La bataille de Madison (Wisconsin, USA) Un combat syndical historique et exemplaire

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Un combat syndical historique et exemplaire aux USA. Depuis le 15 février tous les regards sont tournés vers le Madison, la capitale de l’état américain Wisconsin, où se joue l’avenir du syndicalisme aux États-Unis. Scott Walker, le nouveau gouverneur républicain cherche non seulement à faire des économies sur le dos des travailleurs, mais aussi à vider de leur substance les négociations de conventions collectives.

Un exemple peu connu de l’influence du mouvement des travailleurs arabes ou quand la Tunisie et l’Égypte font école jusqu’aux USA...

Les syndicats bien conscients que ces mesures ont pour objectifs d’écraser complètement les organisations des travailleurs jettent toutes leurs forces dans la bataille, car le Wisconsin n’est que le banc d’essai, le premier pas dans une offensives généralisé que les Républicains veulent lancer contre les organisations syndicales.

Le Wisconsin, état du nord des USA, ne reçoit pas souvent l’attention des média, si ce n’est pour leur équipe de football américain, les Packers, fondée jadis par les ouvriers d’une conserverie, qui a remporté le Super Bowl 2010. L’économie repose sur l’agriculture, en particulier les produits laitiers, l’industrie et les services. Parmi les plus 10 gros employeurs de l’état 8 sont dans les secteurs de l’enseignement, la santé et les services publics. Wisconsin est aussi un état relativement progressiste et le berceau du syndicat des employés de la fonction publique AFSCME, un des plus grands syndicats des USA avec plus de 1,4 million de membres.

Scott Walker s’en prend aux syndicats

Scott Walker, gouverneur Républicain fraîchement élu entend frapper un grand coup : sous prétexte de réduire le déficit et relancer l’économie sans augmenter les impôts , il veut offrir des réductions des taxes pour les entreprises et faire payer la note aux travailleurs du secteur public. Sa ‘recette miracle’ : retirer aux syndicats quasiment toute possibilité de négocier collectivement. Une telle loi auraient des conséquences dramatiques pour les travailleurs, mais aussi pour les syndicats qui seraient amputés de leur moyens d’actions et condamnés au déclin. Un déclin qui se répercuterait sur le Parti Démocrate qui bénéficie du soutien financier et de l’influence des syndicats. Walker veut aussi réduire la contribution de l’État au Medicaid, le programme d’assistance médicale aux plus démunis et aux personnes souffrants d’handicaps.

Des enjeux nationaux et une détermination à la hauteur

Le Parti Républicains à le vent en poupe après les élections de Novembre 2010, poussé par le mouvement de droite populiste Tea Party, et entend frapper un grand coup : imposer une législation anti-sociale exemplaire dans un des bastion du syndicalisme, pour ensuite l’appliquer partout ailleurs où les Républicains disposent d’une majorité. Une proposition de loi similaire a déjà déclenché des manifestations dans les états de l’Ohio. Conscient de ces enjeux, les travailleurs du Wisconsin sont fermement décidés à défendre leurs acquis sociaux becs et ongles, soutenus en cela par les syndicats à travers tout les USA et au delà. Les images de soulèvements et la détermination des peuples du monde arabe agissent aussi comme un encouragement. Quand les travailleurs du Wisconsin et leurs alliés investissent la rotonde du Capitole (le parlement), un espace généralement ouvert aux manifestations publiques, c’est pour organiser une occupation durable, improvisant dortoirs, atelier de fabrication de panneaux, centre d’information. Lorsque la capacité maximum des lieux est atteinte ils forment une file à l’extérieur, encerclant le bâtiment.

Solidarité au delà des frontières

Très vite le mouvement prend de la vitesse et de la force. Les enseignants et les employés sont rejoints par les étudiants. Dès le début du mouvement le gouverneur roule les mécaniques et annonce qu’il fera appel aux militaires de la Garde Nationale si besoin en est, pour garder les prisons, par exemple, une déclaration qui aura un impact négatif. Des athlètes des Packers, véritable héros du Wisconsin et syndiqués eux aussi, se déclarent solidaires du mouvement. Alors qu’ils sont épargnés pas les mesures d’austérité, les policiers et pompiers joignent le mouvement. Alors que les législateurs veulent interdire l’accès au Capitole, un syndicat de la police a appelé publiquement ses membres à passer leurs nuits avec les manifestants qui occupent les lieux. Les message de soutiens arrivent de partout, de groupes religieux ou d’artistes reconnus. Des liens informels se créent avec le soulèvement égyptien : à Madison les manifestants multiplient les références aux évènement du Caire, alors que sur la place Tahrir des manifestant affichent leur soutien à ceux du Wisconsin. Le grand absent est Obama, qui en 2007 affirmait que si jamais le droit des travailleurs à s’organiser ou à négocier était remis en cause, on le verrait aux piquets de grève. Encore une promesse qu’il ne tiendra pas.

Guerilla parlementaire et canular téléphonique

L’opposition au Sénat essaye de gagner du temps en empêchant le vote : les 14 sénateurs Démocrates ont quitté le Wisconsin, empêchant les 19 Républicains de voter des mesures budgétaires qui requièrent la présence d’au moins 20 sénateurs. Le 23 février un journaliste a appelé le gouverneur Walker, se faisant passer pour David Koch, un milliardaire finançant la droite antisociale. Dès lors le gouverneur abandonne la langue de bois, parle d’aller négocier avec les Démocrates « avec une batte de baseball », de comment il a considéré infiltrer des provocateurs parmi les manifestants ou introduire des propositions de lois pour forcer les Démocrates à revenir.

Le mouvement s’étend

Début mars, l’agitation a gagné les États voisins du Michigan, de l’Indiana, de l’Ohio et du Minnesota. Chaque fois, des dizaines de milliers de personnes y ont manifesté devant le parlement local. Richard Berg, un manifestant de l’Illinois, déclare : « Si la loi passe au Wisconsin, ils feront ensuite pareil ailleurs. »

Partout en Amérique, les syndicats se rendent compte de l’enjeu de la lutte dans le Midwest. Le centre de la résistance est toujours le Wisconsin et, plus spécialement, l’occupation du Capitole. Le 25 février, les autorités avaient bien décidé de le faire évacuer, mais l’Association professionnelle des policiers annonçait qu’elle se rallierait à l’occupation. Le bras de fer continue. Dans ce mouvement des prises de conscience se font comme en témoigne l’ovation qui a suivi l’intervention de Ramirez, un jeune latino-américain dénonçant le fait que "Wall Street vit luxueusement et témérairement pendant que nous nous retrouvons à payer la facture" et insistant sur la nécessité pour les Afro-Américains et Latinos de rester unis dans la lutte et que tous doivent s’opposer aux attaques venant en sens inverse sur les immigrants avec ou sans-papiers.

Le 10 mars le gouverneur a réussi à faire adopter sa loi mais cela n’a pas arrêté le mouvement puisque le 12 avait lieu la plus grosse manifestation depuis le début du conflit. Malgré le vote l’issue de ce combat est donc incertaine.

Curieusement la CSI, dont pourtant les syndicats américains sont à l’origine de sa création, reste pour l’instant silencieuse sur ce conflit d’une ampleur que l’on n’avait pas connue depuis des décennies et dans lequel se joue pour partie l’avenir du syndicalisme américain.

Quelques dates

- 25 janvier :
La majorité Républicaine vote $67 millions en exemption de taxes pour les entreprises
- 15 février :
Début des manifestations de masse, plusieurs dizaines de milliers de manifestants.
- 16 février :
Les enseignants se font porter malade en masse pour manifester, de nombreuses école doivent fermer pour un ou plusieurs jours. Les étudiants joignent le mouvement. Début de l’occupation du Capitole. 30.000 manifestants.
- 19 février :
À l’issue d’une semaine d’action et de manifestation, le samedi rassemble 70.000 personnes.
- 20 février :
L’occupation du Capitole s’organise pour durer.
- 20 février :
ADAPT, une association d’handicapés occupe le siège du Parti Républicain à Madison.
- 21 février :
La fédération des syndicats locaux décide d’enclencher la procédure en vue d’une grève nationale
- 26 février :
Deuxième manifestation du samedi, environ 100.000 participants. Des manifestations en face du Capitole dans d’autres états réunissent des milliers de supporters
- 27 février :
Les occupants refusent de donner suite à l’ordre de quitter les bâtiments à 16:00 et se disent prêts à être arrêtés. Les autorités font marche arrière et annonce qu’il n’y aura pas d’expulsion.
- 10 mars :
Vote de la loi sans discussion et à la hâte. Dehors des milliers de manifestants protestent.
- 12 mars
Ils sont 150 000 à Madison à participer à la plus grosse manifestation depuis le début du conflit.

D’après des articles de Tom Burke, Brad Sigal, Jacob Flomsur et Héléna Jansen parus sur Solidaire et sur fightbacknews

Voir en ligne : sur le site de rouge midi

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