Le Monde aurait-il changé de camp ? Ou ultime manœuvre pour faire voter ?

, par  Jean Levy , popularité : 1%
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Le quotidien du soir nous avait habitué, jour après jour et à longueur de colonnes, à se vouloir plus « européen » que la Commission de Bruxelles elle-même, et adepte fanatique de l’économie de marché. A tel point que ses lecteurs n’auraient pas trouvé déplacé si Le Monde avait troqué son titre pour celui de son supplément spécialisé « Eco&Entreprise ».

Aussi la lecture du Monde, daté de dimanche 18 et lundi 19 mai, était de nature à surprendre nombre de ses abonnés. Deux colonnes en Une, plus l’intégralité des ses pages deux et trois, étaient consacrées aux résultats de sondages faisant état d’une poussée des listes composant à l’Assemblée de Strasbourg la Gauche unitaire européenne, nommée « gauche radicale ».

Celle-ci passerait de 35 à 52 élus, doublant le groupe des Verts qui suivrait la courbe inverse. Puis, avec une gourmandise à peine dissimulée, Le Monde détaille, pays par pays, les scores « en forte hausse », prédits à des partis se réclamant, pour certains, du communisme, tels la Belgique, Chypre, l’Espagne.

Cependant c’est la "gauche de la gauche", avec Syriza en Grèce, qui a les faveurs du quotidien. Son leader Alexis Tsipras est présenté comme une rock star et de titrer sur six colonnes : « Les gauches radicales profitent de "l’effet Tsipras" ». Ce dernier propose « L’autre Europe », slogan jumeau de la fameuse « Europe sociale » promise en France par le PCF et le Front de Gauche.

Syriza pourrait arriver en tête en Grèce, ce qui fait fantasmer son leader – et aussi Le Monde – songeant aux futures élections politiques et à la prime majoritaire que cette situation donne au gagnant. Perspective qui n’inquiète pas le quotidien, Tsipras s’affirmant « européen convaincu ».

Par contre, en cas d’échec le 25 mai, Le Monde craint un retournement de situation. Le journal écrit :

« Il est vrai que le héros européen a parfois du mal à convaincre en Grèce et surtout au sein de son propre parti. Syriza est une coalition turbulente qu’Alexis Tsipras, héritier d’un courant communisme proeuropéen, a jusqu’ici réussi à contenir. Il doit aujourd’hui souvent ferrailler avec une minorité plus radicale hostile à l’Europe et à l’euro. (…) Plus largement encore, sa base électorale la plus à gauche lui reproche ses compromissions pour devenir un parti de gouvernement européen ».

On comprend l’inquiétude du Monde si Tsipras n’arrivait pas en tête dimanche qui, de plus, constate que « le très rigide Parti communiste grec attire des déçus du Syriza ».

On comprend mieux ainsi les faveurs des deux journalistes Adéa Guillot et Alain Salles, accordées au politicien grec, qui concluent ainsi leur article :

« Tout l’enjeu pour Alexis Tsipras est de démontrer aujourd’hui qu’il est "prêt à prendre le pouvoir", comme il l’affirme. Et surtout de trouver avec qui il peut gouverner – à l’intérieur comme à l’extérieur de son parti – pour mettre en place cette autre politique qu’il promet à la Grèce et à l’Europe ».

Le Monde n’est pas seul à fantasmer sur le succès d’Alexis Tsipras. Pierre Laurent, président du Parti de la gauche européenne et secrétaire national du PCF, a déclaré, selon le quotidien :

« Cette candidature a éveillé des intérêts nouveaux dans beaucoup de pays européens. (…) Elle fait reculer les caricatures nous concernant. Nous sommes critiques de la construction européenne actuelle, mais nous sommes des européens convaincus ».

Cependant, l’enthousiasme du quotidien est moins affirmé en ce qui concerne le Front de Gauche en France, qui aurait « du mal à séduire les déçus du socialisme ». Ses listes sont créditées de 6 à 8%.

Le Monde s’inquiète quand Jean-Luc Mélenchon déclare : « Nous ne mentirons pas : on ne peut pas réformer cette Europe », mais se rassure quand il déclare véhément : « Camarades socialistes, n’allez pas ajouter à toutes vos bêtises l’abstention ! ».

Tout est dit : l’ennemi commun n’est-il pas l’ABSTENTION ?

L’essentiel, pour Le Monde, n’est-il pas de faire voter, au pire pour des candidats présentés par des partis qui se réclament du "communisme".

C’est pourquoi Le Monde n’est pas effrayé de la montée annoncée de la « gauche radicale ».

Et de décrire les scores annoncés de celle-ci dans les autres pays d’Europe.

- En Espagne, au-delà de listes se réclamant du mouvement des « Indignés », tel « Podemos (‘Nous pouvons’), qui, regrette visiblement le quotidien, n’obtiendraient qu’un seul siège, c’est la "Gauche unie" (IU) qui obtiendrait entre 9 et 11% d’intentions de vote (3,7% en 2009) », profitant du recul massif de la droite et du PS (au total 65% au lieu de 80% il y a cinq ans).
- Dans les pays scandinaves, des partis s’intitulant « socialiste populaire », au Danemark [1] ou « de Gauche », en Finlande et en Suède, ayant rompu leurs attaches gouvernementales avec la social-démocratie pour ne pas valider les plans d’austérité, « ont le vent en poupe ».
- En Belgique, pour les "européennes", divers courants communistes se sont rassemblés sur une seule liste (PTB, PC et LCR). Pour Le Monde, ce n’est pas ce mouvement unitaire qui l’intéresse, ce sont les lointaines origines « maoïstes » du Parti du Travail Belge, sujet qui occupe l’essentiel de l’article.
- Quant au Portugal, aucun commentaire sur les sondages concernant ce pays. Seul apparait sur la carte d’Europe où sont consignés par pays les pourcentages accordés aux listes qualifiées de « la gauche de la gauche », un 17% au large de Lisbonne (dont l’essentiel sera le score du PCP).

Vous pensez : les communistes portugais combattent frontalement l’Union européenne et l’euro en appelant le peuple à défendre sa souveraineté pleine et entière… Sur les bords du Tage, on n’a pas les mêmes soucis politiciens qu’aux abords de l’Acropole.

Le Monde en tient compte : le Portugal ne l’intéresse qu’en temps que membre de l’Union européenne. C’est à ce titre que le quotidien lui a consacré un long article la veille… sans faire le moins du monde allusion aux sondages !

Morale de l’histoire : le Monde apporte son obole journalistique à la campagne visant à faire voter, finalement peu importe pour qui (sauf, bien sûr, pour les adversaires conséquents de l’Union européenne, cela va de soi…).

Cet objectif du "vote à tout prix" n’est-t-il pas aussi celui des 31 listes qui se présentent en Ile-de-France, alors que les candidats de 25 listes au moins d’entre elles, ne se font aucune illusion quant à l’obtention d’un seul siège ?

Car 0,10% de suffrages multiplié par 25, cela fait 2,5% d’abstentions en moins…

Le but recherché ?

Voir en ligne : Sur son blog "canempechepasnicolas"

[1Au Danemark, le PSP (jadis eurosceptique, mais passé pro-UE il y a quelques années) connait au contraire, de ce que j’en sais, un net tassement. Ce serait plutôt le "Mouvement populaire contre l’UE" (gauche progressiste) qui connaîtrait une embellie.

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