La Pravda rend compte du congrès du PCF Dans le contexte de l’exacerbation de la situation politique, Fabien Roussel est devenu le nouveau chef du parti communiste français.

, par  communistes , popularité : 4%

Les contacts avec Anna Semionova, correspondante du journal Pravda ont permis d’expliquer la situation du PCF après son congrès, les discussions sur le parti et les conditions du rassemblement, les rapports avec Jean-Luc Mélenchon, que la Pravda considère comme le leader d’un mouvement s’inspirant de la révolution française, révolution toujours très admirée en Russie...

Ces contacts ont conduit à la publication de cet article par la Pravda..


Dans le contexte de l’exacerbation de la situation politique, Fabien Roussel est devenu le nouveau chef du parti communiste français.

« Est-ce une rébellion ? - Non, Sire, c’est une révolution ! » Le leader du mouvement d’opposition la France insoumise Jean-Luc Mélenchon s’est souvenu de cette phrase célèbre de la Grande Révolution française en analysant les événements tumultueux des trois dernières semaines. À ce propos, dans le contexte de l’exacerbation de la situation politique, Fabien Roussel est devenu le nouveau chef du Parti communiste français, dont la plate-forme lors du vote interne l’a emporté sur celle de la direction nationale du PCF dirigée par Pierre Laurent.

À travers les pages du journal ’Pravda’, Anna Semionova

06-12-2018

https://kprf.ru/international/capitalist/180935.html

Le pouvoir dans l’impasse

Développant de puissantes manifestations à travers le pays, le mouvement des "gilets jaunes" se généralise de plus en plus. Les grévistes et les manifestants n’exigent plus seulement la baisse du prix de l’essence. Les partisans du mouvement ont en effet élaboré tout un programme politique et social et envoyé un communiqué de 40 demandes au gouvernement adressées aux députés et à certains médias. Ils incluent l’interdiction d’augmenter les impôts, d’augmenter le salaire minimum, de réduire la période de retraite de 62 à 60 ans, de réduire le coût des fonctionnaires, de renforcer le contrôle sur l’immigration clandestine et bien plus encore.

La crise sociale dans le pays devient politique. Selon Paris Match, seuls 23% des Français évaluent de manière positive le travail du président, citant l’Institut français de l’opinion publique (IFOP). Il y a un rapprochement des "gilets jaunes" avec les rouges, c’est-à-dire avec les syndicats. Le journal "L’Humanité" a décrit en détail la situation dans le port industriel de Saint-Nazaire, où les dockers agissaient simultanément en tant que membres de la Confédération générale du travail (avec un gilet rouge) et en tant que représentants des "gilets jaunes". Dans le même temps, les factions de gauche (communistes et "insoumis") de l’Assemblée nationale sont activement en faveur de la préservation de la sécurité sociale, elles ont soutenu la grève du personnel des ambulances exigeant le maintien du prix de l’essence pour les véhicules médicaux.

Et puis soudain, des lycéennes et des lycéens de différentes villes, notamment de Marseille, ont exigé le rejet de la réforme de l’enseignement supérieur. "L’Humanité" a placé une photographie de femmes âgées (en France, il n’est pas habituel de traiter les gens âgés de vieillards) avec les symboles du Parti communiste français, qui s’opposent à la réduction des retraites. Une femme de 80 ans serait décédée lors de l’écrasement de la manifestation dans le Vieux-Port de Marseille. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel, a demandé une augmentation du minimum de subsistance et du salaire minimum. Même les publications de droite soulignent le mécontentement général dans un pays où « les riches s’enrichissent et les gens s’appauvrissent ». Ainsi, le journal "Le Monde" qualifie les événements des derniers jours de révolution et rappelle à nouveau mai 1968.

Le journal "Le Figaro" attire l’attention sur le fait que des processus plus profonds sont à l’origine du mécontentement suscité par la réforme proposée par le gouvernement. Ils ont été prédits il y a plusieurs années par des économistes et des politologues renommés. Selon eux, au XXIème siècle, le fossé - géographique et social - se creuse entre les différentes couches de la société, à savoir entre le peuple et l’élite politique.

Il y a quelques années, Jean-Luc Mélenchon a attiré l’attention sur cette nouvelle réalité sociale et politique dans son ouvrage acclamé, Le Temps du Peuple, soulignant le fait de la confrontation moderne entre le peuple et les oligarques, l’élite financière internationale. Le politicien voit dans le choc des "gilets jaunes" et le gouvernement une manifestation de ce processus, la prise de conscience de soi d’une partie importante de la société, son auto-organisation et la formation d’une représentation collective.

« Emmanuel Macron et Edouard Philippe sont dans une impasse idéologique, humaine et historique », a déclaré à la télévision Mélenchon le 4 décembre. « Vous ne pouvez pas regarder ce mouvement très puissant à travers le seul prisme des dégâts causés par les hooligans de l’Arc de Triomphe ». Il a souligné qu’un processus révolutionnaire se développait dans le pays, la révolution civile, lorsque les gens passaient de la nécessité d’abolir la taxe sur les carburants à la revendication de l’adoption d’une nouvelle constitution.

En conséquence, le gouvernement, après une série de réunions avec les chefs de factions parlementaires et même avec des représentants des "gilets jaunes", est passé de la menace directe à la tactique de manœuvre. Ils ont même changé le vocabulaire. Le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé mardi 4 décembre l’instauration d’un moratoire sur la croissance des taxes sur les carburants pendant six mois. Cette mesure a été prise pour calmer les participants au mouvement de protestation. Le moratoire est "soutenu" par d’autres mesures visant à réduire les tensions sociales dans le pays. Édouard Philippe a notamment déclaré que cet hiver « les prix du gaz et de l’électricité ne vont pas augmenter ». En outre, l’introduction de nouvelles mesures techniques de contrôle des voitures a été reportée de six mois.

« Il faudrait être aveugle et sourd pour ne pas entendre la colère de la population », déclara soudain le chef du cabinet. « Je comprends sa force et son sérieux. La source de cette colère est une profonde injustice ». Edouard Philippe a également annoncé que du 15 décembre au 1er mars, des "consultations" avec des représentants de la société civile et du gouvernement seraient organisées pour débattre du "nouveau modèle économique et social".

Si le Premier ministre n’a convaincu personne, deux possibilités se présentent : le remplacer ou dissoudre l’Assemblée nationale et convoquer de nouvelles élections. Ce n’est pas un hasard si l’idée d’un vote de censure envers le gouvernement est de plus en plus discutée au Parlement. Même des adversaires pas trop astucieux comprennent le mouvement politique. Le gouvernement annonce le report de la hausse des prix et des taxes jusqu’à la tenue des élections européennes de mai prochain. Ces élections sont très importantes pour la note d’échec du président Macron, qui, comme il semble à beaucoup de gens, n’est pas encore revenu de son sommet en Argentine. En tout cas, après avoir « admiré » les dégâts au centre de la capitale le 1er décembre, il a évité de trop se montrer.

La décision appartient au peuple !

Il se trouve que l’aggravation de la situation politique dans le pays a coïncidé avec le trente-huitième congrès du Parti communiste français, tenu à Ivry-sur-Seine les 23 et 25 novembre, au cours duquel le nouveau secrétaire national Fabien Roussel a été élu en remplacement de Pierre Laurent, qui est devenu président du conseil national du parti. Les préparatifs du congrès ont pris plus d’un an, il a commencé immédiatement après les élections à l’Assemblée nationale, tenues en juin 2017, un mois après l’élection du président du pays.

Alors que lors de la dernière élection présidentielle, le parti avait soutenu, comme en 2012, à l’apogée du Front de gauche, la candidature de Jean-Luc Mélenchon, qui avait recueilli près de 20% des suffrages au premier tour, lors des élections à l’Assemblée nationale, le PCF présentait le résultat le plus faible dans son histoire - 2,7% et formé avec peine un groupe parlementaire. Une analyse des raisons des échecs du parti, ainsi qu’une stratégie pour l’avenir et les tâches du renouveau, sont devenues des questions majeures de la préparation du congrès.

Lors du congrès, quatre plates-formes ont été développées. À la suite du vote interne des membres du parti, pour la première fois la plate-forme présentée par la haute direction du PCF n’a pas obtenu la majorité et en tête est arrivé le document « Pour un manifeste du Parti communiste du XXIe siècle », rédigé notamment par le président de la faction communiste à l’Assemblée nationale, André Chassaigne. Les auteurs de cette plate-forme prônent la revitalisation du parti. Les résultats du vote ont été confirmés lors du congrès. Le représentant de la plate-forme gagnante, Fabien Roussel, est devenu le nouveau secrétaire national du PCF.

Roussel est né le 16 avril 1969 à Béthune (Pas-de-Calais). Il a grandi au cœur du bassin minier, puis a poursuivi ses études à Champigny-sur-Marne en région parisienne, a rejoint le Mouvement communiste des jeunes (MJCF) et a commencé sa carrière de journaliste, tout d’abord dans "L’Humanité", puis comme opérateur sur la chaîne de télévision France 3. En 2007, il dirigeait la fédération PCF du département de Nord, puis était élu à l’Assemblée nationale. Dès son enfance, il a été plongé dans une atmosphère communiste, et il a été prénommé en l’honneur du colonel Fabien, membre bien connu de la Résistance, communiste. Selon ses déclarations, il souhaite voir un parti renouvelé, caractérisé par un esprit de combat, défendant résolument les intérêts du peuple.

Anna Semionova, docteur en sciences historiques

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