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	<title>Faire Vivre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!</title>
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	<description>Ce site est un outil de travail et de diffusion pour contribuer &#224; l'organisation et au renforcement du Parti Communiste Fran&#231;ais. Il est anim&#233; par le r&#233;seau &#171;&#160;Faire Vivre et Renforcer le PCF&#160;&#187;</description>
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		<title>Faire Vivre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!</title>
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		<title>Le m&#233;pris du peuple. Comment l'oligarchie a pris la soci&#233;t&#233; en otage</title>
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		<dc:creator>J.dion</dc:creator>



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&lt;p&gt;Les communistes connaissent bien Jack Dion qui fut pendant des ann&#233;es r&#233;dacteur en chef adjoint de l'Humanit&#233;-Dimanche, un des grands journalistes communistes qui manque cruellement &#224; l'Huma aujourd'hui. Sa verve et sa capacit&#233; de col&#232;re s'exprime aujourd'hui dans Marianne, et dans des livres qu'il faut faire connaitre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Avec &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le m&#233;pris du peuple&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Jack Dion nous pousse &#224; nous interroger sur l'enracinement primordial de l'action politique au coeur du peuple, au coeur des masses comme on&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://lepcf.fr/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L90xH137/arton2760-7efa5.jpg?1728770711' class='spip_logo spip_logo_right' width='90' height='137' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Les communistes connaissent bien Jack Dion qui fut pendant des ann&#233;es r&#233;dacteur en chef adjoint de l'Humanit&#233;-Dimanche, un des grands journalistes communistes qui manque cruellement &#224; l'Huma aujourd'hui. Sa verve et sa capacit&#233; de col&#232;re s'exprime aujourd'hui dans Marianne, et dans des livres qu'il faut faire connaitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le m&#233;pris du peuple&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Jack Dion nous pousse &#224; nous interroger sur l'enracinement primordial de l'action politique au coeur du peuple, au coeur des masses comme on disait avant de nous mettre &#224; parler des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, tout en d&#233;laissant les sections d'entreprise au profit des centres villes urbains...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le m&#233;pris du peuple. Comment l'oligarchie a pris la soci&#233;t&#233; en otage, de Jack Dion, Les Liens qui lib&#232;rent, 152 p., 15,50 &#8364;.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Extraits publi&#233;s sur Marianne&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Sur le Front national&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Quand le peuple fait s&#233;cession, in&#233;vitablement, il finit soit par ne plus voter, soit par mal voter. Dans un cas, il s'abstient ou vote blanc. Dans l'autre, il choisit de moins en moins souvent les partis pr&#233;sentables, propres sur eux, consensuels, ceux avec lesquels on est s&#251;r que rien ne changera, sauf l'apparence des choses &#8211; bref, les partis ador&#233;s par le clerg&#233; m&#233;diatique. Pour les bien-pensants, c'est-&#224;-dire les gens qui pensent que ceux qui ne pensent pas comme eux pensent mal, c'est un crime. Tout individu qui ne glisse pas dans l'urne un bulletin estampill&#233; droite classique ou gauche molle est donc suspect. Quiconque pr&#233;tend se situer &#224; la gauche du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; (exercice au demeurant assez facile, vu le positionnement de ce dernier) rel&#232;ve de la cat&#233;gorie des utopistes irr&#233;alistes, des dogmatiques incapables de comprendre les contraintes du monde moderne ou des nostalgiques de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;URSS&lt;/span&gt;. Quant &#224; ceux qui votent &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt;, ils constituent pour les esprits sup&#233;rieurs une engeance d'individus irr&#233;cup&#233;rables, quasiment des nazis en herbe. D'ailleurs, les uns et les autres sont regroup&#233;s d'office dans la cellule inf&#226;me des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;extr&#234;mes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est pratique, les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;extr&#234;mes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. On peut y mettre tout et n'importe quoi. On peut y m&#233;langer la gauche alternative et la droite ultra, le Front de gauche et le Front national, les communistes h&#233;ritiers des r&#233;sistants et les descendants des collabos, Jean-Luc M&#233;lenchon et Marine Le Pen. Alors que leurs histoires et leurs valeurs se situent aux antipodes, les m&#233;dias, les commentateurs, les dirigeants politiques et les sp&#233;cialistes de tout et de rien les renvoient dos &#224; dos, quand ils ne les associent pas dans le m&#234;me sac &#224; opprobre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au fil du temps, la diabolisation du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; est devenue sa principale arme&lt;br class='autobr' /&gt;
[&#8230;] M&#233;langer les choux et les carottes, les r&#233;volt&#233;s et les apprentis sorciers, les militants de la gauche radicale et les affid&#233;s de l'extr&#234;me droite, c'est un must de la pens&#233;e caoutchouc et de l'intelligentsia fatigu&#233;e. [&#8230;] Jamais on ne pose la question qui f&#226;che&#160;: pourquoi un nombre si important de Fran&#231;ais se tournent-ils vers un parti qui a su adapter son langage tout en restant assez ambigu pour susciter autant d'interrogations sur sa finalit&#233; et de doutes sur ses orientations fondamentales&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourquoi autant d'&#233;lecteurs des milieux populaires succombent-ils &#224; l'attrait d'un parti honni par l'&#233;lite, quasiment absent de l'Assembl&#233;e nationale, consid&#233;r&#233; comme non fr&#233;quentable au point de susciter r&#233;guli&#232;rement de vains appels au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;front r&#233;publicain&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Bref, pourquoi consid&#232;rent-ils que le seul vote antisyst&#232;me est le vote &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La r&#233;ponse est dans la question. Au fil du temps, la diabolisation du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; est devenue sa principale arme. &#202;tre consid&#233;r&#233; comme un &#233;lecteur &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt;, ce fut d'abord la honte. Ce fut ensuite le choix que l'on n'osait avouer. C'est devenu le cri que l'on pousse et le bulletin que l'on jette &#224; la figure des notables, ne serait-ce que pour ne pas faire comme tout le monde dans une soci&#233;t&#233; qui vous interdit de l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nombre de salari&#233;s humbles, oubli&#233;s, d&#233;class&#233;s, humili&#233;s, abandonn&#233;s, ont fini par se dire que, si la caste politico-m&#233;diatique &#8211; celle qui fait l'unanimit&#233; contre elle &#8211; tape sur le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt;, c'est que ce dernier n'est peut-&#234;tre pas si pourri que &#231;a. D'une certaine mani&#232;re, le ph&#233;nom&#232;ne Eric Zemmour r&#233;pond &#224; la m&#234;me logique. C'est l'histoire de l'arroseur arros&#233;. &#192; force de pr&#233;senter le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; comme ce qu'il n'est pas &#8211; l'enfant d'un couple form&#233; par Hitler et Mussolini &#8211;, on finit par ne plus voir ce qu'il est encore, et surtout par ne pas comprendre pourquoi il s&#233;duit tant les couches populaires. Dans ces conditions, il n'est nul besoin d'&#234;tre devin pour imaginer que le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; se pr&#233;pare &#224; l'&#233;ch&#233;ance pr&#233;sidentielle de 2017 avec une confiance certaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par simple correction, Marine Le Pen serait bien inspir&#233;e d'envoyer un message de remerciement &#224; tous les idiots utiles qui lui ont fait la courte &#233;chelle, de la gauche qui l'a fustig&#233;e &#224; la droite qui l'a confort&#233;e, de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BHL&lt;/span&gt; &#224; Harlem D&#233;sir et &#224; Jean-Christophe Cambad&#233;lis &#8211; les parrains de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SOS&lt;/span&gt; Racisme &#8211;, en passant par quelques autres &#233;toiles de moindre &#233;clat. Dans une interview au Monde, le nouveau premier secr&#233;taire du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; a fait un constat d'&#233;vidence&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; n'est pas un parti fasciste, voire nazi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; On aurait pu croire qu'il allait esquisser un bilan autocritique et r&#233;viser son logiciel. Erreur. Sortant de la naphtaline une formule d'une colossale finesse, il l'a affubl&#233;e de l'&#233;tiquette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;national-populiste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, renvoyant ainsi au national-socialisme d'Hitler et abandonnant au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; deux terrains&#160;: celui de la nation et celui du peuple. D'une formule, deux b&#233;vues. Qui dit mieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'ailleurs, quelle a &#233;t&#233; la conclusion de l'&#233;ditorial du Monde au lendemain de la victoire du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; aux &#233;lections europ&#233;ennes du 25&#160;mai 2014&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La d&#233;nonciation du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;national-populisme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Circulez, il n'y a rien &#224; voir et aucune le&#231;on &#224; tirer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand Sophia Aram traite les &#233;lecteurs du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; de &#034;gros cons&#034;, c'est un don du ciel&lt;br class='autobr' /&gt;
La condamnation droit-de-l'hommiste a tellement bien fonctionn&#233; qu'elle a produit le contraire de l'effet recherch&#233;&#160;: la promotion sans pr&#233;c&#233;dent d'un parti qui a fait sa pub en expliquant qu'il n'&#233;tait pas &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme les autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ne pas &#234;tre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme les autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; quand les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; provoquent un ph&#233;nom&#232;ne de rejet, c'est une garantie tous risques. Lire dans Lib&#233;ration, organe central de la gauche lib&#233;rale-libertaire, que le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; n'est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pas un parti comme un autre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qu'il est d&#233;sormais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;sous la loupe de Lib&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui entend organiser l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;observation r&#233;guli&#232;re et minutieuse&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de son action municipale, c'est un cadeau inesp&#233;r&#233; pour Marine Le Pen. Quand l'humoriste Sophia Aram traite les &#233;lecteurs s&#233;duits par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gros cons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sur les antennes de France Inter &#8211; un peu comme Bernard Tapie les avait assimil&#233;s &#224; des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;salauds&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211;, c'est un don du ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le proc&#233;d&#233; a &#233;t&#233; inaugur&#233; sous son premier septennat par Fran&#231;ois Mitterrand, celui qui osa offrir un poste de ministre &#224; Bernard Tapie, un homme qui ferait passer J&#233;r&#244;me Cahuzac pour un ap&#244;tre de la lutte contre la fraude fiscale. Disciple de Machiavel, le premier pr&#233;sident socialiste de la V&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; R&#233;publique a vu dans l'installation du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; dans le paysage politique de l'apr&#232;s-1981 un moyen de diviser la droite et de concurrencer la vocation tribunicienne de l'un de ses alli&#233;s encombrants, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;, qu'il r&#234;vait de plumer comme de la volaille. R&#233;sultat&#160;: comme dans l'histoire du savant fou d&#233;pass&#233; par la m&#233;canique diabolique qu'il a invent&#233;e, Marine Le Pen est sortie de sa bo&#238;te pour occuper la sc&#232;ne politique de mani&#232;re ostentatoire. Bien qu'elle appartienne &#224; l'&#233;lite, elle en symbolise le rejet. Bien qu'elle soit n&#233;e dans une famille fortun&#233;e, elle se revendique de la veuve et de l'orphelin. Bien qu'elle soit devenue une vedette m&#233;diatique, parfaitement int&#233;gr&#233;e dans la m&#233;canique de l'information, elle appara&#238;t anti syst&#232;me en tirant &#224; vue sur les codes de la gauche de salon&#160;: l'h&#233;donisme et le march&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'esprit de Mai 68 (dans sa version caricaturale) et l'hymne &#224; Davos&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; le culte de l'individualisme et la sanctification de l'Europe des affaires&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; l'esprit Canal + et le r&#232;gne du business.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] L'arriv&#233;e de Marine Le Pen a permis de ranger au vestiaire les aspects les plus scabreux du parti cr&#233;&#233; par son p&#232;re en 1972, et qui &#233;tait longtemps demeur&#233; un groupuscule sans influence. Une fois la caricature ambulante de la pire droite extr&#234;me renvoy&#233;e en coulisse, le feuilleton de la diabolisation ne pouvait que tourner &#224; la mauvaise farce. Second&#233;e par des recrues venues de franges plus pr&#233;sentables, tel Florian Philippot, soldat perdu du chev&#233;nementisme, l'h&#233;riti&#232;re a r&#233;ussi &#224; amalgamer les courants contraires d'une famille disparate. Elle a progressivement d&#233;velopp&#233; un discours attrape-tout qui lui permet de ratisser au plus large. Dans la foul&#233;e, elle a pu faire entendre sa petite musique si d&#233;sagr&#233;able soit-elle aux oreilles fragiles, sur des sujets enfouis dans le tiroir des bons sentiments par la gauche compassionnelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; a op&#233;r&#233; une triple mue&#160;: il est devenu un parti protestataire, comme l'&#233;tait le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; du temps de sa splendeur (avec la x&#233;nophobie en paquet cadeau)&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; un parti positionn&#233; sur des terrains sociaux nagu&#232;re d&#233;laiss&#233;s par l'extr&#234;me droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; enfin, un parti apportant ses r&#233;ponses (aussi d&#233;testables soient-elles) &#224; des enjeux r&#233;publicains que les formations traditionnelles ne veulent plus aborder. C'est le grand art de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;triangulation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui consiste &#224; reprendre certaines des propositions de ses adversaires &#224; des fins purement tactiques. Nicolas Sarkozy avait test&#233; la formule. Marine Le Pen la reprend &#224; son compte. Elle peut tout &#224; la fois d&#233;noncer la mondialisation avec des envol&#233;es dignes d'Arnaud Montebourg&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; critiquer l'Europe &#224; la mani&#232;re de Nicolas Dupont-Aignan&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; fustiger les multinationales avec un ton inspir&#233; de Jean-Luc M&#233;lenchon&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; foudroyer les actionnaires avec les accents de Pierre Laurent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; d&#233;noncer le communautarisme avec la rh&#233;torique de Jean-Pierre Chev&#232;nement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; donner des le&#231;ons de la&#239;cit&#233; en se r&#233;clamant d'&#201;lisabeth Badinter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; tonner contre l'ins&#233;curit&#233; &#224; l'instar de tous les ministres de l'Int&#233;rieur qui se sont succ&#233;d&#233; &#224; ce poste sans parvenir le moins du monde &#224; enrayer la d&#233;linquance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] En effet, le discours du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; marche d'autant mieux qu'il s'appuie sur le bilan catastrophique des partis qui se relaient au pouvoir depuis une trentaine d'ann&#233;es et qui m&#232;nent des politiques o&#249; la qu&#234;te de la diff&#233;rence n&#233;cessite le recours au microscope. Si la d&#233;nonciation de l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UMPS&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; trouve des oreilles attentives, c'est que la gestion Hollande ressemble &#224; la gestion Sarkozy, laquelle &#233;tait d&#233;j&#224; inspir&#233;e de celle de Chirac, qui rappelait &#233;trangement la p&#233;riode Mitterrand d'apr&#232;s 1983. Mine de rien, la chose dure depuis plus d'un quart de si&#232;cle et se r&#233;sume &#224; un constat simple&#160;: la France courbe l'&#233;chine et le peuple est &#224; genoux.&#8221;&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;&gt;&gt;&gt; Sur l'entreprise&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;&#8220;Si le peuple est r&#233;duit &#224; la plus simple expression dans l'espace politique, il est carr&#233;ment marginalis&#233; dans le monde de l'entreprise. D&#233;sormais, le travail est un boulet. D'ailleurs, dans la novlangue qui tient lieu de pr&#234;t-&#224;-penser, la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;valeur travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a disparu. Elle a &#233;t&#233; balay&#233;e par le vocabulaire manag&#233;rial import&#233; des pays anglo-saxons et mis &#224; la mode apr&#232;s un passage rapide mais efficace dans les instituts patronaux. Ce vocabulaire a envahi toutes les sph&#232;res du pouvoir, o&#249; l'on ne parle plus d'art de gouverner, mais de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gouvernance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, comme si l'on pouvait diriger un pays comme on dirige une multinationale ayant son si&#232;ge social dans le Far West.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;valeur travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avait &#233;t&#233; mise &#224; rude &#233;preuve et d&#233;j&#224; d&#233;tourn&#233;e de son sens sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Par un de ces contre-pieds propres &#224; la vie politique, il a fallu la victoire de la social-d&#233;mocratie pour faire du travail un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;co&#251;t&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; r&#233;duire au maximum (ou au minimum, comme on voudra) afin d'augmenter la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comp&#233;titivit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de l'entreprise, une structure qui aurait la capacit&#233; magique de cr&#233;er de la richesse sans intervention de la force de travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Droit dans ses bottes, Fran&#231;ois Hollande a expliqu&#233; que son objectif principal &#233;tait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d'all&#233;ger le co&#251;t du travail des entreprises, car s'il n'y a pas cette baisse, il n'y aura pas le redressement de la comp&#233;titivit&#233; fran&#231;aise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce jour-l&#224;, en une heure d'entretien, le pr&#233;sident ne parla pas une seule fois de l'exorbitant co&#251;t du capital, &#224; croire que ce dernier se r&#233;g&#233;n&#232;re par l'op&#233;ration du Saint-Esprit de la finance. Une histoire fantasm&#233;e de l'entreprise Pourtant, il n'est nul besoin d'&#234;tre f&#233;ru de marxisme pour savoir que l'unique source de cr&#233;ation de richesse est le travail, manuel ou intellectuel. Sans intervention humaine, l'entreprise n'est rien. On s'en aper&#231;oit par l'absurde avec les gr&#232;ves &#8211; que l'on appelle pudiquement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;arr&#234;ts de travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Dans ce cas, tout s'arr&#234;te, &#224; commencer par la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;cr&#233;ation de valeur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, aujourd'hui synonyme de la bonne volont&#233; des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;investisseurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et des actionnaires. Et l'on n'h&#233;site pas &#224; chiffrer le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;co&#251;t de la gr&#232;ve&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais s'il y a un co&#251;t du non-travail, c'est bien la preuve par l'absurde que le travail lui-m&#234;me n'en est pas un, car il est producteur de richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salari&#233;s, de l'ouvrier &#224; l'ing&#233;nieur, n'existent plus&lt;br class='autobr' /&gt;
L'entreprise, si sophistiqu&#233;e soit-elle, grande ou petite, multinationale ou pas, n'est qu'un espace vide incapable de g&#233;n&#233;rer la moindre valeur suppl&#233;mentaire sans l'esprit et la main de ceux qui forment le collectif de travail. Si l'&#233;l&#233;ment salari&#233; fait d&#233;faut, l'entreprise est une coquille vide, un bureau sans mobilier, une voiture sans moteur, un avion sans carburant, une &#233;quipe de foot sans joueurs, un orchestre sans musiciens. Or la version qui a droit de cit&#233; dans les livres d'&#233;cole nous raconte une autre histoire, f&#233;&#233;rique. Les entreprises se r&#233;duiraient &#224; des actionnaires ayant la bont&#233; d'y placer leurs &#233;conomies afin de participer &#224; l'effort national &#8211; et demandant en retour une modeste gratification &#8211; et &#224; des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDG&lt;/span&gt; propres sur eux, form&#233;s dans des &#233;coles prestigieuses, &#224; l'esprit aff&#251;t&#233;, des guerriers modernes, risquophiles, cultiv&#233;s, d&#233;cid&#233;s &#224; affronter les d&#233;fis de la mondialisation en &#233;change d'un salaire certes cons&#233;quent mais sans rapport avec leurs immenses m&#233;rites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les salari&#233;s, de l'ouvrier &#224; l'ing&#233;nieur, n'existent plus, sauf pour poser des probl&#232;mes revendicatifs insurmontables. Ils sont corporatistes, born&#233;s, archa&#239;ques, ringards, en d&#233;calage total avec les exigences du monde moderne &#8211; surtout s'ils ont l'id&#233;e saugrenue de se regrouper dans des syndicats afin de d&#233;fendre des droits, alors qu'il est si simple de s'entendre entre bons amis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En somme, l'entreprise id&#233;ale serait celle o&#249; il n'y aurait que des actionnaires et des directions, avec des robots pour effectuer les t&#226;ches requises dans l'&#233;quivalent d'un Metropolis industriel. C'est ce que Serge Tchuruk, alors pr&#233;sident d'un des fleurons fran&#231;ais des t&#233;l&#233;coms, Alcatel, a appel&#233; l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;entreprise sans usines&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il a r&#233;alis&#233; en partie son r&#234;ve en 2006 en bradant Alcatel &#224; l'am&#233;ricain Lucent, ce qui s'est r&#233;v&#233;l&#233; un fiasco pour l'industrie nationale et pour l'emploi (la moiti&#233; des postes ont disparu). En revanche, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDG&lt;/span&gt; a eu droit au passage &#224; un parachute dor&#233; de 6 millions d'euros en remerciement des s&#233;vices rendus. Progr&#232;s ou pas, r&#233;volution technologique ou pas, l'entreprise sans usines rel&#232;ve du fantasme. Les travailleurs, quelles que soient les appellations exotiques dont on les affuble, sont la cl&#233; de vo&#251;te du processus de production. Sauf qu'ils n'y sont pas &#224; leur place. On pourrait reprendre &#224; l'&#233;gard du salariat la c&#233;l&#232;bre formule de l'abb&#233; Siey&#232;s &#224; propos du Tiers-&#201;tat pendant la R&#233;volution fran&#231;aise&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Qu'est-ce que le Tiers-&#201;tat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Tout. Qu'a-t-il &#233;t&#233; jusqu'&#224; pr&#233;sent dans l'ordre politique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Rien. Que demande-t-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#192; y devenir quelque chose.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des m&#233;dias Bisounours chez les oligarques du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CAC&lt;/span&gt; 40&lt;br class='autobr' /&gt;
Or les m&#233;dias nous servent une version quotidienne inspir&#233;e des Bisounours chez nos amis les oligarques du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CAC&lt;/span&gt; 40, ces gentils dirigeants tellement incompris, alors qu'ils veulent faire le bonheur de leurs employ&#233;s, tout comme Xi Jinping dit vouloir faire celui des habitants de la Chine &#233;ternelle. On m&#233;lange petites et grandes entreprises, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PME&lt;/span&gt; et casinos du business, jeunes entrepreneurs en mal de financement et accros des paradis fiscaux, pour d&#233;fendre le seul point de vue des g&#233;ants qui font la pluie et le beau temps. On nous assure que la tendance est aux petites structures, que le temps des conglom&#233;rats est r&#233;volu, alors que le grand patronat r&#232;gne en seigneur et ma&#238;tre, second&#233; par ses serviteurs attitr&#233;s. Les oligarques tiennent les r&#234;nes du Medef, pourtant bien peu repr&#233;sentatif du patronat r&#233;el. Ils disposent &#233;galement d'une structure moins connue, mais dot&#233;e d'un pouvoir de nuisance redoutable, qui regroupe le gratin du gratin&#160;: l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AFEP&lt;/span&gt; (Association fran&#231;aise des entreprises priv&#233;es). Cr&#233;&#233;e en 1982 en riposte &#224; la vague de nationalisations, cette organisation est dirig&#233;e par Pierre Pringuet, directeur g&#233;n&#233;ral de Pernod-Ricard, qui a succ&#233;d&#233; &#224; Jean- Martin Folz (ex-&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDG&lt;/span&gt; de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PSA&lt;/span&gt;) et &#224; Maurice L&#233;vy (Publicis). On est dans la cat&#233;gorie poids lourds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas tout. Les oligarques tiennent &#233;galement les banques et les circuits financiers. Ils ont leurs lobbyistes &#224; Bruxelles, l&#224; o&#249; tout se joue, l&#224; o&#249; est le vrai pouvoir. Ils organisent les r&#233;seaux d'influence, y compris parmi les journalistes. Ils animent les clubs de r&#233;flexion o&#249; le d&#233;bat d'id&#233;es tourne &#224; sens unique &#8211; celui de la pens&#233;e du m&#234;me acabit. Ils ont leur rond de serviette &#224; Davos, ce rendez-vous annuel o&#249; les chefs d'&#201;tat sont flatt&#233;s d'&#234;tre re&#231;us par les grands de ce monde, illustrant ainsi la confusion ambiante sur les v&#233;ritables ma&#238;tres de la plan&#232;te. Ils ont table ouverte aux d&#238;ners du Si&#232;cle, ce club tr&#232;s select dirig&#233; par Nicole Notat, ex-secr&#233;taire g&#233;n&#233;rale de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CFDT&lt;/span&gt;, o&#249; se croisent hommes d'affaires et journalistes bien en cour, banquiers et politiques, barons des finances et petits marquis de l'intelligentsia. Ils organisent des universit&#233;s d'&#233;t&#233; o&#249; l'on vient prendre de bons conseils. Ils fournissent les armadas d'experts qui portent la bonne parole sur les plateaux t&#233;l&#233;vis&#233;s ou dans de multiples colloques. Ils entretiennent des relations particuli&#232;res avec les syndicats amis, susceptibles d'accepter des compromis au rabais, quitte &#224; mettre en sc&#232;ne des pseudo-crises pour ne pas leur faire perdre la face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Charles P&#233;guy proposait de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;faire entrer la R&#233;publique dans les entreprises&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Pour l'heure, c'est l'oligarchie qui est entr&#233;e dans la R&#233;publique. Au nom de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;concurrence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, devenue l'invariant de la pens&#233;e obligatoire, le p&#233;rim&#232;tre des entreprises publiques &#8211; o&#249; les salari&#233;s ont des droits limit&#233;s, mais r&#233;els &#8211; s'est r&#233;duit &#224; sa plus simple expression. Du coup, l'&#201;tat strat&#232;ge est priv&#233; de moyens d'action r&#233;els, et les salari&#233;s ont perdu des points d'appui pr&#233;cieux. La derni&#232;re grande vague de nationalisations date de 1981, avec la victoire de Fran&#231;ois Mitterrand &#224; la pr&#233;sidentielle et l'arriv&#233;e de la gauche au gouvernement. L'exp&#233;rience fut men&#233;e dans de telles conditions, et sous de telles pressions, qu'elle d&#233;boucha sur un &#233;chec. Les ann&#233;es suivantes furent celles du retour au priv&#233; et de la reprise en main progressive par les oligarques. On ent&#233;rina le fait que les monopoles publics &#233;taient par principe des vestiges d'une &#233;poque r&#233;volue, mais que leurs homologues priv&#233;s constituaient le nec plus ultra de la modernit&#233;. R&#233;sultat&#160;: la France se retrouve avec un appareil &#233;conomique et financier contr&#244;l&#233; par des intouchables, un ar&#233;opage de drogu&#233;s de la mondialisation qui refusent tout partage de leurs pouvoirs et toute remise en cause de leurs privil&#232;ges, telle l'aristocratie de l'Ancien R&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne se passe pas un jour sans qu'on lise, graphiques &#224; l'appui, que les salaires constituent un poids insoutenable, qu'il faut consentir des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;efforts&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, que le pays ne doit pas vivre au-dessus de ses moyens, que les fonctionnaires sont des privil&#233;gi&#233;s, que le smic est un handicap, et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RSA&lt;/span&gt; un encouragement &#224; l'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;assistanat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8230; Dans ces conditions, on pourrait s'attendre &#224; ce que les puissants, ceux d'en haut, offrent une partie de leurs &#233;moluments princiers &#224; la cause nationale, ne serait-ce que pour donner le bon exemple. Dans un pays o&#249; l'on pr&#234;che l'h&#233;ritage chr&#233;tien, pourquoi ne pas entendre les exhortations du pape Fran&#231;ois au partage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bonus, hauts salaires et stock-options ne seraient pas responsables de la crise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
Il n'en est rien. Toute &#233;vocation d'une loi visant &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;encadrer&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; les salaires des patrons du priv&#233; d&#233;clenche une bronca chez les int&#233;ress&#233;s, ainsi que chez ceux pour qui toute r&#233;f&#233;rence &#224; la justice est un appel &#224; la subversion. Pourtant, chacun sait que seuls les tr&#232;s gros seraient concern&#233;s, puisque les petits patrons, la plupart du temps, ont un salaire proche de celui d'un cadre sup&#233;rieur. Mais, faute de pression politique, le Medef s'est content&#233; de mettre en place un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;code de d&#233;ontologie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; destin&#233; &#224; permettre une forme d'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;autor&#233;gulation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (sic). Autant demander &#224; un drogu&#233; de g&#233;rer sa propre consommation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; en croire les bonnes &#226;mes, bonus, hauts salaires et stock-options ne seraient pas responsables de la crise. Tiens donc. Et le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;co&#251;t du travail&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pr&#233;tendument exorbitant, il y est pour quelque chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment expliquer que des ouvriers pay&#233;s 1 200 euros par mois mettent l'&#233;conomie en p&#233;ril, alors que les patrons du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CAC&lt;/span&gt; 40 sont r&#233;tribu&#233;s en moyenne 350 000 euros par mois, soit 290 fois le smic&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-il normal que l'&#233;cart entre les salaires les plus bas et les salaires les plus hauts, qui &#233;tait de 1 &#224; 30 dans les ann&#233;es 1980, soit pass&#233; de 1 &#224; 400&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-il justifi&#233; que les actionnaires pr&#233;l&#232;vent une v&#233;ritable d&#238;me sur les entreprises&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que sont les banquiers fautifs devenus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-il logique que les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDG&lt;/span&gt; de banques qui ont &#233;t&#233; sauv&#233;es par les fonds publics gagnent des sommes qui sont un d&#233;fi au bon sens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] La justification de cette &#233;chelle de salaires hors norme tient de la morgue de classe du seigneur vis-&#224;-vis du serf. Dans les entreprises publiques, o&#249; l'&#233;cart est de 1 &#224; 20, nul n'a assist&#233; &#224; un exil en masse des cadres ni &#224; une p&#233;nurie subite d'aspirants &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDG&lt;/span&gt;. Personne n'a not&#233; une crise des vocations ni une inefficacit&#233; soudaine des directions. Pourquoi ne pas s'en inspirer dans le secteur priv&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Si l'on ne veut pas en passer par la toise salariale, l'arme fiscale peut r&#233;gler le probl&#232;me, comme l'avait compris Roosevelt en son temps, de l'autre c&#244;t&#233; de l'Atlantique, sans pour autant instaurer le pouvoir des soviets. Il est tout de m&#234;me &#233;tonnant de signifier aux citoyens ordinaires qu'ils ont des droits et des devoirs, tout en consid&#233;rant que d'autres, moins ordinaires, ont peu de devoirs et beaucoup de droits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La France a la passion de l'&#233;galit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, disait Tocqueville. C'est aussi un pays o&#249; l'oligarchie a la passion des injustices. Sinon, on ne comprendrait pas comment des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDG&lt;/span&gt; pay&#233;s comme des nababs peuvent relayer sans &#233;tat d'&#226;me les attaques contre le smic, allant jusqu'&#224; pr&#244;ner un smic au rabais pour les jeunes. L'id&#233;e a &#233;t&#233; avanc&#233;e par Pierre Gattaz, le patron du Medef, ce qui ne surprendra personne. Elle a &#233;t&#233; &#233;voqu&#233;e sous d'autres formes par Pascal Lamy, socialiste et libre-&#233;changiste convaincu, grand d&#233;fenseur de la mondialisation sans rivage, ancien membre de la Commission europ&#233;enne, ex-directeur g&#233;n&#233;ral de l'Organisation mondiale du commerce (&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OMC&lt;/span&gt;). Elle est &#233;galement pr&#244;n&#233;e par Henri de Castries, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDG&lt;/span&gt; d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AXA&lt;/span&gt;, qui sait de quoi il parle, puisqu'il gagne environ 370 fois le smic. &#192; propos du principe r&#233;publicain selon lequel tous les hommes naissent libres et &#233;gaux en droits, Pierre Desproges disait&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Qu'on me pardonne, mais c'est une phrase que j'ai beaucoup de mal &#224; dire sans rire.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; Henri de Castries, lui, ne rit pas. Il consid&#232;re sans doute que les smicards ne sont pas des &#234;tres humains comme les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les journaux, les rubriques consacr&#233;es aux questions sociales ont disparu&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais qui se soucie des gens de peu, comme on disait nagu&#232;re&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La presse a pris acte de leur disparition des radars. Quand on suspecte un rapt d'enfant, l'op&#233;ration &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Alerte enl&#232;vement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; s'affiche sur tous les &#233;crans de t&#233;l&#233;vision. Mais quand le monde salarial dispara&#238;t des radars de l'info, personne ne s'&#233;meut. Dans les journaux, &#224; part dans L'Humanit&#233;, les rubriques consacr&#233;es aux questions sociales ont quasiment disparu. On trouve des rubriques sur l'&#233;conomie, l'emploi, l'argent (&#233;videmment), la Bourse, mais pas sur l'univers du travail, comme s'il n'y avait rien &#224; en dire. Chaque quotidien, ou presque, a son suppl&#233;ment &#233;conomique, dont le contenu est peu ou prou interchangeable tant on y retrouve le discours consensuel format&#233;. Mais, sur le social, pratiquement rien. Pourtant, dans les r&#233;dactions, on trouve encore d'anciens gauchistes ayant particip&#233; &#224; la r&#233;volte de mai-juin 1968. Certains d'entre eux, &#224; l'&#233;poque, n'avaient pas h&#233;sit&#233; &#224; passer de l'autre c&#244;t&#233; et &#224; s'engager en usine, f&#251;t-ce pour une exp&#233;rience sans lendemain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aujourd'hui, il faut accepter que l'entreprise soit un bunker inaccessible, &#224; moins de montrer patte blanche &#224; un service de communication qui transformera chaque demande de visite en voyage touristique &#224; l'int&#233;rieur d'un monde enchant&#233;. Rencontrer des ouvriers sur leur lieu de travail est devenu aussi difficile que visiter un lieu de commandement de l'arm&#233;e de terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[&#8230;] Parfois, cependant, [un travailleur] appara&#238;t &#224; l'&#233;cran lors d'un d&#233;bat avec une personnalit&#233; politique. C'est alors la surprise, le clash de deux mondes, le choc de deux civilisations, la rencontre de deux univers qui s'ignorent. Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, Jean- Fran&#231;ois Cop&#233;, Fran&#231;ois Hollande ont v&#233;cu cette curieuse exp&#233;rience in vivo qui met &#224; mal le notable avec sa langue de bois, ce discours convenu qui passe tr&#232;s bien avec les journalistes (c'est le m&#234;me monde), mais ne fonctionne plus du tout lorsqu'il se heurte &#224; un &#234;tre r&#233;el, si l'on ose dire. C'est un peu le syndrome de Fran&#231;ois Hollande en visite &#224; Carmaux pour rendre hommage &#224; Jean Jaur&#232;s. Le 23&#160;avril 2014, dans une ville qui a vot&#233; pour lui &#224; 72&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;% lors de la pr&#233;sidentielle de mai 2012, il est apostroph&#233; par une femme en col&#232;re. Terrible choc, que l'on avait d&#233;j&#224; connu avec Lionel Jospin, alors Premier ministre, face aux ouvriers de Lu qui manifestaient contre la fermeture de leur entreprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; la t&#233;l&#233;vision, dans ces &#233;missions o&#249; d'ordinaire le ronron est de rigueur, le contraste est encore plus saisissant. Il suffit que la voix d'un non-professionnel de la politique ou du monde m&#233;diatique vienne troubler le jeu pour que s'&#233;croule aussit&#244;t le bel ordonnancement pr&#233;vu &#224; l'origine, comme si un intrus &#233;tait mont&#233; sur la sc&#232;ne pendant une repr&#233;sentation de th&#233;&#226;tre. &#192; cette diff&#233;rence pr&#232;s que la vie politique, a priori, ne rel&#232;ve pas du spectacle.&#8221;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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