Chassaigne, au cœur des contradictions du PCF

, par  Pascal Brula , popularité : 1%

Pour les communistes, l’élection du président de la République ne représente pas un objectif fondamental, bien au contraire. Mais pour tout communiste, seule compte la réalité concrète. Et pour transformer le système capitaliste, nous sommes bien obligés de prendre en compte les institutions que nous impose la bourgeoisie. Il est donc nécessaire de nous insérer dans ce combat, sachant que quel qu’il soit, nos victoires se compteront dans les gains en organisation, en conscience de classe et en rapport de force. C’est pourquoi il est essentiel que les communistes aient un candidat qui les représente à l’occasion de cette grande confrontation d’idées, ne serait-ce que pour donner un point de vue communiste sur ces fameuses institutions. Faire croire qu’il s’agit d’une perte d’énergie et que seules les législatives nous intéressent, est une manière de faire le lit du mitterrandolâtre Mélenchon, du réformisme et de la liquidation programmée du PCF. La direction cherche à nous imposer ses décisions de manière précipitée : ne cherchons pas à éviter cet écueil car il anticipe le sort de nos futures batailles sur le terrain.

Chacun sait que la dernière fête de l’Huma a été le jouet d’une mise en scène de Mélenchon par la direction du PCF. Au milieu de cette mascarade, est venu se glisser le phénomène Chassaigne. A-t-il été poussé par la direction pour animer un pseudo jeu "démocratique" devant les militants ? Toujours est-il qu’il bénéficie aujourd’hui du soutien d’un groupe de militants qui s’appuient sur sa candidature en posant cette question bienvenue : le candidat (du PCF) ne doit pas être forcément communiste, mais pourquoi devrait-il systématiquement ne pas l’être ? (appel collectif "2012 pour un rassemblement sans effacement du PCF"). Quoiqu’il en soit, comme le présente l’appel en ligne sur ce site ("Une candidature communiste pour les élections présidentielles de 2012"), ce sont les adhérents qui doivent en décider et non un état-major de groupuscules, comme nous le rappellent les statuts et le fonctionnement de tout parti politique normalement constitué. Il serait, par exemple, difficile d’imaginer le PS présenter un candidat issu du MRG à l’insu de ses adhérents.

Alors, il y a la candidature Chassaigne. Il n’est pas question de tirer à tout prix sur le "soldat" Chassaigne. Mais il est important de connaître ses positions qu’il présente au gré de ses interventions médiatiques. On y trouve beaucoup de contradictions qu’il est important de verser à la discussion. Les éléments contenus dans cet article sont tirés d’un débat organisé sur la chaîne parlementaire LCP le mercredi 15 décembre 2010 entre André Chassaigne, député PCF du Puy-de-Dôme, et Bernard Dorosier, député PS du Nord (émission la matinale de Politique Matin http://www.lcp.fr/la-matinale-du-mercredi-15-09330.html, à partir de la 13ème minute).

La parole est donnée en premier à Chassaigne.

Chassaigne : "Je pars de ce qu’il y a dans la tête des français, et je crois qu’aujourd’hui, dans la tête des français, il y a une envie de gauche ; ce qui m’obsède, c’est de ne pas trahir cette envie de gauche".

"Je ne suis pas pour un superbe isolement qui serait l’isolement du PCF et plus largement du Front de gauche. Je crois au contraire qu’il faut construire un changement dans ce pays. Je pense que le PCF et le Front de gauche peuvent apporter une volonté de transformation sociale en se battant sur les conditions du changement. Mais pour ma part, ce qui est important aujourd’hui, c’est de battre le pouvoir de Sarkozy et de construire une véritable alternative../.. Je suis très attaché à la victoire de la gauche en 2012".

L’interview commence mal… "Envie de gauche" ? Il n’est pas sûr que ce soit bien ce que veulent les français qui rejettent autant la droite que la gauche. Compte tenu de leur expérience, on ne peut pas leur donner tort. Ne faudrait-il pas plutôt s’adresser au peuple de France en s’appuyant sur ce qu’ils ne veulent plus à 70%, à savoir le capitalisme (selon plusieurs sondages de 2009) ? Et aussi sur ce qu’ils veulent, notamment à la suite du formidable mouvement de la bataille pour les retraites : c’est-à-dire du travail, du pouvoir d’achat, pour vivre correctement, pour manger, se loger, se cultiver, se soigner, dans un environnement respecté.

Le débat se poursuit et il s’en suit des propos pour le moins étonnants alors que le 90ème anniversaire de la séparation bénéfique entre révolutionnaires et réformistes est en train de se fêter :

Dorosier : "Aujourd’hui, le moment est venu de réfléchir ensemble à un regroupement plus cohérent, plus organisationnel de nos formations politiques. Nous y avons intérêt les uns et les autres. Il faudra du temps, je ne dis pas qu’il faut aller trop vite, mais il faut avoir cela présent à l’esprit".

Chassaigne : " Oui, je suis assez d’accord . Pour ma part, je ne suis pas comme certains peuvent l’être dans le clivage et avec une volonté de construire un mur entre une gauche qui serait vertueuse, celle du Front de Gauche, et une gauche qui serait vendue au capitalisme, celle du socialisme".

Heureusement, il se rattrape quelque peu par la suite :

Chassaigne : "Je suis au contraire pour qu’on puisse avancer ensemble sur un vrai contenu, je crois que c’est ça qui est important, qu’on puisse véritablement construire ensemble un programme de transformation de la société. On ne va pas se retrouver sur tout, sinon il n’y aurait qu’un seul parti. Je crois qu’on a des différences d’approches. Nous sommes pour une transformation beaucoup plus radicale de la société, et notamment s’attaquer au pouvoir de l’argent. Nous pensons qu’il y a par exemple des mises en œuvre indispensables, telles un pôle bancaire public pour que ce soit un levier au développement industriel. Nous pensons véritablement qu’il y a des mesures fortes à prendre. Mais dans la mesure où on pourra se retrouver sur l’exigence de moyens qui peuvent transformer le système, on avancera plus rapidement qu’on peut le penser".

A son actif, on peut dire qu’il note quand même qu’il y a des différences notables entre les deux partis, même si cela reste sur des notions assez floues, à savoir "des transformations beaucoup plus radicales de la société". Lesquelles ? Mystère. Reste le fameux sésame qui unit toute la "gôôôche de la gôôôche" (des verts au NPA en passant par la gauche du PS, le PG, les alternatifs, la FASE et consorts sous l’égide des professeurs d’ATTAC), à savoir s’attaquer au pouvoir de l’argent, ou dit autrement à la finance qui n’est qu’un petit bout du système : exit la production et l’exploitation capitaliste. Récemment, la tête de file des verts Rhône-Alpes au régionales, Philippe Mérieu, tenait le même discours lors d’une interview sur TLM (Télé Lyon Métropole). Quant au "pôle bancaire publique", rien n’est moins clair, car il ressort que ce pôle ne serait qu’un regroupement public-privé, sans nationalisation (est-ce désormais un gros mot dans la bouche des communistes car contradictoire avec l’Union européenne ?), c’est-à-dire sans contrôle populaire possible.

Au journaliste qui reproche aux deux débatteurs de jouer les bisounours et leur demande de formuler les vraies différences entre les deux partis, Chassaigne répond :

Chassaigne : "Je pense qu’il faut tenir compte de l’évolution des consciences des françaises et des français. Des évolutions récentes l’ont montré : il y a une volonté de transformation de cette société. Je crois qu’on ne l’avait pas vu depuis longtemps. On pensait que les choses s’étaient atténuées, mais je crois que vraiment aujourd’hui, il y a une volonté de s’attaquer au cœur du système capitaliste. Et s’il peut y avoir une différence entre nous, c’est sur le degré des mesures à mettre en œuvre".

On a envie de dire, encore un effort camarade, car les différences sont plus fondamentales que cela. Aujourd’hui, à son stade de pourrissement, il ne peut pas y avoir d’aménagement du système capitaliste à la marge, dire ou faire autrement serait tromper les français. Par contre, il reconnaît que la direction du PCF s’est trompée sur l’analyse de la situation et a été obligée de bouger ses lignes, en évoquant une "évolution des consciences". Il parle d’une "volonté de s’attaquer au cœur du système capitaliste", mais de la part des français ou de la direction du PCF ?

Chassaigne poursuit par un discours intéressant, sauf qu’il utilise à profusion le mot gauche en lieu et place du mot communiste :

"Je pense qu’il faut une force de gauche, à gauche du PS qui puisse peser suffisamment, parce que c’est aussi une question de rapport de force. Et je crois aussi que pour que la gauche gagne en 2012, il ne faut pas qu’elle fasse semblant ; il faut véritablement qu’elle s’engage sur des mesures qui soient des mesures qui s’attaquent au cœur du système. Et vraiment, si on ne met pas en place ces mesures pour s’attaquer au cœur du système, je crois qu’on aura des déceptions. L’attente est très très forte, parce qu’on a subi les conséquences de ce capitalisme financiarisé et le mouvement social l’a d’ailleurs bien montré récemment".

Puis le député PS va faire un constat qui devrait faire réfléchir :

Dorosier : "Moi, je me sens tout-à-fait à gauche en voulant le progrès pour mes concitoyens et je considère que ce clivage que l’on met en avant entre socialistes et communistes sur des bases idéologiques, qui j’en conviens, peuvent exister, mais qui se sont tellement atténuées dans les 20 à 30 dernières années, que l’on peut aujourd’hui jeter les bases d’une réflexion en commun. Évidemment, chacun conservant sa volonté d’aller plus loin. Mais il y a la réalité à prendre en considération. Et je l’observe dans les collectivités territoriales".

Si nos divergences se sont tellement atténuées, alors que le PS gère les collectivités pour le plus grand bien de l’épanouissement du capitalisme, c’est qu’il y a un gros problème !

Chassaigne : "Il faut qu’on participe avec nos apports respectifs, ce qui veut dire que, bien franchement, ce serait très grave, s’il y avait une volonté de rouleau compresseur de la part du PS. Aujourd’hui, il y a un risque avec des alliances au 1er tour entre le PS et les Verts qui ferait que le PCF et le Front de gauche pourraient disparaître de la carte politique de notre pays. Je crois que cela ne va pas dans la bonne direction".

Ces paroles de soumission envers le PS ne sont pas de bon augure. Elles laissent craindre une participation strapontin à un éventuel gouvernement PS. Cela souligne également que Chassaigne ne peut se projeter que dans les institutions, comme si le PCF ne pouvait exister en dehors.

Alternant le chaud et le froid, les propos qui suivent sont d’une autre teneur :

Chassaigne : "Il faut être attentif aussi à ne pas renouveler ce qui s’est passé. Il y avait une attente très forte lorsque la gauche est arrivée au pouvoir. Et combien de fois, on a écouté cette formule en disant pendant la campagne électorale « à gauche toute » et ensuite « circulez, y a rien à voir ». Il faut être très très attentif à cela et tenir les engagements".

Il faut dire qu’en 1997, les engagements étaient vraiment à la portion congrue, et que malgré cela, ils n’ont pas été respectés…

Puis le journaliste lui demande : "Vous jouez gros en 2012. Si le PCF ne retrouve pas une force électorale, vous aurez du mal à peser pour jouer un rôle si la gauche revient au pouvoir ?"

Chassaigne : "C’est l’enjeu fondamental pour nous, d’autant plus qu’on est dans le cadre d’un regroupement au sein du Front de gauche. Moi, je fais partie de ceux qui pensent que ce regroupement au sein du Front de gauche ne doit pas faire disparaître les différentes organisations et en particulier le PCF. On peut créer des fronts, mais je pense qu’il faut, dans ce pays, maintenir les organisations politiques qui ont marqué l’histoire et qui peuvent apporter quelque chose".

Ce que dit le camarade Chassaigne montre qu’il ne se situe pas sur la même ligne que la direction qui au travers du Front de gauche cherche à liquider la PCF.

A la question « êtes-vous candidat ? », il répond :

Chassaigne : "Je suis effectivement candidat à la candidature, dans la mesure où le Front de gauche devra avoir, ce que je souhaite, un candidat unique, mais il est bien évident qu’en aucun cas, je ne souhaite être le candidat d’un PCF qui serait replié sur lui-même, sur une vision identitaire de son devenir. Je pense que le Front de gauche peut être une chance pour notre pays, et doit donc se développer en tant que tel, tout en respectant ses différentes organisations".

Encore une réflexion pleine de contradictions (comment développer le Front de gauche sans le faire au détriment du PCF ; l’exemple des espagnols avec Gauche unie est suffisamment parlant) qui me semblent résumer le personnage. Mais le plus important est que chacun puisse en juger et que les adhérents aient le dernier mot.

Pascal Brula

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