Grèce : quand le journal de Joliot-Curie appelle les rebouteux à la rescousse

, par  Canaille le rouge , popularité : 2%

Comme beaucoup, La Canaille a été démarché pour signer le texte de la pétition mise en ligne par l’Huma pour soutenir le peuple grec.

Spontanément et dans ce cas clavier prêt à fonctionner pour s’ajouter à la liste, c’était parti. Quand tout à coup en parcourant le texte de plus près, le doigt qui signe resta suspendu à la lecture de ceci :

C’est aussi la seule voie du salut pour l’euro et les partenaires européens d’Athènes. La Banque Centrale Européenne (BCE) doit aider à relancer la croissance et l’emploi en Grèce et partout ailleurs.

Lisant alors avec plus d’attention La Canaille aperçu la mâchoire supérieure du piège à gogo qui allait se refermer sur son poignet :

Nous appuyons l’idée avancée par des économistes, des acteurs du mouvement social et des forces de gauche pour que, par le rachat de titres de dette publique à l’émission, la BCE finance directement les États et leurs services publics.

Parce que quand même, faut pas nous faire prendre des ventilateurs pour des éoliennes. Ce texte, au delà d’une solidarité partagée, se moque du monde et du peuple grec en particulier.

Va-t-on demander à Eternit de construire les hôpitaux qui doivent accueillir les malades de l’amiante ? C’est pourtant ce que font ses initiateurs :

Le Fonds Européen de Stabilité Financière mis en place par l’UE doit être transformé en un fonds européen de développement social et écologique et dévoué à cette optique.

Donc le traitement consiste à puiser dans la besace des charlatans qui battent les tréteaux avec leurs onguents à faire guérir les scrofuleux.

La Canaille refuse de croire aux capacités de Mario Draghi même entouré des mires formés chez Golden Sachs pour guérir les écrouelles du système.

Nous savons tous que les dettes de la crise que subit la Grèce de plein fouet sont dues justement à la mise en place d’une BCE chargée statutairement de soustraire aux peuples leur souveraineté monétaire pour abonder les marchés financiers.

C’est même pour cela que 55,67% de notre peuple a dit non le 29 mai 2005.

Va-t-on demander au Pentagone de Libérer le Vietnam ou aux Chicago Boys de construire du droit social en Amérique du sud ?

Se servir des outils de la domination pour soi-disant en sortir revient à accepter la domination et à la légitimer.

Faire racheter une dette causée par le transfert au public de la dette privée des banques et consorts, cela avec de l’argent public de fonds abondés par l’argent d’états ayant abandonnés tout droit de contrôle de leur usage revient à faire payer deux fois les victimes.

Comment faire alors ?

La Canaille met ce jour en ligne une très intéressante interview de celui qui était ministre des finances en Argentine quand ce pays fut confronté à la même situation de faillite décidé par le FMI : Dettes Crise on peut faire autrement : l’expérience argentine [1].

Expérience n’est pas modèle mais il y a à regarder de ce côté tant pour le diagnostic que pour la thérapie tout comme l’exemple islandais est là pour le rappeler.

La démonstration se fait dans la douleur de l’urgence de casser cette mécanique.

La meilleur façon de sortir les Grecs –ils sont la configuration avancée des autres peuples de cette UE honnie– aurait plus été de reprendre l’appel lancé par le directeur de l’Huma pour mettre en échec par des initiatives de masse le putsch économique chargé de sanctuariser cette BCE ; putsch que veut commettre (et on verra qui demain s’y oppose) le pouvoir à l’Assemblée nationale.

Le scandale, c’est de savoir parmi les plus de 7000 signataires combien auront été abusés.

Ce texte montre là au choix son inconséquence ou sa ...duplicité.

C’est pour cela que La Canaille ne l’a pas signé.

Tiré du site de Canaille le Rouge

[1Il ne s’agit pas ici d’ériger un modèle mais de montrer que des issues hors des chemins balisés par le FMI, la BCE sont possibles.

Ce n’est qu’une question de volonté politique et l’exemple islandais, lui non plus à ne pas idéaliser, en témoigne aussi.

Roberto Lavagna n’est pas un Che Guevara de la finance ni un Hô Chi Minh de la pampa.

Il est surtout connu dans le monde entier pour avoir refusé un prêt de 25 milliards de dollars du FMI en 2002, prêt conditionné à la saignée du peuple argentin, pour mettre fin à l’endettement permanent de son pays.

Pour lui, la voie à prendre ne peut passer par un FMI coopté par le système financier international dont, dit-il, "il faut se libérer".

Il privilégie de remplacer ce système par des politiques nationales solides et coordonnées.

« Nous avons sauvé les gens plutôt que les banques »

L’ancien ministre argentin de l’économie, Roberto Lavagna, a sorti son pays de la crise en 2002, en se passant des services du FMI. Il préconise la même solution pour la Grèce.

Libération, le dimanche 19 février 2012

Interview recueilli par Gérard Thomas, à Buenos Aires.

L’ancien ministre argentin de l’économie, Roberto Lavagna, 69 ans, est le principal artisan du redressement de l’Argentine engluée dans une terrible crise économique il y a dix ans. Lorsqu’il prend ses fonctions, en avril 2002, le peso vient d’être dévalué de 70%, le pays est en cessation de paiement, la dette privée s’élève à plus de 72 milliards d’euros, l’inflation annuelle flirte avec les 125% par an, le chômage explose, les petits épargnants sont ruinés et les troubles sociaux ont déjà fait plus de 30 morts dans le pays. Cet ancien ambassadeur auprès de l’Union européenne décide immédiatement de se passer de « l’aide » du Fonds monétaire international (FMI) et des marchés financiers. Quelques pistes à suivre pour la Grèce.

Quelles sont les grandes similitudes entre la crise argentine de 2001-2002 et la crise grecque ?

Au plan économique, tout est semblable. L’Argentine avait établi une parité fixe entre le peso et le dollar, la Grèce est ficelée à l’euro, perdant ainsi le contrôle de sa monnaie. Un taux de change fixe associant des pays à forte productivité et d’autres dont la compétitivité est beaucoup plus faible ne peut qu’engendrer une crise. La Grèce est déjà dans sa quatrième année de récession, l’Argentine l’était également. Le déficit fiscal, le déficit des comptes courants, la chute vertigineuse du PIB, l’endettement, l’explosion du chômage... toutes les grandes données macro-économiques sont similaires. En revanche, la situation sociale de la Grèce est bien meilleure que celle de l’Argentine à l’époque. Au plan institutionnel, l’Argentine était par ailleurs un pays isolé alors que la Grèce fait partie de l’ensemble économique le plus puissant du monde.

Comment avez-vous tiré l’Argentine du chaos ?

Dès mon entrée en fonction, en avril 2002, j’ai décidé de changer radicalement notre manière de penser la sortie de crise. Le mois suivant, j’étais à Washington pour rencontrer les dirigeants du Fonds monétaire international et leur expliquer que nos rapports allaient s’en ressentir. Depuis le début du marasme économique, en 1998, nous avions déjà eu deux programmes du Fonds pour un total de 51 milliards d’euros. Les deux ont été des échecs retentissants et certaines voix s’élevaient pour demander une troisième tournée de quelque 17 milliards supplémentaires.

Je n’ai pas voulu suivre cette voie et j’ai expliqué au Fonds que nous ne voulions plus de prêt et que nous sortirions seuls de la crise. La seule chose que j’ai demandé était un roll over partiel de toutes les échéances. Je me suis également engagé à payer les intérêts de la dette et une partie du capital. Mais pas tout et pas tout de suite. Cette position était tout simplement impensable pour le FMI car nous affichions notre volonté de fixer nous même notre propre politique économique. J’ai dû leur expliquer trois fois de suite ma position avant qu’ils finissent par comprendre. A partir de là nous avons arrêté de soutenir financièrement les banques alors que le FMI nous l’imposait, exigeant même que nous privatisions la Banque de la Nation. Mais comme nous étions sorti du jeu, le Fonds n’avait plus de moyen de pression sur l’Argentine !

Vous avez donc œuvré contre le FMI et vos principaux créanciers ?

Le sorties de crise se font en dehors des chemins tracés par le FMI. Cette institution propose toujours le même type de contrat d’ajustement fiscal qui consiste à diminuer l’argent qu’on donne aux gens - les salaires, les pensions, les aides publiques, mais également les grands travaux publics qui génèrent de l’emploi - pour consacrer l’argent économisé à payer les créanciers. C’est absurde. Après 4 ans de crise on ne peut pas continuer à prélever l’argent aux mêmes. Or c’est exactement ce qu’on veut imposer à la Grèce ! Tout diminuer pour donner aux banques. Le FMI s’est transformé en une institution chargée de protéger les seuls intérêts financiers. Quand on est dans une situation désespérée, comme l’était l’Argentine en 2001, il faut savoir changer la donne.

Selon vous les plans d’austérité et de rigueur ne sont pas nécessaires mais c’est pourtant ce qu’on impose à la Grèce...

A tort car l’argent prêté risque de ne jamais être remboursé et le déficit fiscal grec est plus élevé aujourd’hui qu’avant la première injection d’argent frais. Ce sont les mêmes éternelles erreurs. C’est le secteur financier qui impose sa manière de voir les choses au monde entier. On préfère sauver les banques plutôt que les gens qui ont des crédits immobiliers à rembourser. La première chose qu’on a faite nous, c’est de rallonger les échéances pour les propriétaires endettés. Les fonctionnaires du FMI nous ont alors dit que nous violions les règles essentielles du capitalisme ! Ils oubliaient simplement que des gens ruinés ne consomment plus, ce qui obère une relance par la croissance.
Au lieu de payer les banques, la Grèce devrait investir dans l’éducation, les sciences et la technologie, financer des infrastructures et récupérer ainsi une certaine productivité, ne serait-ce que dans les secteurs des services ou du tourisme.

Vous devez avoir beaucoup d’ennemis chez les banquiers...

Ils me détestent ! Ce qui ne les a pas empêché de frapper à notre porte pour nous prêter de l’argent 48 heures exactement après que nous ayons terminé la restructuration de notre dette en 2005 ! Or j’ai refusé ces offres intéressées en leur répondant que nous ne reviendrons pas sur le marché financier avant 2014 car nous n’en avons plus besoin. Pourquoi 2014, simplement parce qu’à cette époque la dette sera seulement de 30% du PIB, la moitié des critères européens de Maastricht ! Je pense qu’un pays comme l’Argentine ne doit pas être tout le temps présent sur le marché financier. C’est un risque beaucoup trop grand d’augmenter à nouveau la dette. Le problème c’est que ce sont les banquiers eux-mêmes qui estiment qu’il est positif pour l’image d’un pays d’emprunter à l’international. Il est clair que si je vendais des tomates, je trouverai très bien qu’on en mange ! Eux ils vendent de l’argent.

Tiré du site de Libération

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