L’argent est allé se concentrer de plus en plus là ou il était déjà

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Dans la souvent excellente émission de Frédéric Taddeï sur France 3, ce 14 Septembre, un petit moment de bonheur avec l’argumentaire simple, direct et sérieux de Paul Jorion [1] qui face à un Alain Madelin l’interrompant et prétendant le "recadrer", jusqu’à ce que l’essentiel puisse être dit en quelques minutes, obligeant ensuite Madelin à se justifier et même à se réfugier derrière les syndicalistes dont "aucun ne demande de prendre chez les riches pour financer les retraites"...

Voici le script de cette intervention savoureuse qu’il faut aller réécouter en ligne...

Vous avez dit, "on n’a pas l’argent", et j’ai entendu une fois de plus ces calculs qu’on fait toujours "il y avait tant de travailleurs pour tant de gens qui prennent leur retraite, maintenant, il y en aura beaucoup moins, etc...

Mais je vais vous dire une chose que vous savez certainement. Depuis 1975, les salaires ont stagné, pas seulement en France, et parfois, ils ont même diminué.

Pendant ce temps là, ça a commencé dans les années 80, 90, il y a eu des gains de productivité extraordinaire avec l’informatisation. Les gens ont commencé à utiliser des ordinateurs au bureau, on a remplacé des dactylos par les gens eux-mêmes. Pour faire des opérations financières, on avait des règles à calculer, ça prenait une demi-heure pour calculer le prix d’un produit financier. On a maintenant des logiciels qui font ça à toute allure. Alors, les salaires ont stagné, mais on a gagné plein d’argent grâce à ces gains de productivité.

Ou est passé cet argent là ? alors qu’on dit maintenant qu’on est si pauvres. On sait où il est allé cet argent, il est allé là ou il était déjà. Il est allé s’accumuler dans ces fortunes dont on parle dans les journaux, les gens ne savent plus si on parle de millions ou de milliards, et on nous dit "il n’y a pas d’argent..." Non, ce qui s’est passé, c’est que l’argent est allé se concentrer de plus en plus là ou il était déjà. Et on arrive à une situation, on va avoir les chiffres pour 2010 avec le nouveau recensement, mais on a les chiffres pour 2000 qui nous disent

32% du patrimoine dans les mains de 1% de la population, 50% de la population qui se partage 2,8% du patrimoine,

et on dit "y’a pas d’argent" ? Y’a pas d’argent chez les pauvres, mais ca, c’est pas nouveau, ca a toujours été comme ça. Mais chez les riches, il y en a plein, ils ne savent plus ou le mettre. Et on nous dit, il faut absolument se serrer la ceinture, on a une dette publique, etc. Au lieu d’augmenter la tranche d’imposition la plus haute, où l’argent se trouve, et où on sait qu’il est, non, on va supprimer tel avantage, telle niche fiscale, sur ceci ou cela. Les gens qui ont un enfant à l’université, c’est très important...

Bien sûr, on connait cet argumentaire, qu’on partage évidemment, mais ca fait du bien de l’entendre aussi efficacement exposé face à un des mercenaires politiques des riches, et les chiffres sur les écarts de patrimoine aux USA sont réellement impressionnants de violence !

Voir en ligne : Ce soir ou jamais

[1Paul Jorion. anthropologue et sociologue, il a enseigné à l’Université libre de Bruxelles, de Cambridge et de Paris VIII. Il a été fonctionnaire des Nations Unies, ingénieur financier en France, en Grande Bretagne et aux Etats-Unis. Il est l’auteur de plusieurs essais dont « L’implosion. La finance contre l’économie, ce que révèle et annonce la crise des subprimes », « La crise. Des subprimes au séisme financier », « L’argent, mode d’emploi », « La crise du capitalisme américain ». Aujourd’hui il publie « Le prix » (Editions du croquant), un essai dans lequel il propose comme théorie de la formation des prix, en économie comme en finance, une extension de la théorie des prix d’Aristote.

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