Une campagne communiste pour les luttes et le rapport de forces

, par  Lafleur

Le 29 septembre à 23:16, par Lafleur En réponse à : Une campagne communiste pour les luttes et le rapport de forces

Je trouve ta proposition particulièrement intéressante de ne pas laisser la présidentielle enfermer les travailleurs dans une position de spectateurs qui attendent le scrutin, mais faire de la campagne communiste un moment d’intervention populaire, d’organisation et de construction du rapport de forces. Le « agis, fais-toi confiance ! » me paraît même être une très bonne boussole pour la campagne Vivre !

Je prolongerais toutefois ton raisonnement sur un point : je me méfierais de l’opposition entre la campagne électorale et les luttes.

Avec Lénine, il me semble plutôt qu’il faut utiliser la campagne électorale comme un terrain de lutte parmi d’autres, en cherchant à transformer les colères dispersées en conscience, puis en organisation et en pouvoirs collectifs. C’est là que Gramsci, Lukács et Poulantzas peuvent aussi nous aider : une classe ne devient pas sujet politique simplement parce qu’elle existe objectivement ; il faut construire une conscience commune, une capacité d’organisation et des positions de pouvoir dans la société, les entreprises et les institutions.

Cela me conduit aussi à renforcer ta proposition sur la Constituante. Le problème n’est pas seulement de changer la Constitution ou de supprimer l’élection présidentielle : quelle République voulons-nous et surtout quels pouvoirs nouveaux voulons-nous donner à celles et ceux qui travaillent ? Démocratie politique, bien sûr, mais aussi démocratie sociale et démocratie économique : pouvoirs des salariés dans l’entreprise, contrôle de l’utilisation des aides publiques, planification, crédit public, services publics, réindustrialisation. Sinon, on risque de changer la forme institutionnelle sans toucher suffisamment aux rapports sociaux qui la structurent.

Et j’ajouterais la question européenne dans cette même logique matérialiste. Plutôt que de poser abstraitement « pour ou contre l’Europe », partons des transformations concrètes que nous voulons réaliser : hôpital, énergie, rail, industrie, salaires, planification, paix. Pour chacune, demandons-nous quelles institutions et quelles règles permettent d’agir, lesquelles nous contraignent et comment construire le rapport de forces pour les modifier.

Une France communiste allant vers le
socialisme doit proposer un plan quinquennal concret et opérationnel à partir du plan climat et de la politique énergétique : elle ne peut être la dénonciation de l’intervention de Macron pour « sécuriser » l’approvisionnement. La lutte contre la précarité énergétique notamment cet hiver doit être une lutte concrète. Nous devrions utiliser toutes les marges existantes, négocier avec ses partenaires, chercher des convergences avec les travailleurs et les peuples européens, mais aussi assumer la confrontation démocratique lorsque des règles européennes empêchent une décision populaire. La désobéissance ne devrait pas être une posture préalable : elle serait éventuellement le résultat d’une bataille concrète pour appliquer un mandat populaire.

C’est aussi ce qui pourrait donner toute sa force au « communisme de conquête » et à Vivre ! : partir des besoins réels, identifier les pouvoirs qui empêchent d’y répondre, organiser celles et ceux qui les subissent, conquérir des pouvoirs nouveaux et transformer progressivement les institutions.

La question n’est donc peut-être pas seulement : comment bousculer la campagne présidentielle ? Mais : comment utiliser la campagne pour bousculer les rapports de pouvoir qui déterminent concrètement la vie des travailleurs ? Sur la paix, par exemple, ta pétition pourrait devenir beaucoup plus qu’un outil de communication : chaque signature pourrait être un point de départ pour organiser une réunion, intervenir dans une entreprise ou un quartier, relier dépenses militaires, carburants, industrie et services publics. Même chose pour la Constituante : la question devrait être « quels pouvoirs voulons-nous conquérir ? ».

Au fond, « Vivre ! » pourrait être le point de départ d’une démarche qui permette d’agir, de s’organiser collectivement, de conquérir des pouvoirs nouveaux et, à partir de là, de transformer les institutions et les rapports de forces. C’est ce qui permettrait, à mon sens, de tenir ensemble lutte immédiate, stratégie révolutionnaire, matérialisme institutionnel et réalisme politique, sans réduire la campagne à l’électoralisme mais sans non plus abandonner le terrain électoral à celui-ci. Et d’ailleurs pour les
meetings au lieu de Roussel President :scander : Vivre ! Agir ! Décider !

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