<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Faire Vivre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!</title>
	<link>https://lepcf.fr/</link>
	<description>Ce site est un outil de travail et de diffusion pour contribuer &#224; l'organisation et au renforcement du Parti Communiste Fran&#231;ais. Il est anim&#233; par le r&#233;seau &#171;&#160;Faire Vivre et Renforcer le PCF&#160;&#187;</description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net (Sarka-SPIP)</generator>

	<image>
		<title>Faire Vivre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!</title>
		<url>http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L144xH142/siteon0-21322.jpg?1721153435</url>
		<link>https://lepcf.fr/</link>
		<height>142</height>
		<width>144</width>
	</image>



 
	<item xml:lang="fr">
		<title>Les hypocrites du premier mai</title>
		<link>http://lepcf.fr/Les-hypocrites-du-premier-mai</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Les-hypocrites-du-premier-mai</guid>
		<dc:date>2025-05-10T21:02:01Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;mai, journ&#233;e des travailleurs &#8211; et des travailleuses, pour reprendre le mantra de Sophie Binet &#8211; est habituellement une journ&#233;e &#339;cum&#233;nique &#224; gauche. Alors que 364 jours par an les insoumis, les communistes, les socialistes, les &#233;cologistes et les diff&#233;rents groupuscules ne perdent une occasion de se bouffer le nez, ce jour-l&#224; les divisions sont cach&#233;es sous le tapis. On minimise ce qui nous s&#233;pare, on insiste sur ce qui nous unit. Et on regrette, rituellement, que l'unit&#233; ne soit plus&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Vie-politique-" rel="directory"&gt;Vie politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH150/metal_ss_mittal_1_mai_2025-4339b.jpg?1746910970' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le 1&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;er&lt;/sup&gt;&#160;mai, journ&#233;e des travailleurs &#8211; et des travailleuses, pour reprendre le mantra de Sophie Binet &#8211; est habituellement une journ&#233;e &#339;cum&#233;nique &#224; gauche. Alors que 364 jours par an les insoumis, les communistes, les socialistes, les &#233;cologistes et les diff&#233;rents groupuscules ne perdent une occasion de se bouffer le nez, ce jour-l&#224; les divisions sont cach&#233;es sous le tapis. On minimise ce qui nous s&#233;pare, on insiste sur ce qui nous unit. Et on regrette, rituellement, que l'unit&#233; ne soit plus &#233;troite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_10678 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/metal_ss_mittal_1_mai_2025_2-4be46.png?1746910970' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Cet &#339;cum&#233;nisme donne lieu &#224; de bien &#233;tranges rapprochements. Ainsi, ce premier mai on a vu d&#233;filer &#224; Dunkerque Roussel, Tondelier, Ruffin mais aussi les trois principaux candidats &#224; la direction du parti socialiste, Faure, Vallaud et Mayer-Rossignol. Sans compter la cr&#232;me des socialistes locaux, tels le s&#233;nateur du Nord Patrick Kanner. La raison&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'annonce par Arcelor-Mittal le 23&#160;avril dernier d'un plan de suppression d'emplois de 640 postes dans diff&#233;rents sites du nord de la France, dont 300 pour le site de Dunkerque, 200 &#224; Florange, 100 en Basse-Indre et 30 &#224; Montataire. A cela s'ajoutent 300 postes d&#233;j&#224; supprim&#233;s &#224; Fos-sur-Mer. D&#233;j&#224; fin 2024 l'entreprise sid&#233;rurgique avait annonc&#233; l'abandon du projet de d&#233;carbonation des hauts-fourneaux de Dunkerque (1,8 M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;d&lt;/sup&gt;&#8364; d'investissements).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que Roussel manifeste avec les travailleurs du site de Dunkerque ne devrait &#233;tonner personne. Apr&#232;s tout, le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; a une longue tradition de d&#233;fense de l'industrie et une grande coh&#233;rence dans ses propositions &#224; ce sujet. Mais voir des &#233;cologistes, des socialistes, des (anciens) insoumis, cela ne peut que susciter un certain scepticisme. Parce que si Dunkerque est aujourd'hui en difficult&#233;, c'est en grande partie du fait des politiques et des textes qu'&#233;cologistes, socialistes et insoumis ont passionn&#233;ment soutenu tant au niveau national qu'europ&#233;en. Vous voulez une petite liste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi l'acier europ&#233;en n'est pas comp&#233;titif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ce n'est pas tant les salaires qui p&#232;sent sur le prix &#224; la tonne&#160;: la sid&#233;rurgie est un domaine intensif en capital, et le co&#251;t du travail ne p&#232;se que marginalement. Non, le probl&#232;me se trouve ailleurs. D'abord, dans les contraintes environnementales, et notamment les prix du carbone. Les industriels sont tenus de couvrir leurs &#233;missions de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CO2&lt;/span&gt; par des certificats d'&#233;mission, dont le prix est pass&#233; de 37 &#8364;/t en 2021 &#224; pr&#232;s de 70 &#8364;/t en 2024, pour tenir compte d'objectifs de plus en plus contraignants dans la mati&#232;re fix&#233;s par l'Union europ&#233;enne. Mais dites moi&#160;: qui &#224; Bruxelles a milit&#233; pour que ces objectifs soient le plus contraignants possible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui a d&#233;nonc&#233; dans l'enceinte du Parlement europ&#233;en ceux qui cherchaient &#224; prot&#233;ger les industries comme des tra&#238;tres &#224; la cause de la plan&#232;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les &#233;cologistes et les insoumis. Peut-&#234;tre que Marine Tondelier et Fran&#231;ois Ruffin pourraient expliquer aux Dunkerquois que si leur usine ferme, c'est bon pour la plan&#232;te&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me raison est, bien entendu, le prix de l'&#233;nergie. Et l&#224; encore, on retrouve nos amis &#233;cologistes, insoumis et socialistes &#224; l'avant-garde. Tout ce beau monde est tr&#232;s sensible lorsque le prix de l'&#233;nergie pour le consommateur domestique monte, parce que le consommateur domestique est en m&#234;me temps un &#233;lecteur. Mais lorsqu'il s'agit de penser &#224; l'industrie, il n'y a plus personne. Et surtout, il n'y a personne lorsqu'il s'agit de penser la question sur le long terme, et non en termes de subventions. Parce qu'il n'y a pas de secret&#160;: pour que l'&#233;nergie soit comp&#233;titive, il faut qu'elle soit abondante. Ce qui suppose la construction d'infrastructures &#8211; centrales &#233;lectriques et r&#233;seaux pour l'&#233;lectricit&#233;, gazoducs et ol&#233;oducs pour les hydrocarbures &#8211; et des politiques d'approvisionnement diversifi&#233;es qui permettent de s'affranchir des al&#233;as g&#233;opolitiques. Et pour couronner le tout, une politique ext&#233;rieure intelligente qui nous &#233;vite des erreurs comme la guerre en Ukraine, dans laquelle nous avons triplement faut&#233;&#160;: d'abord en poussant l'Ukraine &#224; une adh&#233;sion &#224; l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OTAN&lt;/span&gt; qui ne pouvait qu'amener &#224; pi&#233;tiner les lignes rouges fix&#233;es par Moscou, ensuite en se fixant des objectifs irr&#233;alistes au lieu de chercher une sortie de conflit r&#233;alisable, enfin en s'engageant dans une politique de sanctions qui finalement a fait plus de mal &#224; l'Union europ&#233;enne qu'&#224; la Russie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, qu'est-ce qu'on observe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L&#224; encore, on trouve les &#233;cologistes et les socialistes du mauvais c&#244;t&#233; de la barri&#232;re. Sur les infrastructures, ces gens-l&#224; ont &#233;t&#233; au mieux n&#233;gligents, au pire destructeurs. La fermeture de Fessenheim, c'est eux. Le sabotage des permis de recherche d'hydrocarbures, c'est eux. L'obstruction de tous les projets d'infrastructures, c'est eux. Le d&#233;veloppement &#224; grands coups de milliards des &#233;nergies renouvelables &#8211; milliards pr&#233;lev&#233;s sur la consommation d'&#233;lectricit&#233; &#8211; dont on n'a pas besoin et qui d&#233;stabilisent compl&#232;tement les march&#233;s de l'&#233;lectricit&#233; et demain les r&#233;seaux, c'est encore eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, la troisi&#232;me raison, c'est la question de l'investissement. La Chine ou l'Inde disposent d'unit&#233;s de production modernes, tirant parti des derni&#232;res avanc&#233;es des techniques, l&#224; o&#249; la sid&#233;rurgie europ&#233;enne repose sur des unit&#233;s vieillissantes. Personne n'investira massivement pour moderniser Dunkerque ou Fos. Et pas seulement &#224; cause du prix de l'&#233;nergie ou la politique environnementale. Qui prendra le risque d'investir dans un continent dont l'&#233;conomie est gouvern&#233;e par une Commission pour qui le simple terme de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;politique industrielle&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; rel&#232;ve de l'h&#233;r&#233;sie, et qui reste persuad&#233;e qu'en laissant faire les march&#233;s tout s'arrangera&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui prendra des risques dans un continent qui restera ouvert aux quatre vents alors m&#234;me que ses concurrents lui ferment leurs fronti&#232;res&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le sid&#233;rurgiste chinois sait que son gouvernement r&#233;agira fermement lorsque Trump taxera son acier. Le sid&#233;rurgiste europ&#233;en sait qu'apr&#232;s moult tergiversations, l'Union europ&#233;enne n'en fera rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette Union europ&#233;enne, celle de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;concurrence libre et non fauss&#233;e&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et des fronti&#232;res ouvertes, n'est pas venue de nulle part. Elle a &#233;t&#233; forg&#233;e au fil de trait&#233;s comme celui de Maastricht&#8230; et l&#224; encore, o&#249; &#233;taient les dirigeants &#233;cologistes, socialistes, insoumis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et bien, tous comme un seul homme du c&#244;t&#233; du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;oui&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; ce qu'ils qualifiaient &#224; l'&#233;poque de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;compromis de gauche&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et m&#234;me si certains d'entre eux peuvent &#224; l'occasion &#8211; pour des raisons &#233;lectorales &#8211; critiquer la construction europ&#233;enne, ni les &#233;cologistes, ni les socialistes, ni les insoumis d'ailleurs, ne sont pr&#234;ts &#224; rompre avec la construction europ&#233;enne, fatalement n&#233;olib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas non plus inutile de rappeler comment on en est arriv&#233; &#224; mettre la sid&#233;rurgie europ&#233;enne dans les mains de l'empire Mittal. En 2001, trois gros sid&#233;rurgistes europ&#233;ens Aceralia (Espagne), Usinor-Sacilor (France) et Arbed (Belgique-Luxembourg) s'unissent pour cr&#233;er un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;champion europ&#233;en&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Arcelor. Seulement voil&#224;, la Commission &#8211; et les Allemands &#8211; veille &#224; la concurrence, et pour donner son accord &#224; la fusion exige la vente d'un certain nombre d'unit&#233;s de production pour limiter sa part de march&#233;. Fin du r&#234;ve du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;champion europ&#233;en&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est une entreprise de taille plus modeste et donc plus vuln&#233;rable qui sort du processus, et qui fera l'objet d'une &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OPA&lt;/span&gt; hostile de Mittal en 2006, que les actionnaires d'Arcelor finissent par accepter, et &#224; laquelle ni la Commission, ni les gouvernements concern&#233;s ne feront obstacle. Et comme l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OPA&lt;/span&gt; est financ&#233;e par un endettement tr&#232;s important, on voit difficilement comment l'entreprise pourrait supporter les investissements n&#233;cessaires pour rester dans la course. L&#224; encore, qui &#233;tait aux commandes lorsque Arcelor fut cr&#233;&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi voir socialistes et &#233;cologistes d&#233;filer &#224; Dunkerque a quelque chose de grotesque. La politique &#224; l'&#226;ge postmoderne permet aux politiciens de se battre contre les cons&#233;quences des politiques mises en &#339;uvre sans avoir &#224; assumer leur contribution. On se souvient comment la gauche rassembl&#233;e, qui ne jure que par la r&#233;duction de la consommation d'hydrocarbures, s'&#233;tait trouv&#233;e unie pour manifester contre la fermeture de la raffinerie de Petite Couronne, pourtant la cons&#233;quence logique de leurs propositions. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Dieu se rit des pri&#232;res qu'on luy fait pour d&#233;tourner les malheurs publics, quand on ne s'oppose pas &#224; ce qui se fait pour les attirer&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#233;crit Bossuet. S'il dit vrai, alors le Dieu &#224; qui socialistes et &#233;cologistes adressent leurs pri&#232;res aujourd'hui doit avoir mal au ventre &#224; force de rire. Contrairement aux travailleurs d'Arcelor Mittal Dunkerque qui, eux, n'ont plus que leurs yeux pour pleurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne le r&#233;p&#233;tera jamais assez&#160;: l'essence de la d&#233;mocratie, c'est la responsabilit&#233; des gouvernants, c'est l'obligation qui leur est faite d'assumer les cons&#233;quences de leurs d&#233;cisions. Et cela suppose un minimum de m&#233;moire, pour pouvoir mettre en rapport les discours de nos leaders aujourd'hui avec leurs actes d'hier. Ceux qui ont coul&#233; notre industrie &#224; Bruxelles ne devraient pas pouvoir se faire passer pour les premiers d&#233;fenseurs des emplois industriels &#224; Dunkerque ou ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lu sur son &lt;a href=&#034;https://descartes-blog.fr/2025/05/03/les-hypocrites-du-premier-mai/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>M&#233;lenchon, entre &#171;&#160;Faites mieux&#160;!&#160;&#187; et faire pire&#8230;</title>
		<link>http://lepcf.fr/Melenchon-entre-Faites-mieux-et-faire-pire</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Melenchon-entre-Faites-mieux-et-faire-pire</guid>
		<dc:date>2023-12-22T18:13:57Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On peut ne pas aimer la libert&#233; de parole du myst&#233;rieux Descartes, toujours est-il qu'il nous livre une pertinente analyse des th&#233;ories d&#233;velopp&#233;es par M&#233;lenchon dans son dernier livre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Faire mieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vers la r&#233;volution citoyenne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cette analyse est fortement teint&#233;e d'un point de vue marxiste (on sent que Descartes n'a pas &#233;t&#233; membre du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; pour rien), et nous permet de ne pas nous astreindre &#224; ce pensum, la lecture de ce livre, ce qui n'est pas n&#233;gligeable. Qu'il en soit remerci&#233;. Je&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Vie-politique-" rel="directory"&gt;Vie politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L147xH150/arton5334-fdbfb.jpg?1728721357' class='spip_logo spip_logo_right' width='147' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;On peut ne pas aimer la libert&#233; de parole du myst&#233;rieux Descartes, toujours est-il qu'il nous livre une pertinente analyse des th&#233;ories d&#233;velopp&#233;es par M&#233;lenchon dans son dernier livre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Faire mieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vers la r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cette analyse est fortement teint&#233;e d'un point de vue marxiste (on sent que Descartes n'a pas &#233;t&#233; membre du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; pour rien), et nous permet de ne pas nous astreindre &#224; ce pensum, la lecture de ce livre, ce qui n'est pas n&#233;gligeable. Qu'il en soit remerci&#233;. Je voudrais simplement rajouter que la totalit&#233; de ses propos lui appartiennent et que nous ne faisons que les diffuser... Toutefois, je me suis permis de glisser quelques intertitres pour faciliter la lecture de son article.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PB&lt;/span&gt;&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quand j'&#233;tais &#233;colier, je me souviens qu'au retour de l'&#233;cole nous passions devant une vieille maison. Dans le jardin vivaient quatre chiens, quatre molosses terrifiants, que la grille qui fermait le devant du jardin emp&#234;chait de sortir dans la rue. On s'amusait, en passant devant, &#224; frapper la grille avec des b&#226;tons ce qui provoquait un concert d'aboiements qui durait un bon quart d'heure et qui nous poursuivait pour le reste du chemin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien, cette anecdote d'enfance m'est revenue en pensant aux derni&#232;res pol&#233;miques m&#233;diatiques provoqu&#233;es par le Leader Minimo &#8211; chaque fois plus minimo, &#224; mesure que le temps passe &#8211; de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LFI&lt;/span&gt;. Comme un &#233;colier fac&#233;tieux, il frappe la grille du monde politique et m&#233;diatique, et provoque les aboiements des molosses qui se cachent derri&#232;re. Peu importe les moyens&#160;: on peut insulter un journaliste, s'opposer &#224; une perquisition, dire &#034;noir&#034; l&#224; o&#249; tout le monde dit &#034;blanc&#034; sur un sujet pol&#233;mique. Tout est bon, pourvu qu'on puisse rendre fous les pitbulls de l'autre c&#244;t&#233; de la grille. Mais il y a une diff&#233;rence radicale entre l'amusement plus ou moins innocent d'un groupe d'&#233;coliers, et le calcul politique qui se cache derri&#232;re les coups de l'un et les aboiements des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une chor&#233;graphie qui, au cours des ann&#233;es, s'est raffin&#233;e sans que rien ne change vraiment sur le fond. Mais c'est ici une chor&#233;graphie sans chor&#233;graphe. Elle fonctionne parce que chacun y trouve son compte. Pour M&#233;lenchon, c'est un moyen d'exister m&#233;diatiquement. Cela lui permet aussi de se placer dans le r&#244;le de la victime, pers&#233;cut&#233;e par la &#034;caste&#034; politique et m&#233;diatique, qu'il sait rejet&#233;e par une portion non n&#233;gligeable de l'&#233;lectorat. Un choix habile des th&#233;matiques lui permet aussi de se pr&#233;senter comme le d&#233;fenseur des communaut&#233;s, et donc de caresser dans le sens du poil un sentiment communautaire qu'il imagine &#8211; &#224; tort &#224; mon avis &#8211; pouvoir traduire en termes &#233;lectoraux&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Vous noterez d'ailleurs que ce comportement n'est pas exclusif de M&#233;lenchon (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le &#034;cercle de la raison&#034;, cette agitation est aussi fort int&#233;ressante. Non seulement elle lui fournit un &#034;diable de confort&#034; qui en plus &#224; l'obligeance de faire tout ce qu'il peut pour para&#238;tre vraiment diabolique &#8211; contrairement &#224; l'ancien &#034;diable de confort&#034;, cet &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RN&lt;/span&gt; qui ne fait presque plus tellement peur. Mais surtout, lui permet de jeter un voile pudique sur les v&#233;ritables questions politiques. Sur la place publique, on ne discute plus du gouvernement de la cit&#233;, de ce que la France devrait faire de sa politique &#233;trang&#232;re, pas plus que de sa politique &#233;nerg&#233;tique ou &#233;ducative. Tout l'espace m&#233;diatique est occup&#233; par la question de savoir si l'attaque du 7&#160;octobre est ou non un acte terroriste, ou de savoir si Ruth Elkrief est une bonne journaliste ou au contraire une manipulatrice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;lenchon, il faut toujours garder cela en t&#234;te, est un pi&#232;tre strat&#232;ge mais un grand tacticien. Il ne sait pas o&#249; il va, mais il sait comment y aller. C'est pourquoi il est int&#233;ressant de suivre les m&#233;andres de la tactique m&#233;lenchonienne et surtout ses changements de cap. Prenons par exemple la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NUPES&lt;/span&gt;&#160;: elle s'inscrit dans une longue suite de tentatives de reproduire le congr&#232;s d'Epinay, qui vit le dirigeant d'une formation politique marginale r&#233;ussir une &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;OPA&lt;/span&gt; sur la v&#233;n&#233;rable &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SFIO&lt;/span&gt; pour constituer une organisation, le Parti socialiste, capable d'arriver au pouvoir. Depuis son d&#233;part du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; en 2008, M&#233;lenchon a essay&#233; &#224; plusieurs reprises le m&#234;me coup&#160;: avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; dans le cadre du Front de Gauche, avec l'ensemble de la gauche lors de la fondation de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LFI&lt;/span&gt; en 2016, avec la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NUPES&lt;/span&gt; en 2022. Et &#224; chaque fois, il bute sur le m&#234;me obstacle&#160;: les autres partis acceptent une alliance &#233;lectorale, ils peuvent aller jusqu'&#224; soutenir la candidature pr&#233;sidentielle de M&#233;lenchon&#8230; mais ne vont pas plus loin. Seule une minorit&#233; des militants &#8211; ceux qui par voie de d&#233;bauchage constituent les &#034;communistes insoumis&#034;, les &#034;socialistes insoumis&#034;, les &#034;&#233;cologistes insoumis&#034; et ainsi de suite &#8211; sont pr&#234;ts &#224; se fondre dans une organisation qui, n'ayant aucune structure d&#233;mocratique, n'est en fait qu'un instrument dans les mains de son gourou.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NUPES&lt;/span&gt; a naufrag&#233; pour la m&#234;me raison que le Front de Gauche avant elle. Il est clair que M&#233;lenchon ne con&#231;oit de participer &#224; une alliance que s'il en a la ma&#238;trise, que si les autres se rallient &#224; lui. Or, il s'av&#232;re que plus le temps passe, moins les autres sont press&#233;s de se rallier &#224; son panache blanc inconditionnellement. On arrive vite &#224; la situation o&#249; M&#233;lenchon, agissant comme s'il avait une autorit&#233; qu'il n'a pas, utilise le fait accompli pour faire avaler des couleuvres &#224; ses alli&#233;s, qui &#224; leur tour se rebiffent. C'est pourquoi la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NUPES&lt;/span&gt; n'avait pas d'avenir. Elle ne pouvait &#234;tre autre chose qu'une alliance &#233;lectorale, et donc vivre aussi longtemps que le leader minimo pensait une &#233;lection imminente. Maintenant qu'il a compris qu'une dissolution n'est pas dans les cartes, qu'on ne voit pas se profiler &#224; l'horizon une situation o&#249; le pr&#233;sident pourrait avoir int&#233;r&#234;t &#224; revenir devant les &#233;lecteurs, il change sa tactique. Il ne se pr&#233;pare plus &#224; une l&#233;gislative imminente, mais &#224; une pr&#233;sidentielle en 2027. Et cela suppose d'avoir les coud&#233;es franches. La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NUPES&lt;/span&gt; n'a donc plus aucun int&#233;r&#234;t pour lui, au contraire&#160;: elle limite sa capacit&#233; &#224; dire n'importe quoi, et serait un obstacle &#224; l'heure de chasser sur les terres &#233;lectorales des communistes, des socialistes ou des &#233;cologistes. La &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;NUPES&lt;/span&gt; a donc v&#233;cu&#160;: apr&#232;s avoir copieusement maltrait&#233; et insult&#233; ses partenaires, M&#233;lenchon a prononc&#233; son acte de d&#233;c&#232;s en rejetant, bien entendu, la faute sur les autres. Tout comme Mitterrand l'avait fait en 1978, lorsqu'il a cass&#233; le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;programme commun&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ayant compris son int&#233;r&#234;t de se pr&#233;senter devant les &#233;lecteurs avec les coud&#233;es franches et lib&#233;r&#233; de toute obligation envers les communistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Faire mieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vers la r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce point du raisonnement, il faut poser la question de fond. Peut-on r&#233;duire M&#233;lenchon &#224; un pur tacticien&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Y a-t-il derri&#232;re cette pens&#233;e tactique, de ce d&#233;sir d'&#233;galer son ma&#238;tre en politique, une v&#233;ritable &lt;i&gt;Weltanschauung&lt;/i&gt;, ou mieux encore, une th&#233;orie qui donnerait une coh&#233;rence au discours&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pour r&#233;pondre &#224; cette question, je me suis inflig&#233; la lecture de son dernier opus, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Faire mieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Vers la r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Comme il vaut mieux pr&#233;venir que gu&#233;rir, je m'&#233;tais pr&#233;vu une large dose de chocolat, mon antid&#233;presseur favori, et cach&#233; toutes les armes dans la maison, couteaux de cuisine compris. On n'est jamais trop prudent. Ces pr&#233;cautions sont inutiles&#160;: le texte contient une large dose de comique involontaire, et s'il suscite une r&#233;action ce serait l'ennui plut&#244;t que la violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, le livre ravira ceux qui aiment les grandes envol&#233;es m&#233;lenchoniennes. Il n'y a pas &#224; dire, le bonhomme a du talent pour pondre un texte agr&#233;able &#224; lire, et qui donne une impression de profondeur et de p&#233;dagogie. Il faut le relire avec attention, crayon &#224; la main, pour se rendre compte que des paragraphes entiers qui paraissent profonds n'&#233;noncent en fait que des banalit&#233;s, quand ce n'est pas des absurdit&#233;s qu'il serait trop long de commenter (pour des exemples, voir le chapitre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le nouvel espace-temps&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, pages 27 sq). Mais &#224; c&#244;t&#233; de ses envol&#233;es lyriques, le livre a un d&#233;faut aujourd'hui tr&#232;s fr&#233;quent dans les essais de ce type&#160;: on y trouve des dizaines &#8211; voire des centaines &#8211; de paragraphes faits d'&#233;num&#233;ration en vrac, d'exemples, de chiffres, de donn&#233;es. Il est vrai que de nos jours n'importe quel assistant avec un acc&#232;s &#224; Google est capable de vous compiler des centaines de pages de cette nature. De quoi remplir largement un livre sans trop se fouler. Je ne dis pas que ce type d'information soit inutile&#160;: un exemple, les chiffres sont au contraire indispensables lorsqu'il s'agit d'illustrer ou d'appuyer un raisonnement. Mais balanc&#233;s en vrac, avec, au bout de plusieurs pages, des conclusions g&#233;n&#233;rales du genre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;cela montre comment le capitalisme saccage notre plan&#232;te&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, sans qu'aucun lien ne soit &#233;tabli entre le &#034;capitalisme&#034; et les donn&#233;es en question, cela ne sert &#224; rien. Sans trop de difficult&#233;s, on pourrait compiler par le m&#234;me moyen des chiffres et des exemples et tirer la conclusion inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;th&#233;orie de l'&#232;re du peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois qu'on met de c&#244;t&#233; ces &#233;l&#233;ments, on rentre dans le vif du sujet, &#224; savoir la fameuse &#8211; et fumeuse &#8211; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;th&#233;orie de l'&#232;re du peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ce qui frappe d'abord, c'est la pauvret&#233; conceptuelle de la pens&#233;e m&#233;lenchonienne. Une th&#233;orie, quelle qu'elle soit, se construit &#224; partir d'une batterie de concepts, c'est-&#224;-dire, d'entit&#233;s et d'objets rigoureusement d&#233;finis, dont la th&#233;orie d&#233;crit les relations. Plus une th&#233;orie d&#233;finit des concepts, plus les relations entre elles seront nombreuses et complexes, et plus la th&#233;orie sera riche. La th&#233;orie marxienne, pour ne donner qu'un exemple, nous a laiss&#233; de nombreux concepts, qu'elle a d&#233;finies ou red&#233;finies&#160;: classe, bourgeoisie, prol&#233;tariat, ali&#233;nation, exploitation, plus-value, valeur, travail socialement n&#233;cessaire, et j'en passe. Quoi qu'on pense de l'articulation que Marx et ses successeurs ont fait de ces concepts, ils restent pr&#233;sents dans la r&#233;flexion y compris par ceux qui, comme Raymond Aron, ont critiqu&#233; le marxisme. La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;th&#233;orie de l'&#232;re du peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est de ce point de vue tr&#232;s pauvre. Si M&#233;lenchon introduit quelques notions &#8211; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#232;gle verte&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;planification &#233;cologique&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; il peine &#224; les transformer en v&#233;ritables &#034;concepts&#034;, faute d'un travail de d&#233;finition rigoureuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons par exemple les groupes sociaux. M&#233;lenchon d&#233;cr&#232;te obsol&#232;tes les cat&#233;gories du marxisme. Foin de l'opposition entre bourgeoisie ou du prol&#233;tariat, aujourd'hui la confrontation se joue entre le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais comment d&#233;finit-on ces cat&#233;gories&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pour ce qui concerne &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, la g&#234;ne de M&#233;lenchon est &#233;vidente, et c'est pourquoi le paragraphe qui lui est consacr&#233; (page 177 sq) noie le poisson avec une avalanche de chiffres&#160;: on apprend ainsi que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la moiti&#233; des richesses existantes est poss&#233;d&#233;e par le 1% de la population mondiale&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;toutes les trente heures un milliardaire &#233;merge et un million de personnes de plus basculait dans la pauvret&#233; extr&#234;me&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;vingt-six milliardaires d&#233;tiennent autant d'argent que la moiti&#233; de l'humanit&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, sans compter que l'oligarchie &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;excite les pr&#233;jug&#233;s racisants et genr&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;fait de l'islamophobie un fonds de commerce&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et je pourrais continuer, parce qu'il y a une page compl&#232;te d'informations et accusations de cette nature, parfaitement inutiles pour d&#233;finir ce qu'est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui y appartient et qui n'appartient pas, et surtout pourquoi. Sur cette d&#233;finition, les id&#233;es de l'auteur sont tellement confuses qu'il tombe dans la contradiction logique&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;[&lt;i&gt;l'oligarchie&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;se distingue de la bourgeoisie traditionnelle m&#234;me si elle la contient parce que son nombre est plus faible, sa propri&#233;t&#233; plus diffuse&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (page 177). Comment un ensemble peut en contenir un autre tout en &#233;tant de cardinal plus faible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (page 175 sq), c'est encore pire. Je suis oblig&#233; de citer in extenso pour que le lecteur appr&#233;cie le gloubi-boulga &#034;th&#233;orique&#034; que nous sert M&#233;lenchon&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le peuple est le milieu social constitu&#233; par la d&#233;pendance aux r&#233;seaux collectifs urbains. Mais nous nommons l&#224;, en r&#233;alit&#233;, un ensemble humain pr&#233;sent sous plusieurs noms diff&#233;rents et autant d'&#233;tats. D'abord, c'est le peuplement. Le mot d&#233;signe alors les masses de gens install&#233;s dans une zone. Une foule. Elle vaque &#224; ses occupations les plus diverses. Aucun autre lien n'appara&#238;t, sinon les infrastructures mat&#233;rielles auxquelles il lui faut avoir recours pour aller et venir. Mais bien s&#251;r c'est quand m&#234;me un ensemble de gens reli&#233;s en arri&#232;re-plan par des innombrables liens sociaux de la vie r&#233;elle. Ils font de chacun le membre d'une famille, l'associ&#233;, le colocataire, l'ami Facebook, le syndiqu&#233;, que sais-je. Je pourrais citer l&#224; tous nos liens sociaux personnels. Le peuplement forme alors une population. Elle est d&#233;finie par les rapports sociaux au sein desquels elle se constitue. Et quand cette population se met en mouvement pour agir sur des objectifs revendicatifs communs, alors surgit le &#034;peuple&#034;. Le peuple est la forme politique du grand nombre, devenant protagoniste dans la soci&#233;t&#233;. Il l'est dans le cadre du conflit central dont l'enjeu est le partage de la richesse et l'acc&#232;s aux r&#233;seaux. Conflit entre le peuple et l'oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avez-vous compris quelque chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Moi si&#160;: que l'auteur de ce texte n'a pas les id&#233;es claires. Sa d&#233;finition est tellement englobante qu'elle inclut de fait l'ensemble des groupes humains qui constituent la soci&#233;t&#233;. Car apr&#232;s tout, est-ce que les membres de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ne sont pas, eux aussi, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;install&#233;s dans une zone&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce qu'ils ne &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;vaquent&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pas, eux aussi, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#224; leurs occupations&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce qu'ils ne sont pas, eux aussi, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;reli&#233;s en arri&#232;re-plan par d'innombrables liens sociaux de la vie r&#233;elle&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ne sont-ils pas, eux aussi, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;membres d'une famille&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;colocataires&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;amis Facebook&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et m&#234;me &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;syndiqu&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;MEDEF&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Est-ce qu'ils ne se mettent pas, eux aussi, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;en mouvement sur des objectifs revendicatifs communs&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, par exemple, la baisse de leurs imp&#244;ts&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On pourrait &#233;crire des pages sur la faiblesse de cette d&#233;finition. Ainsi, (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'est ce qui s&#233;pare alors de mani&#232;re d&#233;cisive &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces ambigu&#239;t&#233;s ne sont pas, &#224; mon sens, le fruit d'une r&#233;flexion insuffisante. Elles sont volontaires, et visent &#224; cr&#233;er un effet de sens, c'est-&#224;-dire, un discours o&#249; chacun peut se reconna&#238;tre parce qu'il peut prendre un sens diff&#233;rent en fonction des pr&#233;jug&#233;s ou des envies du lecteur. La cl&#233; se trouve dans la fin du paragraphe pr&#233;cit&#233;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Conflit entre peuple et oligarchie. C'est &#034;nous&#034; face &#224; &#034;eux&#034;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cette phrase est passionnante parce qu'elle montre combien la &#034;th&#233;orie&#034; m&#233;lenchonienne est subjective. Le lecteur du livre &#8211; qu'il soit ouvrier, cadre sup&#233;rieur, rentier ou grand capitaliste &#8211; peut s'identifier au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, puisque le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; l'englobe. L'oligarque, le m&#233;chant, c'est toujours l'autre. Un r&#233;sultat impossible d'atteindre avec une d&#233;finition comme celle, objective, que Marx donne des classes sociales. Ou bien on poss&#232;de le capital, ou bien on vend sa force de travail, et cela ne d&#233;pend nullement de l'identification des individus avec un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui n'exclut finalement personne. Cette vision du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;eux et nous&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; marque le fait que, pour les m&#233;lenchoniens, l'oligarque est une figure abstraite. Les &#234;tres concrets sont tous membres du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. On retrouve ici une logique tr&#232;s pr&#233;sente dans les classes interm&#233;diaires&#160;: le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;riche&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'oligarque&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est celui qui est plus riche que vous et qui, naturellement, est toujours absent de la pi&#232;ce. Celui qui occupe une place que vous aimeriez bien atteindre, mais qui n'est pas &#224; votre port&#233;e. C'est pourquoi il n'est jamais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais toujours &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. On pourrait ici parler d'une forme &#034;d'envie de classe&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le m&#234;me probl&#232;me affecte la d&#233;finition de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, notion tellement centrale dans le discours m&#233;lenchonien qu'on s'attendait &#224; une d&#233;limitation pr&#233;cise. Comme souvent, M&#233;lenchon ne la d&#233;finit pas, mais proc&#232;de &#224; une &#233;num&#233;ration de mobilisations populaires dans diff&#233;rents pays depuis la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle (page 191 sq), dans laquelle il est difficile de trouver un fil conducteur, une logique de classification. Qu'y a-t-il de commun entre les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;printemps arabes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, soul&#232;vement populaire contre des r&#233;gimes autoritaires, contre des figures us&#233;es par une trop longue permanence au pouvoir, et les occupations de Podemos en Espagne et du mouvement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Occupy Wall Street&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, manifestation des classes interm&#233;diaires dans un contexte d&#233;mocratique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Entre le mouvement des Gilets Jaunes ou la protestation contre la retraite &#224; 64 ans en France, qui font partie d'un d&#233;bat d&#233;mocratique interne, et la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volution des parapluies&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; Hong Kong qui contestait la mainmise d'un pouvoir v&#233;cu comme &#233;tranger&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? M&#233;lenchon l'&#233;tablit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;[&lt;i&gt;ces mouvements&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;sont n&#233;s d'une m&#234;me situation, d'un m&#234;me emp&#234;chement essentiel. Le capitalisme est incapable d'organiser la soci&#233;t&#233; des r&#233;seaux sinon comme soci&#233;t&#233; de p&#233;nurie pour le grand nombre. Pourtant, le pillage au profit de l'oligarchie n'est pas le d&#233;clencheur. La pagaille, l'impossibilit&#233; de vivre normalement, l'arrogance et l'indiff&#233;rence des puissants met le feu aux poudres&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. On voit tr&#232;s mal quel raisonnement peut conduire de l'&#233;num&#233;ration &#224; la conclusion. Pour ne prendre qu'un exemple, cette caract&#233;risation peut difficilement correspondre &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volution des parapluies&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; Hong Kong, d&#233;clench&#233;e non pas pour contester le capitalisme lib&#233;ral, mais au contraire pour le d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois encore, cette ambigu&#239;t&#233; ne doit rien au hasard. L'essentiel pour M&#233;lenchon, c'est de montrer que &#034;sa&#034; r&#233;volution est une r&#233;alit&#233; ailleurs, et donc que le mouvement qu'il cherche &#224; susciter en France est possible. Et accessoirement, que chaque groupe puisse labelliser &#034;sa&#034; r&#233;volte comme une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qu'il se reconnaisse parmi le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, oppos&#233; au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;eux&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est ainsi que (page 226 sq) les &#233;meutes de banlieue sont &#233;lev&#233;es au rang de mouvement r&#233;volutionnaire. Pour la m&#234;me raison, M&#233;lenchon prend cinq pages (page 231 sq) pour singulariser le r&#244;le des femmes dans les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volutions citoyennes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, l&#224; aussi &#224; grands coups d'exemples tellement &#233;difiants qu'on se demande s'ils ne sont pas invent&#233;s, soup&#231;on d'autant plus justifi&#233; que ces exemples sont donn&#233;s sans mention de date et sans r&#233;f&#233;rences. Ainsi, par exemple&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Avec cette pr&#233;sence, toutes les activit&#233;s typiquement genr&#233;es changent de registre. Ainsi a-t-on vu des femmes organiser un service d'ordre spontan&#233; &#224; Beyrouth lors d'une manifestation. Stupeur des machistes violents d&#232;s lors emp&#234;ch&#233;s d'agir&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Vous noterez que si l'activit&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;genr&#233;e&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;service d'ordre&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;chang&#233; de registre&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, celle des manifestants &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;violents&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; reste tr&#232;s &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;genr&#233;e&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: ce sont forc&#233;ment des hommes. Ce service d'ordre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;spontan&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (mais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;organis&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8230; on n'est pas &#224; une contradiction pr&#232;s) n'aurait-il pas eu aussi &#224; faire &#224; des femmes &#8211; voire des f&#233;ministes &#8211; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;violentes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;emp&#234;cher d'agir&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouve une ambigu&#239;t&#233; assez similaire sur une question qui a toujours &#233;t&#233; difficile dans l'extr&#234;me gauche, celle de la nature et du r&#244;le de la Nation. Curieusement, le concept est pratiquement absent dans la prose m&#233;lenchonienne, ce qui est d'autant plus &#233;tonnant que c'est un concept fondamental de l'id&#233;ologie de la R&#233;volution fran&#231;aise, &#224; laquelle M&#233;lenchon ne perd une occasion de manifester son attachement. La seule mention de la question nationale que j'ai pu trouver (pages 228 sq) fait r&#233;f&#233;rence &#224; l'usage des drapeaux nationaux dans les manifestations &#224; chaque &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;volution citoyenne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Dans chaque cas, des foules brandissant le drapeau de leur pays&lt;/i&gt; (&#8230;). &lt;i&gt;Le fait de prendre le drapeau et de se l'approprier veut dire, au sens tr&#232;s strict&#160;: &#034;ce pays nous appartient&#034;, autrement dit &#034;nous sommes le peuple souverain&#034;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais M&#233;lenchon ne tire pas la conclusion qui s'impose&#160;: si partout dans le monde le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; brandit le drapeau national pour marquer son caract&#232;re de souverain, cela indique un tr&#232;s large consensus sur le fait que la souverainet&#233; n'a de sens que dans un cadre national. Il est vrai qu'une telle conclusion mettrait le discours m&#233;lenchonien en contradiction avec sa pratique politique&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;lutte pour l'acc&#232;s aux r&#233;seaux&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une lutte essentielle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le manque de conceptualisation g&#226;che l'une des id&#233;es les plus int&#233;ressantes du livre, qui est la question des r&#233;seaux. M&#233;lenchon remarque &#224; juste titre l'importance prise par les r&#233;seaux &#8211; &#233;lectricit&#233;, eau, gaz, transports, t&#233;l&#233;phonie, internet &#8211; dans la vie &#233;conomique et sociale. A partir de cette constatation, il pr&#233;tend faire de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;lutte pour l'acc&#232;s aux r&#233;seaux&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une lutte essentielle, qui opposerait une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; contr&#244;lant ces r&#233;seaux et imposant du fait de ce monopole ses conditions au &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il va jusqu'&#224; soutenir que la richesse de l'oligarchie est en fait une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rente&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; li&#233;e &#224; son contr&#244;le des r&#233;seaux, qui lui permet de pr&#233;lever un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;droit d'acc&#232;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le probl&#232;me est que M&#233;lenchon &#233;tend la notion de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;seau&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'infini. Ainsi, par exemple, il affirme que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Pour chacun en ville, quel que soit le probl&#232;me, la solution unique est le raccordement &#224; un r&#233;seau&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et il explique&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;ainsi, on ne songerait pas d'embl&#233;e &#224; l'&#233;ducation dans cette cat&#233;gorie. Pourtant, le moyen d'acc&#233;der aux connaissances indispensables pour survivre dans nos soci&#233;t&#233;s complexes ne peut fonctionner sans former un r&#233;seau, un parcours faisant converger toutes sortes d'acteurs de la maternelle &#224; l'universit&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ou bien&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La sant&#233; publique est aussi un r&#233;seau. D'abord parce qu'elle n&#233;cessite l'acheminement et la coordination de nombreux flux&#160;: ceux des soignants, du mat&#233;riel, des m&#233;dicaments et ainsi de suite&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. D'autres paragraphes font d'activit&#233;s aussi disparates que la livraison de colis ou le commerce alimentaire des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;seaux&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ici, les d&#233;finitions vagues conduisent l'auteur &#224; confondre la probl&#233;matique du r&#233;seau avec celle de la division du travail. Car une chose est de dire que nous sommes d&#233;pendants du r&#233;seau &#8211; qui est une infrastructure mat&#233;rielle, faite de c&#226;bles, de tuyaux ou de rails &#8211; et une autre est de dire que nous sommes d&#233;pendants de l'activit&#233; &#8211; &#233;ventuellement coordonn&#233;e &#8211; d'autres personnes. Or, cette derni&#232;re d&#233;pendance ne doit rien au capitalisme. Elle est inh&#233;rente &#224; toute soci&#233;t&#233; o&#249; existe la division du travail. Pour trouver un individu autosuffisant, il faut remonter tr&#232;s loin dans la pr&#233;histoire, et pour trouver des communaut&#233;s autosuffisantes, &#224; l'&#226;ge du bronze. On l'oublie souvent, mais d&#233;j&#224; &#224; l'&#233;poque romaine les chaines de valeur &#233;taient &#034;mondialis&#233;es&#034; &#8211; m&#234;me si le &#034;monde&#034; &#233;tait beaucoup plus petit&#160;: le verre &#233;tait produit par fusion l&#224; o&#249; les mati&#232;res premi&#232;res et les techniques &#233;taient disponibles, puis transport&#233;es &#8211; quelquefois tr&#232;s loin &#8211; sous forme de &#034;pains&#034; ou lingots, qui &#233;taient ensuite chauff&#233;s et souffl&#233;s &#224; la verrerie &#8211; la temp&#233;rature n&#233;cessaire pour souffler le verre est tr&#232;s inf&#233;rieure &#224; celle n&#233;cessaire pour la vitrification du sable &#8211; pour en faire des r&#233;cipients, qui &#224; leur tour &#233;taient transport&#233;s vers des march&#233;s lointains. M&#234;me chose pour le fer&#160;: le forgeron de village, qui forgeait les fers pour les chevaux du coin, ne partait pas du minerai de fer et n'avait d'ailleurs pas de four assez chaud pour s&#233;parer le fer ou le r&#233;duire. Il achetait &#224; un marchand des lingots de fer, eux-m&#234;mes fabriqu&#233;s &#224; partir du minerai, dans un lieu aussi proche que possible &#224; la fois du lieu d'extraction et des gisements de combustible. L'id&#233;e d'un processus de production localis&#233; en un seul lieu, de la mati&#232;re premi&#232;re au produit fini, n'a de r&#233;alit&#233; que dans des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s primitives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi les r&#233;seaux au sens stricte du mot, beaucoup sont des monopoles naturels&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On appelle &#034;monopoles naturels&#034; les activit&#233;s dans lesquelles l'existence (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; et dans ce cas ils sont pratiquement toujours publics ou strictement r&#233;gul&#233;s, et l'acc&#232;s &#224; ceux-ci est un droit l&#233;gal. C'est le cas par exemple dans la plupart des pays du r&#233;seau &#233;lectrique. Parler donc d'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;conflit de propri&#233;t&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; leur propos ou faire de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'acc&#232;s au r&#233;seau&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;conflit central&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; entre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;oligarchie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'a pas beaucoup de sens. Pour les autres r&#233;seaux, la r&#233;gulation par la concurrence limite tr&#232;s largement le pouvoir de leurs propri&#233;taires pour imposer ses conditions d'acc&#232;s. On remarquera d'ailleurs que les r&#233;seaux en concurrence &#8211; internet, t&#233;l&#233;phonie mobile &#8211; ne procurent pas &#224; leurs exploitants des profits mirifiques, puisque la concurrence sur les prix est f&#233;roce. Pour les fournisseurs de service internet, l'activit&#233; r&#233;seau est plut&#244;t un boulet, leurs gains se trouvant essentiellement dans la vente de contenus (vid&#233;o, musique). Car il y a l&#224; une autre confusion dans le discours m&#233;lenchonien, c'est la confusion entre le r&#233;seau lui-m&#234;me et ce que le r&#233;seau d&#233;livre. Le r&#233;seau, en tant qu'infrastructure, n'est que le moyen de pr&#234;ter un service ou de livrer un bien. Le r&#233;seau d'eau livre de l'eau, le r&#233;seau d'&#233;lectricit&#233; livre l'&#233;lectricit&#233;, mais le r&#233;seau d'assainissement ne &#034;livre&#034; rien, au contraire. Il fournit un service d'&#233;vacuation. Et cette livraison, cette &#233;vacuation sont des services en eux-m&#234;me, qui doivent &#234;tre produits par le travail humain. Ce que le propri&#233;taire du r&#233;seau facture &#224; ses usagers, ce n'est pas un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;droit d'acc&#232;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, une sorte de nouvel octroi, comme le pr&#233;tend M&#233;lenchon, mais bien un service qui a sa propre &#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une grande absente, la production&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et on arrive ainsi &#224; la faiblesse essentielle dans la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;th&#233;orie de l'&#232;re du peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: elle ignore totalement les processus de production. On chercherait en vain dans le texte la moindre r&#233;flexion sur la mani&#232;re dont les biens et les services sont produits, sur les m&#233;canismes de r&#233;gulation qui adaptent la production au besoin. Il serait tout aussi vain de rechercher la description d'un mode de production alternatif, qui pourrait se substituer au capitalisme. La production mat&#233;rielle n'existe en fait pas chez lui&#160;: ainsi, tout en invoquant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;la tradition efficace du mat&#233;rialisme&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (page 188) il explique que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le peuple produit et reproduit son existence mat&#233;rielle en acc&#233;dant aux r&#233;seaux collectifs&lt;/i&gt; (&#8230;) &lt;i&gt;sans lesquels il lui est impossible de survivre. Le r&#233;gime de la propri&#233;t&#233; des r&#233;seaux, leur place dans le processus global d'accumulation capitaliste, l'ali&#233;nation de soi constitu&#233;e par leur fonctionnement marchand, font la d&#233;finition du peuple comme acteur du mode de production&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Autrement dit, ce n'est pas la production de valeur qui fait du peuple un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;acteur du mode de production&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais son acc&#232;s &#224; cette m&#234;me valeur. M&#233;lenchon regarde le capitalisme uniquement sous l'angle de la distribution des richesses&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On trouve d'ailleurs des paragraphes r&#233;v&#233;lateurs et passablement comiques &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. La mani&#232;re dont ces richesses sont produites ne semble pas l'int&#233;resser. Il est d'ailleurs remarquable que, apr&#232;s avoir donn&#233; aux r&#233;seaux une telle importance, il n'ait rien &#224; dire sur leur gen&#232;se, c'est &#224; dire, sur la mani&#232;re dont ils ont &#233;t&#233; eux-m&#234;mes produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette indiff&#233;rence a des cons&#233;quences th&#233;oriques importantes. D'abord, parce que sans une r&#233;flexion sur le mode de production, c'est &#224; dire de la mani&#232;re dont la production des biens et les services est organis&#233;e et r&#233;gul&#233;e, il n'y a aucune possibilit&#233; de d&#233;finir une alternative. Pour le dire autrement, la vision &#034;r&#233;volutionnaire&#034; de M&#233;lenchon est purement r&#233;formiste&#160;: le mode de production capitaliste est une donn&#233;e, un universel pour lequel il n'y a pas d'alternative. On peut jouer sur la mani&#232;re dont richesse et pouvoir sont distribu&#233;s, mais pas sur la mani&#232;re dont ils sont produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, cette indiff&#233;rence a une cons&#233;quence id&#233;ologique. Dans la th&#233;orie marxienne, la l&#233;gitimit&#233; du prol&#233;tariat pour exiger un autre partage des richesses repose fondamentalement sur le fait qu'il en est le producteur. Mais dans la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;th&#233;orie de l'&#232;re du peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, sur quoi repose la l&#233;gitimit&#233; du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; exiger un partage plus juste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La question n'est pas formellement trait&#233;e, mais &#224; la lecture du texte, on voit que c'est pour M&#233;lenchon une question de principe. La r&#233;partition capitaliste n'est pas injuste parce qu'elle prive le producteur du fruit de son travail, mais parce qu'elle viole un principe d'&#233;galit&#233; abstrait. Du coup, la dynamique de la lutte des classes, qui en fait dans la logique marxiste le moteur de l'histoire, dispara&#238;t pour laisser place &#224; un conflit qui est purement id&#233;ologique, puisqu'il d&#233;pend de l'adh&#233;sion et de l'interpr&#233;tation d'un principe. Ce n'est plus une question mat&#233;rielle, mais une id&#233;e qui devient le moteur de l'&#233;volution sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cet id&#233;alisme se retrouve aussi dans la vision que le livre donne du &#034;pouvoir&#034;. Pour M&#233;lenchon, le pouvoir est associ&#233; &#224; la prise de d&#233;cision. Il l'&#233;crit d'ailleurs formellement&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;La citoyennet&#233; est cette fonction. Elle consiste &#224; exercer le pouvoir. Le pouvoir dont il est question ici est celui de d&#233;cider. C'est-&#224;-dire, concr&#232;tement, de prendre le contr&#244;le au sens large du terme&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le probl&#232;me est que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d&#233;cider&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;prendre le contr&#244;le&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, surtout &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;au sens large du terme&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ce n'est pas du tout la m&#234;me chose. Entre la &#034;d&#233;cision&#034; et sa r&#233;alisation il y a une m&#233;canique bien mat&#233;rielle qui est d&#233;terminante. Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;pouvoir&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ce n'est pas la capacit&#233; &#224; d&#233;cider, qui n'est qu'une manifestation de volont&#233;, mais la capacit&#233; de traduire sa volont&#233; en actes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pour conclure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;th&#233;orie de l'&#232;re du peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est ce qu'on peut appeler une &#034;th&#233;orie ad hoc&#034;, un manifeste id&#233;ologique. Elle ne surgit pas du besoin d'analyser et de mod&#233;liser le r&#233;el, mais de justifier un projet politique &#8211; et accessoirement, de l&#233;gitimer la pr&#233;tention d'un groupe social, les classes interm&#233;diaires, &#224; en prendre la t&#234;te. Tant que la pens&#233;e &#224; gauche &#233;tait soumise au cadre marxien, il est clair que le r&#244;le des classes interm&#233;diaires ne peut &#234;tre que marginal, le premier r&#244;le &#233;tant r&#233;serv&#233; au prol&#233;tariat. C'est d'ailleurs de l&#224; que vient le grand traumatisme de mai 1968, quand les classes interm&#233;diaires ont pris conscience que le prol&#233;tariat ne leur &#233;tait pas soumis. L'id&#233;e du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d&#233;finie comme un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;nous&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; g&#233;n&#233;ralis&#233; permet aux classes interm&#233;diaires de se placer du bon c&#244;t&#233; de l'Histoire, celui des opprim&#233;s. Ce qui les dispense de s'interroger sur leur position r&#233;elle dans le mode de production, sur leurs int&#233;r&#234;ts, sur les privil&#232;ges dont elles b&#233;n&#233;ficient. Et accessoirement, compte tenu des avantages objectifs dont elles disposent, de prendre la t&#234;te du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et parler en son nom.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de &#231;a, le livre contient beaucoup de d&#233;veloppements, certains int&#233;ressants, d'autres amusants, d'autres encore absurdes&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;C'est le cas de la &#171;&#160;r&#232;gle verte&#160;&#187;, dont la d&#233;finition conduit &#224; une (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; qui, lus avec une certaine distance, donnent une id&#233;e assez compl&#232;te de ce qu'est le monde selon M&#233;lenchon. Et de pourquoi ce monde n'apporte, finalement, pas grande chose de nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de son &lt;a href=&#034;http://descartes-blog.fr/2023/12/10/melenchon-fait-pire/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Vous noterez d'ailleurs que ce comportement n'est pas exclusif de M&#233;lenchon&#160;: Macron fait exactement la m&#234;me chose, lorsqu'il accueille une c&#233;r&#233;monie religieuse &#224; l'Elys&#233;e ou en assistant &#224; une messe &#224; Marseille. Il sait parfaitement que ce faisant il provoque la pol&#233;mique, ce qui lui permet non seulement de caresser dans le sens du poil un objectif &#233;lectoral, mais aussi occuper le devant de la sc&#232;ne m&#233;diatique. Milei, en Argentine, fait exactement la m&#234;me chose lorsqu'il appara&#238;t avec sa tron&#231;onneuse. Il faut croire que l'&#233;go politique a la m&#234;me logique partout&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On pourrait &#233;crire des pages sur la faiblesse de cette d&#233;finition. Ainsi, par exemple, que se passe-t-il quand deux &#034;populations&#034; se &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;mettent en mouvement pour agir sur des objectifs revendicatifs communs&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais contradictoires &#8211; par exemple, lorsqu'une partie des couches populaires exige l'expulsion des clandestins, et une autre partie les accueille&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Constituent-ils deux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;peuples&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; diff&#233;rents&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On appelle &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;monopoles naturels&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; les activit&#233;s dans lesquelles l'existence d'acteurs multiples entra&#238;ne une perte d'efficacit&#233; &#233;conomique. Dans ces secteurs, la tendance naturelle des acteurs priv&#233;s est &#224; fusionner, puisque la fusion entra&#238;ne une augmentation de l'efficacit&#233; &#233;conomique, jusqu'&#224; aboutir &#224; un monopole. C'est le cas par exemple du transport et de la distribution d'&#233;lectricit&#233; ou de gaz. La multiplication du r&#233;seau &#233;lectrique co&#251;terait cher et n'apporterait aucun avantage.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On trouve d'ailleurs des paragraphes r&#233;v&#233;lateurs et passablement comiques &#224; ce sujet, par exemple lorsqu'il d&#233;crit (page 34) l'activit&#233; d'une usine&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;[&lt;i&gt;l'usine&lt;/i&gt;] &lt;i&gt;organise bien un espace, d&#233;limit&#233; par ses murs, &#224; l'int&#233;rieur duquel divers sous-espaces prennent en charge les diverses &#233;tapes de la production&#160;: r&#233;ception des mati&#232;res premi&#232;res ou pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es, assemblage, peinture, contr&#244;le qualit&#233;, stockage, livraison&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Passons sur l'id&#233;e que ce soient les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;sous-espaces&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;prendraient en charge&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; les activit&#233;s de production, pour nous concentrer sur un grand absent parmi les activit&#233;s accomplies dans l'usine m&#233;lenchonienne. Qu'est ce qui manque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Eh bien, dans l'usine en question on &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;ceptionne les mati&#232;res premi&#232;res&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#8230; mais on ne les transforme pas. On ne fait qu'assembler &#8211; probablement les &#034;pi&#232;ces d&#233;tach&#233;es&#034; venues d'ailleurs &#8211; et peindre, pour ensuite contr&#244;ler le produit fini, le stocker et le livrer. L'image de la production chez M&#233;lenchon n'est pas l'aci&#233;rie ou la forge, mais la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;maquiladora&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;C'est le cas de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#232;gle verte&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, dont la d&#233;finition conduit &#224; une impossibilit&#233; physique&#160;: elle consiste &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#224; ne pas pr&#233;lever sur la nature plus que celle-ci ne peut reconstituer&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Cela suppose de n'utiliser aucun minerai (qui ne se reconstitue jamais), aucun combustible fossile (dont le temps de reconstitution se compte en millions d'ann&#233;es). Une civilisation qui ferait sienne cette r&#232;gle est-elle possible&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Il ne reste pas moins que M&#233;lenchon continue &#224; r&#233;p&#233;ter cette antienne&#8230; preuve que, comme le disait Napol&#233;on, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;en politique une absurdit&#233; n'est pas une impossibilit&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Un h&#233;ros tr&#232;s discret</title>
		<link>http://lepcf.fr/Un-heros-tres-discret</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Un-heros-tres-discret</guid>
		<dc:date>2023-09-17T21:24:36Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Dimanche 10&#160;septembre, le magazine qui suit le journal de la mi-journ&#233;e sur la deuxi&#232;me chaine &#233;tait consacr&#233;&#8230; &#224; Bernard Tapie, dont nos &#233;tranges lucarnes comm&#233;morent &#8211; on se demande bien pourquoi &#8211; l'anniversaire de la mort. Avec l'habituel d&#233;fil&#233; d'anciens copains &#8211; souvent coquins &#8211; y allant de leur couplet larmoyant sur les vertus suppos&#233;es du disparu, cet homme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;exceptionnel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chaleureux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;battant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; plein de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;convictions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et pas un mot bien entendu sur les matchs truqu&#233;s,&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Histoire-" rel="directory"&gt;Histoire&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH100/arton5283-a917a.jpg?1721309501' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Dimanche 10&#160;septembre, le magazine qui suit le journal de la mi-journ&#233;e sur la deuxi&#232;me chaine &#233;tait consacr&#233;&#8230; &#224; Bernard Tapie, dont nos &#233;tranges lucarnes comm&#233;morent &#8211; on se demande bien pourquoi &#8211; l'anniversaire de la mort. Avec l'habituel d&#233;fil&#233; d'anciens copains &#8211; souvent coquins &#8211; y allant de leur couplet larmoyant sur les vertus suppos&#233;es du disparu, cet homme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;exceptionnel&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chaleureux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;battant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; plein de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;convictions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et pas un mot bien entendu sur les matchs truqu&#233;s, les arbitrages achet&#233;s, les travailleurs licenci&#233;s, les mille et une combines, magouilles, mensonges, abus de confiance et autres escroqueries qui ont jalonn&#233; sa vie. Des morts, rien que du bien, disait ma grand-m&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;div class='spip_document_5872 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;a href=&#034;http://lepcf.fr/spip.php?action=acceder_document&amp;arg=5872&amp;cle=7b676171ae9bc10a1eb37e45b3631908c87c352d33caf61d0084aac529a82e88&amp;file=jpg%2F4f5b0f2_1676561800367-gamma-ga760751-02.jpg&#034; class=&#034;spip_doc_lien mediabox&#034; type=&#034;image/jpeg&#034;&gt; &lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L500xH250/4f5b0f2_1676561800367-gamma-ga760751-02-4b998.jpg?1721309501' width='500' height='250' alt='' /&gt;&lt;/a&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Quatre jours plus t&#244;t, le 6&#160;septembre, s'&#233;teignait Marcel Boiteux. Un homme discret qui n'a eu cesse toute sa vie de servir son pays. Combattant engag&#233; en Afrique du Nord pendant la guerre de 1939-45, &#233;conomiste distingu&#233;, directeur g&#233;n&#233;ral d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt; en 1967, puis pr&#233;sident en 1979 jusqu'&#224; sa retraite en 1987, nous lui devons non seulement des travaux irrempla&#231;ables sur l'&#233;conomie de l'&#233;lectricit&#233;, mais aussi la modernisation d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt; et le programme &#233;lectronucl&#233;aire&#160;: pendant ses deux mandats, 56 r&#233;acteurs nucl&#233;aires ont &#233;t&#233; mis en chantier, et 42 mis en service. C'est lui qui a convaincu De Gaulle et Pompidou de l'int&#233;r&#234;t d'adopter la fili&#232;re eau pressuris&#233;e d&#233;velopp&#233;e par les Am&#233;ricains &#8211; quitte &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;franciser&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; plut&#244;t que de poursuivre la fili&#232;re graphite-gaz port&#233;e par le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CEA&lt;/span&gt; (1). Choix difficile, mais qui fut capital dans le succ&#232;s du programme &#233;lectronucl&#233;aire, sur lequel Marcel Boiteux a su b&#226;tir un consensus autant &#224; l'int&#233;rieur de l'entreprise que dans l'opinion et dans l'ensemble des partis politiques. L&#224; encore, ce n'&#233;tait pas gagn&#233; d'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ses qualit&#233;s professionnelles s'ajoutaient celles d'un homme d'exception. Marcel Boiteux &#233;tait un homme d&#233;licieux, poli et cultiv&#233;, appr&#233;ci&#233; de ses collaborateurs et de l'ensemble des travailleurs de l'entreprise qu'il a tant contribu&#233; &#224; construire. Jugement qui a surv&#233;cu au passage des ann&#233;es&#160;: ce n'est pas tous les jours qu'une f&#233;d&#233;ration syndicale publie un communiqu&#233; dithyrambique lors de la mort d'un ancien &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PDG&lt;/span&gt;. Marcel Boiteux &#233;tait aussi un homme engag&#233;, un militant du service public et de la souverainet&#233; nationale, qu'il s'est employ&#233; &#224; d&#233;fendre jusqu'&#224; son dernier souffle dans les papiers et les interventions qu'il publiait r&#233;guli&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel contraste, n'est-ce pas, entre cet homme discret et poli, dont l'intelligence et la t&#233;nacit&#233; nous laisse un &#339;uvre dont nous profitons encore aujourd'hui &#8211; et pour laquelle il ne re&#231;ut qu'un juste salaire &#8211; et cet &#233;nergum&#232;ne m&#233;diatique qui v&#233;cut comme un nabab de faillite en escroquerie, qui fit fortune en pompant les subventions publiques (2), qui truqua des matchs et acheta des arbitrages pour escroquer le tr&#233;sor public. On s'attendrait &#224; trouver ce contraste dans le traitement m&#233;diatique de leur souvenir&#8230; et on le retrouve bien, mais invers&#233;. La mort de Tapie suscita il y a un an des r&#233;actions politiques de tous bords. Des r&#233;actions positives, cela va sans dire. Voici ce qu'&#233;crivait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'Obs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, journal officiel de la gauche caviar, celle-l&#224; m&#234;me qui fit de Tapie un ministre, le 4&#160;octobre 2021&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Bernard Tapie, l'homme aux 1 001 vies, est mort dimanche 3&#160;octobre &#224; l'&#226;ge de 78 ans. Tr&#232;s vite, les r&#233;actions des personnalit&#233;s politiques ont afflu&#233;&#160;: le pr&#233;sident de la R&#233;publique Emmanuel Macron, le Premier ministre Jean Castex, le maire de Marseille Beno&#238;t Payan, la candidate socialiste &#224; la pr&#233;sidentielle Anne Hidalgo, le patron des d&#233;put&#233;s &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LREM&lt;/span&gt; Christophe Castaner et bien d'autres. Tous saluent l'homme d'affaires, le politique, le touche-&#224;-tout. Et beaucoup louent son combat contre l'extr&#234;me droite.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le Monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la m&#234;me date, cite d'autres r&#233;actions dithyrambiques de personnalit&#233;s du monde de la politique (Jean-Louis Borloo, Nicolas Sarkozy&#8230; et m&#234;me Jean-Marie Le Pen). Les titres m&#234;mes des articles sont r&#233;v&#233;lateurs&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Apr&#232;s la mort de Bernard Tapie, Emmanuel Macron salue son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#233;nergie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;source d'inspiration pour des g&#233;n&#233;rations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant, comparons avec les papiers annon&#231;ant la mort de Marcel Boiteux. Pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'Obs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est simple&#160;: il n'en parle m&#234;me pas. Dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le Monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, on a droit au torrent de fiel&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'ancien pr&#233;sident d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt; Marcel Boiteux, chantre du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tout-nucl&#233;aire, tout-&#233;lectrique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, est mort&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Tapie est, pour ceux qui font les titres du quotidien du soir, une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;source d'inspiration pour des g&#233;n&#233;rations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, Boiteux n'est qu'un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chantre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, un propagandiste du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tout-nucl&#233;aire, tout-&#233;lectrique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, et rien de plus. Et peu importe si l'un a consacr&#233; sa vie au service public, b&#226;ti le plus grand succ&#232;s industriel fran&#231;ais du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, et l'autre n'a pens&#233; qu'&#224; lui-m&#234;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; que l'un ait dirig&#233; avec distinction une entreprise vitale pour le pays, et l'autre un club de foot qu'il mena &#224; la victoire en truquant des matchs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce contraste devrait nous interroger sur les mod&#232;les que notre soci&#233;t&#233; propose &#224; sa jeunesse. Quand elle fait de Tapie une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;inspiration pour des g&#233;n&#233;rations&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et de Boiteux un simple &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chantre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'id&#233;es discutables, quel message transmet-elle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quand la grossi&#232;ret&#233; est plus valoris&#233;e que la politesse, le bagout plus que la r&#233;flexion, l'amour de l'argent plus que celui du savoir, le service de soi plus que le service des autres, le cancre plus que l'&#233;tudiant brillant, les paillettes plus que la substance, quel genre de comportements encourage-t-on, quels mod&#232;les on donne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Posons la question autrement&#160;: si vous aviez un enfant, pr&#233;f&#233;reriez-vous qu'il ressemble &#224; Bernard Tapie ou &#224; Marcel Boiteux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? J'ose croire que la plupart de mes concitoyens choisiraient la seconde option, parce qu'il y a chez eux un fond de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;common decency&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que quarante ans de bourrage de cr&#226;ne n&#233;olib&#233;ral n'ont pas r&#233;ussi &#224; effacer. Ou du moins, ils feraient ce choix s'ils savaient qui est Marcel Boiteux. Seulement voil&#224;, ils ne le savent pas. Parce que les m&#233;dias ne leur diront pas, ou si peu. Parce qu'il n'y aura pas de biopic sur Netflix &#8211; alors qu'il y aurait tant &#224; montrer sur ce que fut l'aventure du nucl&#233;aire fran&#231;ais. De toutes les choses dont on a priv&#233; notre jeunesse, la plus grande privation est certainement le vol de la m&#233;moire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce propos, une anecdote racont&#233;e par un ami qui est pass&#233; par l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ENA&lt;/span&gt;&#160;: Lors de la beuverie qui met fin &#224; la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;semaine d'int&#233;gration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; cette v&#233;n&#233;rable &#233;cole aujourd'hui disparue, et durant laquelle apr&#232;s un d&#233;bat acharn&#233; la promotion entrante choisit son nom, mon ami a propos&#233; au d&#233;bat le nom de Raoul Dautry (3). &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Raoul qui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; fut la r&#233;ponse de ses condisciples. Imaginez-vous&#160;: pour des jeunes cultiv&#233;s que sont les &#233;narques nouvellement recrut&#233;s, cens&#233;s conna&#238;tre par le d&#233;tail l'histoire administrative et institutionnelle de leur pays, le nom de Dautry, qui joua un r&#244;le fondamental dans la reconstruction, qui participa &#224; la cr&#233;ation d'institutions aussi marquantes que le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CEA&lt;/span&gt; ou la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt;, n'&#233;voque plus le moindre souvenir, la moindre r&#233;f&#233;rence. Il est vrai qu'il n'a jamais fait l'objet d'un film ou d'un biopic (4) pas plus qu'on ne songe &#8211; n'&#233;tant ni femme, ni membre d'une minorit&#233; visible &#8211; &#224; le faire rentrer au Panth&#233;on. M&#233;diatiquement, Dautry n'existe pas. Et de nos jours, ce qui n'existe pas m&#233;diatiquement n'existe pas tout court. Et cette amn&#233;sie ne touche pas que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la France d'en bas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. M&#234;me les &#233;narques sont les victimes de cette occultation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tapie &#233;tait r&#233;guli&#232;rement dans le fenestron quand il &#233;tait vivant, et on a droit p&#233;riodiquement &#224; une piqure de rappel &#8211; toujours bienveillante &#8211; de ses frasques depuis qu'il est mort. M&#234;me dans pour son (court) passage en prison ou sa d&#233;mission honteuse, il est portraitur&#233; dans le r&#244;le de la victime. Je ne me souviens pas d'avoir vu une seule &#233;mission sur Marcel Boiteux, sa vie et son &#339;uvre, depuis au moins vingt ans. Les frasques de Tapie, que nous avons tous pay&#233;s de notre poche, sont connus de tous, l'&#339;uvre positive d'un Boiteux, dont nous profitons encore aujourd'hui, est oubli&#233;e en dehors des cercles restreints de technocrates &#8211; au bon sens du terme &#8211; pour qui il reste une r&#233;f&#233;rence. Alors que le d&#233;c&#232;s de Boiteux n'est m&#234;me mentionn&#233; aux journaux t&#233;l&#233;vis&#233;s, Tapie droit &#224; un biopic sorti ces jours-ci et qui b&#233;n&#233;ficie d'un accueil m&#233;diatique tout &#224; fait bienveillant pour ne pas dire plus (5). Je prends les paris que Boiteux ne b&#233;n&#233;ficiera jamais d'un tel honneur. Et cela pour une raison simple&#160;: Tapie repr&#233;sente les valeurs d'une classe dominante, celle qui au tournant des ann&#233;es 1980 s'est vautr&#233;e dans les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ann&#233;es fric&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qu'elle &#233;voque toujours avec nostalgie, comme en t&#233;moigne la r&#233;v&#233;rence avec laquelle elle parle toujours de cette p&#233;riode. Tapie, c'&#233;tait le bon temps, celui de l'insouciance, celui o&#249; un peu de bagout vous amenait loin. Boiteux repr&#233;sente des valeurs de t&#233;nacit&#233;, de sacrifice de soi, d'effort, d'engagement, du travail bien fait, valeurs rejet&#233;es par la classe qui aujourd'hui contr&#244;le l'espace id&#233;ologique, culturel, m&#233;diatique. Des valeurs d'une France &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de grand papa&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;rance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#224; mille lieux de l'id&#233;ologie lib&#233;rale-libertaire qui est dominante aujourd'hui. Lorsqu'un grand site de paris en ligne tapisse le m&#233;tro parisien d'affiches proclamant que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;le plus important c'est de gagner&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est la vision de Bernard Tapie qui nous est propos&#233;e. Et le fait que ces affiches ne provoquent pas le rejet &#8211; ce qui aurait &#233;t&#233; le cas il y a quarante ans &#8211; montre combien cette id&#233;ologie s'est impos&#233;e depuis, jusqu'&#224; devenir naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marcel Boiteux &#233;tait un survivant, un t&#233;moin d'une autre &#233;poque, le porteur de valeurs d&#233;mod&#233;es dans notre monde n&#233;olib&#233;ral. Ceux qui choisiront de les garder vivantes, un peu comme les hommes qui apprenaient les livres par c&#339;ur dans le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Fahrenheit 451&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Bradbury, continuer ses combats, dans l'obscurit&#233; que n'&#233;claireront pas les m&#233;dias, trop occup&#233;s &#224; faire la promotion des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gagnants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;ph&#233;m&#232;res. Et s'il existe un paradis pour les constructeurs, Marcel Boiteux doit y &#234;tre, et discute peut-&#234;tre amicalement avec un autre Marcel, Paul de son nom (6), lui aussi un grand oubli&#233;. Un autre Marcel avec lequel il &#233;tait en d&#233;saccord sur beaucoup de choses, mais dont l'&#339;uvre se confond avec la sienne. Preuve s'il en fallait une qu'il est possible de r&#233;unir autour d'un grand projet collectif des hommes que leurs origines et leurs id&#233;es s&#233;parent, pour peux qu'ils partagent le sens de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral. Dans ces temps de recul et de confusion, cela fait du bien de se le rappeler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CEA&lt;/span&gt; ne s'est jamais totalement remis de ce choix. Pour comprendre l'affaire, il faut aussi voir que les priorit&#233;s du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CEA&lt;/span&gt; et d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt; n'&#233;taient pas les m&#234;mes. Pour &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt;, la priorit&#233; &#233;tait de se doter de r&#233;acteurs &#233;conomiquement efficients et fiables pour la production d'&#233;lectricit&#233;. Pour le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CEA&lt;/span&gt;, c'&#233;tait la production de radio-isotopes, et surtout de plutonium de qualit&#233; militaire, ce que permettaient les r&#233;acteurs graphite-gaz, mais pas ceux &#224; eau pressuris&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) On oublie maintenant que Tapie fait fortune dans les ann&#233;es 1980 en rachetant des entreprises en difficult&#233;. Ces rachats &#233;taient souvent rendus possibles par des aides publiques importantes consenties par des &#233;lus d&#233;sesp&#233;r&#233;s voulant &#224; tout prix maintenir des activit&#233;s dans le contexte de ch&#244;mage de masse naissant. Une fois rachet&#233;es, et apr&#232;s une p&#233;riode de d&#233;cence aussi courte que possible, le personnel &#233;tait licenci&#233;e, l'entreprise d&#233;pec&#233;e et ses actifs vendus. Les piles Wonder sont l'exemple le plus achev&#233; de cette technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Polytechnicien, entr&#233; &#224; la compagnie des chemins de fer du Nord, il met en place en 1914 &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la voie des cent jours&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; permettant de ravitailler les troupes efficacement. Il dirigera ensuite les chemins de fer de l'Etat, et participera &#224; la nationalisation des chemins de fer et &#224; la cr&#233;ation de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt; en 1936. Ministre de l'Armement entre septembre 1939 et juin 1940, il fera l'impossible pour mettre l'industrie fran&#231;aise en ordre de marche pour &#233;quiper les arm&#233;es. C'est lui qui organise la r&#233;cup&#233;ration du stock d'eau lourde norv&#233;gien puis sa mise en s&#233;curit&#233; en Grande Bretagne. Il passera la guerre 1939-45 retir&#233; &#224; Lourmarin, o&#249; il pr&#233;pare discr&#232;tement la reconstruction industrielle du pays. Cela lui vaudra d'&#234;tre nomm&#233; ministre de la reconstruction et de l'urbanisme au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GPRF&lt;/span&gt; de 1944 &#224; 1946, puis administrateur g&#233;n&#233;ral du Commissariat &#224; l'&#233;nergie atomique nouvellement cr&#233;&#233;, dont il est l'un des promoteurs et des fondateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(4) Il appara&#238;t, jouant son propre r&#244;le, dans le film de 1948 &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La bataille de l'eau lourde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Jean Dreville, &#224; c&#244;t&#233; de plusieurs acteurs de l'&#233;pisode, dont Lev Kowarski et Fr&#233;d&#233;ric Joliot. A l'&#233;poque, on savait mettre en valeur ce genre de personnage, ce genre d'&#233;v&#232;nement. Oh tempora, o mores&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(5) Le fait que le biopic en question soit r&#233;alis&#233; par Tristan S&#233;gu&#233;la, fils de Jacques, dont on connait l'entregent dans le milieu m&#233;diatique, n'a certainement aucun rapport avec cette bienveillance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(6) Par une &#233;trange co&#239;ncidence, le deuxi&#232;me pr&#233;nom de Marcel Boiteux, tel qu'il figure dans le d&#233;cret qui lui conf&#232;re la dignit&#233; de Grand Officier de la L&#233;gion d'Honneur, est Paul&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://descartes-blog.fr/2023/09/16/un-heros-tres-discret/" class="spip_out"&gt;sur le blog de Descartes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Enfin un papier optimiste&#160;!</title>
		<link>http://lepcf.fr/Enfin-un-papier-optimiste</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Enfin-un-papier-optimiste</guid>
		<dc:date>2021-12-28T10:18:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Une lecture optimiste de la catastrophe annonc&#233;e que nous partageons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! pam &lt;br class='autobr' /&gt; Tous les oracles sont d'accord&#160;: les &#233;lections pr&#233;sidentielles seront pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une catastrophe. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Lib&#233;ration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui lit dans les entrailles des oiseaux, nous pr&#233;vient que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; se meurt, la gauche est morte. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le Monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui pr&#233;f&#232;re le Tarot et la carte astrale, nous dit que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est en plein d&#233;sarroi et n'a aucune chance de se retrouver au deuxi&#232;me tour. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais quand est-ce la derni&#232;re&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Vie-politique-" rel="directory"&gt;Vie politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH73/arton4919-7fecb.jpg?1728721357' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='73' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;Une lecture optimiste de la catastrophe annonc&#233;e que nous partageons&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;br class='autobr' /&gt;
pam&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tous les oracles sont d'accord&#160;: les &#233;lections pr&#233;sidentielles seront pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une catastrophe. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Lib&#233;ration&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui lit dans les entrailles des oiseaux, nous pr&#233;vient que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; se meurt, la gauche est morte. &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Le Monde&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui pr&#233;f&#232;re le Tarot et la carte astrale, nous dit que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est en plein d&#233;sarroi et n'a aucune chance de se retrouver au deuxi&#232;me tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand est-ce la derni&#232;re fois que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a &#233;t&#233; pr&#233;sente au deuxi&#232;me tour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pas en 2012, en 2007, en 1995, en 1988, en 1981. A toutes ces &#233;lections, ce fut le candidat du Parti socialiste, portant le programme de son parti, et non de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui fut pr&#233;sent au second tour. La derni&#232;re fois o&#249; l'on peut parler d'une pr&#233;sence de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au deuxi&#232;me tour, c'est l'&#233;lection de 1974. Cette ann&#233;e-l&#224;, communistes, socialistes et radicaux de gauche avaient conclu un contrat de gouvernement les engageant &#224; appliquer un programme qui leur &#233;tait commun. Le candidat pouvait donc &#234;tre consid&#233;r&#233; le candidat de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais depuis cette &#233;lection &#8211; et cela fait quand m&#234;me un demi-si&#232;cle &#8211; on ne peut dire que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ait jamais pass&#233; le premier tour, sauf &#224; prendre la partie pour le tout, et confondre le seul Parti socialiste avec &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait qu'il n'y ait pas de candidat socialiste au deuxi&#232;me tour est peut-&#234;tre une catastrophe pour le Parti socialiste. Mais pourquoi une telle situation serait une catastrophe pour &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pour cela, il faudrait admettre que les id&#233;es qui sont ch&#232;res aux diff&#233;rentes organisations qui composent &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sont mieux servies lorsque les socialistes sont au pouvoir. Est-ce vraiment le cas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pas si je crois mon exp&#233;rience&#160;: &#224; chacun de ses passages au pouvoir, la gauche a fait ce que la droite a toujours r&#234;v&#233; mais n'a pas r&#233;ussi. Privatisations, monnaie unique, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;concurrence libre et non fauss&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, privatisation de la fonction publique&#8230; vous voulez que je continue&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Les militants communistes, pour ne prendre qu'eux, se souviennent que jamais on leur a autant tap&#233; sur la gueule, jamais autant cherch&#233; &#224; leur faire perdre leurs &#233;lus &#8211; avec la complicit&#233; de la droite &#8211; que quand les socialistes &#233;taient au pouvoir. Pourquoi le fait que le Parti socialiste ne soit pas au deuxi&#232;me tour serait une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;catastrophe&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour eux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je suis persuad&#233; qu'&#224; la plupart des &#233;lecteurs de Roussel ou de M&#233;lenchon le fait qu'Anne Hidalgo ou Yannick Jadot soient absents du deuxi&#232;me tour ne fait ni chaud ni froid. Et qu'&#224; l'inverse, les &#233;lecteurs d'Hidalgo ou de Jadot ne feraient le moindre effort pour permettre &#224; Roussel ou M&#233;lenchon de passer le premier tour. C'est pour cela que l'unit&#233;, que tout le monde dit appeler de ses v&#339;ux, ne se fait pas et ne se fera pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vous me direz que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est all&#233;e unie aux urnes en 1965 et 1974 &#8211; et jusqu'&#224; un certain point, en 1981. Pourquoi la magie qui avait permis &#224; l'&#233;poque &#224; la gauche de s'unir ne fonctionnerait-elle pas aujourd'hui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Parce que beaucoup d'eau a coul&#233; sous les ponts. En 1965, en 1974, en 1981 &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'avait pas gouvern&#233; depuis plus de trente ans. Les militants, les &#233;lecteurs pouvaient penser qu'en portant un homme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au pouvoir, celui-ci ferait une politique conforme aux esp&#233;rances de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Un communiste pouvait encore penser qu'en portant un socialiste au pouvoir, les int&#233;r&#234;ts qu'il d&#233;fendait seraient mieux servis qu'en portant un homme de droite. Mais depuis 1981, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a beaucoup gouvern&#233;. Quarante ans se sont &#233;coul&#233;s depuis 1981. Pendant cette p&#233;riode, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a gouvern&#233; exactement vingt ans, soit la moiti&#233; de la p&#233;riode (1981-86, 1988-93, 1997-2002, 2012-2017), et occup&#233; l'Elys&#233;e pendant &#224; peu pr&#232;s le m&#234;me temps (1981-95, 2012-17). Suffisamment longtemps donc pour qu'on puisse juger son &#339;uvre. Et qu'est-ce qu'elle laisse en h&#233;ritage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'abord, une longue liste de capitulations, de trahisons, d'abandons au profit du bloc dominant. Au point qu'il devient difficile de savoir si telle ou telle mesure fut prise par &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. L'Europe de la concurrence &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;libre et non fauss&#233;e&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, le trait&#233; de Maastricht, la monnaie unique, c'est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La privatisation du patrimoine public &#8211; France Telecom, Renault, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;BNP&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;ELF&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GDF&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAN&lt;/span&gt;, Air France, Renault, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;AGF&lt;/span&gt;, Cr&#233;dit Lyonnais, Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale &#8211; c'est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;L'&#233;l&#232;ve au centre&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et le savoir nulle part, la culture transform&#233;e en happening, les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ann&#233;es fric&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, la t&#233;l&#233;-poubelle, c'est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La d&#233;sindustrialisation, la banalisation du ch&#244;mage de masse, c'est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la droite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pourquoi moi, &#233;lecteur communiste, irais-je voter une Anne Hidalgo qui demain me collera une loi El-Khomri, qui privatisera la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt;, qui fermera une centrale nucl&#233;aire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? M&#234;me si elle jure par ses grands dieux du contraire, est-ce que ses serments vaudront plus que ceux de Mitterrand, de Jospin, de Hollande&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'est-ce qui me dit qu'elle tiendrait plus compte de mes avis que ne l'ont fait ses pr&#233;d&#233;cesseurs une fois que je lui aurai sign&#233; son ch&#232;que en blanc&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gauche paye un mode de gouvernement dans lequel le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; h&#233;g&#233;monique m&#233;prisait quand il n'ignorait pas les autres composantes de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, o&#249; la trahison, le reniement de la parole donn&#233;e, l'exploitation syst&#233;matique des faiblesses de ses &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alli&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;tait devenue syst&#233;matique. C'est l&#224; l'h&#233;ritage empoisonn&#233; du machiav&#233;lisme mitterrandien. Pour une g&#233;n&#233;ration de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; non communiste &#8211; les socialistes, les &#233;cologistes, les gauchistes reconvertis ou pas en socialistes &#8211; le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vieux&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a servi de guide et de mod&#232;le, au point qu'aujourd'hui encore un M&#233;lenchon, un Dray lui rendent un hommage appuy&#233; et acritique. Dans cette gauche la trahison tactique a non seulement &#233;t&#233; permise, elle a &#233;t&#233; encourag&#233;e. On pouvait saboter le candidat officiel de son propre parti, se pr&#233;senter m&#234;me contre lui&#8230; et on n'est pas sanctionn&#233; si l'on gagne. On peut aussi susciter une candidature pour dynamiter un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alli&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et se faire &#233;lire &#224; sa place avec les voix de la droite, quitte &#224; violer les accords de d&#233;sistement mutuel (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le naufrage du Parti socialiste, c'est aussi cela&#160;: une organisation sans code de l'honneur, o&#249; l'on n'h&#233;site pas &#224; trahir ou descendre un camarade de parti pour son propre profit. Une g&#233;n&#233;ration, celle des Dray, des Hollande, des M&#233;lenchon, a &#233;t&#233; &#233;duqu&#233;e dans l'id&#233;e que la politique se r&#233;duit &#224; une tactique. Que la victoire vaut tous les sacrifices, y compris celui des id&#233;es, qui deviennent quelque chose de tout &#224; fait secondaire (2). Celui qui n'a pas eu la chance d'assister &#224; un congr&#232;s du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;belle &#233;poque&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mitterrandienne, ne sait pas ce qu'il a perdu. J'ai eu cette chance, et je peux en t&#233;moigner&#160;: les textes, les projets, les d&#233;bats n'int&#233;ressaient personne. Le seul point d'int&#233;r&#234;t, c'est qui allait avoir quel poste et qui allait &#234;tre r&#233;trograd&#233;, et comment on pouvait g&#226;cher la pr&#233;sentation d'un adversaire ou mettre en valeur celle de son patron. Et bien entendu, la magouille des votes pour r&#233;partir le pouvoir entre les diff&#233;rentes tendances &#8211; votes dont nous savons aujourd'hui gr&#226;ce &#224; Jean-Luc M&#233;lenchon que le r&#233;sultat &#233;tat n&#233;goci&#233; entre la direction et les diff&#233;rents courants dans le dos des d&#233;l&#233;gu&#233;s. Cela a donn&#233; &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; une g&#233;n&#233;ration de politiques sans &#226;me, sans colonne vert&#233;brale id&#233;ologique, pr&#234;ts &#224; soutenir une chose aujourd'hui et &#224; la maudire demain en fonction de consid&#233;rations tactiques, &#224; flinguer un camarade si le prix est le bon. Une g&#233;n&#233;ration de politiques qui finalement ne laissent derri&#232;re eux aucune &#339;uvre, ni m&#234;me un enseignement, puisqu'ils ont dit tout et son contraire, et qu'au fond &#8211; ils le disent eux-m&#234;mes &#8211; ils ne sont pas int&#233;ress&#233;s par les id&#233;ologies. Pour cette g&#233;n&#233;ration, l'unit&#233; n'a qu'un seul but, la conqu&#234;te des postes et du pouvoir &#8211; sans qu'on sache ensuite quoi en faire. C'est d'ailleurs pourquoi ceux qui proposent une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;primaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; cherchent &#224; d&#233;partager des personnalit&#233;s, et non des projets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique d'unit&#233; suppose que les partis retirent leurs candidats pour en laisser subsister un. Mais une fois qu'on s'est d&#233;sist&#233;, c'est l'un en question qui d&#233;tient toutes les cl&#233;s, qui parle au fenestron. Et qui est libre de respecter les engagements ou de les trahir, d'&#233;couter ou non ceux qui l'ont fait roi, et &#233;ventuellement d'utiliser le pouvoir qu'ils l'ont aid&#233; &#224; conqu&#233;rir contre eux. L'unit&#233; suppose donc une bonne dose de confiance dans la loyaut&#233; de l'autre, dans la valeur qu'il donne &#224; sa parole. Sans une logique de l'honneur, point d'alliance solide. Or, &#224; l'exception notable du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; qui a toujours ex&#233;cut&#233; les accords qu'il a sign&#233; &#8211; m&#234;me lorsqu'ils avaient cess&#233; de lui &#234;tre avantageux &#8211; les hommes et les formations qui composent &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ont fait preuve d'une coupable l&#233;g&#232;ret&#233; &#224; l'heure de tenir leur parole et de respecter les accords. L'exemple de la primaire de la gauche organis&#233;e par les socialistes en 2017, o&#249; l'on a vu les candidats s'engager &#224; soutenir le gagnant, puis se sont empress&#233;s &#224; soutenir d'autres candidats d&#232;s que le r&#233;sultat fut connu, est un cas flagrant. Et ne parlons m&#234;me pas des coups bas chez les &#233;cologistes&#8230; o&#249; le candidat d&#233;sign&#233; &#224; 51% peut &#234;tre assur&#233; d'&#234;tre sabot&#233; par le 49% restant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dont les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;b&#233;b&#233;s Mitterrand&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ne se sont pas aper&#231;us, c'est &#224; quel point le machiav&#233;lisme tactique est corrupteur, combien il d&#233;truit la confiance qui est le fondement de l'engagement collectif. Et ils ne l'ont toujours pas compris. M&#233;lenchon fait les yeux doux &#224; Roussel, comme si les coups bas de 2012 et de 2017 n'avaient jamais exist&#233;, comme si les communistes aujourd'hui pouvaient faire confiance &#224; celui l&#224; m&#234;me qui, depuis que les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;insoumis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; existent, a fait tout ce qu'il a pu pour les vassaliser. Hier, quand il &#233;tait en position de force, il exigeait des candidats communistes un serment de fid&#233;lit&#233; sous forme d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;charte&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui lui donnait le contr&#244;le du groupe parlementaire. Aujourd'hui, en position de faiblesse, il fait les yeux doux et se fait tout gentil. Il a crach&#233; sur les communistes hier &#8211; souvenez-vous du tweet &#224; Laurent&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vous &#234;tes la mort et le n&#233;ant&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Il les courtise aujourd'hui. Normal&#160;: il appartient &#224; une g&#233;n&#233;ration politique sans m&#233;moire, qui s'imagine que ses actes n'ont pas de cons&#233;quences, que le pass&#233; ne p&#232;se pas sur le pr&#233;sent, qu'on peut &#233;craser un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alli&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sous sa botte aujourd'hui et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;faire l'union&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avec lui demain. M&#233;lenchon parle de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UE&lt;/span&gt; comme s'il n'avait jamais vot&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;oui&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; Maastricht, Hollande parle social s'il n'avait jamais fait la loi El Khomri, Hamon parle de l'&#233;ducation comme s'il n'avait jamais &#233;t&#233; ministre, Taubira de rectitude comme si elle n'avait jamais fait liste commune avec Tapie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et tant que cette g&#233;n&#233;ration sera l&#224;, il n'y a aucune chance de voir la gauche se redresser. Ces gens sont incapables de construire quoi que ce soit, parce qu'ils ont oubli&#233; &#8211; ou n'ont jamais appris &#8211; l'importance de la vertu en politique. Tenir sa parole, ne jamais se compromettre sur l'essentiel, c'est la condition de la confiance, et la confiance est la condition de toute construction de long terme. Le retour de 1958 n'est possible que parce qu'il y eut avant onze ans d'intransigeance, de continuit&#233;. Cette continuit&#233;, cette action dans la dur&#233;e, ils en sont incapables. M&#233;lenchon a fond&#233; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LFI&lt;/span&gt; il y a six ans bient&#244;t, et n'a toujours pas song&#233; &#224; institutionnaliser son mouvement, &#224; en faire un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;intellectuel collectif&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Parce que ces gens-l&#224; fonctionnent par &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;coups&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; tactiques qui durent ce que durent les roses, et se fanent ensuite pour &#234;tre remplac&#233;es par le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;coup&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; suivant (3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'obsession &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d'&#234;tre au deuxi&#232;me tour&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; illustre parfaitement le d&#233;litement de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Depuis 2017, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; a eu cinq ans pour travailler &#224; un projet, pour d&#233;velopper une vision de la France. Elle n'a rien fait. Elle &#233;tait trop occup&#233;e &#224; magouiller les candidatures aux municipales, aux r&#233;gionales, aux europ&#233;ennes. Et cinq mois avant l'&#233;lection, le seul d&#233;bat qui vaille dans &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;la gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est celui de placer quelqu'un &#8211; peu importe qui, peu importe son programme, peu importe son projet &#8211; au deuxi&#232;me tour. Quelqu'un de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;raisonnable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; c'est-&#224;-dire, venant de la galaxie &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; &#8211; cela va sans dire. On propose une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;primaire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, mais c'est une primaire entre candidats sans projet, sans programme, qui n'ont &#224; montrer aux &#233;lecteurs que leur gueule et un certain nombre de propositions d&#233;magogiques destin&#233;es &#224; caresser tel ou tel segment de l'&#233;lectorat dans le sens du poil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;La gauche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, celle des petits jeunes &#8211; &#233;narques et gauchistes &#8211; nourris au lait du mitterrandisme et devenus des vieux magouilleurs donneurs de le&#231;ons, celle qui a ouvert la porte &#224; tous les communautarismes, &#224; toutes les capitulations, &#224; toutes les d&#233;missions au nom de la tactique, est mourante. Quand elle dispara&#238;tra, ce n'est pas moi qui irai la regretter. Bient&#244;t les M&#233;lenchons, les Hollandes, les Taubiras, les Cohn-Bendit quitteront la sc&#232;ne pour aller r&#233;fl&#233;chir &#224; toutes les bonnes choses qu'ils auraient faites&#8230; s'ils avaient su quoi faire. Et on pourra peut-&#234;tre alors travailler s&#233;rieusement. En cette fin d'ann&#233;e 2021, une bonne raison d'&#234;tre optimiste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Pour ceux qui connaissent mal l'histoire &#233;lectorale, pensez au cas de B&#232;gles, o&#249; Noel Mam&#232;re se pr&#233;sente aux municipales de 1989 contre un maire communiste sous l'&#233;tiquette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;majorit&#233; pr&#233;sidentielle&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avec la b&#233;n&#233;diction de Mitterrand et en violation des accords entre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;. Mam&#232;re sera finalement &#233;lu avec les voix de la droite. Autre exemple&#160;: aux l&#233;gislatives de 1988 Bernard Kouchner, candidat socialiste, arrive loin derri&#232;re Alain Bocquet, le d&#233;put&#233; sortant communiste, alors que la droite ne peut se maintenir au deuxi&#232;me tour. Kouchner d&#233;clare qu'il se maintiendra, pour battre le candidat communiste. Mais dans son cas, cela ne marche pas. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; menace de faire voter contre les sortants socialistes dans toutes les circonscriptions, et Kouchner est oblig&#233; de se d&#233;sister. Quant aux candidats socialistes qui ont vu se dresser contre eux des candidats dissidents de leur propre parti, qui ont &#233;t&#233; battus et ont vu leurs vainqueurs r&#233;incorpor&#233;s&#8230; ils sont trop nombreux pour les mentionner ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) Pour ceux qui seraient tent&#233;s de dire &#8220;&#231;a a toujours &#233;t&#233; l&#233; cas&#8221;, je vous propose quelques exemples. Jean-Pierre Chev&#232;nement a d&#233;missionn&#233; trois fois d'un poste de ministre&#160;: la premi&#232;re, en 1983, pour marquer son d&#233;saccord avec le &#8220;tournant de la rigueur&#8221;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la deuxi&#232;me, en 1991, parce qu'il s'oppose &#224; l'engagement fran&#231;ais dans l'intervention am&#233;ricaine en Irak voulu par Mitterrand&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;; la troisi&#232;me en 2000 parce qu'il ne cautionne pas les Accords de Matignon sign&#233;s par Jospin avec les ind&#233;pendantistes Corses, qui comprennent en particulier la reconnaissance d'un &#8220;peuple corse&#8221; qui ne serait qu'une &#8220;composante&#8221; du peuple fran&#231;ais &#8211; concession qui sera d'ailleurs cass&#233;e par le Conseil constitutionnel. Et il n'&#233;tait pas le seul a manifester ses d&#233;saccords&#160;: lorsque Mitterrand propose au Parlement &#8211; dans lequel les socialistes ont la majorit&#233; absolue &#8211; le projet de loi qui r&#233;habilite les g&#233;n&#233;raux putschistes de 1962, Pierre Joxe, alors pr&#233;sident du groupe, bataillera passionn&#233;ment contre, avec une telle hargne que le gouvernement est oblig&#233; d'utiliser l'article 49.3 de la Constitution pour faire passer son projet (pour une relation d&#233;taill&#233; de l'affaire, voir &lt;a href=&#034;https://histoirecoloniale.net/la-rehabilitation-des-generaux.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://histoirecoloniale.net/la-rehabilitation-des-generaux.html&lt;/a&gt;). On serait en peine de me citer un cas, un seul, ou les M&#233;lenchon, les Drai, les Hollande aient os&#233; d&#233;fier le &#8220;vieux&#8221;&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(3) Exemple presque caricatural&#160;: la pr&#233;sentation par Jean-Luc M&#233;lenchon de son &#8220;Parlement de campagne&#8221; &#224; son meeting de La D&#233;fense. En ce sens, M&#233;lenchon est un r&#233;volutionnaire&#160;: il a form&#233; le premier parlement sur invitation de l'histoire. Car, soyez rassur&#233;s, le &#8220;Parlement de campagne&#8221; de M&#233;lenchon ne d&#233;roge en rien aux traditions &#8220;insoumises&#8221;&#160;: tous ses membres ont &#233;t&#233; invit&#233;s &#224; si&#233;ger et d&#233;sign&#233;s par le gourou himself. On ne va quand m&#234;me pas pousser la d&#233;mocratie jusqu'&#224; &#233;lire les instances&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Voici un exemple o&#249; pour pouvoir faire un &#8220;coup&#8221; on change le sens des mots, et ce faisant on d&#233;valorise l'institution parlementaire. Car maintenant, on le sait, point besoin d'&#233;lection pour &#234;tre un v&#233;ritable parlement&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="https://descartes-blog.fr/2021/12/19/enfin-un-papier-optimiste/" class="spip_out"&gt;sur le blog de descartes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Triste nuit</title>
		<link>http://lepcf.fr/Triste-nuit</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Triste-nuit</guid>
		<dc:date>2020-02-24T16:36:33Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Comme disait la chanson de Reggiani, ce soir, je bois. Pas aux femmes qui ne m'ont pas aim&#233; et aux enfants que je n'ai pas eu. Je bois pour rendre hommage &#224; tous ces hommes grands et petits, connus et inconnus, d&#233;cideurs et ex&#233;cutants, intellectuels et manuels, qui se sont investis sans compter ont permis &#224; la France de b&#233;n&#233;ficier de cet extraordinaire instrument qui est notre parc &#233;lectronucl&#233;aire. Et je bois aussi pour leur demander pardon au nom de ma g&#233;n&#233;ration d'avoir si mal d&#233;fendu&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Vie-politique-" rel="directory"&gt;Vie politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH129/arton4440-750a1.jpg?1728721357' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='129' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme disait la chanson de Reggiani, ce soir, je bois. Pas aux femmes qui ne m'ont pas aim&#233; et aux enfants que je n'ai pas eu. Je bois pour rendre hommage &#224; tous ces hommes grands et petits, connus et inconnus, d&#233;cideurs et ex&#233;cutants, intellectuels et manuels, qui se sont investis sans compter ont permis &#224; la France de b&#233;n&#233;ficier de cet extraordinaire instrument qui est notre parc &#233;lectronucl&#233;aire. Et je bois aussi pour leur demander pardon au nom de ma g&#233;n&#233;ration d'avoir si mal d&#233;fendu leur h&#233;ritage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette nuit, on arr&#234;tera d&#233;finitivement le r&#233;acteur n&#176;1 de la centrale nucl&#233;aire de Fessenheim, mettant ainsi fin &#224; 42 ann&#233;es de bons et loyaux services. 42 ann&#233;es pendant lesquelles il a d&#233;menti toutes les vaticinations de ses adversaires. On affirmait qu'il serait rapidement inexploitable, on constate aujourd'hui qu'il aurait pu aller jusqu'&#224; 60 ans et peut-&#234;tre m&#234;me &#224; 80. On pr&#233;disait qu'il ne serait jamais rentable, il a &#233;t&#233; amorti en 25 ans seulement. On tonnait que sa technologie n'&#233;tait pas fiable et qu'elle serait tout le temps en panne, elle a produit avec un taux de disponibilit&#233; qui a toujours d&#233;pass&#233; les 70%. Et l'accident toujours &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;in&#233;luctable&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui &#233;tait le grand espoir des &#233;cologistes n'a jamais eu lieu. Fessenheim-1 prendra donc sa retraite avec 42 annuit&#233;s de bons et loyaux services.&lt;/p&gt;
&lt;div class='spip_document_4781 spip_document spip_documents spip_document_image spip_documents_center spip_document_center'&gt;
&lt;figure class=&#034;spip_doc_inner&#034;&gt; &lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L500xH281/manif_fessenheim_cgt-5a3cd.jpg?1731474327' width='500' height='281' alt='' /&gt;
&lt;/figure&gt;
&lt;/div&gt;
&lt;p&gt;Il y a quelque temps j'avais essay&#233; dans un de mes papiers de r&#233;pondre &#224; la question de savoir pourquoi nous ne pouvions pas nous payer aujourd'hui ce que nous pouvions nous payer hier (des services publics de qualit&#233;, une recherche de premier niveau, un syst&#232;me &#233;ducatif qu'on nous enviait). Une des raisons, c'est la monstrueuse destruction de valeur, c'est-&#224;-dire, la multiplication de d&#233;penses parfaitement inutiles consenties pour satisfaire tel ou tel pr&#233;jug&#233;, tel ou tel int&#233;r&#234;t particulier. Et bien, la fermeture de Fessenheim donne un exemple magnifique de ce gaspillage. Car fermer un r&#233;acteur trente ans trop t&#244;t, c'est une perte de production de quelque 6,5 M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;d&lt;/sup&gt;&#8364; aux prix actuels de l'&#233;lectricit&#233;. M&#234;me en tenant compte des frais d'exploitation et des investissements n&#233;cessaires, on jette tout de m&#234;me par la fen&#234;tre quelque 4 M&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;d&lt;/sup&gt;&#8364;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi, mon dieu, pourquoi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quelle est la rationalit&#233; de cette d&#233;cision&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quel est le lobby qui en b&#233;n&#233;ficie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le plus triste, c'est que la r&#233;ponse est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;personne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Ici, ce n'est pas un int&#233;r&#234;t particulier qui s'est impos&#233; &#224; l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, c'est un pr&#233;jug&#233; irrationnel. L'arr&#234;t de Fessenheim a toutes les caract&#233;ristiques du sacrifice antique, c'est-&#224;-dire, de la destruction inutile de valeur avec pour but avou&#233; de contenter les dieux, et pour but inavouable de montrer sa richesse et sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sacrifice, c'est Fran&#231;ois Hollande &#8211; ou pour &#234;tre plus pr&#233;cis Martine Aubry, qui n&#233;gocie avec les &#233;cologistes en leur nom &#8211; qui l'accorde pour pouvoir compter sur les voix des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;verts&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Etant donn&#233; le faible poids &#233;lectoral des &#233;cologistes en France, on peut s'interroger sur l'int&#233;r&#234;t d'une telle concession. Ce serait oublier que si les &#233;cologistes commandent peu de voix, leur pouvoir de nuisance philosophique et surtout m&#233;diatique est consid&#233;rable. Il faut dire que Fran&#231;ois Hollande n'a rien invent&#233;. Lionel Jospin, en 1997, avait lui aussi sacrifi&#233; Superph&#233;nix sur l'autel &#233;cologiste. Et en 1997 comme en 2012, on se trouve devant une d&#233;cision qui n'a d'autre rationalit&#233; que politique. Dans les deux cas, elle ne repose pas sur une quelconque analyse &#233;conomique ou technique. Aucun parmi les diff&#233;rents ministres charg&#233;s de l'&#233;nergie qui se sont succ&#233;d&#233;s depuis, n'a &#233;t&#233; capable d'articuler un discours qui ne soit une r&#233;p&#233;tition de clich&#233;s du genre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;75% d'&#233;lectricit&#233; nucl&#233;aire c'est trop&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;le nucl&#233;aire emp&#234;che le d&#233;veloppement des renouvelables&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Elizabeth Borne, notre ministre charg&#233; de l'&#233;nergie, a ajout&#233; l'insulte &#224; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi les successeurs de Fran&#231;ois Hollande, qui n'ont pas &#233;t&#233; &#233;lus avec les voix &#233;cologistes, s'efforcent de tenir ses promesses&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? D'abord, parce qu'il faut du courage pour aller contre les id&#233;es re&#231;ues. Ensuite, parce que nos &#233;cologistes font une fixette sur le nucl&#233;aire. Et en fermant Fessenheim, le gouvernement ach&#232;te la bienveillance des &#233;cologistes &#8211; et obtient ainsi des marges de man&#339;uvre pour ne rien faire dans d'autres domaines. Et puis, cela ne co&#251;te rien&#8230; du moins en apparence. Les cons&#233;quences ne se feront sentir que bien plus tard, quand l'&#233;quipe actuelle aura quitt&#233; le pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, cette affaire d&#233;montre une fois de plus combien qualifier nos gouvernements de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;technocratiques&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est mensonger. Un v&#233;ritable gouvernement de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;technocrates&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'aurait jamais arr&#234;t&#233; la centrale de Fessenheim. Si elle s'arr&#234;te aujourd'hui, c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que contrairement &#224; ce qu'on nous raconte tous les jours, ce n'est pas la rationalit&#233; technique qui commande les d&#233;cisions. Non seulement le technicien ne gouverne pas &#8211; en r&#233;alit&#233;, il n'a jamais vraiment gouvern&#233; en France &#8211; mais il n'est m&#234;me plus &#233;cout&#233; par ceux qui gouvernent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est Camus je crois qui &#233;crivait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Chaque g&#233;n&#233;ration, sans doute, se croit vou&#233;e &#224; refaire le monde. La mienne sait pourtant qu'elle ne le refera pas. Mais sa t&#226;che est peut-&#234;tre plus grande. Elle consiste &#224; emp&#234;cher que le monde se d&#233;fasse&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et pourtant, malgr&#233; nos efforts, notre monde se d&#233;fait sous nos yeux, de la main de mouvements politiques qui tirent fiert&#233; non pas d'avoir construit quelque chose, mais de l'avoir arr&#234;t&#233;e, d&#233;mantel&#233;e, supprim&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;br class='autobr' /&gt;
Tir&#233; de son &lt;a href=&#034;http://descartes-blog.fr/2020/02/21/triste-nuit/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb2-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Elizabeth Borne, notre ministre charg&#233; de l'&#233;nergie, a ajout&#233; l'insulte &#224; l'injure en affirmant en cette journ&#233;e si particuli&#232;re qu'&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;il n'y aura aucune perte d'emplois&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; Fessenheim. Ce gouvernement n'a toujours pas r&#233;ussi &#224; comprendre que des gens puissent &#234;tre affect&#233;s ou se battre pour des consid&#233;rations qui d&#233;passent leurs petits int&#233;r&#234;ts personnels. On l'a vu avec le d&#233;bat sur le statut de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt;&lt;/span&gt; (&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;seuls les nouveaux embauch&#233;s seront touch&#233;s, vous n'avez rien &#224; craindre&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;), avec les retraites (la fameuse &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;clause du grand p&#232;re&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;) et maintenant avec Fessenheim&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi il faut garder les r&#233;gimes sp&#233;ciaux</title>
		<link>http://lepcf.fr/Pourquoi-il-faut-garder-les-regimes-speciaux</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Pourquoi-il-faut-garder-les-regimes-speciaux</guid>
		<dc:date>2019-12-16T18:28:31Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On l'avait oubli&#233;e, mais elle est toujours l&#224;. Depuis le d&#233;but de la gr&#232;ve, on peut voir s'&#233;taler dans les m&#233;dias et dans les r&#233;seaux sociaux cette bonne vieille haine de classe. Celle d'une bourgeoisie et des classes interm&#233;diaires gav&#233;es qui du haut de leur vertu suppos&#233;e d&#233;noncent les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;privil&#232;ges&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des autres. Il para&#238;t, voyez-vous, que notre syst&#232;me de retraites est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;injuste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, permettant &#224; certains de partir plus t&#244;t et avec une meilleure pension, alors que d'autres qui soi-disant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Retraites-" rel="directory"&gt;Retraites&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L145xH150/arton4383-4f05d.jpg?1728721353' class='spip_logo spip_logo_right' width='145' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On l'avait oubli&#233;e, mais elle est toujours l&#224;. Depuis le d&#233;but de la gr&#232;ve, on peut voir s'&#233;taler dans les m&#233;dias et dans les r&#233;seaux sociaux cette bonne vieille haine de classe. Celle d'une bourgeoisie et des classes interm&#233;diaires gav&#233;es qui du haut de leur vertu suppos&#233;e d&#233;noncent les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;privil&#232;ges&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des autres. Il para&#238;t, voyez-vous, que notre syst&#232;me de retraites est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;injuste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, permettant &#224; certains de partir plus t&#244;t et avec une meilleure pension, alors que d'autres qui soi-disant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;font le m&#234;me travail&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; partent plus tard avec des pensions plus faibles. Parle-t-on des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;retraites chapeau&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et autres &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;parachutes dor&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des cadres sup&#233;rieurs des entreprises&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Non, bien sur que non. Ces privil&#232;ges scandaleux, sont ceux des gens qui conduisent des trains, qui soignent les malades, qui enseignent &#224; nos enfants, qui produisent jour et nuit notre &#233;lectricit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait longuement broder sur l'indignation s&#233;lective de ces couches sociales. Car dans l'ordre de l'injustice, il y en a de bien plus criantes et qu'il serait prioritaire d'abolir. Tiens, par exemple, est-il juste qu'une personne, par le seul fait d'&#234;tre n&#233;e avec une cuill&#232;re d'argent dans la bouche, puisse vivre une existence de luxe et passer cette possibilit&#233; &#224; ses successeurs, alors que celui qui nait dans un foyer modeste doit se contenter d'une vie mis&#233;rable, et passera lui aussi cette vie &#224; ses enfants&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'h&#233;ritage n'est-il pas la manifestation d'une injustice infiniment plus scandaleuse que n'importe quel privil&#232;ge de r&#233;gime de retraite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et pourtant, personne &#8211; &#224; droite comme &#224; gauche &#8211; n'a l'air de s'en pr&#233;occuper. L'h&#233;ritage, qui est de toutes les injustices la plus criante, la plus absurde, est devenu intangible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me sous l'angle de sa propre logique, le discours sur la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;justice&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que tiennent les partisans de la r&#233;forme Macron ne tient pas. Tout simplement parce que pour pouvoir tenir un discours sur la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;justice&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, il faut avoir une th&#233;orie de la justice, en d'autres termes, des crit&#232;res pour d&#233;cider si un syst&#232;me est &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;juste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou pas. Or, lorsqu'on examine la r&#233;forme, on se rend compte que les crit&#232;res sous-jacents sont pour le moins &#233;vanescents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ainsi, on nous explique qu'un syst&#232;me &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;juste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est celui o&#249; le m&#234;me euro cotis&#233; donne droit au m&#234;me montant de pension. Admettons. Mais alors, il est donc &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;juste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que les femmes qui ont cotis&#233; moins &#8211; par exemple parce qu'elles ont choisi de se consacrer &#224; &#233;lever leurs enfants &#8211; aient des pensions plus faibles puisqu'elles n'auront pas cotis&#233;. Pourtant, le gouvernement manifeste sa volont&#233; de corriger cette diff&#233;rence en rajoutant des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;bonus&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; aux m&#232;res de famille &#224; partir du premier enfant. Vous me direz qu'il s'agit d'une contribution non r&#233;mun&#233;r&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233;. Mais dans ce cas, si on veut &#234;tre &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;juste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, il faudrait alors calculer la pension en tenant compte pour les autres aussi des contributions non r&#233;mun&#233;r&#233;es&#160;: en quoi le fait d'&#233;lever ses enfants m&#233;rite plus une retraite que le fait d'avoir anim&#233; pendant trente ans un club sportif ou une association de p&#234;che&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, l'id&#233;e de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;justice&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; brandie par les partisans de la r&#233;forme est paradoxalement fond&#233;e sur une vision &#233;galitariste ch&#232;re au gauchisme militant. Au lieu de se r&#233;f&#233;rer &#224; l'&#233;galit&#233; &#8211; qui consiste, rappelons-le, &#224; traiter les gens qui se trouvent dans la m&#234;me situation de la m&#234;me mani&#232;re &#8211; le gouvernement voudrait un syst&#232;me qui traite les gens &#233;galement &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IND&lt;/span&gt;&#201;&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PENDAMMENT&lt;/span&gt; de leur situation concr&#232;te. Un syst&#232;me ou &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'euro cotis&#233; donne lieu &#224; la m&#234;me pension&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est un syst&#232;me o&#249; l'on ne prendra pas en compte ni les contraintes particuli&#232;res d'une profession donn&#233;e, ni la structure de la grille salariale, ni l'&#233;volution des m&#233;tiers, ni la probl&#233;matique du ch&#244;mage. Si on veut prendre en compte ces &#233;l&#233;ments, il faut le faire en dehors du syst&#232;me &#224; points. Il faut mettre en place un syst&#232;me qui donne des points compl&#233;mentaires pour les p&#233;riodes de ch&#244;mage, pour celui qui &#233;l&#232;ve ses enfants, pour celui qui aura des contraintes particuli&#232;res&#8230; ce qui revient en pratique &#224; recr&#233;er des r&#233;gimes diff&#233;rents. Au lieu d'avoir 42 caisses de retraites, on aura une caisse unique qui calculera le nombre de points de chacun de 42 fa&#231;ons diff&#233;rentes. Tout &#231;a pour &#231;a&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que le d&#233;bat actuel montre d'une mani&#232;re crue, c'est la perte de toute culture historique chez nos hommes politiques. Le syst&#232;me de retraites que nous avons aujourd'hui n'est pas apparu par hasard. La multiplicit&#233; des caisses, la complexit&#233; des modes de calcul, tout cela vient de quelque part et a une raison d'&#234;tre. Avant de r&#233;former, il faut bien comprendre quels sont les probl&#232;mes que le syst&#232;me qu'on r&#233;forme permet de r&#233;soudre. La tendance &#224; casser le jouet au pr&#233;texte qu'il ne marche pas &#8211; ou qu'il ne marche pas comme on le voudrait &#8211; est infantile. Avant de casser, il faut comprendre comment le jouet fonctionne, et pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faisons donc un petit d&#233;tour par le d&#233;but du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle. L'industrie sort de son enfance. Elle s'&#233;quipe de mat&#233;riels performants et a besoin de personnel qualifi&#233; pour les exploiter de mani&#232;re optimale. Or, ce personnel est rare. Il y a bien entendu partout des paysans qui ne demandent qu'&#224; quitter leur mis&#232;re et &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;monter&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans les agglom&#233;rations industrielles, mais cette masse dont la scolarit&#233; est all&#233;e au mieux au certificat d'&#233;tudes n'a aucune technicit&#233;. Pour la former, les industriels montent des &#233;coles de m&#233;tiers qui forment ouvriers qualifi&#233;s, contremaitres, ing&#233;nieurs m&#234;me. Mais cette d&#233;pense serait peu rentable pour l'employeur si le travailleur, une fois form&#233;, quittait l'entreprise ou la branche professionnelle pour se remettre sur le march&#233;, d'autant plus que les besoins de main d'&#339;uvre sont tels qu'il pourrait mettre ses employeurs en concurrence et obtenir un meilleur salaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi, dans les m&#233;tiers o&#249; cette tension existait (cheminots, mineurs, fonctionnaires, plus tard employ&#233;s de l'&#233;lectricit&#233; et du gaz) le patronat met en &#339;uvre toutes sortes de strat&#233;gies pour fid&#233;liser les travailleurs. On loge les employ&#233;s, on cr&#233;e des &#233;coles pour leurs enfants, on impose &#224; ceux qui ont suivi une formation un d&#233;lai minimum de service dans la branche sous peine de sanction financi&#232;re, on cr&#233;e des grilles salariales uniformes, applicables par tous les employeurs de la branche, qui emp&#234;chent les travailleurs de faire jouer la concurrence. On cr&#233;e aussi le principe de progression, avec la r&#233;mun&#233;ration &#224; l'anciennet&#233;, qui permet de faire accepter des salaires de d&#233;part plus faibles avec la promesse de salaires plus riches et une retraite int&#233;ressante en fin de carri&#232;re, le but &#233;tant de p&#233;naliser celui qui changerait de branche professionnelle au cours de sa vie professionnelle. C'est ainsi que les r&#233;gimes sp&#233;ciaux et les statuts sont n&#233;s. Ils n'ont pas &#233;t&#233; arrach&#233;s aux patrons par les travailleurs, tout au contraire&#160;: ce sont les organisations patronales qui les ont voulus, et ils l'ont voulu pour une raison qui est tr&#232;s rationnelle&#160;: fid&#233;liser le personnel, c'est rentabiliser la formation et la comp&#233;tence acquise. Mais c'est aussi encourager la cr&#233;ation d'une communaut&#233; professionnelle ou la r&#233;putation d'engagement et de comp&#233;tence est valoris&#233;e (&#224; quoi bon se tuer &#224; la t&#226;che pour se forger une r&#233;putation dans une entreprise, dans une branche ou l'on est de passage&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?). La tr&#232;s forte productivit&#233; du travailleur fran&#231;ais compar&#233;e par exemple au travailleur britannique ou am&#233;ricain tient en grande partie &#224; cette organisation du travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit donc combien il est absurde de parler de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;justice&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; en regardant simplement le r&#233;gime de retraite. Dans le cadre d'un statut professionnel, la retraite n'est qu'un aspect parmi d'autres du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;contrat&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui pr&#233;side au choix de vie des individus. Ceux-ci peuvent accepter un salaire plus bas &#224; l'embauche, une p&#233;nibilit&#233; ou des contraintes particuli&#232;res avec la perspective d'une compensation par un d&#233;part plus rapide et une retraite plus confortable. Dans un autre contexte, o&#249; cette perspective n'existe pas, ces m&#234;mes individus auraient n&#233;goci&#233; un salaire &#224; l'embauche plus important. Il n'y a pas &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;d'injustice&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; faire coexister l'un et l'autre type de contrats. La v&#233;ritable injustice, ce serait changer la r&#232;gle du jeu en milieu de partie, privant celui qui a accept&#233; le sacrifice du pr&#233;sent dans l'attente d'une r&#233;compense future de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour juger de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;justice&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'un syst&#232;me, il faut avoir un regard global sur l'ensemble des &#233;l&#233;ments du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;contrat&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; autour duquel chaque individu organise l'ensemble de sa carri&#232;re professionnelle. Or, lorsqu'on regarde empiriquement les diff&#233;rents r&#233;gimes, on remarque qu'aucun d'entre eux n'est fondamentalement plus attractif que les autres. On ne voit pas les salari&#233;s du priv&#233; se pr&#233;cipiter pour passer les concours de la fonction publique, ou se pr&#233;senter en masse aux recrutements d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt; ou de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt;. Ce serait plut&#244;t le contraire&#160;: on voit les fonctionnaires les plus dynamiques et les plus qualifi&#233;s aller vers le priv&#233;. Ce qui semble sugg&#233;rer que les avantages qu'on peut tirer de ces statuts &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;sp&#233;ciaux&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sont largement compens&#233;s par les servitudes et contraintes de ces m&#233;tiers. Ce n'est pas le moindre paradoxe de la situation actuelle de voir les lib&#233;raux partisans de la concurrence dans tous les domaines exiger un r&#233;gime de retraite &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;universel&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui mette fin &#224; la concurrence entre les 42 r&#233;gimes existants&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'ailleurs paradoxal que les voix lib&#233;rales crachent dans le cas d'esp&#232;ce sur la logique d'&#233;galit&#233; des chances pour appeler de leurs v&#339;ux la bonne vieille &#233;galit&#233; de r&#233;sultats qui se rattache plut&#244;t &#224; la rh&#233;torique &#233;galitariste des gauchistes. Car on peut soutenir que notre syst&#232;me aux r&#233;gimes multiples est fondamentalement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;juste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dans la mesure o&#249; les in&#233;galit&#233;s entre r&#233;gimes sont fond&#233;es sur le m&#233;rite, et non sur la naissance. Chaque individu peut acc&#233;der en &#233;galit&#233; de conditions &#224; n'importe lequel de ces r&#233;gimes. &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt;, &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt; ou fonction publique recrutent par concours ou par des proc&#233;dures ouvertes &#224; tous. Ce ne sont pas des privil&#232;ges h&#233;r&#233;ditaires, mais une logique m&#233;ritocratique qui pr&#233;side &#224; leur recrutement. Alors, en quoi serait-il &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;injuste&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que ceux qui exhibent le plus de m&#233;rites aient un syst&#232;me de retraite plus favorable, par exemple&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qu'attendent-t-ils, ceux qui d&#233;noncent les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;privil&#232;ges&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; des cheminots pour postuler &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt; et jouir de ces m&#234;mes privil&#232;ges&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;justice&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est le cadet des soucis de ceux qui promeuvent cette r&#233;forme. Derri&#232;re les attaques contre les r&#233;gimes sp&#233;ciaux de retraite, concomitants &#8211; cela n'aura &#233;chapp&#233; &#224; personne &#8211; avec les attaques contre les statuts, se cache un projet de changement bien plus profond de notre syst&#232;me &#233;conomique et social. Ce qui est vis&#233;, c'est la mobilit&#233; parfaite des travailleurs, le graal des lib&#233;raux. Faire du march&#233; du travail un v&#233;ritable march&#233; flexible, ou le travailleur changerait d'activit&#233;, d'entreprise et m&#234;me de pays en fonction des besoins des entreprises, voil&#224; le v&#233;ritable objectif derri&#232;re toutes ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;formes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qu'elles viennent de Paris ou de Bruxelles. Or, les syst&#232;mes de retraite corporatifs, tout comme les statuts, sont des freins &#224; la mobilit&#233;. Ils ont m&#234;me &#233;t&#233; construits pour cela. Il faut donc les casser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique n&#233;olib&#233;rale est de faire du march&#233; le seul r&#233;gulateur. Or, pour que le march&#233; puisse vraiment jouer ce r&#244;le, il faut en finir avec tout contrat de long terme. La logique du march&#233; r&#233;gulateur implique en effet que les conventions expriment &#224; chaque instant l'&#233;quilibre entre l'offre et la demande, ce qui suppose qu'elles soient r&#233;vis&#233;es en permanence. Or, les statuts professionnels sont des contrats de tr&#232;s long terme, qui conditionnent les choix de vie des individus pour l'ensemble de leur vie active et au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la pr&#233;f&#233;rence des lib&#233;raux pour le contrat pr&#233;caire plut&#244;t que le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CDI&lt;/span&gt;, pour la retraite &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;&#224; points&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; plut&#244;t que celle calcul&#233;e sur le salaire terminal. La pr&#233;carit&#233; n'est donc pas une cons&#233;quence accidentelle et temporaire d'une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;adaptation&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de la France &#224; la mondialisation. Elle est structurellement li&#233;e au projet lib&#233;ral. L'efficacit&#233; du march&#233; comme r&#233;gulateur est &#224; ce prix. Le probl&#232;me est que si la th&#233;orie d&#233;montre que r&#233;gulation par le march&#233; aboutit sous certaines conditions &#224; un optimum dans l'allocation des facteurs de production, il n'y a aucune raison que cet optimum correspond &#224; un optimum &#233;conomique ou social. La raison est que l'optimisation par le march&#233; de l'allocation des facteurs de production peut se faire au d&#233;triment de la constitution de ces m&#234;mes facteurs. En d'autres termes, si le march&#233; peut par exemple allouer de fa&#231;on optimale le capital, il peut aussi cr&#233;er les conditions d'une destruction du capital disponible. Et c'est particuli&#232;rement le cas dans la constitution du capital humain, o&#249; la pr&#233;visibilit&#233; qui d&#233;rive des contrats longs compense tr&#232;s largement les avantages d&#233;riv&#233;s de l'adaptabilit&#233; des contrats courts. Cela tient au fait que c'est la pr&#233;visibilit&#233; qui rend possible l'investissement dans le capital humain. Dans un syst&#232;me o&#249; chacun sera, nous dit-on, appel&#233; &#224; changer plusieurs fois de m&#233;tier et d'entreprise au cours de sa vie professionnelle, quel int&#233;r&#234;t y-aurait-il pour l'employeur &#224; financer sa formation&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Quel int&#233;r&#234;t d'investir lourdement dans la formation d'un travailleur qui ira ensuite exercer ses talents ailleurs, peut-&#234;tre m&#234;me dans une branche diff&#233;rente o&#249; la formation acquise ne lui sera d'aucune utilit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Et on voit bien les r&#233;sultats de cette logique dans les plaintes du patronat sur la difficult&#233; de trouver du personnel qualifi&#233;. Les employeurs qui se plaignent de ne pas trouver du personnel comp&#233;tent jouent en fait les passagers clandestins&#160;: tout le monde veut des gens qualifi&#233;s et exp&#233;riment&#233;s, mais chacun voudrait que l'autre fasse l'investissement dans la qualification, pour ensuite pouvoir le recruter. Mais sans m&#233;canisme de fid&#233;lisation, qui serait assez fou pour semer pour que les autres r&#233;coltent&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En s'attaquant aux statuts &#8211; et aux r&#233;gimes sp&#233;ciaux qui sont attach&#233;s &#8211; ce gouvernement &#8211; et ceux qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;, parce qu'en la mati&#232;re Macron n'a rien invent&#233; &#8211; d&#233;truit un patrimoine institutionnel vieux de deux si&#232;cles et qui repr&#233;sente l'un des rares avantages comp&#233;titifs que nous ayons encore &#224; notre disposition. Tout autour de nous, on peut admirer les r&#233;sultats de cette destruction. C'est elle qui explique la perte massive de comp&#233;tences qui fait que le pays qui dans les ann&#233;es 1980 a construit 58 r&#233;acteurs nucl&#233;aires en quinze ans soit aujourd'hui incapable d'en construire un seul en dix ans. Le probl&#232;me, c'est que nos dirigeants vivent dans le monde magique d'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UBER&lt;/span&gt;, o&#249; les comp&#233;tences ne sont jamais un probl&#232;me et la fid&#233;lisation du travailleur est un luxe qu'on ne peut plus &#8211; ou ne veut plus &#8211; se payer. Mais dans le monde r&#233;el de la production, la qualit&#233; est intimement li&#233;e &#224; la constitution d'un capital humain, ce qui suppose investissement et donc stabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pire, c'est que cette id&#233;ologie est en train de transformer notre France en un pays ou la mesquinerie et la petitesse deviennent des vertus. Il y a quelques d&#233;cennies, les statuts dont b&#233;n&#233;ficiaient les postiers, les instituteurs, les &#233;lectriciens-gaziers ou les cheminots s'affichaient non pas comme des privil&#232;ges injustes &#224; supprimer, mais comme des statuts d&#233;sirables qu'il fallait conqu&#233;rir. Des g&#233;n&#233;rations de parents et de professeurs ont tenu le discours &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;si tu travailles bien &#224; l'&#233;cole, tu pourras devenir cheminot/&#233;lectricien/instituteur&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Les travailleurs sous statut &#233;taient associ&#233;s &#224; une aristocratie du m&#233;rite. Mieux&#160;: ces professions &#233;taient vus comme l'avant-garde sociale dont les conqu&#234;tes diffuseraient un jour dans toute la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparez au discours d'aujourd'hui, faisant de ces professions des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rentiers&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;privil&#233;gi&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; se &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;gavant&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sur le dos de ceux qui ne b&#233;n&#233;ficient pas des m&#234;mes avantages et appelant les travailleurs qui ne b&#233;n&#233;ficient pas des statuts ou des r&#233;gimes sp&#233;ciaux &#224; guillotiner symboliquement cette nouvelle noblesse. Et la mesquinerie ne s'arr&#234;te pas l&#224;&#160;: maintenant que le gouvernement est en difficult&#233;, on entend la petite musique &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;on retardera l'entr&#233;e en vigueur de la r&#233;forme, alors pas la peine de vous mobiliser puisque vous ne serez pas personnellement concern&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Le m&#234;me coup qu'on a fait &#224; la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt;, ou l'on arr&#234;te l'embauche au statut mais on le conserve pour les anciens, avec l'espoir que ces derniers seront suffisamment &#233;go&#239;stes pour ne pas se mobiliser pour d&#233;fendre les droits des plus jeunes qu'eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les gr&#233;vistes de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt; ou de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RATP&lt;/span&gt; d&#233;fendent d'anciens acquis avec une force admirable. Mais on ne peut que constater que l'id&#233;e m&#234;me de nouvelles conqu&#234;tes de progr&#232;s social ont disparu du paysage politique et syndical. Tout le combat se r&#233;duit &#224; d&#233;fendre les acquis, &#224; demander le retrait des r&#233;formes r&#233;trogrades. Mais c'est un combat d&#233;fensif, et en politique toute strat&#233;gie purement d&#233;fensive est condamn&#233;e &#224; long terme &#224; l'&#233;chec. Les gr&#233;vistes r&#233;ussiront au mieux &#224; forcer le gouvernement &#224; retirer son projet &#8211; c'est en tout cas ce que je leur souhaite &#8211; mais ce ne sera que partie remise. Dans quelques ann&#233;es, un autre gouvernement fera ce que celui-ci n'aura pas r&#233;ussi &#224; faire. Au pire, on n&#233;gociera pour garder quelque chose en sacrifiant le reste, et ainsi, de lutte en lutte on perdra tout. On le voit bien avec les statuts, qui disparaissent un &#224; un &#8211; celui des cheminots en est la derni&#232;re victime &#8211; ou sont d&#233;figur&#233;s jusqu'&#224; perdre une bonne partie de leur sens &#8211; comme celui de la fonction publique &#8211; et dont la p&#233;rennit&#233; suscite tellement peu d'int&#233;r&#234;t chez les salari&#233;s et dans la soci&#233;t&#233; tout enti&#232;re que les syndicats eux-m&#234;mes ont renonc&#233; &#224; les d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que la retraite polarise toutes les inqui&#233;tudes n'est pas non plus indiff&#233;rent. Quand j'avais vingt ans, la derni&#232;re chose &#224; laquelle on pensait c'&#233;tait la retraite. Nous avions envie de construire, de cr&#233;er&#8230; et puis nous avions l'espoir que dans les quarante-cinq ann&#233;es qui nous restaient avant de poser les outils, le monde aurait chang&#233; et une nouvelle soci&#233;t&#233; plus juste et plus solidaire aurait &#233;t&#233; construite. Alors, &#224; quoi bon se soucier de sa retraite&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Aujourd'hui, j'entends des &#233;tudiants de 20 ans d&#233;clarer que la question des retraites est un combat prioritaire, en m'expliquant qu'ils ont envie de pouvoir &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;profiter de la vie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; avant que l'arthrite ne les rattrape. Comme si la vie ne commen&#231;ait qu'avec la retraite, et que la vie professionnelle &#8211; qui correspond quand m&#234;me &#224; l'intervalle ou l'homme est le plus cr&#233;atif, le plus productif &#8211; n'&#233;tait qu'un long calvaire qu'on souhaite voir s'achever au plus t&#244;t&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La civilisation du loisir fait qu'il y a dans la vie de l'adulte deux (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Une soci&#233;t&#233; ou la jeunesse pense &#224; la retraite est une soci&#233;t&#233; bien malade&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, bonne chance, amis gr&#233;vistes. Votre combat, avec toutes ses limites, est le seul qui aujourd'hui maintient vivante la petite flamme des luttes ouvri&#232;res. Je n'ai pas l'habitude depuis cette tribune de faire des appels, mais je ferai ici une exception&#160;: donnez g&#233;n&#233;reusement au fond de gr&#232;ve, nous avons tous int&#233;r&#234;t &#224; ce que cheminots et RATPistes tiennent. Et dites-vous bien qu'un mouvement qui &#233;nerve les commentateurs de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LCI&lt;/span&gt; et les dindes dont &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LREM&lt;/span&gt; a fait des d&#233;put&#233;es ne peut &#234;tre tout &#224; fait mauvais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;br class='autobr' /&gt;
Lu sur son &lt;a href=&#034;http://descartes-blog.fr/2019/12/12/pourquoi-il-faut-garder-les-regimes-speciaux/&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;blog&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb3-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La civilisation du loisir fait qu'il y a dans la vie de l'adulte deux paradis&#160;: l'enfance et la retraite, c'est-&#224;-dire, les deux p&#233;riodes de la vie o&#249; l'on ne travaille pas. Le premier est un paradis perdu, le deuxi&#232;me est un paradis esp&#233;r&#233;. Seulement, en regrettant l'un et en esp&#233;rant l'autre, on g&#226;che les opportunit&#233;s que nous r&#233;serve l'&#226;ge adulte, le meilleur de la vie, celui o&#249; la pl&#233;nitude des capacit&#233;s se conjugue avec la pl&#233;nitude des moyens.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>C'&#233;tait donc possible&#160;?</title>
		<link>http://lepcf.fr/C-etait-donc-possible</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/C-etait-donc-possible</guid>
		<dc:date>2019-03-08T06:22:14Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Rejouissez-vous, bonnes gens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le gouvernement a d&#233;cid&#233; de mettre en place une taxe sur les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt;. M&#234;me si elle reste d'un montant modeste (&#224; peine 500 M&#8364; d'euros &#224; comparer aux dizaines de milliards brass&#233;s en France par ces entreprises) il s'agit d'un premier pas. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais attendez un instant&#8230; ne nous avait-on pas r&#233;p&#233;t&#233; pendant des ann&#233;es que le probl&#232;me de la taxation des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt; comme tant d'autres &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;ne pouvait &#234;tre r&#233;solu qu'&#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que les &#233;tats-nations europ&#233;ens &#233;taient&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Comprendre-" rel="directory"&gt;Comprendre...&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH132/arton4172-4cb05.jpg?1729446891' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='132' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Rejouissez-vous, bonnes gens&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;! Le gouvernement a d&#233;cid&#233; de mettre en place une taxe sur les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt;. M&#234;me si elle reste d'un montant modeste (&#224; peine 500 M&#8364; d'euros &#224; comparer aux dizaines de milliards brass&#233;s en France par ces entreprises) il s'agit d'un premier pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais attendez un instant&#8230; ne nous avait-on pas r&#233;p&#233;t&#233; pendant des ann&#233;es que le probl&#232;me de la taxation des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt; comme tant d'autres &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;ne pouvait &#234;tre r&#233;solu qu'&#224; l'&#233;chelle europ&#233;enne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Que les &#233;tats-nations europ&#233;ens &#233;taient &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;impuissants&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; faire quoi que ce soit par eux-m&#234;mes, trop petits, trop faibles, trop d&#233;pass&#233;s face aux g&#233;ants de l'internet et autres multinationales&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Oui, ce discours on l'entend dans les bouches m&#233;diatiques depuis bient&#244;t trois d&#233;cennies, alors que ceux tiennent le discours contraire sont trait&#233;s au choix de fous, de r&#234;veurs ou de pass&#233;istes. C'est encore le discours que Macron tenait dans sa tribune publi&#233;e un peu partout cette semaine. Dans ce texte faisait mine de se demander &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;quel pays peut agir seul face aux strat&#233;gies agressives de grandes puissances&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui peut pr&#233;tendre &#234;tre souverain, seul, face aux g&#233;ants du num&#233;rique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et bien, il est amusant que ce soit son propre gouvernement qui en taxant les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt; &#8211; alors que l'Union europ&#233;enne tourne autour du pot depuis des ann&#233;es &#8211; lui fournisse la r&#233;ponse. La France le peut. La preuve, elle le fait. Et si notre pr&#233;sident ne me croit pas, il n'a qu'&#224; poser la question &#224; Bruno Le Maire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette schizophr&#233;nie chez notre pr&#233;sident serait amusante si elle n'&#233;tait pas dramatique. Cela fait des ann&#233;es qu'on nous explique qu'on ne fait rien parce qu'on ne peut rien faire sans l'Europe, et qu'il faut plus d'Europe parce que cela nous permettrait de faire quelque chose. Macron nous explique que la France ne peut rien faire, et fournit la m&#234;me semaine la preuve du contraire. Et on se plait &#224; r&#234;ver&#160;: si le discours qui pr&#233;tend que les &#233;tats-nations sont impuissants &#224; l'heure d'imposer les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt; s'av&#232;re faux, peut-&#234;tre qu'il faut consid&#233;rer tout aussi faux les discours d'impuissance nationale concernant la protection de nos industries strat&#233;giques, de nos emplois, de notre recherche, de notre s&#233;curit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La propagande eurol&#226;tre nous rabat les oreilles avec le discours de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'Europe puissance&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; gr&#226;ce &#224; son &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;espace de 500 millions d'europ&#233;ens&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Seulement, dans les faits cette Europe de 500 millions d'habitants a failli lorsqu'il s'est agi d'imposer les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt;. Et a contrario, un &#233;tat-nation de seulement 66 millions d'habitants y a r&#233;ussi. Cet exemple illustre le fait que cette pr&#233;tendue &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;puissance&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'est qu'un mythe. Les 500 millions d'europ&#233;ens sont une entit&#233; d&#233;mographique, et non politique. L'Europe, c'est un peu comme une copropri&#233;t&#233;&#160;: des gens qui vivent ensemble, avec des sympathies et des antipathies, des conflits et des querelles de voisinage. On partage la chaufferie et l'ascenseur, on se plaint du bruit, mais pass&#233;e sa porte chacun est chez soi, et cherche &#224; ce que les autres interf&#233;rent le moins possible dans ses affaires. Ce vivre c&#244;t&#233; &#224; c&#244;t&#233; &#8211; qu'il ne faut pas confondre avec un vivre ensemble &#8211; ne fait pas une volont&#233; commune et encore moins un destin commun, et ceux qui ont eu le douteux honneur de participer &#224; un conseil syndical de copropri&#233;t&#233; savent de quoi je parle. Une copropri&#233;t&#233; de 500 appartements n'a pas plus de poids, n'est pas plus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;puissant&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; l'heure d'imposer sa volont&#233; aux autres qu'un immeuble de 50 appartements, tout simplement parce qu'un immeuble n'a pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;volont&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un espace de 66 millions de citoyens anim&#233;s par une volont&#233; commune est peut-&#234;tre une pi&#232;tre arm&#233;e &#224; l'&#233;chelle d'adversaires comme les Etats-Unis ou la Chine. Mais il est infiniment plus puissant que 500 millions de citoyens sans volont&#233; commune pour les mettre en mouvement. Et c'est exactement ce qu'est l'Union europ&#233;enne. Pas une nation de 500 millions de citoyens, mais un march&#233; de 500 millions de consommateurs. Ce n'est pas du tout la m&#234;me chose. La Russie, qui avec 140 millions d'habitants est presque quatre fois moins peupl&#233;e que l'Union europ&#233;enne (et &#224; peine deux fois plus peupl&#233;e que la France) p&#232;se infiniment plus dans les affaires du monde que l'Europe. Quand Trump veut discuter de la Syrie il parle &#224; Poutine, pas &#224; Juncker. Pourquoi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Parce que Poutine repr&#233;sente une nation qui l'a mandat&#233; pour repr&#233;senter ses int&#233;r&#234;ts, et que Juncker repr&#233;sente un accord boiteux entre gouvernements et un parlement dont l'&#233;lection n'int&#233;resse personne ou presque en dehors des candidats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui d&#233;fendent l'id&#233;e d'une Europe supranationale nous expliquent que l'Europe pourrait devenir une nation. On essaye m&#234;me de nous refiler une id&#233;e de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;souverainet&#233; europ&#233;enne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. On nous explique que si les peuples d'Europe ne sont pas anim&#233;s aujourd'hui d'une volont&#233; commune, il sera possible demain de leur en insuffler. Remarquez, cette position est d&#233;j&#224; un progr&#232;s consid&#233;rable dans la voie de l'humilit&#233;. A la fin du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;XX&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; si&#232;cle, les eurol&#226;tres expliquaient que la construction europ&#233;enne allait apporter aux citoyens europ&#233;ens le plein emploi, la prosp&#233;rit&#233;, la protection sociale, une meilleure &#233;ducation. Aujourd'hui, ils admettent que la construction europ&#233;enne n'a rien apport&#233; de tout &#231;a, mais affirment qu'une Union europ&#233;enne r&#233;form&#233;e et purg&#233;e de ses vices pourrait le faire. C'est l&#224; le c&#339;ur du raisonnement de la tribune que notre pr&#233;sident de la R&#233;publique vient de publier un peu partout&#160;: apr&#232;s avoir admis que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Le Brexit en est le symbole. Symbole de la crise de l'Europe, qui n'a pas su r&#233;pondre aux besoins de protection des peuples face aux grands chocs du monde contemporain&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais c'est pour proposer &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;une Conf&#233;rence pour l'Europe afin de proposer tous les changements n&#233;cessaires &#224; notre projet politique, sans tabou, pas m&#234;me la r&#233;vision des trait&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et cette fois-ci, vous verrez, on arrivera &#224; faire les trait&#233;s qu'on n'a pas r&#233;ussi &#224; faire depuis trente ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Vingt ans de d&#233;sillusions ne sont pas pass&#233;s tout &#224; fait en vain. De toute &#233;vidence, l'eurol&#226;trie b&#233;ate des ann&#233;es 1990 est devenue intenable devant la r&#233;alit&#233;. Ceux qui hier proclamaient leur amour pour l'Europe de Maastricht ont donc chang&#233; leur fusil d'&#233;paule, et ne jurent aujourd'hui que par &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;une autre Europe&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, tout aussi supranationale que celle vot&#233;e en 1992, mais qui par on ne sait quel miracle serait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;sociale&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;protectrice&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;fraternelle&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et dieu sait quoi encore. Il est regrettable que des organisations politiques qui en leur temps avaient lutt&#233; contre la capitulation de Maastricht &#8211; je pense notamment au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; mais le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;RN&lt;/span&gt; prend le m&#234;me chemin &#8211; pr&#233;f&#232;rent rejoindre les partisans de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'autre Europe&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de peur de m&#233;contenter les classes interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'autre Europe&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'on nous d&#233;peint dans des couleurs chatoyantes n'est qu'un ch&#226;teau dans les nuages. La r&#233;forme qui ferait de l'Union europ&#233;enne une institution d&#233;mocratique et sociale est tout simplement impossible, non pas parce que les rapports de force n'existent pas ou parce que les &#233;tats-nations sont contre, mais parce qu'elle vise &#224; cr&#233;er un objet paradoxal. Et la raison est simple &#224; comprendre&#160;: la &#034;d&#233;mocratie&#034; n'est possible qu'en pr&#233;sence d'un &#034;d&#233;mos&#034;, c'est-&#224;-dire d'un ensemble de citoyens li&#233;s par des liens de solidarit&#233; tels qu'ils permettent de d&#233;gager un l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral qui n'est pas la simple agr&#233;gation des int&#233;r&#234;ts particuliers. Ce sont ces liens de solidarit&#233; qui emp&#234;chent la majorit&#233; d'&#233;craser la minorit&#233; en lui imposant sans partage ses int&#233;r&#234;ts. Sans ces liens de solidarit&#233;, il n'y a pas de d&#233;mocratie, tout au plus une dictature de la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces liens de solidarit&#233; inconditionnelle et impersonnelle, qui sont le fondement de la construction nationale, se sont forg&#233;s dans chaque pays europ&#233;en au cours de longs si&#232;cles, dans un processus au cours duquel une langue, un droit, des institutions civiles et politiques, une sociabilit&#233;, un rapport au divin, une litt&#233;rature, une musique qui &#233;taient au d&#233;part celle d'une partie minoritaire de la population sont devenus le patrimoine commun de l'immense majorit&#233; sinon de la totalit&#233; des citoyens. C'est le fait d'avoir ce patrimoine en partage qui permet &#224; chacun de nous de voir dans son compatriote, m&#234;me inconnu, m&#234;me indigne, un autre soi-m&#234;me. Pourquoi croyez-vous que lorsqu'un Fran&#231;ais est bless&#233; quelque part dans le monde, tous les Fran&#231;ais sentent que quelque part c'est leur probl&#232;me&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Europe n'est pas une nation, et elle ne le sera pas de sit&#244;t. On peut constater chaque jour qu'il n'y a pas de solidarit&#233; inconditionnelle entre europ&#233;ens comme elle existe entre les citoyens d'une m&#234;me nation. Quand les r&#233;fugi&#233;s affluent &#224; Calais, le Marseillais ou le Bordelais trouve normal que l'argent de ses imp&#244;ts soit utilis&#233; pour g&#233;rer le probl&#232;me et soulager les Calaisiens. Quand les r&#233;fugi&#233;s affluent en Gr&#232;ce ou en Italie, le Marseillais ou le Bordelais s'en fout, et serait fort marri que l'argent de ses imp&#244;ts soit utilis&#233; pour soulager les citoyens de Lampedusa. Les jihadistes fran&#231;ais nous posent un probl&#232;me, les jihadistes hongrois ou su&#233;dois, on s'en fout. C'est peut-&#234;tre irrationnel, mais c'est cela la nation. Et l'Europe n'en est pas une. Elle le sera peut-&#234;tre un jour. Il n'est donn&#233; &#224; personne d'&#234;tre proph&#232;te. Mais ce qu'on peut dire, c'est qu'elle ne le sera pas &#224; l'horizon qu'un &#234;tre humain peut concevoir. Et qui est celui de la politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et parce que l'Europe n'est pas une nation et qu'il n'y a donc pas d'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral europ&#233;en, l'id&#233;e d'une Europe qui serait &#034;d&#233;mocratique&#034; et anim&#233;e par une volont&#233; commune est un r&#234;ve irr&#233;alisable. La &#034;volont&#233;&#034; europ&#233;enne est au mieux le minimum commun d&#233;nominateur d'int&#233;r&#234;ts divergents des &#233;tats, au pire la confluence des int&#233;r&#234;ts des classes dominantes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;europ&#233;anis&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Et c'est pourquoi &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;500 millions d'europ&#233;ens&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ne feront jamais une puissance politique. Et que l'Europe &#034;sociale&#034; et &#034;protectrice&#034; dont on nous rabat les oreilles sera pour toujours un r&#234;ve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que les r&#234;ves ne sont dangereux que lorsqu'on y croit. Et c'est un peu le cas ici. Que l'Europe soit impuissante, cela ne me g&#234;ne pas particuli&#232;rement. Mais ce qui est plus emb&#234;tant, c'est qu'au nom du r&#234;ve europ&#233;en on a r&#233;duit les &#233;tats-nations &#224; l'impuissance &#8211; ou plut&#244;t, on a convaincu les foules qu'ils &#233;taient impuissants, ce qui est faux comme la taxation des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt; le montre. Et c'est cette illusion d'impuissance qui alimente le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour la politique. Apr&#232;s tout, &#224; quoi bon, aller voter pour des gens qui ne peuvent rien faire&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Voil&#224; pourquoi le Frexit reste la meilleure, la seule v&#233;ritable solution &#224; la d&#233;gradation de notre syst&#232;me politique. Pour que les citoyens s'int&#233;ressent &#224; la politique, il faut des gouvernements qu'on puisse tenir pour responsables de leurs actes, et non des gens r&#233;duits &#224; nous expliquer qu'on ne peut taxer les &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;GAFA&lt;/span&gt; parce qu'il faut attendre que Bruxelles daigne faire quelque chose. Comme disait Emmanuel Todd, le Frexit ne r&#233;soudra aucun probl&#232;me, mais fera que les probl&#232;mes deviendront nos probl&#232;mes, et qu'on pourra s'y attaquer aux probl&#232;mes chez nous, au lieu d'attendre le salut de Bruxelles ou de Francfort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui, nous serons peut-&#234;tre plus faibles &#224; 66 millions qu'&#224; 500. Mais 66 millions qui rament dans une direction vont plus loin que 500 millions qui rament dans des directions diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://descartes-blog.fr/2019/03/08/cetait-donc-possible/" class="spip_out"&gt;Sur le blog de Descartes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Il n'y a pas d'&#171;&#160;exit&#160;&#187; heureux</title>
		<link>http://lepcf.fr/Il-n-y-a-pas-d-exit-heureux</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Il-n-y-a-pas-d-exit-heureux</guid>
		<dc:date>2019-01-21T06:22:05Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare Il n'y a pas d'amour heureux. (Louis Aragon) &lt;br class='autobr' /&gt;
La crise politique qui secoue aujourd'hui la Grande Bretagne doit &#234;tre pour tous ceux qui souhaitent un retour &#224; la souverainet&#233; nationale et qui s'imaginent na&#239;vement qu'un tel retour pourrait se faire dans la joie et l'all&#233;gresse un s&#233;rieux avertissement. Je suis d'ailleurs toujours surpris qu'on&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Vie-politique-" rel="directory"&gt;Vie politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH70/arton4127-b3e3b.jpg?1729151184' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='70' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Ce qu'il faut de malheur pour la moindre chanson&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce qu'il faut de regrets pour payer un frisson&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Ce qu'il faut de sanglots pour un air de guitare&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Il n'y a pas d'amour heureux.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;(Louis Aragon)&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;La crise politique qui secoue aujourd'hui la Grande Bretagne doit &#234;tre pour tous ceux qui souhaitent un retour &#224; la souverainet&#233; nationale et qui s'imaginent na&#239;vement qu'un tel retour pourrait se faire dans la joie et l'all&#233;gresse un s&#233;rieux avertissement. Je suis d'ailleurs toujours surpris qu'on puisse trouver parmi les souverainistes des gens qui, aveugl&#233;s par une sorte de juridisme primaire, arrivent &#224; oublier qu'en mati&#232;re de souverainet&#233;, le droit c&#232;de &#224; la politique, et qu'un acte politique d'une telle port&#233;e ne peut que rev&#234;tir une dimension tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment ces gens-l&#224; voient-ils le Frexit&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Apr&#232;s un r&#233;f&#233;rendum qui aura approuv&#233; une sortie de l'Union europ&#233;enne, on commencera par d&#233;poser une lettre d'intention conform&#233;ment &#224; l'article 50 du Trait&#233;. On n&#233;gociera ensuite sagement pendant deux ans, et &#224; l'issue de cette p&#233;riode, on signera avec l'Union europ&#233;enne un trait&#233; &#233;quilibr&#233; et on r&#233;cup&#233;rera toute notre souverainet&#233; tout en gardant avec nos anciens partenaires des relations cordiales. Il ne restera alors plus qu'&#224; d&#233;boucher le champagne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf que &#231;a ne se passera pas comme &#231;a. &#199;a ne peut pas se passer comme &#231;a. Car il en va de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UE&lt;/span&gt; comme de la Mafia&#160;: personne ne doit pouvoir quitter l'organisation et vivre heureux et avoir beaucoup d'enfants. Une telle situation condamnerait sans appel la construction europ&#233;enne. Si le Brexit devait r&#233;ussir, si la Grande Bretagne se portait mieux hors de l'Union europ&#233;enne que lorsqu'elle en &#233;tait membre, cela pourrait donner de tr&#232;s mauvaises id&#233;es &#224; d'autres pays. Il est donc capital pour les institutions bruxelloises que le Brexit soit un &#233;chec, un d&#233;sastre, une catastrophe. C'est la seule mani&#232;re de cultiver cette peur qui est devenue aujourd'hui le seul moyen de maintenir les peuples coinc&#233;s dans l'ensemble europ&#233;en. Nous ne sommes plus li&#233;s par l'amour, mais par l'&#233;pouvante, comme disait Borges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'hypocrisie de l'article 50 appara&#238;t dans cette affaire dans toute son &#233;tendue. Pr&#233;voir deux ans d'une n&#233;gociation que l'une des parties a tout int&#233;r&#234;t &#224; faire &#233;chouer ne sert &#224; rien, sauf &#224; user la volont&#233; du pays qui a d&#233;cid&#233; de sortir, de donner le temps &#224; ses &#233;lites pour trouver un moyen de revenir en arri&#232;re, aux majorit&#233;s de changer. Imaginer que Bruxelles pourrait n&#233;gocier de bonne foi, que les bonzes de la Commission pourraient rechercher un &#233;quilibre juste entre les int&#233;r&#234;ts des pays de l'Union et ceux de celui qui va la quitter est absurde. Le but des n&#233;gociateurs bruxellois sera de montrer que hors de l'Union, point de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et pour cela, ils peuvent compter sur la complicit&#233; des &#233;lites politiques du pays sortant, &#233;lites qui portent les int&#233;r&#234;ts du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;bloc dominant&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, principal b&#233;n&#233;ficiaire de la construction maastrichtienne. Peut-on compter sur ces gens, totalement acquis &#224; l'Union europ&#233;enne, pour n&#233;gocier le meilleur compromis de sortie pour leur pays&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Pour r&#233;diger et passer la meilleure l&#233;gislation permettant au pays de fonctionner apr&#232;s la sortie&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Ou seront-ils plut&#244;t tent&#233;s par la politique du pire pour d&#233;montrer au peuple que la sortie est impossible, que l'Union europ&#233;enne est l'horizon ind&#233;passable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience britannique montre comment les int&#233;r&#234;ts bruxellois et ceux du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;bloc dominant&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; local se conjuguent pour produire un accord inacceptable &#8211; au point que les deux tiers des membres de la Chambre des Communes ont vot&#233; contre le gouvernement &#8211; tout en s'assurant que le pays ne soit pas pr&#233;par&#233; &#224; une sortie &#034;s&#232;che&#034; ce qui justifie la campagne de terreur contre cette &#233;ventualit&#233;. L'objectif, qui devient clair avec le temps, est de reporter la sortie sine die, le temps de trouver un &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;accord acceptable&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#8211; autant dire, jusqu'&#224; la Saint Glinglin, puisque l'Union europ&#233;enne ne proposera jamais quelque chose d'acceptable pour les britanniques &#8211; solution &#233;l&#233;gante qui permet de s'asseoir sur le r&#233;sultat du r&#233;f&#233;rendum tout en faisant mine de le respecter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas se tromper&#160;: la sortie de l'Union europ&#233;enne, c'est une guerre de lib&#233;ration. Bien s&#251;r, une guerre feutr&#233;e, ou les armes ne sont pas des chars et des canons, mais des armes &#233;conomiques. Imaginer que l'Union europ&#233;enne h&#233;sitera &#224; saboter l'&#233;conomie, la sant&#233;, la coh&#233;sion territoriale du pays sortant au nom d'on ne sait quelle &#034;amiti&#233; europ&#233;enne&#034; c'est se bercer de douces illusions. On l'a vu avec la Gr&#232;ce. Dans les rapports internationaux &#8211; et, on a tendance &#224; l'oublier, les rapports entre &#233;tats europ&#233;ens sont des rapports internationaux &#8211; il n'y a pas beaucoup de place pour les sentiments ou les principes. Et si vous ne me croyez pas, regardez ce qu'ont &#233;t&#233; les discussions sur le Brexit. Menaces d'asphyxie &#233;conomique, soutien ouvert ou d&#233;guis&#233; aux ind&#233;pendantismes en Ecosse et dans l'Ulster, campagnes sur une prochaine p&#233;nurie de m&#233;dicaments ou de papier hygi&#233;nique &#8211; non, le ridicule ne tue pas &#8211; si le Brexit devait avoir lieu&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceux qui &#8211; et je me compte parmi eux &#8211; militent pour un retour &#224; la pleine souverainet&#233; de notre pays doivent prendre conscience que le Frexit &#8211; comme n'importe quel &#034;exit&#034; &#8211; ne sera pas, ne peut pas &#234;tre un diner de gala. Bruxelles fera tout, y compris le pire, pour montrer que hors de l'Union point de salut. C'est pour les institutions europ&#233;ennes une question existentielle. Imaginer qu'on puisse r&#233;cup&#233;rer les instruments de la souverainet&#233; &#224; travers un Frexit n&#233;goci&#233;, c'est aussi absurde qu'imaginer que Vichy aurait pu r&#233;cup&#233;rer la pleine souverainet&#233; en n&#233;gociant avec le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;III&lt;/span&gt;&lt;sup class=&#034;typo_exposants&#034;&gt;e&lt;/sup&gt; Reich. Cela n'existe tout simplement pas. Secouer le joug d'une domination est toujours douloureux, co&#251;teux, tragique. Et ceux qui choisissent cette voie doivent &#234;tre pr&#234;ts &#224; assumer le fait qu'&#224; court terme du moins, ils n'ont &#224; proposer, comme disait Churchill, que du sang, de la sueur et des larmes. Comme tout choix v&#233;ritablement politique, le choix du Frexit est n&#233;cessairement un choix tragique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le point faible dans la m&#233;diatisation du projet souverainiste. Alors que le champ id&#233;ologique est domin&#233; par des classes interm&#233;diaires h&#233;donistes qui tiennent avant tout &#224; leur petit confort, il est difficile de parler d'effort et de sacrifice. Rien n'illustre mieux cette id&#233;ologie que le r&#233;cent &#034;tweet&#034; de Ian Brossat, t&#234;te de liste du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; aux &#233;lections europ&#233;ennes, qui d&#233;cid&#233;ment commence bien mal sa campagne. Voici ce qu'il &#233;crit&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Quand on voit &#224; quel point la Grande-Bretagne gal&#232;re avec le Brexit, on se dit que l'id&#233;e d'une sortie de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UE&lt;/span&gt; serait une folie pour la France. Pas d'autre choix qu'une transformation profonde de l'Union europ&#233;enne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. &#201;tonnant de voir un dirigeant communiste invoquer l'esprit de madame Thacher en proclamant &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;qu'il n'y a pas d'autre choix&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais surtout, que serait devenue la France si nos anc&#234;tres, voyant &#224; quel point les britanniques &#034;gal&#233;raient&#034; sous le Blitz, avaient conclu que combattre les Allemands &#233;tait une &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;folie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? On a envie de pleurer lorsqu'on pense que ce sont les h&#233;ritiers du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;parti des fusill&#233;s&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui tient ce genre de propos. Un parti qui se dit &#034;r&#233;volutionnaire&#034; mais qui craint les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;gal&#232;res&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. A quand &#034;la r&#233;volution sans effort&#034;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ne croyez pas que c'est mieux ailleurs. S'il y a quelque chose qui r&#233;unit Bayrou et Marine Le Pen, Brossat et Hamon, Faure et Wauquiez, Dupont-Aignan et Jadot, Macron et M&#233;lenchon, c'est la croyance que le salut viendra non pas de la reprise en main de nos affaires, mais de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;transformation profonde de l'Union europ&#233;enne&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Transformation qui, bien entendu sera indolore pour tout le monde sauf peut-&#234;tre pour le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;1%&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est-&#224;-dire, l'autre. Tous ces personnages communient dans le rejet de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;gal&#232;re&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que serait une sortie de l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UE&lt;/span&gt;. Et c'est logique&#160;: cette &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;gal&#232;re&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; terrorise les classes interm&#233;diaires, qui tiennent &#224; leur statut et n'aiment l'effort que quand ce sont les autres qui le font. Remarquez, on a toujours le choix de voter pour l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;UPR&lt;/span&gt; qui, elle, croit au &#034;Frexit heureux&#034; par la magie du droit&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi le seul espoir du camp souverainiste est de construire un r&#233;cit qui soit &#224; la foi r&#233;aliste et mobilisateur. Inutile de raconter que demain on rase gratis, notre peuple sait tr&#232;s bien ce qu'il faut faire de ce type de discours. La sortie de l'Union europ&#233;enne serait aujourd'hui, comme la R&#233;sistance hier, une aventure. Il est irresponsable &#8211; et peu cr&#233;dible &#8211; de dire le contraire. On ne sortira pas de l'Union europ&#233;enne en pantoufles. Alors autant avoir du panache et raconter le Frexit comme une aventure exaltante, et non comme une noce chez les petits bourgeois. La France populaire est pr&#234;te &#224; accepter des efforts et des sacrifices &#8211; elle en a fait beaucoup ces derni&#232;res ann&#233;es &#8211; &#224; condition qu'ils soient justement repartis et surtout qu'ils aient un sens, d'o&#249; le besoin d'un &#034;r&#233;cit&#034; d'avenir qui soit plus attractif que le darwinisme social qu'on nous propose. Un &#034;r&#233;cit&#034; terriblement difficile &#224; construire, dans la mesure o&#249; l'ensemble de l'establishment politico-m&#233;diatique est bien d&#233;cid&#233; &#224; en emp&#234;cher l'&#233;mergence. C'est pourquoi le travail politique fondamental &#224; mes yeux pour les progressistes aujourd'hui est la d&#233;fense des jeunes pousses de ce &#034;r&#233;cit&#034;, contre tous ceux qui pr&#234;chent la soumission et la r&#233;signation comme moyen d'&#233;viter les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;gal&#232;res&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;blockquote class=&#034;spip&#034;&gt;&lt;blockquote class=&#034;spip_poesie&#034;&gt;&lt;div&gt;Tant pis si la lutte est cruelle.&lt;/div&gt;
&lt;div&gt;Apr&#232;s la pluie, le temps est beau.&lt;/div&gt;
&lt;/blockquote&gt;&lt;/blockquote&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://descartes-blog.fr/2019/01/20/il-ny-a-pas-exit-heureux/" class="spip_out"&gt;Sur le blog de Descartes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>Toujours moins&#160;!</title>
		<link>http://lepcf.fr/Toujours-moins</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Toujours-moins</guid>
		<dc:date>2018-02-25T14:29:19Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;C'&#233;tait au d&#233;but des ann&#233;es 1980, vous savez, cette &#233;poque dor&#233;e o&#249; les intellectuels &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;de g&#244;che&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d&#233;couvraient tout &#224; coup les charmes du reaganisme et cherchaient &#224; laver leurs p&#233;ch&#233;s staliniens de jeunesse en r&#233;alisant des films comme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;vive la crise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et en demandant dans les colonnes de Lib&#233;ration un fusil pour aller combattre les affreux sovi&#233;tiques en Afghanistan. C'&#233;tait le temps o&#249; les dirigeants socialistes avaient compris que changer de vie est bien plus int&#233;ressant de changer&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Vie-politique-" rel="directory"&gt;Vie politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH96/arton3811-319ef.jpg?1729155295' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='96' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_chapo'&gt;&lt;p&gt;C'&#233;tait au d&#233;but des ann&#233;es 1980, vous savez, cette &#233;poque dor&#233;e o&#249; les intellectuels &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;de g&#244;che&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d&#233;couvraient tout &#224; coup les charmes du reaganisme et cherchaient &#224; laver leurs p&#233;ch&#233;s staliniens de jeunesse en r&#233;alisant des films comme &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;vive la crise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; et en demandant dans les colonnes de Lib&#233;ration un fusil pour aller combattre les affreux sovi&#233;tiques en Afghanistan. C'&#233;tait le temps o&#249; les dirigeants socialistes avaient compris que changer de vie est bien plus int&#233;ressant de changer la vie, et s'initiaient &#224; la p&#233;dagogie de la r&#233;signation. C'&#233;tait enfin le temps ou le privil&#232;ge a chang&#233; de camp&#160;: finies les 200 familles et le Grand Kapital&#160;: les vrais privil&#233;gi&#233;s, ce sont ceux qui ont un travail stable, les travailleurs sous statut, les fonctionnaires&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ambiance, un livre avait fait fureur en 1982. Il s'agit du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de Fran&#231;ois de Closets. Dans ce livre, le journaliste fustigeait l'avidit&#233; de ces salauds de travailleurs qui exigent &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;toujours plus&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de ces pauvres patrons &#8211; et au passage des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;classes moyennes]&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - accabl&#233;s d'imp&#244;ts. Ces parasites qui ont l'outrecuidance de se regrouper dans des syndicats &#8211; quelle horreur, ma ch&#232;re &#8211; pour imposer leurs privil&#232;ges &#224; ces patrons d&#233;munis. Un livre que Mitterrand, qui s'appr&#234;tait &#224; prendre le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;tournant de la rigueur&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, avait qualifi&#233; d' &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;ouvrage salutaire&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. C'est dire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Trente-cinq ans plus tard, nous sommes dans le monde que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;vive la crise&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; nous promettait, celui dans lequel l'auteur du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pla&#231;ait ses espoirs. Un monde o&#249; les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;corporations&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; syndicales honnies ne sont plus de s'opposer &#224; cette nouvelle nuit du 4&#160;ao&#251;t qui verra l'abolition des privil&#232;ges des fonctionnaires, des gaziers-&#233;lectriciens, des cheminots, toutes ces aristocraties qui tiennent notre beau pays sous leur coupe. Pour ceux du capital, on attendra encore un peu. Mais peut-on parler v&#233;ritablement de privil&#232;ges lorsqu'il s'agit de ces bienfaiteurs de l'humanit&#233; qui mettent g&#233;n&#233;reusement &#224; la disposition des autres leur capital, leur travail et leur cr&#233;ativit&#233; pour une r&#233;mun&#233;ration si modeste&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Trente-cinq ans apr&#232;s la publication de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; nous sommes pass&#233;s dans la logique du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Moins de r&#233;mun&#233;rations, moins de protections, moins de s&#233;curit&#233;, moins d'investissements, moins de projets collectifs, moins de courtoisie et de sociabilit&#233;. Il n'y a qu'&#224; la Bourse qui, mais c'est certainement une co&#239;ncidence, qu'on cr&#232;ve tous les plafonds.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Attention, il ne s'agit pas de tomber dans le mis&#233;rabilisme. Ces trente derni&#232;res ann&#233;es ont vu un changement dramatique dans le partage de la valeur ajout&#233;e entre capital et travail qui conduit &#224; ce que les travailleurs touchent une part du g&#226;teau qui se r&#233;duit. Mais comme la taille du g&#226;teau tend &#224; augmenter, l'effet est plut&#244;t une stagnation du revenu du travail qu'une v&#233;ritable r&#233;duction. Si l'on regarde les statistiques, on constate que le niveau de vie s'est globalement maintenu sur les vingt ou trente derni&#232;res ann&#233;es et cela dans tous les d&#233;ciles. Mais le niveau de vie tel que calcul&#233; par l'&lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;INSEE&lt;/span&gt; est un indicateur trompeur. Pour la statistique, en effet, le fonctionnaire et le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CDD&lt;/span&gt; qui touchent 1500 &#8364; par mois sont parfaitement &#233;quivalents. Ce qui revient &#224; consid&#233;rer la valeur de la s&#233;curit&#233; de l'emploi comme nulle ce qui, de toute &#233;vidence, fausse le d&#233;bat. De m&#234;me, on ne prend pas en compte ce que chaque consommateur re&#231;oit en termes de services publics&#160;: la d&#233;gradation des infrastructures, du syst&#232;me &#233;ducatif, des services de sant&#233; passe donc inaper&#231;ue de la statistique. Or, c'est pr&#233;cis&#233;ment l&#224; que le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; se manifeste de la mani&#232;re la plus criante&#160;: dans la pr&#233;carisation des statuts et la d&#233;gradation des services publics.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est en revanche &#233;vident est que pour tout ce qui concerne le service public, le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est la r&#232;gle d'or qu'on suit dans tous les domaines. Prenons par exemple le domaine de l'&#233;ducation. Quel est le point commun de toutes les r&#233;formes depuis trente ans&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? La r&#233;duction du nombre d'heures de cours. L'&#233;l&#232;ve d'aujourd'hui a en moyenne un tiers d'heures en moins que celui d'il y a trente ans, sans compter le temps perdu dans des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;sensibilisations&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de toutes sortes, qui vont du droit des femmes au permis de conduire. Et de ce point de vue, la r&#233;forme Blanquer-Mathiot ne fait gu&#232;re mieux que celles de leurs pr&#233;d&#233;cesseurs. Un autre exemple est celui de la recherche publique. Il suffit de regarder les budgets des grands instituts de recherche pour constater que la logique du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rabot&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; fonctionne depuis au moins deux d&#233;cennies sans discontinuer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'entends d&#233;j&#224; l'objection&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;comment pouvez-vous parler de &#034;toujours moins&#034; alors que la d&#233;pense publique n'a &#233;t&#233; r&#233;duite qu'&#224; la marge, que le nombre de fonctionnaires a continu&#233; &#224; augmenter ces derni&#232;res ann&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. L'objection est l&#233;gitime, mais les r&#233;ponses sont simples&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Commen&#231;ons par les effectifs de la fonction publique&#160;: on notera que la fonction publique d'Etat a perdu 10% de ses effectifs ces dix derni&#232;res ann&#233;es (1). Si l'on tient compte du fait que la d&#233;mographie fran&#231;aise est relativement dynamique, augmente le besoin d'enseignants, qui repr&#233;sentent plus de la moiti&#233; de la fonction publique d'Etat, on voit tout de suite la difficult&#233;. En fait, l'augmentation du nombre des fonctionnaires est largement li&#233;e &#224; une croissance anarchique de la fonction publique territoriale dans la logique de la d&#233;centralisation. Une partie de cette croissance r&#233;sulte certes des transferts des comp&#233;tences autrefois exerc&#233;es par l'Etat. Mais il y a aussi dans cette croissance la traduction d'un client&#233;lisme de la part des &#233;lus locaux, et aussi de l'inefficacit&#233; cr&#233;&#233;e par l'atomisation de services autrefois coordonn&#233;s au niveau central &#8211; l'entretien des routes &#233;tant un exemple signal&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons ensuite les budgets. La d&#233;pense publique n'a certes baiss&#233; que faiblement. Mais sa structure a chang&#233;. La part de l'investissement public stricto sensu a baiss&#233; tr&#232;s fortement, alors que la part des subventions aux agents priv&#233;s explose. Une bonne partie de la d&#233;pense publique ne fait que passer par les caisses publiques, et est revers&#233;e imm&#233;diatement dans la poche des acteurs priv&#233;s, sous la forme d'aides aux entreprises, d'allocations de toutes sortes aux personnes, de cr&#233;dits d'imp&#244;t, de subventions &#224; tel ou tel secteur. Du point de vue &#233;conomique, il faudrait d&#233;falquer ces sommes du budget de l'Etat lorsqu'on parle du poids de la d&#233;pense publique. Pour illustrer ce propos, imaginons que l'Etat cr&#233;ait demain une taxe par laquelle il pr&#233;l&#232;verait la totalit&#233; de votre revenu, puis vous verserait exactement le m&#234;me montant sous forme d'une allocation. Ce serait totalement neutre du point de vue &#233;conomique&#8230; et pourtant cela augmenterait consid&#233;rablement la d&#233;pense publique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le but occulte ou avou&#233; de toutes les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;r&#233;formes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qu'on nous propose aujourd'hui est la r&#233;duction de la d&#233;pense publique &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;vraie&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, celle qui sert &#224; financer des v&#233;ritables services publics. C'est d'ailleurs le but g&#233;n&#233;ral de toute r&#233;forme depuis trente ans, qu'elle touche la justice, l'&#233;ducation, la diplomatie ou les parcs zoologiques. C'est le point commun de tous ces rapports que les gouvernements commandent pour justifier leurs d&#233;cisions, de toutes ces doctes commissions qui pr&#233;tendent &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;lib&#233;rer la croissance&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&#160;: l'immense majorit&#233; aboutit &#224; des recommandations qui &#8211; quelle co&#239;ncidence &#8211; tendent &#224; r&#233;duire les co&#251;ts, quitte &#224; supprimer des services. Il est incontestable qu'il y a des services publics ou des gains de productivit&#233; sont souhaitables, des activit&#233;s de l'Etat dont l'utilit&#233; n'est pas &#233;vidente. Mais &#224; l'inverse, on peut raisonnablement penser qu'il existe des domaines qui n&#233;cessitent des investissements publics massifs, avec la cr&#233;ation d'emplois statutaires&#8230; et pourtant pratiquement aucun rapport n'arrive &#224; une telle conclusion. Comment expliquer une telle co&#239;ncidence&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse &#224; cette question figure noir sur blanc dans le rapport sur l'avenir de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt; que Jean-Cyril Spinetta vient de remettre au gouvernement&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Les imp&#244;ts introduisent des distorsions sur les march&#233;s, par leur impact sur le comportement des acteurs, et notamment par leur effet d'&#233;viction (un euro d'argent public investi dans un projet donn&#233; aurait pu &#234;tre investi par le secteur priv&#233; dans un autre projet, g&#233;n&#233;ralement plus rentable)&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; (page 35, note 30). Aucune d&#233;monstration de cette id&#233;e selon laquelle les investissements priv&#233;s seraient &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;g&#233;n&#233;ralement plus rentables&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que l'investissement public n'est propos&#233;, ce qui est fort regrettable (2). Elle obligerait d'ailleurs &#224; se poser la question de ce qu'est pr&#233;cis&#233;ment la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rentabilit&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'un projet, et de constater que la rentabilit&#233; d'un projet public se regarde du point de vue de ses usagers, alors que celle de l'investissement priv&#233; se regarde du point de vue des investisseurs, que la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rente&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du projet public est distribu&#233;e entre tous, alors que la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rente&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du projet priv&#233; est conserv&#233;e par l'investisseur. Mais l'essentiel n'est pas l&#224;&#160;: que l'affirmation de Spinetta soit vraie ou fausse, elle guide son rapport. Et d&#232;s lors qu'on part de l'hypoth&#232;se que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;l'euro d'argent public investi dans un projet&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; aurait &#233;t&#233; utilis&#233; de mani&#232;re plus efficace par le secteur priv&#233;, la conclusion est courue d'avance&#160;: il faut r&#233;duire le nombre d'euros d'argent public investis dans des projets, et transf&#233;rer cet argent au priv&#233; qui saura en faire le meilleur usage, le plus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rentable&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; le c&#339;ur des politiques poursuivies depuis plus de trente ans&#160;: le transfert du revenu du secteur public vers le secteur priv&#233; &#8211; ce qui en bon fran&#231;ais veut dire transfert vers le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;bloc dominant&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est-&#224;-dire, la bourgeoisie et les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;classes moyennes&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Dans une soci&#233;t&#233; &#224; la croissance faible, le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;bloc dominant&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'a d'autre ressource interne pour am&#233;liorer son niveau de vie que de prendre chez les autres. Et un moyen d'obtenir ce r&#233;sultat est de r&#233;cup&#233;rer de l'argent sur les m&#233;canismes de p&#233;r&#233;quation et de redistribution qui passent par la d&#233;pense publique. Mais pour des raisons sociales il est tr&#232;s difficile de comprimer la d&#233;pense salariale publique. C'est donc l'investissement qui trinque. Regardez nos op&#233;rateurs publics&#160;: le transfert de revenu au secteur priv&#233; &#8211; que ce soit par la baisse des subventions ou par la fixation des tarifs &#224; des niveaux qui ne couvrent pas les co&#251;ts r&#233;els &#8211; p&#232;se donc avant tout sur l'investissement et sur la maintenance des infrastructures. Ce qui revient &#224; consommer lentement le capital accumul&#233; par les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes. Et c'est exactement ce que constate le rapport Spinetta au sujet de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;SNCF&lt;/span&gt;, mais on trouve le m&#234;me probl&#232;me &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;EDF&lt;/span&gt;, ou dans des institutions de recherche comme le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CEA&lt;/span&gt; ou l'on ne construit plus rien de nouveau et on se contente de fermer une &#224; une les installations anciennes au fur et &#224; mesure qu'elles arrivent en fin de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas par hasard si nos champions publics sont lourdement endett&#233;s. Cela r&#233;sulte d'une d&#233;cision publique, celle de continuer &#224; offrir les services sans exiger des citoyens &#8211; de certains citoyens, car on sait bien que certains sont plus &#233;gaux que d'autres &#8211; qu'ils payent leur v&#233;ritable valeur. Nous arrivons aujourd'hui logiquement au bout de ce chemin. Une fois le capital consomm&#233;, il va falloir s'attaquer aux salari&#233;s. A quoi bon conserver autant de cheminots, puisqu'on devra fermer les lignes qu'on a laiss&#233; se d&#233;grader et qu'il est maintenant trop co&#251;teux de remettre en &#233;tat&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? A quoi bon conserver autant de chercheurs au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CEA&lt;/span&gt; puisqu'il n'y a plus de r&#233;acteurs sur lesquels faire des recherches&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? A quoi bon conserver autant de fonctionnaires puisque les services de proximit&#233; de l'administration ferment les uns apr&#232;s les autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'est pourquoi les statuts, que ce soit celui du fonctionnaire, celui du cheminot, celui des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;IEG&lt;/span&gt; sont &#224; la f&#234;te. Les supprimer &#8211; ou plut&#244;t les mettre en extinction, c'est socialement moins couteux &#8211; c'est tirer la cons&#233;quence logique d'une politique poursuivie depuis trente ans sans discontinuer par tous les gouvernements, de gauche comme de droite, avec &#8211; et on ne peut leur reprocher, c'est leur r&#244;le &#8211; la complicit&#233; des syndicats corporatistes, plus pr&#233;occup&#233;s par la sauvegarde de l'emploi au pr&#233;sent que par l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela fera bient&#244;t quarante ans que je suis arriv&#233; en France. Et lorsque je regarde en arri&#232;re, je me dis qu'il reste bien peu de chose de toutes ces institutions qui avaient &#233;merveill&#233; l'adolescent que j'&#233;tais &#224; l'&#233;poque. On a du mal &#224; imaginer qu'au d&#233;but des ann&#233;es 1980 les banques et les assurances &#233;taient nationalis&#233;es, et que leurs profits consid&#233;rables &#8211; qui vont aujourd'hui aux investisseurs priv&#233;s &#8211; abondaient le budget de l'Etat. Que les t&#233;l&#233;communications, l'&#233;lectricit&#233;, le gaz &#233;taient g&#233;r&#233;s par des monopoles publics dans une logique d'am&#233;nagement du territoire, et qui &#233;taient rentables, malgr&#233; les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;statuts&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Que chaque citoyen pouvait compter avec une tr&#233;sorerie, une poste, une sous-pr&#233;fecture, un tribunal d'instance pr&#232;s de chez lui. Que le syst&#232;me scolaire assurait une v&#233;ritable transmission des connaissances, et que le professeur pouvait faire cours sans craindre les coups de ses &#233;l&#232;ves &#8211; ou de leurs parents. Que nous fabriquions chez nous de l'acier et des ordinateurs, des machines-outils et des textiles, des centrales nucl&#233;aires et des microprocesseurs, des centraux t&#233;l&#233;phoniques et des &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TGV&lt;/span&gt;, des avions et des fus&#233;es. Que nous n'avions pas besoin de compter sur des fournisseurs &#233;trangers pour &#233;quiper nos arm&#233;es, nos chemins de fer, nos centraux t&#233;l&#233;phoniques. Incroyable, n'est-ce pas&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? C'&#233;tait &#231;a, la soci&#233;t&#233; du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est celle ou tous, citoyens comme dirigeants politiques, s'habituent &#224; l'id&#233;e que demain on aura moins de projets, moins de services, moins de choix. Qu'il faudra travailler plus pour gagner moins et rendre un service moins bon. On n'a pas toujours conscience des d&#233;g&#226;ts que cette lente attrition qui dure maintenant depuis une trentaine d'ann&#233;es a fait dans nos services publics. Nous avons maintenant &#224; la t&#234;te de nos institutions une g&#233;n&#233;ration de d&#233;cideurs qui a pass&#233; plus de temps &#224; r&#233;fl&#233;chir aux moyens de faire face aux coupes sombres dans leurs moyens qu'&#224; penser &#224; des projets pour offrir des services plus efficaces et plus &#233;tendus. Les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rabots&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; successifs ont transform&#233; les hauts fonctionnaires en pompiers pyromanes, qui passent l'essentiel de leur temps &#224; courir pour &#233;teindre les feux qu'ils sont oblig&#233;s d'allumer eux-m&#234;mes. Chez les d&#233;cideurs, on ne se demande plus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;de quoi on a vraiment besoin&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; mais &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;o&#249; est-ce que je peux couper personnel et moyens sans que l'&#233;difice s'effondre&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. La logique du r&#233;duction al&#233;atoire produit dans les services une mentalit&#233; de gestion permanente de la p&#233;nurie, une vision de d&#233;cadence qui ne se pr&#234;te pas &#224; la naissance de projets nouveaux ou m&#234;me de r&#233;formes intelligentes. Chacun &#224; son niveau est t&#233;tanis&#233; par la peur de perdre le peu qu'il a, et par la conviction que ses moyens seront rabot&#233;s quel que soit l'utilit&#233; de son travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans la soci&#233;t&#233; du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, c'est la jeunesse qui en est la premi&#232;re victime. Pour ma g&#233;n&#233;ration, qui est plus proche de la harpe que de la guitare, les jeux sont faits. Dans vingt ou trente ans, nous serons en train de manger les pissenlits par la racine, et on arrivera bien &#224; faire durer les choses &#224; peu pr&#232;s comme nous les avons connues jusque-l&#224;. Mais quelle perspective s'offre-t-elle &#224; nos jeunes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'aboutit pas seulement au d&#233;couragement et &#224; la r&#233;signation. Il exacerbe la lutte entre les individus dont le seul moyen d'am&#233;liorer l'existence est de piquer dans l'assiette du voisin, lutte o&#249; seules les strat&#233;gies individuelles comptent. Il y a trente ans, dans l'amphi de rentr&#233;e d'une grande &#233;cole d'ing&#233;nieurs parisienne on expliquait aux &#233;tudiants que le but &#233;tait &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;de former les ing&#233;nieurs dont le pays a besoin&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, des ing&#233;nieurs pour construire les ponts, les viaducs, les centrales nucl&#233;aires dont tout le monde profiterait. Aujourd'hui, on leur explique que le sort le plus beau, le plus digne d'envie est de fonder une start-up pour diffuser une application sur portable qui vous permet de commander vos sushis par internet, avec l'espoir de la vendre tr&#232;s cher &#224; Google dans cinq ans. Les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;besoins du pays&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, on s'en fout.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La soci&#233;t&#233; du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;tait une soci&#233;t&#233; conqu&#233;rante qui construisait son avenir, celle du &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est une soci&#233;t&#233; de repli qui se r&#233;signe &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;s'adapter&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; au sien. Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#233;tait le propre d'une soci&#233;t&#233; en expansion ou les gens exigeaient de partager les fruits de la croissance, le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est la marque d'une soci&#233;t&#233; o&#249; il faut partager les dettes. Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours plus&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; c'est le d&#233;fi, le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;Toujours moins&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;!&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; c'est la r&#233;signation. Et moi, je ne veux pas me r&#233;signer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(1) Source &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;DGAFP&lt;/span&gt;&#160;: &lt;a href=&#034;https://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/statistiques/chiffres_cles/pdf/Chiffres-Cles_Web2017.pdf&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.fonction-publique.gouv.fr/files/files/statistiques/chiffres_cles/pdf/Chiffres-Cles_Web2017.pdf&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(2) D'autant plus que des contre-exemples sont faciles &#224; trouver. Prenons par exemple le r&#233;cent exploit d'Elon Musk, d&#233;pensant des centaines de millions d'euros dans la satellisation publicitaire d'une voiture. On aimerait conna&#238;tre la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rentabilit&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; d'un tel investissement, qui aurait certainement &#233;t&#233; fort critiqu&#233; s'il avait &#233;t&#233; fait avec des deniers publics. En fait, le mythe de la rentabilit&#233; des investissements priv&#233;s ne repose sur aucune r&#233;alit&#233;. Si beaucoup d'investisseurs priv&#233;s gagnent beaucoup d'argent avec leurs investissements, bien d'autres font faillite. Pensez &#224; la crise de 1929 ou plus pr&#232;s de chez nous, celle de 2008. Ceux qui pensent aux &#233;checs commerciaux de Concorde ou du Plan calcul devraient se souvenir que beaucoup d'acteurs priv&#233;s ont investi des sommes colossales dans Lehman Brothers, dans la bulle Internet ou dans les emprunts russes. Lesquels de ces investissements se sont r&#233;v&#233;l&#233;s &#224; terme plus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rentables&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Plus g&#233;n&#233;ralement, l'id&#233;e que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&lt;i&gt;rendre de l'argent au priv&#233;&lt;/i&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; stimule des investissements &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;plus rentables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que ceux du secteur public butte sur le fait que les acteurs priv&#233;s peuvent pr&#233;f&#233;rer la consommation &#224; l'investissement. Alors que le l&#233;gislateur a le pouvoir sur l'utilisation de l'argent public et peut veiller &#224; ce que celui-ci soit consacr&#233; &#224; l'investissement, il n'a aucun contr&#244;le sur l'utilisation que les agents priv&#233;s font de leur argent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://descartes.over-blog.fr/2018/02/toujours-moins.html?utm_source=_ob_email&amp;utm_medium=_ob_notification&amp;utm_campaign=_ob_pushmail" class="spip_out"&gt;sur le blog de Descartes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		
		<enclosure url="http://lepcf.fr/spip.php?action=acceder_document&amp;arg=3824&amp;cle=f8332a7d4a533ac7471c131a47c76465e9f0181b0c295d8a88b90891fd97daec&amp;file=pdf%2Ftoujours-moins_a3811-2.pdf" length="158224" type="application/pdf" />
		

	</item>
	<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;composition et recomposition</title>
		<link>http://lepcf.fr/Decomposition-et-recomposition</link>
		<guid isPermaLink="true">http://lepcf.fr/Decomposition-et-recomposition</guid>
		<dc:date>2017-06-14T08:46:23Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Descartes</dc:creator>



		<description>
&lt;p&gt;On en parlait depuis de longues ann&#233;es, elle a fini par arriver. Je parle bien entendu de la fameuse &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;recomposition politique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que tout le monde &#8211; du moins si on croit les commentateurs, ce qui n'est pas forc&#233;ment une bonne id&#233;e &#8211; attendait avec impatience. Et qui dont le m&#233;rite revient selon les m&#234;mes commentateurs &#8211; mais pouvait-il en aller autrement dans le climat de macronmanie ambiant &#8211; &#224; notre jeune et nouveau pr&#233;sident de la R&#233;publique. &lt;br class='autobr' /&gt;
En fait, si notre syst&#232;me politique s'est&#160;(&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="http://lepcf.fr/-Vie-politique-" rel="directory"&gt;Vie politique&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='http://lepcf.fr/local/cache-vignettes/L150xH113/arton3592-584ce.jpg?1728739365' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On en parlait depuis de longues ann&#233;es, elle a fini par arriver. Je parle bien entendu de la fameuse &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;recomposition politique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que tout le monde &#8211; du moins si on croit les commentateurs, ce qui n'est pas forc&#233;ment une bonne id&#233;e &#8211; attendait avec impatience. Et qui dont le m&#233;rite revient selon les m&#234;mes commentateurs &#8211; mais pouvait-il en aller autrement dans le climat de macronmanie ambiant &#8211; &#224; notre jeune et nouveau pr&#233;sident de la R&#233;publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, si notre syst&#232;me politique s'est effondr&#233; sur lui-m&#234;me, cela doit fort peu &#224; Macron. L'&#233;difice &#233;tait vermoulu depuis fort longtemps, mais il tenait. Il a fallu le quinquennat d&#233;sastreux de Fran&#231;ois Hollande pour vraiment en saper les fondations. C'est l'occasion qui fait les grands hommes en politique. Les jeunes &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;recomposeurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; du pass&#233; &#8211; et il n'en a pas manqu&#233; pour s'attaquer au syst&#232;me &#8211; ont tous &#233;chou&#233; parce qu'ils affrontaient un syst&#232;me qui restait trop solide pour eux. Macron ne serait rien sans la d&#233;molition syst&#233;matique de nos institutions &#224; laquelle a proc&#233;d&#233; Fran&#231;ois Hollande.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons &#224; la fin d'un processus qui a commenc&#233; dans les ann&#233;es 1970, et qui a d&#233;grad&#233; progressivement le fonctionnement du syst&#232;me politique tel qu'il s'&#233;tablit d&#233;j&#224; dans les ann&#233;es 1930, celui o&#249; les partis politiques assument la repr&#233;sentation des int&#233;r&#234;ts d'une cat&#233;gorie sociale. Car il faut comprendre que pendant un demi-si&#232;cle, c'est la question sociale qui structure fondamentalement le champ politique. L'affrontement fondamental, qui structure le reste, c'est celui du capital et du travail. C'est un temps ou l'on soutien Hitler de peur de voir le Front Populaire prendre le pouvoir. Cet affrontement, tr&#232;s violent dans les ann&#233;es 1930-40 se pacifie &#224; la fin des ann&#233;es 1950 sur la base de ce qu'on peut appeler le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gaullo-communisme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, qui aboutit &#224; un pacte de fait qui r&#233;serve &#224; la droite le gouvernement et &#224; la gauche la rue, la dialectique entre ces deux pouvoirs permettant de d&#233;gager des politiques progressistes prenant en compte les int&#233;r&#234;ts des uns et des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;volution qui aboutit &#224; une mondialisation du capitalisme et le surgissement d'une puissante &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;classe moyenne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; affaiblira ce mod&#232;le. Le rapport de forces devient tr&#232;s d&#233;favorable au travail et permet d'exclure les couches populaires du champ politique, d'autant plus que les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;classes moyennes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ont tout int&#233;r&#234;t &#224; former un bloc avec la bourgeoisie. Le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;tournant de la rigueur&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; que Fran&#231;ois Mitterrand amorce en 1983 en compl&#233;ment de sa politique d'affaiblissement syst&#233;matique du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt; constitue probablement le signe le plus visible de la nouvelle donne politique. Vers le milieu des ann&#233;es 1980, les couches populaires n'ont plus de repr&#233;sentation politique. Et cela permet aux partis dits de gouvernement de commencer une lente convergence tant sur la composition de leur &#233;lectorat que dans leurs r&#233;f&#233;rences, qui les m&#232;nera de plus en plus &#224; poursuivre, en dehors de quelques diff&#233;rences cosm&#233;tiques, les m&#234;mes politiques. C'est-&#224;-dire, ceux du bloc dominant compos&#233; de la bourgeoisie et des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;classes moyennes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc la structuration du combat politique qui change. Le conflit de fond entre les int&#233;r&#234;ts des diff&#233;rentes classes sociales a &#233;t&#233; remplac&#233; par des conflits de carri&#232;res. Le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LR&lt;/span&gt; repr&#233;sentent les m&#234;mes int&#233;r&#234;ts, les m&#234;mes groupes sociaux. Le conflit entre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LR&lt;/span&gt; n'est donc finalement qu'une question de savoir quelle &#233;quipe aura droit &#224; la voiture avec chauffeur et l'appartement de fonction. Qu'un Jean-Pierre Jouyet puisse &#234;tre ministre sous Sarkozy puis secr&#233;taire g&#233;n&#233;ral de l'Elys&#233;e sous Hollande, montre bien que la fonction politique n'est plus qu'une affaire de gestion alors que les objectifs sont partag&#233;s. L'opposition entre le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; et &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LR&lt;/span&gt; est de m&#234;me nature que celle entre Carrefour et Auchan&#160;: leur objectif n'est pas de d&#233;fendre une conception diff&#233;rente du commerce, mais de gagner la premi&#232;re place. Et personne ne trouvera scandaleux que le directeur du marketing d'une cha&#238;ne aille travailler chez le concurrent si le salaire est meilleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les partis de gouvernement ont d'ailleurs trouv&#233; dans un premier moment un magnifique &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;modus vivendi&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour se partager le g&#226;teau. On l'a appel&#233; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;alternance&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En pratique, cela voulait dire que chaque parti acc&#233;derait aux voitures de fonction une fois sur deux, sans pour autant perturber la parfaite continuit&#233; des politiques&#160;: les privatisations de gauche on succ&#233;d&#233; aux privatisations de droite, les trait&#233;s europ&#233;ens de droite ont succ&#233;d&#233; aux trait&#233;s de gauche, tous allant dans la m&#234;me direction. Mais le temps passant, il est devenu chaque fois plus difficile d'occulter la nature de cet arrangement. Jospin avait r&#233;ussi en gardant quelques &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;marqueurs&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de gauche comme les 35 heures, qui pouvaient encore maintenir l'illusion devant le monde du travail que &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gauche et droite, ce n'est pas la m&#234;me chose&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Avec Hollande, l'illusion n'est plus possible. Et la dangereuse mont&#233;e du Front National, devenu l'exutoire de la col&#232;re d'une France populaire priv&#233;e de repr&#233;sentation politique le montre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et un jour, un jeune politicien &#8211; qui, ce n'est pas une co&#239;ncidence, appartenait au camp dont le tour s'achevait &#8211; s'est dit&#160;: pourquoi continuer &#224; alterner au le pouvoir, alors qu'en se mettant tous ensemble &#8211; et c'est possible, puisque nous sommes d'accord sur l'essentiel &#8211; nous pouvons &#234;tre au pouvoir tout le temps&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Un peu comme si Auchan et Carrefour d&#233;cidaient qu'au lieu de se battre pour &#234;tre num&#233;ro un sur le march&#233;, mieux valait fusionner et dominer le march&#233; ensemble. Voil&#224; le secret de la r&#233;ussite de Macron&#160;: ce message d'union des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;gens raisonnables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; pour faire des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;politiques raisonnables&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - c'est-&#224;-dire, celles des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;classes moyennes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; - qui a toujours but&#233; sur les diff&#233;rences r&#233;elles entre les grands partis politiques fonctionne aujourd'hui parce que ces diff&#233;rences sont devenues pratiquement invisibles. Il n'y a d'ailleurs qu'&#224; voir les arguments de la campagne l&#233;gislative. Du cot&#233; de chez &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LR&lt;/span&gt;, on n'a que l'augmentation de la &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CSG&lt;/span&gt; &#224; se mettre sous la dent. Et du cot&#233; du &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, on se contente de dire qu'il ne faut pas donner tout le pouvoir &#224; Macron. O&#249; sont les diff&#233;rences de fond&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? O&#249; sont les d&#233;saccords sur les questions fondamentales&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? L'avenir de la France se jouerait-il &#224; deux points de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;CSG&lt;/span&gt; versus deux points de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;TVA&lt;/span&gt;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La victoire de Macron &#8211; et celle annonc&#233;e de son mouvement dans l'&#233;lection l&#233;gislative &#8211; tout comme la sympathie dont il b&#233;n&#233;ficie dans l'ensemble des m&#233;dias marque ce fait essentiel&#160;: aujourd'hui, les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;classes moyennes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui sont les grands prescripteurs d'opinion ne voient plus ce qui diff&#233;rencie le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt; de &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LR&lt;/span&gt;, ne comprennent plus pourquoi un Le Maire, un Collomb et un Bayrou ne pourraient conduire la m&#234;me politique. C'est la logique de la &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;pens&#233;e unique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; port&#233;e &#224; son ultime cons&#233;quence&#160;: il n'y a qu'une politique &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;raisonnable&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, la preuve, elle r&#233;unit gauche et droite autour d'elle. La meilleure illustration se trouve dans la mani&#232;re dont le Front National est aujourd'hui harcel&#233; m&#233;diatiquement sur la question de l'Euro. Le message de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;l'establishment&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; est clair&#160;: on est pr&#234;t a accepter le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; d&#233;diabolis&#233; dans la grande famille des partis &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;comme il faut&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; si seulement celui-ci consentait &#224; abandonner ce petit d&#233;tail de rien du tout qu'est la sortie de l'Euro et ce qui va avec.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Le triomphe de l'&#233;go-politique&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Les partis politiques dans leur majorit&#233; ont fini par fonctionner comme des enseignes de grande distribution&#160;: leur but n'est pas la d&#233;fense d'une conception particuli&#232;re de la cit&#233; et encore moins de porter les int&#233;r&#234;ts de leurs militants ou leurs &#233;lecteurs. Leur seul but est la conqu&#234;te d'un march&#233; au b&#233;n&#233;fice de leurs actionnaires-dirigeants. C'est vrai depuis longtemps, mais il a fallu le cynisme du quinquennat Hollande pour que la v&#233;rit&#233; apparaisse nue. On comprend dans ces conditions qu'&#234;tre soutenu par un parti politique devienne un handicap plut&#244;t qu'un avantage. Le temps des &#233;go-politiques comme Macron ou M&#233;lenchon a donc sonn&#233;. Les partis politiques sont remplac&#233;s par des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;mouvements&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'ayant ni statuts, ni structures d&#233;mocratiques, ni proc&#233;dures de d&#233;bat interne et de d&#233;cision collective. Ces mouvements sont au service exclusif d'un homme, l'&#233;go-politicien, qui non seulement a tout pouvoir, mais qui ne supporte m&#234;me pas la contradiction. On trouve au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PS&lt;/span&gt;, au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;PCF&lt;/span&gt;, &#224; &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;LR&lt;/span&gt;, au &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; des gens pour dire qu'ils ne sont pas d'accord avec la ligne du parti ou de tel ou tel dirigeant. Rien de tel &#224; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;En marche&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; ou chez les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;Insoumis&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. En un an de campagne personne parmi les personnalit&#233;s de ces mouvements n'a jamais exprim&#233; le moindre d&#233;saccord avec le gourou. M&#233;lenchon a m&#234;me th&#233;oris&#233; ce fait dans un billet publi&#233; sur son site le 28&#160;mai dernier, et dont la lecture vaut vraiment la peine&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; id=&#034;nh4-1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt; &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;J'ai d&#233;j&#224; montr&#233; ici, sur ce blog, &#224; de nombreuses reprises, pourquoi et comment le mouvement n'est pas et ne sera jamais un parti politique. Il est un lieu de rassemblement o&#249; chaque personne d&#233;cide individuellement et au coup par coup du niveau de son engagement et de sa participation effective aux diverses t&#226;ches et campagnes qui sont propos&#233;es.&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fort bien&#160;: &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;chacun d&#233;cide individuellement&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; de s'engager ou non dans les &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;t&#226;ches et campagnes qui sont propos&#233;es&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Mais par qui sont propos&#233;es ces &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;t&#226;ches et campagnes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui d&#233;cide des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;t&#226;ches&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; accomplir et des &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;campagnes&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; &#224; mener&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Sur ce point, M&#233;lenchon est muet. La chose est dite d'une fa&#231;on encore plus explicite dans un autre paragraphe&#160;:&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;q&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;De la m&#234;me mani&#232;re, les processus de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;mocratie interne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sont &#233;galement &#224; l'&#339;uvre. Mais dans le mouvement, on s'efforce de ne jamais en faire un sujet de conflictualit&#233; interne. Il n'y a donc pas de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;majorit&#233;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, de &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;minorit&#233;s&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, pas de plateformes concurrentes, pas d'orientation g&#233;n&#233;rale oppos&#233;e les unes aux autres. Autrement dit&#160;: le mouvement se soucie d'abord d'&#234;tre inclusif et collectif davantage que formellement &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;mocratique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, sachant &#224; quelles violences et d&#233;rives conduisent les soi-disant pratiques &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;mocratiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; organis&#233;es par les r&#232;glements int&#233;rieur des partis traditionnels. Le mouvement n'a qu'une r&#233;f&#233;rence id&#233;ologique commune a tous ses membres&#160;: le programme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;.&lt;/q&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l&#224; encore, ce &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;programme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; qui sert de r&#233;f&#233;rence unique et commune &#224; tous les membres, d'o&#249; vient-il&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui l'&#233;labore&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Qui le sanctionne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Tout le discours de M&#233;lenchon cherche &#224; noircir les proc&#233;dures &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;formellement d&#233;mocratiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, accus&#233;es de mani&#232;re sibylline d'on ne sait quelles d&#233;rives. Mais quelle est l'alternative&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment, dans un mouvement ou aucune &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;conflictualit&#233; interne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; n'est tol&#233;r&#233;e, on pourrait confronter les diff&#233;rentes opinions&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;? Comment construit-on un processus &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;mocratique&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; sans que diff&#233;rentes orientations g&#233;n&#233;rales &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;s'opposent les unes aux autres&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse est simple, et M&#233;lenchon la donne au paragraphe suivant&#160;: &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;q&gt;&#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;De la sorte, le contenu de ce programme d&#233;termine le mode d'existence de cette organisation et son unique objet&#160;: l'action&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;&lt;/q&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, l'organisation ne d&#233;lib&#232;re pas, n'&#233;labore pas, ne pense pas. Elle ne fait qu'agir. Si l'on peut &#233;vacuer la concurrence entre diff&#233;rentes visions, le conflit entre diff&#233;rentes opinions, c'est parce que le &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;programme&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, r&#233;f&#233;rence commune de tous les membres du mouvement, vient de l'ext&#233;rieur &#8211; autrement dit, de la t&#234;te du gourou tout-puissant. La &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;d&#233;mocratie interne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187; dont parle M&#233;lenchon ne concerne que l'action, pas les buts de celle-ci. Les militants peuvent choisir &#224; quelle heure ils distribueront les tracts, mais pas leur contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pens&#233;e n'est pas seulement celle de M&#233;lenchon, m&#234;me s'il a le m&#233;rite au moins de la th&#233;oriser. Macron n'agit pas autrement. La d&#233;liquescence des partis politiques a ouvert la voie aux &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;hommes providentiels&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;, les seuls qui apparaissent en mesure d'&#233;laborer un projet.&lt;/p&gt;
&lt;h3 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel avenir pour les partis politiques&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;?&lt;/h3&gt;
&lt;p&gt;Disons le tout net&#160;: la victorie de Macron, si elle est confirm&#233;e aux l&#233;gislatives, sonnera le glas des partis politiques con&#231;ues comme des &#233;curies &#233;lectorales. Les techniques modernes qui permettent de faire campagne avec un minimum de militants, le financement public des campagnes &#233;lectorales les rend inutiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela n'implique pas que les partis politiques soient chose du pass&#233;. Si les &#233;go-politiciens comme Macron ou M&#233;lenchon ont r&#233;ussi &#224; cr&#233;er des dynamiques, ce fut le cas aussi du Front National, parti qui continue pourtant &#224; fonctionner &#171;&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#224; l'ancienne&lt;small class=&#034;fine d-inline&#034;&gt;&#160;&lt;/small&gt;&#187;. Peut-&#234;tre parce que contrairement aux autres partis le &lt;span class=&#034;caps&#034;&gt;FN&lt;/span&gt; a r&#233;ussi &#224; se faire le porte-voix d'une cat&#233;gorie sociale, et qu'en cela il appara&#238;t nettement diff&#233;renti&#233; des autres. Mais aussi parce que, aussi paradoxal que cela puisse para&#238;tre pour un parti en apparence aussi bonapartiste, il reste que des d&#233;saccords peuvent s'exprimer en son sein, que des d&#233;bats ont lieu comme le montre l'affaire de l'Euro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; &#224; mon avis que la question se joue. Un parti politique n'a de sens aujourd'hui que s'il peut porter les int&#233;r&#234;ts d'un groupe social, ce qui implique une id&#233;ologie et un projet. S'il se limite &#224; porter des ambitions &#8211; quitte &#224; marier la carpe et le lapin &#8211; pour faire la m&#234;me politique que son voisin, il ne sert pas &#224; grande chose. Et les partis reviendront car si l'&#233;go-politique permet de cr&#233;er une machine de guerre au service d'un candidat, le fonctionnement vertical risque d'&#234;tre beaucoup plus difficile &#224; maintenir lorsqu'il s'agira d'exercer le pouvoir, et donc de choisir parmi plusieurs options. Car choisir, c'est d&#233;plaire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Descartes&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class="hyperlien"&gt;Voir en ligne : &lt;a href="http://descartes.over-blog.fr/2017/06/decomposition-et-recomposition.html" class="spip_out"&gt;sur le blog de Descartes&lt;/a&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb4-1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4-1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4-1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;a href=&#034;http://melenchon.fr/2017/05/28/en-campagne-sans-treve/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://melenchon.fr/2017/05/28/en-campagne-sans-treve/&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>


 
	


 
	

</channel>
</rss>
