre peuple dans l’électoralisme, et lui dire la vérité. Le PCF doit lancer un appel à tous les Français pour créer partout des comités locaux du nouveau Front Populaire et organiser un débat national sur le seul sujet qui vaille ce soir : comment faire reculer les idées et le vote d’extrême-droite dans notre peuple ?

Il faut dire la vérité sur le rapport de forces politique en France

Depuis des années, à chaque élection, quelque soit le niveau de participation, la gauche est faible, autour de 30% des exprimés, 19% des inscrits ce 30 juin malgré l’exceptionnelle mobilisation dans les quartiers populaires.

Oui, la gauche a gagné 2 millions de voix dimanche dernier sur 2022, à 9 millions, mais elle en rassemblait 12 millions en 2012, et même 14 millions en 1981, pourtant avec 13 millions d’inscrits en moins, soit 39% des inscrits, deux fois plus que dimanche dernier ! Qui peut faire croire aux Français que la gauche pourrait gagner dans ces conditions ?

De Mitterrand à Jospin, Hollande et Mélenchon, la gauche recule dans le monde du travail et les milieux populaires, hors grandes agglomérations. C’est la vérité du rapport de forces que le mouvement social et syndical connait bien. Malgré toutes les mobilisations contre les réformes des retraites, du droit du travail, jamais nous n’avons pu mobiliser la majorité du monde du travail, au maximum 2 à 3 millions de personnes sur une journée, il en faudrait beaucoup plus pour inquiéter le patronat et le faire reculer, un niveau de mobilisation capable de bloquer réellement l’économie, d’avoir un impact direct sur les profits des décideurs.

Tant que vous n’exprimez votre colère, vos mécontentements, vos inquiétudes que périodiquement à l’occasion d’un vote national, vous ne pouvez faire changer le rapport de forces, et la seule force qui progresse d’élection en élection, c’est le rassemblement national, qui dit défendre le peuple, mais ne veut pas toucher aux plus riches, aux 500 grandes fortunes qui sont passées de 200 à 1200 milliards en 10 ans, dont Mr Bolloré qui finance le RN !

C’est pourquoi les communistes doivent dire clairement ce dimanche soir. L’heure n’est pas à chercher un sauveur pour 2027. Aucune campagne électorale ne fait changer le rapport de forces, elle ne peut que le cristalliser, le mesurer. L’élection est un thermomètre, mais c’est la fièvre qu’il faut soigner, et cela se fait dans le quotidien, avant et après l’élection. Il faut organiser partout dans les entreprises et les quartiers, des comités locaux du nouveau Front Populaire pour s’adresser avec clarté, confiance et fraternité à tous ceux qui n’en peuvent plus de la gauche et de la droite au pouvoir, qui n’en peuvent plus de Macron, y compris ceux qui cherchent un sauveur supreme à l’extrême-droite, et qui ont pourtant tout intérêt à une rupture franche à gauche, intérêt au programme esquissé par le nouveau Front Populaire.

Comment faire reculer les idées et les votes d’extrême-droite au quotidien ? Montrer le caractère de classe du racisme !

Oui, Marine Le Pen a réussi sa dédiabolisation en insistant sur les questions sociales, la retraite, le pouvoir d’achat, se démarquant des références xénophobes et antisémites de son père. Elle seule a profité du rejet de la politique macroniste depuis 7 ans. Mais nous savons tous que le vote d’extrême-droite a besoin du racisme pour s’implanter dans le monde du travail et les milieux populaires.

Depuis des années, et notamment sous l’impulsion du parti socialiste avec SOS racisme dans les années 80, l’antiracisme est considéré comme une bataille de valeurs. Il y aurait des progressistes humanistes qui pensent aux autres, et des racistes imbéciles qui ne pensent qu’à eux. La tribune de la célèbre artiste Ariane Mouchkine vient bousculer cette position confortable de la gauche intellectuelle.

« On a lâché le peuple, on n’a pas voulu écouter les peurs, les angoisses. Quand les gens disaient ce qu’ils voyaient, on leur disait qu’ils se trompaient, qu’ils ne voyaient pas ce qu’ils voyaient »

Oui, le racisme est bien au coeur du vote d’extrême-droite, mais il ne vient pas des "valeurs", des "idées". Il nait dans le réel vécu par des millions de Français qui font face à la fois à la concurrence qui les écrase et à une gauche gouvernementale qui les ignore.

On ne fait pas reculer le racisme en dénonçant les électeurs d’extrême-droite comme des salauds, des fascistes, des ignorants, mais en multipliant les occasions de leur montrer par la pratique qu’ils peuvent retrouver des droits non pas en les réduisant aux autres, mais en défendant les services publics, la solidarité des territoires, les services sociaux, en proposant de lutter ensemble pour l’égalité des droits, et leur permettre ainsi de constater que le RN n’est pas en pratique avec eux dans ces luttes.

C’est le grand défi que les militants, les électeurs de gauche doivent relever dans les années qui viennent. Parler aux millions d’électeurs populaires du rassemblement national pour leur dire que nous sommes frères, alors qu’ils ne seront jamais les frères de Bolloré et consors. Redonner aux questions de classe leur place centrale dans le débat et les déterminations politiques, c’est le grand défi que les militants et les électeurs de gauche doivent relever dans les années qui viennent.

Dire la vérité sur la concurrence

Une enquête approfondie réalisée en 1995 sur le vote FN dans les milieux populaires montrait un lien fort entre des ruptures de vie et la bascule vers le vote extrême. Les électeurs FN interviewés parlaient tous de décès, de maladie grave, de licenciement, de séparations, de pertes de droits. Ces ruptures de vie les conduisait à chercher comment se conforter, retrouver des repères, une identité rassurante.

Le racisme ne nait pas dans le débat d’idée et nous ne le ferons pas reculer (seulement) par le débat d’idée. Il nait dans la souffrance populaire des reculs sociaux accumulés depuis 1983, dans le vécu de l’injustice, de la concurrence de tous contre tous pour le logement, l’emploi, les droits sociaux.

Quand un électeur de petite ville voit fermer tous les services publics, la maternité, les urgences, et même à la fin le petit centre commercial, il voit la télé lui montrer une France riche, des métropoles en pleine croissance, des couches urbaines éduquées, il constate la fracture sociale, institutionnelle, économique entre deux France, et il sait qu’il est du coté des perdants. Il ne voit pas qu’il y a aussi des perdants dans les métropoles, mais la pression est forte pour se dire "il faut se défendre contre les autres". La division du peuple nait dans la concurrence, et elle est le moteur du racisme.

Quand un demandeur de logement d’une zone tendue, constate après avoir tout fait, jusqu’au DALO, qu’on ne lui propose qu’un logement qu’il ne veut pas, et qu’il entend dans les médias parler exclusivement des personnes à la rue et des migrants, il en conclue que c’est la guerre de tous contre tous, et que c’est lui ou les autres. Il finit par se dire, comme beaucoup d’immigrés anciens, qu’il faut faire cesser les arrivées de migrants récents. C’est ce que les communistes entendent sur le marché des minguettes, un grand quartier populaire où le NFP atteint 76% mais avec le RN deuxième à 13% et encore 51% d’abstention !

Quand un salarié d’une PME voit son patron intégrer des travailleurs non déclarés sous-payés et mettre en péril ses conditions de travail et son avenir, il peut bien sûr se dire qu’il faut imposer à son patron de respecter le droit du travail. Fort heureusement, cela arrive. Mais trop souvent il se dit que de toute façon, on ne peut plus rien imposer au patronat et qu’il doit se défendre dans la concurrence pour l’emploi et les conditions de travail. Il ne sait pas qu’en Italie, l’extrême-droite au pouvoir a régularisé plus de sans-papiers que Macron, a la demande du patronat, mais que sans salaire minimum, on peut travailler légalement pour 4€ de l’heure !

Pour faire reculer le racisme, et donc l’extrême-droite, il faut faire grandir les solidarités de tous face aux concurrences. Ce devrait être la bataille principale des comités locaux du nouveau Front Populaire, s’emparer des questions de logement, d’emploi, de droits, pour faire grandir les solidarités face au chacun pour soi, non pas défendre les plus en difficulté, mais défendre tous, tous ensemble.

Il faut reconstruire une autre gauche !

Le parti communiste a sa part de responsabilité dans le rapport de forces actuel. Il a très longtemps défendu une forme d’union de la gauche dirigée par des socialistes qui, dès qu’ils sont au gouvernement, cherchent des compromis avec la finance, le système bancaire, tous les riches qui financent la dette. Le PCF a été au gouvernement. Il a certes tenté de s’opposer à certains gouvernements de gauche, il a tenté aux présidentielles de 2022 d’esquisser un autre programme à gauche, fondé justement sur le rejet de la concurrence et l’investissement massif pour le développement d’une France réconciliée.

Les autres partis de gauche ont évidemment leur part eux aussi, et d’abord ceux qui ont dirigés des gouvernements de gauche qui ont aggravés les inégalités, la concurrence, et parfois même, instrumentalisés le FN pour diviser la droite.

Nous n’avons pas dit la vérité aux Français sur le nouveau Front Populaire et pourtant, ils la connaissent bien. Qui pouvait croire que Mélenchon allait gouverner avec Hollande demain ? Un an après le Front Populaire de 1936, le parti socialiste a cédé aux pressions des banques et à la guerre qui venait. Un an après 1981, il a préparé le "tournant de la rigueur", puis la soumission aux règles européennes. En 1997, Jospin en cohabitation bat les records de privatisations et est éliminé par Le Pen au second tour ! Tsipras en Grèce a tenu quelques moins avant de se renier en acceptant les oukases de la Troika européenne. En 2012, Hollande n’a pas tenu un jour face à la Finance !

Les Français connaissent ces bilans. Qui peut croire que demain la gauche ferait différemment ? L’accord du NFP n’avait qu’un seul objectif, légitime et urgent, limiter le nombre de députés RN. Mais la reconstruction de la gauche n’est même pas engagée !

Depuis 2012, Jean-Luc Mélenchon conduit avec détermination une bataille personnelle pour fédérer la gauche derrière lui, mais en l’enfermant dans l’électoralisme, la médiatisation, les effets de manche, ne craignant jamais de jouer médiatiquement des divisions politiciennes, mais sans jamais affronter les questions qui divisent le peuple, et notamment celles de la concurrence dans le peuple. Il joue de la division du peuple, rendant impossible tout rassemblement populaire majoritaire.

Il est temps d’en tirer le bilan. Nous ne pouvons pas continuer à faire l’autruche, à parler des progrès du nouveau Front Populaire, à se féliciter de victoires au premier tour, à redire "nous ferons mieux demain", ou "demain le nouveau Front Populaire rase gratis"... sans tirer des leçons de toutes ces années.

Nous ne reconstruirons pas dans ces conditions une gauche populaire, capable de mobiliser massivement le peuple, de l’unir pour lui permettre d’imposer ses intérêts face aux oligarchies, aux actionnaires, aux 1% des plus riches qui sont les gagnants de cette France fracturée et divisée.

Le parti communiste devra en tirer toutes les conclusions à son prochain congrès. En attendant, il faut consacrer toutes nos forces à ouvrir en grand le débat dans notre peuple. Faisons vivre des comités locaux contre l’extrême-droite et contre la guerre.

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