Nous, parti communiste français, ne pouvons pas continuer comme ça…

, par  Danielle Bleitrach , popularité : 1%

Le PCF avait proposé d’accueillir la prochaine conférence internationale, la Corée était en lice. Elle a été choisie. C’est du moins ce qui parait ressortir des travaux de la conférence réunie en Turquie sous la direction des partis communistes grec et turc, les hôtes. Si cela se confirmait cela serait une mauvaise nouvelle. Elle était néanmoins prévisible à cause de l’attitude politique de notre parti, qui face aux événements de Syrie, a été incapable d’affirmer le plus élémentaire, à savoir la défense de la souveraineté de ce pays. Notre parti s’est borné à ne parler que d’une zone menacée de ce pays avec une population qui malheureusement s’est trouvée dans une coalition américaine et qui a été trahie par ceux qui l’ont pris comme supplétifs. Tous les partis communistes y compris le parti communiste turc protestant courageusement contre l’invasion turque en Syrie ont dénoncé ce viol de souveraineté. Nous sommes les seuls à ne pas l’avoir fait, notre soutien aux Kurdes trahis se distinguant alors mal de la position des gouvernements français et de la social démocratie qui ont dépecé la malheureuse Syrie, ont favorisé la montée du terrorisme.

Après un tel "exploit", qui peut avoir la moindre considération pour notre parti ? La plupart des communistes étant eux mêmes depuis plus de 25 ans tenus dans l’ignorance des enjeux et des positions des partis communistes, les responsables actuels issus des directions liquidatrices peuvent agir en toute impunité et continuer leurs mauvaises œuvres. Les militants communistes français qui par ailleurs se dévouent contre les agressions du capital et contre l’effacement de leur parti, peuvent ne pas savoir que de fait, que ce soit sur l’Ukraine ou sur le Moyen-Orient, nous aboutissons au paradoxe que nos positions ne se différencient pas beaucoup de celles d’un Bernard-Henry Levy et de son atlantisme débridé.

Résultat : ce qu’est resté le secteur international du PCF n’a pas changé au 38ème congrès et le « retour du parti communiste » sur la scène internationale n’a pas eu lieu, pire encore, les prises de position de ceux qui l’ont en charge nous isolent tous les jours un peu plus du mouvement communiste international.

On ne peut pas avoir une politique intérieure de classe, défendre la paix dans le monde comme le font Fabien Roussel, nos élus, nos militants, et continuer à présenter une telle image internationale, ne serait-ce que parce que l’Europe est ce qu’elle est et que les incidences de sa politique pèsent très lourd sur la plupart de nos choix, sur nos combats. On ne peut pas défendre une politique indépendante énergétique et des transports comme nous tentons de le faire, sans tenir compte du contexte international. On ne peut pas prétendre très justement sortir de l’OTAN et multiplier les complicités avec des groupes qui sont de fait intégrés aux bonnes œuvres de la CIA. Il faut trancher et dire notre choix du respect des souverainetés et notre rupture avec une pseudo idéologie des droits de l’homme à géométrie variable qui nous fait approuver toutes les expéditions otanesques et les viols de souveraineté derrière les USA.

Notre attitude face à la Syrie, notre incapacité à défendre la souveraineté de ce pays et notre piteux soutien à ceux qui ont fait l’erreur de jouer les harkis du Moyen Orient a certainement pesé dans la poursuite de la déconsidération qui est celle de notre parti dont je témoigne qu’il fut jusque dans le milieu des années quatre vingt un des partis les plus respectés et dont la voix était entendue.

Nous ne pouvons pas continuer à ignorer ce qui se passe dans le monde, le rôle joué partout par nos camarades, et au nom de liens avec quelques groupuscules avoir rompu les contacts avec des partis que nous voyons aujourd’hui au premier rang des mouvements progressistes qui secouent la planète, des pays qui cherchent les voies d’un socialisme original et de la paix, à nous ériger en donneur de leçon universel à l’égard de ceux qui partout combattent le capital.

A mon âge, je n’ai rien à attendre d’un changement de politique, mais vu ce qui se passe dans le monde où on assiste à l’explosion des peuples contre les politiques installées au nom de la démocratie et de plus en plus inégalitaires, un nouvel internationalisme s’impose avec une réflexion indispensable sur la stratégie des partis communistes sur ce qui devrait être leur but : un changement de pouvoir et de société, le socialisme respectueux des êtres humains et de la planète.

Ici dans ce modeste blog qui tente de conserver le lien avec les événements, nous sommes atterrés devant l’incurie intellectuelle qui est celle du secteur international du PCF, sa méconnaissance, son absence de travail, son tourisme vain. Faut-il rappeler que face à la scandaleuse résolution du parlement européen, si nous n’avions pas traduit et diffusé le texte de protestation de nos camarades portugais, les communistes français n’auraient rien su et qu’il a fallu huit jours pour voir des protestations indignes allant pour une part dans le sens de la résolution apparaitre. Aucune campagne en faveur de Cuba menacé d’étranglement, face aux communistes affrontant la répression dans le monde. Il n’y a que les Kurdes qu’ils ont encouragé à commettre cette erreur stratégique et de fait une manière de blanchir les différents gouvernements français en Libye et en Syrie.

Il faut changer de politique, renouer des contacts avec les partis communistes partout et pour cela il faut changer de responsables.

Il ne s’agit pas d’établir un modèle mais de confronter les expériences, les réflexions autant que de créer les conditions d’une résistance collective face à un capitalisme prédateur et criminel, face à une planète qui crie grâce.

Il est juste de ne pas vouloir diviser un parti communiste déjà affaibli tel qu’est notre parti, mais il faut mesurer que ceux qui ont choisi la liquidation ne craignent pas eux de diviser, de censurer impitoyablement ceux qui ne sont pas de leur avis et de décourager des militants qui ne demandent qu’à redresser leur parti à partir de l’élan apporté par notre dernier congrès. Ce serait une erreur de ne pas mesurer que si le parti cherche l’unité, il a aussi évolué et s’est raffermi depuis qu’une nouvelle direction est là, que la belle bataille des Européennes a restauré sa fierté, que partout les communistes affirment leur volonté d’être communistes pleinement.

Comme j’ai tenté de le montrer dans mes mémoires, nous avons pris beaucoup de retard et nous contribuons à la faiblesse de cette internationale que nous devrions appeler de nos vœux y compris tels que nous sommes avec nos forces et nos faiblesses.

Ces mémoires se terminent par les phrases suivante : « Ma conviction est que jamais il n’y aura de changement révolutionnaire sans violence et ce, non pas parce que les révolutionnaires auront une stratégie violente et multiplieront les actes de destruction gratuits, comme des petits bourgeois, mais parce que jamais le capital et la bourgeoisie ne lâcheront le pouvoir sans avoir détruit un maximum tout ce qui est vivant autour d’eux. Tout l’art du politique consiste désormais à se prémunir de cette violence tout en sachent qu’elle est inévitable » [1].

L’internationalisme est un des moyens que nous avons de limiter les conséquences de la violence du capital et de la bourgeoisie qui sous forme de guerre, de pillage, de destruction de l’environnement et de répression, est à l’œuvre partout. Il faut des responsables communistes conscients de cet enjeu.

Danielle Bleitrach

Voir en ligne : Sur le blog histoire et société

[1Danielle Bleitrach, Le temps retrouvé d’une communistes - Mémoires, Editions Delga 2019, 316 p.

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